LETTRES A SI. PANIZZI
Je n'entends rien à la stratégie ; mais toutes les lettres qui arrivent de Tannée sont pleines d'éloges pour la façon dont l'empereur mène les choses. Généraux et soldats sont pleins de confiance en lui. Le mal, c'est qu'il s'expose beaucoup trop. Il était à Magenta et à Solferino entouré de ses cent-gardes, dont la taille et l'uniforme le montrent d'une lieue. On lui a fait toutes les représentations possibles qui ont produit le même effet que si l'un eût parlé à une statue. On s'attend à une attaque prochaine contre Venise. Je doute qu'on puisse forcer les passes; mais les bateaux cuirassés raseront les forts du Lido et de Malamocco. Je ne sais si cela suffira pour faire déguerpir les Autrichiens. Les niais, qui ont quelquefois des idées pas trop mauvaises, disent qu'il y aura un arrangement personnel entre les deux empereurs, et que celui d'Autriche, pour passer sa mauvaise humeur, insolentera la Prusse et se dédommagera de ses pertes aux dépens des petits princes allemands. Ce serait assez drôle.
Je ne crois pas du tout à ces projets belges dont vous me parlez. Nous n'avons pas besoin
de nous agrandir, et nous sommes assez forts pour être déjà trop enviés. Si, comme je l'espère^ nous parvenons à délivrer l'Italie et à lui donner des gouvernements nationaux, nous pourrons rentrer chez nous avec la satisfaction de gens qui ont bien travaillé. Le diable, c'est l'organisation de la fédération italienne. Qui aura les Légations? qui la Yénétie? Mais ne vendons pas la peau de l'ours. En attendant, on envoie en Italie une si grande quantité d'énormes bombes, que j'ai bien peur qu'on ne mette en cannelle l'église de Saint-Zénon et les tombeaux de Scaliger. Pourvu que ces animaux d'Autrichiens ne s'avisent pas de tenir dans Venise après la prise des forts. Je crois que le palais des doges ne résisterait pas à trois coups de canon. Et le manuscrit de Saint-Marc !
Il paraît que le prince Albert est Autrichien en diable. Croyez-vous que cela fasse quelque chose à l'opinion des Anglais? Voilà le Times plus qu'à demi converti.
Adieu, mon cher Panizzi ; mille coniphmentset amitiés dévouées.
Paris, 12 juillet 1850.
MonclierPanizzi,
Comprenez-vous quelque chose à ce qui se passe ? Ici, le peuple n'a pas trop bien accueilli la paix. 11 aime la guerre, il voulait achever l'ennemi. Le bourgeois, au contraire, est dans lu ravissement. Il est certain que personne ne sait ce que veulent dire les bases du traité. Si la Yénélie reste avec le gouvernement aulricliien actiielj lu guerre n'a pas produit un grand résultat, puisque, l'Autriche étant admise dans la confédération italienne, on lui donne le droit de s'ingérer dans les affaires de la Péninsule, c'est-àdire qu'on lui reconnaît ses prétentions d'avant la guerre. Un homme très avant dans la confiance du prince Jérôme m'assure que la Yénélie aura un gouvernement séparé et une constitution approchant de celle du Piémont.
Autre énigme : Qu'est-ce qu'un président honoraire? Ordinairement une vieille bête qui n'est
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propre à rien et à qui on donne un hochet. Cela veut-il dire que le pape sera rogné dans son temporel? J'ai par devers moi des motifs de le croire. Puis que fera-t-on de tous ces princes mis à la porte par leurs sujets, ou fuyant leurs sujets? Il est évident que nous ne les remettrons pas en possession, ni que nous ne laisserons pas l'Autriche les ramener. Alors que deviendra votre légitime souverain et celui de Salvagnoli ^ ? Mon homme me dit que c'est l'affaire du congi es : que les deux empereurs n'ont pas voulu s'occuper d'une affaire qui ne les concerne pas persunnellemeut.
Expliquez-moi encore l'arlicle du Times de hindi. Comme je ne crois pas à la double vue, je suppose qu'il y a eu une communication de M. de Persigny à lord John, et de lord John au Times. Quid dicis? Yoici, en deux mots, le résumé des lettres que j'ai vues après Solferino. Grande ardeur chez nous; grand découragement parmi les Autrichiens. Très peu d'enthousiasme parnii les Lombards, encore moins dans les duchés. Les