‹ Lettres à m. Panizzi, 1850-1870Chapitre 23 sur 32 · II · texte numérisé non relu

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qu'elles se feront dans d^assez bonnes conditions^ SI le chapitre de Timprévu n'apporte pas quelque complication au dernier moment.

Je ne sais si vous avez vu ce qui s'est passé dans le pays où Ton fait la meilleure eau-de-vie. Un curé a mis dans son église un Saint-Joseph tenant un lys à la main. Les paroissiens ont cru que cela voulait dire le retour des Bourbons et ils ont cassé les vitres. Puis^ avec la rapidité d'une invasion cholérique, tous les paysans se sont imaginé qu'on allait mettre dans les églises un certain tableau d'où il résulterait que les ventes de biens nationaux ne seraient plus légales, que la dime reviendrait, etc. En conséquence de quoi, ils ont voulu procéder à Tassommement des curés ; il a fallu faire venir des troupes. Toutes les vitres étaient brisées et les curés poursuivis aux cris de « Vive l'empereur! » Le drôle c'est que pas un des émeutiers n'a pu expliquer ce qu'était le tableau dont ils avaient tant de peur. Cette idée est -si étrange, qu'on ne peut la supposer inventée par les rouges. C'est évidemment une production du cru, et qui montre quelles sont les dispositions du peuple à l'égard des prêtres.

Il me semble que tout se calme singulièrement dans la Chambre des communes. Après le drame, vient la petite pièce. Je n'aurais pas cru que les droits de la femme eussent en Angleterre le succès qu'ils ont en Amérique. Je ne doute pas que nos enfants, quand ils auront attrapé des maladies honteuses, n'aillent montrer leur cas à des doctrices en médecine. Gela sefait déjà beaucoup à New-York. Mais, après lout, pourquoi cela ne se ferait-il pas?

Si vous voyiez Paris en ce moment, il vous donnerait sans doute envie d'y passer ce commencement d'été. Rien de plus beau et de plus brillant, et quantité de belles dames avec des toilettes prodigieuses. Je ne sais pas el ne comprends pas comment tout cela mange et s'habille; mais cela prouve que le monde est bien vicieux.

Adieu, mon cher Panizzi. Croit-on à Londres que l'assassinat du prince de Servie mettra le feu aux poudres orientales?

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Paris, 18 jaUlet 1868.

Vous TOUS trompez beaucoup si vous croyez réellement que je suis parti de Londres sans nécessité. Je vous assure que ce n'a pas été sans de grands regrets. Mais je m'étais engagé auprès de mon président à revenir et il fallait tenir ma parole* d'autant plus que la chaleur, la moisson à faire et la fatigue nous ont si bien réduits, qu'il est douteux qu'on ait pour le budget le quorum nécessaire. Comme j*avais longuement usé de mon congé cet hiver, j'étais obligé à plus d'exactitude qu'un autre.

Je ^ais mercredi passer quelques jours à Fontainebleau, où on me fait demander. On m'annonce liberté complète. 11 parait qu'il n'y a personne ou presque personne. Je suis assez bien de santé, et la grande chaleur que nous avons, et qui rend tout le monde malade, me convient assez.

J'ai consulté l'autre jour pour vous mon mé-

decin Robin qui est un aiïreux positiviste, excommunié, comme vous savez, par monseigneur de Bonnechose. Il dit que vous devriez essayer de Télectricité, et il m'en a conté des merveilles. II paraît qu'on a maintenant des appareils très perfectionnés , qui vous envoient des décharges et des courants juste au muscle qu'il faut exciter. Il dit qu'on doit avoir de ces appareils-là à Londres. Il y en a à Paris. Il croit que les bains turcs sont bons, mais qu'il faudrait y ajouter l'électricité. Consultez là-dessus votre docteur.

Votre correspondance italienne vous donnet-elle par hasard des nouvelles de la duchesse Golonna ? Elle a disparu, et je voudrais bien savoir où elle est. J'ai perdu sa trace à Rome.

Je suis très inquiet de ce qui se passe en Espagne. Que le duc de Monipensier soit devenu un prétendant, cela me confond. Je l'ai connu généralement détesté, d'abord en qualité de Français; puis pour avoir perdu sa femme en 1848; enfin pour regarder de trop près à ses bœufs et à ses moutons en Andalousie, où il a de grands biens. Mais la reine est tellement détestée qu'on lui préférerait le diable, je crois

.\dieu, mon cher Panizzi; soignez-vous el essayez de réleefricité. Essayez, c'est là le grand point. Il ne faut jamais se résigner quand on n*a pas plus que vous des prétentions aux vertus chréliennes.

FonUinebieau, 24 jaillet 1968.

Mon cher Panizzi,

Un mot à la hâte. L'impératrice me charge de vous demander si vous voulez venir passer quelque temps ici avec elle. Il n'y a personne d'étranger au Palais, que la maréchale de Malakof et moL Le temps est magnifique et les murs sont si épais et les appartements si élevés, qu'on ne souffre pas trop de la chaleur. On dtne de bonne heure et on sort le soir en voiture. Sa Majesté dit que ce vous serait une bonne préparation pour les bains de Wiesbaden.

Adieu, mon cher Panizzi. Si cette lettre vous trouve encore à Londres, répondez aussitôt, et je pense que vous ne feriez pas mal en tout cas

d'écrire quelques mots à Sa Majesté pour la remercier.

Fontainebleau, 2 août 1868.

Mon cher Panizzi,

Je suis trop discret pour vous demander des explications au sujet de cette veuve, aussi secourable que celle de Jéricho, qui vous a procuré un lit ou la moitié du sien. Je ne vois pas ce qu'il y a de si redoutable dans la perspective d*un mois à Wiesbaden, en compagnie de cette vedova inno^ minata et d'autres personnes de bonnes vies et mœurs, sous la protection de Sa Majesté le roi de Prusse, avec de Peau de seltz naturelle tant que vous en voulez. Il se peut que vous vous trouviez très bien de ce séjour et je suis sûr que le changement d'air seul vous sera avantageux.

Quel singuHer voyage que celui de la reine d'Angleterre. Il semble que d'abord elle voulut passer par Paris absolument incognito, et ce n'est qu'après les représentations qui lui ont été faites.

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qu'elle a consenti à s'arrêter une heure ou deux. On dit qu'elle va s'établir à Lucerne, qu'elle se propose de n'y voir personne, de ne sortir guère^ et que cette vie durera un mois. Je plains lord Stanley, qui est l'éditeur responsable.

Il n'y a rien de plus dégoûtant que le débordement de petits journaux, que la nouvelle loi sur la presse a créés. Ce qu'il y a de plus triste, c'est qu'ils sont entièrement dépourvus d'esprit. Je crois qu'on n'a jamais été plus béte ni plus grossier. Nous marchons rapidement aux mœurs américaines.

Il y a eu un peu de tapage à Ntmes à l'occasion d'une réunion électorale. Ce qu'il y a de singulier, c'est que la nouvelle loi, publiée il y a trois semaines, et que tout le monde devrait avoir lue, parait avoir été complètement ignorée par les tapageurs. On les a mis à la porte très rapidement ; mais c^est, à mon avis, un mauvais commencement.

Adieu, mon cher Panizzi ; soignez-vous et guérissez-vous.

Fontainebleau^ Il août 1868.

Mon cher Panizzi,

Je rae réjouis de vous savoir installé à Wiesbaden, qui n'est plus dans le Nassau, grâce à M. de Bismark ; mais j*espère que ses eaux continuent à produire de bons effets.

L'empereur nous revint l'autre jour de Plombières en très bonne santé, mieux que je ne Tavais vu depuis longtemps. Vous savez que, entre autres ressemblances, vous avez celle de souffrir comme lui de rhumatismes. Les eaux de Plombières lui ont fait beaucoup de bien. Peut-être ne feriez-vous pas mal d'en essayer aussi.

La reine Victoria n'a fait que passer par Paris et n'a pas bougé de l'ambassade. Elle avait la cholérine, si la renommée dit vrai.

Nous avons eu à dtner samedi dernier lord Lyons et lord Stanley. Le premier a Pair d'un substantial former; l'autre a paru à tout le

monde un imbécile à la première vue. L'impératrice, qui a causé avec lui, ne Ta pas trouvé tel. Je l'avais rencontré à Scheveningue, il y a quelques années, et nous avons renouvelé connaissance, mais nous n'avons pas parlé politique.

Hier a eu lieu la distribution des prix du concours général, où ont assisté le prince impérial et son gouverneur. Il parait qu'il a été froidement reçu ; au contraire, des élèves portant les noms de Cavaignac et de Pelletan ont été très applaudis. Dans un passage du discours du ministre de l'instruction publique, il y avait un compliment pour le prince. On a chuté. Vous savez qu'en ces occasions, il suffit de quelques gamins pour entraîner les autres. Le prince a été tellement impassible pendant cette petite scène, que son gouverneur lui-même, qui le connaît bien, a cru qu^il n'avait pas compris. Mais, en arrivant aux Tuileries, la fermeté du pauvre enfant était épuisée, et il s'est mis à fondre en larmes. Hier soir, il était encore tellement ému, qu'il n'a pas pu diner. La mère ne Ta pas été moins au récit de l-aventure. Je trouve qu'il n'est pas mauvais qu'il s'habitue à ne

pas trouver toujours des roses sur son chemin, et la leçon en vaut une autre.

Vous savez que je n'aime pas à faire des projets ; cependant je voudrais aller à Monlpel* lier en octobre et être à Cannes en novembre. Vous pourriez vous arranger pour passer par Montpellier, ce qui n'est pas un grand détour et consulter les médecins du pays, en qui j'ai assez de confiance. Ils valent certainement mieux que ceux de Paris, parce que, ayant moins de malades, ils font plus d'attention à ceux qu'ils ont. En outre, il y a des gens vraiment distingués dans cette faculté de médecine, et je crois que leur école est la bonne, en ce qu'ils n'ont pas de grandes théories scientifiques comme les médecins de Paris, mais seulement des observations d'après lesquelles ils se gouvernent. La ville n*est pas des plus gaies ; cependant il y a une bibliothèque assez belle, celle d'Alfieri, et un certain nombre de manuscrits laissés par lui à la comtesse d'Albany.

Adieu, mon cherPanizzi; je vous recommande aux nymphes de Wiesbaden et à votre veuve.

Paris, 20 tout 1S68.

Mon cher Panizzi,

Grande disette de nouvelles. Il n'est plus question de guerre. On semble très pacifique, même en Pi-usse, et ici, sauf les jeunes officiers, on Ta toujours été.

Le journal du soir m'apprend que la reine a daigné passer elle-même par Paris, mais personne ne s'en est aperçu. Lord Stanley Ta précédée. On dit qu'il a montré beaucoup de confiance dans les prochaines élections. C'est son rôle, et cela ne signifie rien du tout, !

Je vois des Américains très inquiets, qui regar* dent une nouvelle guerre civile comme possiblo. 11 semble que les esprits sont, là-bas, dans un éttt , d'excitation diabolique. Ne croyez-vous pas qu6 la guerre civile est une maladie endémique da nouveau monde? Voyez les anciennes colonies espagnoles. On en revient toujours à reconnaitre la justesse du mot de M. de Talleyrand sur les

Américains : « Ce sont de fiers cochons et des cochons bien fiers. »

Adieu, mon cher Panizzi. Je crois que Timpératrice partira pour Biarritz demain ou après. Elle a eu la bonté de m'engager, mais ma prudence m'a empêché d'accepter. Je ne suis plus comme vous adeqiiato à une ascension à la Rune. L'année passée, votre cheval gris vivait encore. Je pense que cette nouvelle vous sera agréable et qu'elle vous ôtera un poids de ms'la conscience.

Paris, !•' septembre 1868.

Mon cher Panizzi,

Je vous suppose dûment réinstallé dans Bloomsmry square avec M. Fagan, et vous tàtant pour savoir si les bains de Wiesbadcn vous ont réussi. J'espère que oui, bien que très souvent on n'en sente pas tout de suite les bons effets.

Je sais que vous avez fait en route la rencontre

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de M. Libri. C'est une preuve de plus de celte grande vérité que le monde est bien petit, puisque tant de gens qui ne se cherchent pas se rencontrent.

Je crois parfaitement à la sincérité du roi de Prusse dans sa conversation avec lord Clarendon. Seulement il se trompe s'il croit que le gouvernement français voudrait ou pourrait faire la guerre, comme moyen de dérivation. Si l'opposition devenait très puissante aux prochaines élections, et la chose n'est pas impossible, je ne doute pas que la tentative d'engager une guerre ne fût Toccasion d'une catastrophe intérieure. Mais ce que le roi de Prusse ne dit pas et ce qui est vrai, c'est qu'il y a chez lui un parti considérable qui veut la guerre. C'est le parti des vieux Prussiens, qui ne jurent que par le grand Frédéric et qui, depuis la bataille de Sadowa, ne croient pas que rien puisse résister au fusil à aiguille. M. de Bismark, qui est homme de bon sens, est le bouchon qui retient l'explosion de cette mousse belliqueuse. S'il venait à mourir, et on le dit sérieusement malade, le cas s'aggraverait singulièrement. L'ambassadeur de Prusse ici, M. de Golfz,

^ui est très malade et à peu près désespéré, est un homme fort sage qui fait son possible pour adoucir les frottements entre les deux pays. Si $on successeur ne lui ressemble pas, surtout s'il appartient au parti des vieux Prussiens, la paix peut être facilement compromise. Mais, de toute façon, je ne crois pas qu'une rupture, si elle avait lieu, provînt de notre fait. Elle serait déterminée par les tratneurs de sabre de Berlin.

Gomment s'annoncent les élections en Angleterre? On nous dit une foule de choses contradicoires à ce sujet. La seule chose qui me paraisse bien établie, c'est que personne n'a des données )ositives sur ce qu^il faut attendre des nouveaux îlecteurs. Les probabilités sont pour M. Gladitone ; mais, si la résistance est vive, je crains ]u'il ne soit emporté bien loin du côté des radicaux, c'est-à-dire à tous les diables, où, d'ailleurs, oute l'Europe est en train de s'acheminer.

Adieu, mon cher Panizzi; prévenez-moi h 'avance de votre départ, pour que je prenne les nesures nécessaires, et peut-être que je vous lonne une commission.

35i Lier THES A M. PA.MZZI

CaDoes, 22 janiier

Mon cher Panizzi,

Je ne vous ai pas répondu Tautre jour, parce que M. CliilJe vous portait lui-même des nouvelles, el je me suis abstenu de compatir à vos maux, depuis qu'il m'a rapporté que vous montiez quatre-vingt-quatre marches tous les jours pour diner chez le docteur Pantaleoni. *

La convalescence de miss Lagden continue sans accident. Elle a mangé un œuf aujourd'hui à déjeuner et un peu de poulet à diner. Il n'y a plus de fièvre et son état général est très satisfaisant. Quant à moi, j'ai attrapé un gros rhume qui m'a fait perdre probablement le bénéfice de tout le traitement antérieur. J'ai une tou!C qui me fatigue excessivement, surtout la nuit ; mais je la préfère à rinquiétude que j'avais ces juurs passés.

M. Barthélémy Saint-Hiluire est revenu.

Edouard Fould est à Marseille, mais revient demain. Mistress Ewer n'est pas morte de fatigue

LETTRES A M. PAMZZl 353

€i me charge ainsi que miss Lagden de tous ses compliments pour vous.

Cannes, 15 mars 18C9.

Mon cher Panizzi,

Les journaux m'ont tué plusieurs fois. M. Guizot a annoncé ma mort à i^Académie et fait mon oraison funèbre. Il ne parait pas que cela soit très malsain, car je ne m'en porte pas plus mal.

II parait que vous avez un temps déplorable.

II en est de même pour nous. Je viens de lire qu'il neigeait en Calabre. La machine du monde est détraquée évidemment.

Je reçois des nouvelles d'Espagne. On attend tous les jours des coups de fusil. Ordinairement ils ne se tirent qu'au printemps. L'hiver à Madrid est trop froid et l'été trop chaud pour qu'on se livre à cet amusement. Je ne doute pas que le duc de Montpensier ne soit élu, lorsqu'il aura dépensé tout son argent, et, bientôt après, chassé; sinon fusillé.

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