‹ Lettres à M. Panizzi, 1850-1870. Publiées (volume 2)Chapitre 24 sur 32 · II · texte numérisé non relu

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qu'elles se feront dans d'assez bonnes conditions, SI le cliapilre de l'imprévu n'apporte pas quelque eomplicalion au dernier moment.

Je ne sais si vous avez vu ce qui s'est passé dans le pays où l'on fait la meilleure eau-de-vie. Un curé a mis dans son église un Saint-Joseph tenant un lys à la main. Les paroissiens ont cru que cela voulait dire le retour des Bourbons et ils ont cassé les vitres. Puis, avec la rapidité d'une învasion cholérique, tous les paysans se sont imaginé qu'on allait mettre dans les églises un certain tableau d'où il résulterait que les ventes de biens nationaux ne seraient plus légales, que la dîme reviendrait, etc. En conséquence de quoi, ils ont voulu procéder à l'assommement des curés ; il a fallu faire venir des troupes. Toutes les vitres étaient brisées et les curés poursuivis aux cris de « Vive l'empereur! » Le drôle c'est que pas un des émeutiers n'a pu expliquer ce qu'était le tableau dont ils avaient tant de peur, dette idée est si étrange, qu'on ne peut la supposer inventée par les rouges. C'est évidemment une production du cru, et qui montre quelles sont les dispositions du peuple à l'égard des prêtres.

IJ me semble que tout se calme singulièrement dans la Chambre des communes. Après le drame, vient la petite pièce. Je n'aurais pas cru que les droits de la femme eussent en Angleterre le succès qu'ils ont en Amérique. Je ne doute pas que nos enfants, quand ils auront attrapé des maladies honteuses, n'aillent montrer leur cas à des doctrices en médecine. Cela se fait déjà beaucoup à New-York. Mais, après tout, pourquoi cela ne se ferait-il pas?

Si vous voyiez Paris en ce moment, il vous donnerait sans doute envie d'y passer ce commencement d'été. Rien de plus beau et de plus brillant, et quantité de belles dames avec des toileltes prodigieuses. Je ne sais pas et ne comprends pas comment tout cela mange et s'habille; mais cela prouve que le monde est bien vicieux.

Adieu, mon cher Panizzi. Croit-on à Londres que l'assassinat du prince de Servie mettra le feu aux poudres orientales?

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Paris, 18 juillet 1808.

Mon cher Panizzi,

Vous vous trompez beaucoup si vous croyez réellement que je suis parti de Londres sans nécessité. Je vous assure que ce n'a pas été sans de grands regrets. Mais je m'étais engagé auprès de mon président à revenir et il fallait tenir ma parole, d'autant plus que la chaleur, la moisson à faire et la fatigue nous ont si bien réduits, qu'il est douteux qu'on ait pour le budget le quorum nécessaire. Comme j'avais longuement usé de mon congé cet hiver, j'étais obligé à plus d'exactitude qu'un autre.

Je vais mercredi passer quelques jours à Fontainebleau, où on me faitdemander. On m'annonce liberté complète. Il paraît qu'il n'y a personne ou presque personne. Je suis assez bien de santé, et la grande chaleur que nous avons, et qui rend tout le monde malade, me convient assez.

J'ai consulté l'autre jour pour vous mon mé-

decin Robin qui est un affreux positiviste, excommunié, comme vous savez, par monseigneur de Bonnechose. Il dit que vous devriez essayer de l'électricité, et il m'en a conté des merveilles. Il paraît qu'on a maintenant des appareils très perfectionnés , qui vous envoient des décharges et des courants juste au muscle qu'il faut exciter. Il dit qu'on doit avoir de ces appareils-là à Londres. 11 y en a à Paris. Il croit que les bains turcs sont bons, mais qu'il faudrait y ajouter l'électricité. Consultez là-dessus votre docteur.

Yotre correspondance italienne vous donnet-elle par hasard des nouvelles de la duchesse Colonna ? Elle a disparu, el je voudrais bien savoir où elle est. J'ai perdu sa trace à Rome.

Je suis très inquiet de ce qui se passe en Espagne. Que le duc de Montpensier soit devenu un prétendant, cela me confonJ. Je l'ai connu généralement détesté, d'abord en qualité de Français ; puis pour avoir perdu sa femme en 1848; enfin pour regarder de trop près à ses bœufs et à ses moutons en Andalousie, où il a de grands biens. Mais la reine est tellement détestée qu'on lui préférerait le diable, je crois

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Adieu, mon cher Panizzi; soignez-vous et essayez de l'éleclricité. Essayez, c'est là le grand point. Il ne faut jamais se résigner quand on n'a pas plus que vous des prétentions aux vertus chrétiennes.

Fontainebleau, 24 juillet I8G8.

Un mot à la hâte. L'impératrice me charge de vous demander si vous voulez venir passer quelque temps ici avec elle. Il n'y a personne d'étranger au Palais, que la maréchale de Malakof et moi. Le temps est magnifique et les murs sont si épais et les appartements si élevés, qu'on ne souffre pas trop de la chaleur. On dîne de bonne heure et on sort le soir en voiture. Sa Majesté dit que ce vous serait une bonne préparation pour les bains de Wiesbaden.

Adieu, mon cher Panizzi. Si cette lettre vous trouve encore à Londres, répondez aussitôt, et je pense que vous ne feriez pas mal en tout cas

d'écrire quelques mots à Sa Majesté pour la remercier.

Fontainebleau, 2 août I8G8.

Mon cher Panizzi,

Je suis trop discret pour vous demander des explications au sujet de cette veuve, aussi secourable que celle de Jéricho, qui vous a procuré un lit ou la moitié du sien. Je ne vois pas ce qu'il y a de si redoutable dans la perspective d'un mois à Wiesbaden, en compagnie de celte vedova iiinominata et d'autres personnes de bonnes vies et mœurs, sous la protection de Sa Majesté le rai de Prusse, avec de l'eau de sellz naturelle tant que vous en voulez. 11 se peut que vous vous trouviez très bien de ce séjour et je suis sûr que le changement d'air seul vous sera avantageux.

Quel singulier voyage que celui de la reine d'Angleterre. Il semble que d'abord elle voulut passer par Paris absolument incognito, et ce n'est qu'après les représentations qui lui ont été faites,

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qu'elle a consenti à s'arrêter une heure ou deux. On dit qu'elle va s'établir à Lucerne, qu'elle se propose de n'y voir personne, de ne sortir guère, et que celte vie durera un mois. Je plains lord Stanley, qui est l'éditeur responsable.

Il n'y a rien de plus dégoûtant que le débordement de petits journaux, que la nouvelle loi sur la presse a créés. Ce qu'il y a de plus triste, c'est qu'ils sont entièrement dépourvus d'esprit. Je crois qu'on n'a jamais été plus bête ni plus grossier. Nous marchons rapidement aux mœurs américaines.

Il y a eu un peu de tapage à Nîmes à l'occasion d'une réunion électorale. Ce qu'il y a de singulier, c'est que la nouvelle loi, publiée il y a trois semaines, et que tout le monde devrait avoir lue, paraît avoir été complètement ignorée par les tapageurs. On les a mis à la porte très rapidement ; mais c'est, à mon avis, un mauvais commencement.

Adieu, mon cher Panizzi ; soignez-vous et guérissez-vous.

Fontainebleau^ 1( août 18G8.

Mon cher Panizzi,

Je me réjouis de vous savoir installé à Wiesbaden, qui n'est plus dans le Nassau, grâce à M. de Bismark ; mais j'espère que ses eaux continuent à produire de bons efTets.

L'empereur nous revint l'autre jour de Plombières en très bonne santé, mieux que je ne l'avais vu depuis longtemps. Vous savez que, entre autres ressemblances, vous avez celle de souffrir comme lui de rhumatismes. Les eaux de Plombières lui ont fait beaucoup de bien. Peut-être ne feriez-vous pas mal d'en essayer aussi.

La reine Victoria n'a fait que passer par Paris et n'a pas bougé de l'ambassade. Elle avait la cholérine, si la renommée dit vrai.

Nous avons eu à dîner samedi dernier lord Lyons et lord Stanley. Le premier a l'air d'un substantial (armer; l'autre a paru à tout le

monde un imbécile à la première vue. L'impératrice, qui a causé avec lui, ne Ta pas trouvé tel. Je l'avais rencontré à Scheveningue, il y a quelques années, et nous avons renouvelé connaissance, mais nous n'avons pas parlé politique.

Hier a eu lieu la distribution des prix du concours général, où ont assisté le prince impérial et son gouverneur. 11 paraît qu'il a été froidement reçu; au contraire, des élèves portant les noms de Gavaignac et de Pelletan ont été très applaudis. Dans un passage du discours du ministre de l'instruction publique, il y avait un compliment pour le prince. On a chuté. Vous savez qu'en ces occasions, il suffit de quelques gamins pour entraîner les autres. Le prince a été tellement impassible pendant cette petite scène, que son gouverneur lui-même, qui le connaît bien, a cru qu'il n'avait pas compris. Mais, en arrivant aux Tuileries, la fermeté du pauvre enfant était épuisée, et il s'est mis à fondre en larmes. Hier soir, il était encore tellement ému, qu'il n'a pas pu dîner. La mère ne l'a pas été moins au récit de Taventure. Je trouve qu'il n'est pas mauvais qu'il s'habitue à ne

pas trouver toujours des roses sur son chemin, et la leçon en vaut une autre.

Vous savez que je n'aime pas à faire des projets; cependant je voudrais aller à Montpellier en octobre et être à Cannes en novembre. Vous pourriez vous arranger pour passer par Montpellier, ce qui n'est pas un grand détour et consulter les médecins du pays, en qui j'ai assez de confiance. Ils valent certainement mieux que ceux de Paris, parce que, ayant moins de malades, ils font plus d'attention à ceux qu'ils ont. En outre, il y a des gens vraiment distingués dans cette faculté de médecine, et je crois que leur école est la bonne, en ce qu'ils n'ont pas de grandes théories scientifiques comme les médecins de Paris, mais seulement des observations d'après lesquelles ils se gouvernent. La ville n'est pas des plus gaies ; cependant il y a une bibUothèque assez belle, celle d'Alfieri, et un certain nombre de manuscrits laissés par lui à la comtesse d'Albany.

Adieu, mon cherPanizzi; je vous recommande aux nymphes deWiesbaden et à votre veuve.

Paris, 20 août 18G8.

Mon cher Panizzi,

Grande disette de nouvelles. Il n'est plus question de guerre. On semble très pacifique, même en Prusse, et ici, sauf les jeunes officiers, on l'a toujours été.

Le journal du soir m'apprend que la reine a daigné passer elle-même par Paris, mais personne ne s'en est aperçu. Lord Stanley l'a précédée. On dit qu'il a montré beaucoup de confiance dans les procliaines élections. C'est son rôle, et cela ne signifie rien du tout.

Je vois des Américains très inquiets, qui regardent une nouvelle guerre civile comme possible. Il semble que les esprits sont, là-bas, dans un état d'excitation diabolique. Ne croyez-vous pas que la guerre civile est une maladie endémique du nouveau monde? Voyez les anciennes colonies espagnoles. On en revient toujours à reconnaître la justesse du mot de M. de Talleyrand sur les

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Américains : « Ce sont de fiers codions et des cochons bien fiers. »

Adieu, mon cher Panizzi. Je crois que Tinipératrice partira pour Biarritz demain ou après. Elle a eu la bonté de m'engager, mais ma prudence m'a empêché d'accepter. Je ne suis plus comme vous adeqiiato à une ascension à la Rune. L'année passée, votre cheval gris vivait encore. Je pense que cette nouvelle vous sera agréable et qu'elle vous ôtera un poids de dessus la conscience.

Paris, 1" septembre 1868.

Mon cher Panizzi,

Je vous suppose dûment réinstallé dans Bloomsbury square avec M. Fagan, et vous tâtant pour savoir si les bains de Wiesbaden vous ont réu&si. J'espère que oui, bien que très souvent on n'en sente pas tout de suite les bons efîets.

Je sais que vous avez fait en route la rencontre

3o0 LETTRES A M. PANIZZI

de M. Libri. C'est une preuve de plus de celte grande vérilé que le monde est bien petit, puisque tant de gens qui ne se cherchent pas se rencontrent.

Je crois parfaitement à la sincérité du roi de Prusse dans sa conversation avec lord Clarendon, Seulement il se trompe s'il croit que le gouvernement français voudrait ou pourrait faire la guerre, comme moyen de dérivation. Si l'opposition devenait très puissante aux prochaines élections, et la chose n'est pas impossible, je ne doute pas que la tentative d'engager une guerre ne fût l'occasion d'une catastrophe intérieure. Mais ce que le roi de Prusse ne dit pas et ce qui est vrai, c'est qu'il y a chez lui un parti considérable qui veut la guerre. C'est le parti des vieux Prussiens, qui ne jurent que par le grand Frédéric et qui, depuis la bataille de Sadowa, ne croient pas que rien puisse résister au fusil à aiguille. M. de Bismark, qui est homme de bon sens, est le bouchon qui retient l'explosion de cette mousse belliqueuse. S'il venait à mourir, et on le dit sérieusement malade, le cas s'aggraverait singulièrement. L'ambassadeur de Prusse ici, M. de Goltz,

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qui est très malade et à peu près désespéré, est un homme fort sage qui fait son possible pour adoucir les frottements entre les deux pays. Si son successeur ne lui ressemble pas, surtout s'il appartient au parti des vieux Prussiens, la paix peut être facilement compromise. Mais, de toute façon, je ne crois pas qu'une rupture, si elle avait lieu, provînt de notre fait. Elle serait déterminée par les traîneurs de sabre de Berlin.

Comment s'annoncent les élections en Angleterre? On nous dit une foule de choses contradictoires à ce sujet. La seule chose qui me paraisse bien étabhe, c'est que personne n'a des données positives sur ce qu'il faut attendre des nouveaux électeurs. Les probabilités sont pour M. Gladstone ; mais, si la résistance est vive, je crains qu'il ne soit emporté bien loin du côté des radicaux, c'est-à-dire à tous les diables, où, d'ailleurs, toute l'Europe est en train de s'acheminer.

Adieu, mon cher Panizzi ; prévenez-moi à l'avance de votre départ, pour que je prenne les mesures nécessaires, et peut-être que je vous donne une commission.

352 LETTRES A M. PAiMZZl

Cannes, 22 janvier 1869.

Mon cher Panizzi,

Je ne vous ai pas répondu l'autre jour, parce que M. Chikle vous portait lui-même des nouvelles, et je me suis abstenu de compatir à vos maux, depuis qu'il m'a rapporté que vous montiez quatre-vingt-quatre marches tous les jours pour dîner chez le docteur Pantaleoni.

La convalescence de miss Lagden continue sans accident. Elle a mangé un œuf aujourd'hui à déjeuner et un peu de poulet à dîner. Il n'y a plus de fièvre et son état général est très satisfaisant. Quant à moi, j'ai attrapé un gros rhume qui m'a fait perdre probablement le bénéfice de tout le traitement antérieur. J'ai une touv qui me fatigue excessivement, surtout la nuit ; mais je la préfère à l'inquiétude que j'avais ces jt»urs passés.

M. Barthélémy Saint-Hilaire est revenu.

Edouard Fould est à Marseille, mais revient demain. Mislress Ewcr n'est pas morte de fatigue

LETTRES A M. l'AXIZZl 3o3

el me charge ainsi que miss Lagdeii Je tous ses compliments pour vous.

Cannes, 15 mars 18G0.

Mou cher Panizzi,

Les journaux m'ont tué phisieurs fois. M. Guizot a annoncé ma mort à TAcadémie et fait mon oraison funèbre. Il ne paraît pas que cela soit très malsain, car je ne m'en porte pas plus mal.

Il paraît que vous avez un temps déplorable. Il en est de même pour nous. Je viens de lire qu'il neigeait en Calabre. La machine du monde est détraquée évidennnent.

Je reçois des nouvelles d'Espague. On attend

tous les jours des coups de fusil. Ordinairement

ils ne se tirent qu'au printemps. L'hiver à Madrid

est trop froid et l'été trop chaud pour qu'on se

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