III. P . a
« Pour admettre rationnellement la possibilité de la prophétie, dit Roselly de Lorgnes , il suffit de croire à la Providence. Un homme sait prophétiser , comme un pinceau sait peindre , dès qu’une intelligence le pousse, (i) « Et pourquoi refuseriez-vous de croire , Monsieur , que l’intelligence suprême fasse descendre quelquefois des rayons de lumière sur ce qui est de sa nature , mystérieux et incompréhensible ? Pourquoi le souverain Dominateur des nations ne pourrait-il pas susciter des hommes choisis , des hommes de sa droite , déchirer à leurs yeux le voile de l’avenir , et mettre dans leurs bouches des paroles menaçantes, pour les faire retentir aux oreilles des monarques et des peuples impies ? Pourquoi l’Éternel n’aurait-il pas pu consoler les premiers Patriarches , en leur montrant dans un avenir lointain , la naissance de son divin Fils , dont les bienfaits et la mort devaient adoucir les misères humaines et briser les portes de l’abîme ? Pourquoi Dieu ne pourrait-il communiquer ses desseins à ses créatures?
« Direz-vous qu’une détermination qui n’est pas , ne peut être prévue ni prédite ? Nous répondrons qu’il n’est pas nécessaire que cette détermination d’une cause libre soit actuellement , mais qu’il suffit quelle doive être , potir qu’elle pubse être prévue et prédite. Dieu est présent à tous les temps ; il n’est à son égard ni passé, vii futur , il n’y a pour lui qu’un présent éternel. Avant de former le décret de la création , il sait tout ce qui peut être , parce qu’il sait tout ce qu’il peut faire , en formant ce décret , il sait tout ce qui sera , parce qu’il sait tout ce qu’il fera. Di-
(1] Ros. de Lorgacft. Le Christ devant le siècle, p. 177*
rez-vous avec les liiciéJules que les cletermiiiatioiis futures des volontés humaines ne peuvent être ni prévues , ni prédites , parce qu’elles n’ont aucune certitude , ou que , si elles en avaient , elles seraient dès là même nécessaires. Us ne voient pas qu’à l’égard de Dieu nos déterminations futures sont aussi certainement connaissables que nos déterminations actuellement existantes , parce que les déterminations actuellement existantes existent certainement ; or il était hier et de toute éternité aussi certainement vrai qu’elles existeraient au moment présent qu’il est actuellement certain qu’elles existent. Mais leur certitude n’em> porte en aucune sorte la nécessité de leur existence. Je suppose que je fasse aujourd’hui une action avec une entière liberté , indépendamment de toute cause antérieure , et qu’elle n’ait pas pu être prévue hier : cette action ne serait-elle pas aussi certaine aujourd’hui , eu égard à l’événement , que si elle avait été prévue hier, c’est-à-dire que , malgré la supposition de la liberté , il y a eu hier et de toute éternité une aussi grande certitude que cette action devait être faite aujourd’hui , qu’il y en a aujourd’hui quelle est actuellement faite ; la certitude d’une chose n’emporte donc point la nécessité de cette chose. Donc la connaissance certaine que Dieu a de nos déterminations futures ne change rien dans la nature de ces déterminations , parce que Dieu connaît non-seulement qu’elles seront , mais encore de quelle manière elles seront. Il connaît non-seulement que je me déterminerai dans vingt ans à prendre tel parti , mais il connaît qu’en le choisissant , je le ferai avec le pouvoir de ne le pas choisir et même d'en choisir un tout contraire. Il est donc absurde de re-
fuser à Dieu la connaissance et l'empire de tous les temps et de tous les événements présents et futurs , nécessaires et libres. Il est donc le maître d’annoncer et de faire annoncer l’avenir comme le présent ; par conséquent il peut y avoir de véritables prophéties. » (i)
Enfin , Monsieur , pour attaquer victorieusement la possibilité des prophéties , il faut commencer par nier que l’ancien et le nouveau Testament en renferment qui se soient vérifiées, et le prouver; ce qui n’est pas facile. Direz-vous qu’elles ont été fabriquées après coup ? Mais où , quand et par qui ? Elles l’ont été , ou par les Juifs , ou par les Chrétiens , puisque ces deux peuples les reçoivent également : si elles l’ont été par les Juifs , comment cette nation, notre ennemie acharnée, a-t-elle pu écrire dans sa langue et transmettre des prophéties qui regardent le Messie que nous adorons et qu’elle rejette ? Si elles l’ont été par les Chrétiens, comment les Juifs , gardiens et dépositaires des Livres saints , ne leur ont-ils pas reproché de les avoir falsifiés? Oui , ce sont les Juifs , qui ont transmis les prophéties , et le témoin le plus certain , le moins suspect , le moins récusable d’un fait est celui qui a intérêt à le contester.
« Singulière bizarrerie de notre orgueil , vous dironsnous avec M'. Roselly de Lorgnes , en terminant cette lettre , on consent à croire que la parole de Dieu a produit ces astres innombrables , qui gravitent harmonieusement dans l’espace , et l’on hésite à admettre qu’il puisse donner à un homme , pour un temps , la connaissance des faits
(Ij Du Clou Bible vengée. T. III. p. â cl S.
qui a’ existent point encore. Toutefois que l'on troue ou que l’on conteste la possibilité de la prédiction , son existence n’en reste pas moins démontrée, (i) »
Nous avons l’honneur d’être , etc.
(t) R. Uc Lorgucs. Le Ghrisl dcv<mt le siècle, p. iVu
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ONZIÈME LETTRE
Du lieu de la TransOguration de Kotre-Seigneur Jésus-Clirist, si S- Jérùiueest le premier qui ait désigué le Thabor comme le lieu où s’opéra ce prodige. 2°. Réponse à quelques objections. 3*. De la vallée de Josaphat , si elle sera trop étroite pour contenir le genre humain. 4°. Comment il faut traduire le passage du prophète Joël , qui regarde le jugement dernier.
§. I. Du lieu de la TransOguration , si saint Jérôme est le premier
qui ait désigné le Thabor comme le lieu où s’opéra ce prodige.
Nous commencerons par vous faire observer , Monsieur, qu’il n’est pas exact de dire, comme vous l’avancez (i) , que ce n’est qu’à l’époque où vivait le célèbre traducteur de nos livres sacrés qu’on a choisi la montagne du Thabor comme le lieu où s’accomplit le miracle dont nous parlons. Il est vrai que ce Père dit expressément dans une de ses lettres à sainte Eustochie , en parlant de sainte Paule , sa mère : » elle gravissait la montagne du Thabor , où Notre-Seigneur Jésus-Christ se transfigura.» (a) Mais avant que saint Jérome écrivit ses lettres , une tradition universellement reçue chez les Chrétiens de la Palestine , désignait ce lieu comme celui qui fut témoin du prodige qui nous occupe ; et c’est encore aujourd’hui , comme elle a toujours été , une opinion généralement accréditée par les églises grecque et
(1) Voy. en Orient. T. II , p. S7.
(2) Scnndebut moiilem Thnbor in quo transflffitratiis est Dominin, DIt. Uier. fum. Liü. III. Euslocli.
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latine; saint Louis, roi de France, le 24 mars laSi , visita par dévotion le mont Thabor (i) , en mémoire du glorieux événement dont nous parlons. Les Pères de la Terre sainte s’y rendent tous les ans pour y célébrer la messe. (2) Sainte Hélène , qui vivait bien longtemps avant saint Jérôme , pour perpétuer le souvenir de cet événement mémorable , y bt bâtir des églises et im monastère , qui furent appelés les églises et le monastère des trois Tabernacles. ( 3 ) On en voit encore aujourd’hui les ruines ; les trois tabernacles existent ; mais on ne peut y entrer qu’avec peine , parce qu’ils sont presqu’entièrement sous les décombres et les démolitions ( 4 ) , c’est l’historien Nicéphore , qui nous apprend que la vertueuse mère de Constantin voulut orner le Thabor de ces monuments sacrés. ( 5 ) Saint Cyrille de Jérusalem (6) , Origène (y) , d’au-
(1) Thabor où Ilabirlus , montagne très élevée, pr6s de Nazareth, tribu de '/.nbulon (Galilée inférieure); de son sommet la rueplongesur le Jourdain , sur le lac de Tibériade et sur la Méditerranée. (Géog. auc. art. Thaï). )
(2) Tous les ans, le jour de la Transfiguration , les Maronites vont eélébrer sur la montagne du Liban uue fête , qu’ils appellent la file des cidres , quelques personnes se sont autorisées de cette cérémonie religieuse , pour avancer que les Maronites ne cmient pas que la Transfiguration ait eu lieu sur le Thabor. C’est une erreur ; leur ofllce marque ex pri ssément le contraire.
(S) Ou sait que saint Pierre dit au Sauveur : faciamus hic tria ta’jcrna. cala. Matib. Wll.A.
(A) Diction, univ. géogr. hist. par Corneille , T. III. arL Tiiab. pag. SSA. Description des lieux les plus célébrés de la terre sainte , pag. 169. Pèlerinage du P. G. à Jérusalem et au mont Sinal , T. Il , pages 216. 2A8.
(5) Xlcéph. hlst. eecl. cap. \\\.
(6) Murüs à» i" i es rit vicfus' mi HXiitc , i» ixs t«t( rîf »•;- TfKf tKUiti ft,iT»fUf^tafsitmrufixetfnTtt it ifti QaSàif. S. Cyrill. hier. Cath. XII. pag. 111.
(7) Oripéne contre Celsc , p. 170, j j
très Pères plus anciens que l’illustre traducteur de nos saints Livres, (i) ont désigné cette montagne comme le lieu où se transfigura Notre-Seigneur Jésus-Christ.