‹ Lettres à m.ble comte de Salvandy sur quelques-uns des manuscrits de la Bibliothèque royale de La HayeChapitre 24 sur 36 · LE SBIGNBUR DB GAUCOURT · texte numérisé non relu

LE SBIGNBUR DB GAUCOURT

J'ay eu de Dieu le don de longue vie.

De long travail et de moult aygre paine ; Mais qu'en cela grâce aye desservye.

Dieu seul congnoist que je m'y fie à paine.

Trop bien j^ay eu de bien faire Tenvye, Des bons servir, d'entendre à vertu plaine ; Mais quand raison m*y astraint et convje.

Se grâce y quiers, la folie m'est taine.

J'ay porté foy à mon roy, à mon përé;

Preste main prompte, corps souple, à mon maistre;

J'ay deffendu ma nourrice et ma mère,

La noble France en qui j'ay prins mon estire.

Ne veult nature, et n'esse raison clère î

Qu'à père et mère on doit prester sa dextre.

Et mesmes soy relever de misère?

Voir, qui y fieiult, à honte puist^il naistrel

POTON DB XAIirrRAlLI.BS.

• Dès que homme naist, subjet naist à troys choMs A prince, à terre et à loy de nature ; En ces troys poins tiennent leurs fermes poses Tous poins d'honneur et d'humaine droicture.

Moy donc, voyant le jardin de tes roses Estre envay de grevance et de injure.

Dès que fus né je promys lermes closes Et d'en venger ma part de la laidure.

Se donc j'ay fait quelque povre exploictance Touchant service et paine corporelle, noble roy, ce ay fait en acquitance De mon debvoir suyvant loy naturelle.

L'homme entreprent, et Dieu donne prestance A qui poursuyt en égreur sa querelle; Et tout flourist et croyst par habondance ïJi où sens règne en œuvre temporelle.

LA RYIIB.

Amer droicture et Dieu, et honte craindre

En tout hault cas estroict et difficile^

Ce fait noble homme à honneur paractaindre

Et à bien &ict estre duyt et facile.

Lors dont quand Fceil veult les përilz estaindré

De mort, de feu, de plôurs en domicilie,

Il n^y conyient à tout dire et riens faindre ^

Que tost comprendre et fuir long concilie*

Dieu aux Bons cueurs donne lés adventurès»

Et de sa main conduyct leur entreprendre ; Et contre espoir souvent donne romptures Sur leur plus fort, et victoire en fait prctodre. Je ne fusonc à molles* nourritures, Ains à tout aigre et crimynel apprendre ; Dont à l'exemple à si fectés natures J'ay fait'inon cours. Dieu pardoint le mesprendre*

AMADOG DB VIGNOLES.

Là où Dieu veult contourner la rousée.

Là croissent fruycts et flourist arbre et pomme ;

Mais si voit-on povre terre arrosée

D'humble vassal si bien que d'un hault hommjp.

Tant qu'ay vescu s'est ma force exposée

A prompt servir en employ de preudhomme,

Par quoy s'en ce m'*est grâce disposée,

J'enloe Dieu tant qu^ung César de son Romme.

De petit trou grand fourgon ne peult ystre.

Ne grand effect de petite personne.

Ne povre œuvrier ne peult grand œuvre tistre^ Ne sobre estât aux grantz point ne consonne.

Porté néantmoins j'ay tonnoire et esclistre.

Et maint dangier en moy mort se foisonne ; Roy, prens en gré, je l'ay feit à bon tiltre; Du faict Dieu doitit que le ciel en résonne.

JEHAN DR BRBSZR.

De bon vouloir j*ay assez qui m'appreuve Quel je Tay eu envers ta seigneurie.

Quand le travail de ma très longue espreuve Te monstre au doy dont Toeuvre est avarie.

Riens touteffoys je ne dy par r^ureuve.

Car point n'y chiet cause de vanterie; Mais pour monstrer le cas comme il se treu ve : Tout oeil Ta veu, ma vie y est périe. .

Ne plains pourtant ma mort ne ma ruyne.

Mais que ta gloire y puist avoir essourse.

Car cent autre que. je vien de Torine Qui hayt Angloys et volenliers les course.

J*ay pourchassé leur mort et leur bruyne Tout mon vivant par emprinse et en course.

S'en gré le prend lamagesté divine.

J'en suis plus cler que de nul or ta bourse.

l'amiral de czutmt.

Le fondement de vraye amour rassise.

C'est loyaulté en estable courage, Et là où maint telle noble franchise, Là tient vertu voulentiers son estage; Labeur y va, vaillance y est précise.

Sens y pourvoit (à tel cas tel oeuvrage).

Le bien s'i quiert, le mal se préadvise Et rien n'y va à perle ne vaucraige.

Se dont d'amour qui le courage alume Me loist parler, ô roy, devant ta îàce^ D'avoir aymé léaulment me présume, . Car apparu t'en est mainte efficace.

Bien eureux est qui sa vie consume En devoir faire, et en oeuvre de grâce ; Car l'or du monde emprès ce n'est qu'escume A qui deffend à suyr bonne trace. .

HESSIRE ROBERT DE FLOQUES.

Comme ce fait de ton noble royaulme.

Prend en subtil humaine intelligence.

Appert tout cler que ce que plus roy ame C'est aigre exploit conduyt par diligence.

Le mol emprendre infère tel foys blasme.

Et maint hault bien se pert par négligence ; Dont à mon temps tel a eu los et famé Qui ne Teust pas ne fût par indigence.

Dont moy, le moindre entre les corps louables De ceulx qui ont esclarcy ta fortune.

Tant comme ay peu en leurs vertus voyables Les ay suivy par destresse mainte une.

Se mes fais sont petit recommandablés, Âussy n'en quiers-je avoir grâce nésune, Mais au besoing voit-on les plus aydables :

Los qui sans cause est folie importune.

LE CONTE DAMHALLE.

Quoyque mort soit Testroicte fin ultime

De nos destroys et passages terribles»

Si n'est-el pas sy hydeuse en Testime

Qu'il ne soient cueurs soubz la peur non vaincibles.

Ce fait honneur par lyen légitime

Qui contempner leur fait tous cas horribles,

Et de vertu les grandist et anime,

Mieulx amans mort que vivre dépressibles.

Ce ne dy pas, ô noble roy de France, Par nul esgard àma povre personne.

Mais pour l'extrême oultrageuse vaillance De mes meilleurs dix mille en ta couronne, Qui mettans main aigre en ta recouvrancé De leur sang rouge ont restably le trosne, Toy rendant vie en leur mortelle bultra!nce Et là où mort de gloire les flèurosne.

Si6 FRAGMENTS ET EXTRAITS.

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