‹ Lettres à M. Panizzi, 1850-1870. PubliéesChapitre 12 sur 33 · Le duc de Modène · texte numérisé non relu

Le duc de Modène

Piémonlais as^ez mal vus à Milan; les Fiançais mécontents de la tiédeur des Italiens, et encore plus de payer tout au poids de l'or. Les officiers d'artillerie répondaient de prendre Peschiera en huit juurs et Manlouc en quinze avec leurs canons rayés.

L'empereur d'Autriche a dit à Fleury qu'ils avaient perdu quarante mille hommes à Solferino. A Tienne, le mécontentement est si grand, que l'empereur, parti pour s'y rendre, a dû rebrousser chemin. On dit que la vue du champ de bataille de Solferino a beaucoup frappé l'empereur (le nôtre), et qu'il a laissé voir qu'il ne voulait plus de la guerre. Un aulre motif qui a pu le déterminer, c'est la probabilité d'une révolution en Autriche, révolution rouge, hongroise, bohème, croate.

Nos dévots sont montés sur leurs ergots et commencent à donner de l'inquiétude. Ils se démènent comme des diables dans des bénitiers et disent aux paysans qu'on fait la guerre à l'Église. J'ai toujours dit qu'il fallait envoyer à Home un ambassadeur corse qui dît à Antonelli, avec l'éloquence particulière à ces insulaires, (piil ait à

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clioisir entre trois S. Savez-vous ce que cela vent dire à Sartène? Sdletlo, schiopetto, slrada.

Adieu, mon cher Paiiizzi. Je n'ai eu aucun ami tué ; mais un pauvre diable de domestique, que la conscription m'avait enlevé, a reçu à Solferino une balle dans la jambe. Conlez-moi ce qu'on dit en Angleterre et ce que vous voulez faire cet été pendant vos vacances.

Paris, 15 juillet 1859.

Tout est encore obscur dans celte grande affaire et le demeurera quelque temps encore, selon toute apparence, II y a bien des choses fâcheuses dans ce qu'on sait du traité ; mais ce n'est pas une raison pour jeter le manche après la cognée, et ne pas chercher à tirer parti de ce qu'il y a de bon.

Il est très difficile de concevoir quels ont élé les motifs de l'emiiereur pour terminer si vile et

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de cette façon. Voici ce que j'ai appris, mais ce ne sont que des conjectures.

En premier lieu, la vue des champs de bataille^ et surtout celui de Solferino, lui a laissé une impression si pénible, que l'idée de prolonger la guerre lui est apparue comme une espèce de crime. Ceux qui ont vu l'empereur de près, croient que cette considéra lion n'est pas la moins puissante. Puis l'attilude de l'Allemagne. La proclamation de l'empereur à l'armée semble indiquer qu'il regardait la prolongation de la lutte en Italie comme devant amener la guerre sur le Rhin. La Russie nous aurait-elle aidés? Cela est fort douteux. On ne peut même savoir si elle est en étal de le faire, et, à ne considérer la question qu'au point de vue de ses avantages matériels, il faut avouer qu'elle n'aurait pas eu un gain proportionné à sa mise au jeu.

Quant à l'enthousiasme des Ilaliens, voici des faits : il a fallu des efforts surnaturels pour mettre en mouvement le corps toscan. A Milan, depuis la bataille de Magenta, il n'y a eu que deux cents engagements. Le soir de la bataille de Solferino^ il y a eu une panique causée par

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une centaine de cavaliers aiitiicliiens séparés de leur gros, et qui sont tombés, par hasard, au milieu d'une Colonne de blessés et de bagages. Cela n'a duré qu'un quart d'heure; mais déjà les villages sur nos derrières étaient pavoises de drapeaux autrichiens. Tout cela a mécontenté l'empereur, ainsi que l'armée, et lui a ôté l'espoir d'un concours énergique, comme celui des Espagnols en

Le grand mouvement des dévots ici, et surtout dans l'ouest, a donné de véritables inquiétudes, ainsi que la prépotence de ^J. de Cavour, qui se montrait trop disposé à tout avaler.

Je ne crois pas un mot de l'alliance des trois empereurs, encore moins des intentions de l'eraporeur Napoléon, contre l'Angleterre. La seule chose qui me paraît probable, c'est que, si la question d'Orient se précipite d'ici à quelques m jis, la France ne donnera son concours qu'à bon escient, et probablement à des conditions avantageuses pour elle. Tenez pour certain qu'on ne fera rien contre la Prusse, et qu'on ne lui fera même pas l'honneur de lui demander pourquoi elle a convoqué la landwchr. On attend ici l'em-

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pereur, lundi ou mardi, et on est inquiet de le savoir parmi des gens fort peu contents.

Je vais vous dire mes projets. Je resterai à Paris ou aux environs jusqu'au commencement de septembre, puis j'irai en Espagne. Vous devriez venir avec moi. Nous commencerions par visiter Bordeaux et par y goûter le vin du cru. Vous y feriez votre provision. Puis nous irions ensemble à Madrid. Vous verriez les bibliothèques. Nous irions à TolèdC;, où il y a aussi de belles choses, et je vous reconduirais jusqu'au delà des Pyrénées, en octobre.

Adieu, mon cher Panizzi. Jusqu'à preuve du contraire, je ne crois ni à la guerre contre vous, ni à la domination du pape, qui, par parenthèse, ne veut pas de la présidence.

Paris, 20 juillet 1839.

Mon cher Panizzi,

Je reviens de Saiut-Cloud. Nous avons été reçus en corps, c'est-à-dire sénateurs, députés et

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c;^nseillers d'état, cent cinquante à peu près. Trente-cinq degrés au-dessus de zéro, qui ijientôt se sont doublés je crois par les bougies.

Yous verrez les discours dans le Monitcnr. Celui de l'empereur, dit avec un ton de grande franchise, a fait bon effet. Les raisons stratégiques ne peuvent être comprises que par de grands capitaines tels que Thiers ou Cousin. Les raisons politiques sont contestables, mais fort graves cependant. Je ne crois pas les Prussiens capables de passer le Rhin et de venir goûter de la mauvaise humeur de deux cent milh; hommes et faire rétrenne de quatre cents canons rayés qui les aitendaient.

La révolution me touche beaucoup plus. La Hongrie et la Bohème ne tenaient plus qu'à un fil, et les Polonais, qui sont en possession de gâter tout, pour se venger de l'indifférence de l'Europe, avaient pris une altitude qui devait nous priver de tout appui du côté de la Russie, et peutêtre même l'obliger à se déclarer contre nous.

.Je crois, tout considéré, que l'entreprise était au-dessus de nos forces. Il aurait fallu la faire avec le concours de l'Angleterre, comme l'expédition

de Crimée. Peut-être la chose élail-elle possible avec les ivhigs; elle était impossible avec le> tories, et difficile de toiile façon avec un prince allemand, et un pays où l'on a peu de sympathie pour les étrangers et où le pati'iotisme est un peu beaucoup égoïste.

Nos gens reviennent furieux contre les Italiens. Ils disent que le peuple est tout à fait autrichien. Le fait est que nous avions toutes les peines du monde à être renseignés sur les mouvements de l'ennemi, tandis qu'il était très bien servi par les paysans. Il est très vrai que l'aristocratie a montré du dévouement et du patriotisme, mais c'est un infiniment petit. J'ai une théorie : c'est que, pour qu'un peuple s'insurge, il faut qu'il n'ait pas l'habitude de coucher dans un lit. Voyez les Espagnols. Si la guerre se fut faite en Espagne, nous aurions eu en un mois cinq cent mille recrue:^. Les Lombards sont trop civilisés, et, de plus, tant d'années de paix les ont rendus apathiques.

Un grand malheur a été d'avoir à Rome un niais. Il fallait un Corse ne croyant pas à Dieu, qui effrayât Antonelli, qui embobeliuàt le pape et qui. per fas et nefas, l'obligeât à se pronoii-

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cer. Le second malheur a été de donner le commandenienl de la flotte à un homme prudent, excellent officier, qui n'a été prêt à attaquer Venise que lorsqu'il n'était plus temps. Si l'on avait mis là l'amiral Penaud ou quelque autre casse-cou, il aurait rasé les forts du Lido et de Malamocco ; et je ne doute pas que, même sans troupes de déharquement, il n'eût pris Venise, ce qui aurait bien changé les choses.

Maintenant il est évident que Mazzini a beau jeu. Toutes les boutiques de hbraires à Milan exposent le portrait d'Orsiui ; on en fait de même à Turin. Je trouve cela bêle et dangereux.

De l'ordre, au nom de Dieu, de l'ordre, ou tout est perdu !

Adieu, mon cher Panizzi; mille amitiés et compliments.

Paris, 25 juillet 1850.

Mon cher Panizzi,

Notre saint-père devient coulant, à ce qu'on assure, mais je n'en crois rien. Jamais on n'a le

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tJernier avec un prêlre, on n'en vient à bout que par le silence et la famine. Cela me fait bien reg^retter le succès de la Saint-Barihélemy et l'abjuration de Henri lY. La machine est bien vieille, mais toujours puissante, el l'incrédulité môme de ce temps-ci lui assure une grande durée, car que metlre à la place?

Je pourrais vous accabler sous le poids de eentaiues d'anecdotes sur le peu de sympathie que nous avons trouvé en Italie parmi le peuple. ie vous en fais gràdi. Comment en serait-il autrement dans un pays gouverné comme il l'a été? le me rappelle encore mon étonnement, la première fois que je suis allé en Espagne, de voir comment le gouvernement de ce grand prince Ferdinand YIl traitait les paysans et les grands seigneurs. Les paysans l'adoraient et les autres le détestaient. Chacun avait raison. La canaille était ménagée et encouragée dans ses mauvais in stincts, tandis que tout homme ayant un habit noir était suspect et embêté de toutes les manières.

Adieu, mon cher Panizzi. Il n'y a plus un chat à Paris. Ou y brûlait hier. Aujourd'hui, un grand orage nous a un peu rafraîchis.

LETTRES A iM. FANIZZI

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Taris, U août 1859.

Mon clier ami,

Vous me paraissez amusant avec vos Autrichiens habillés en Motlenais. Sachez que la chose ne se fait pas si facilement : c'est l'habit qui fait le moine, et les soldats de tous les pays du monde n'aiment pas à changer de costume, sachant bien qu'en se travestissant, ils perdent cent pour cent de leur mérite. I^uis la réunion d'un corps de troupes modenaises, ou soi-disant telles, amènerait des notes diplomatiques ; puis rien n'empêcherait qu'on n'habillât des zouaves en gardes nationaux; puis, eiifin, jamais cela ne s'est fait. Les Autrichiens sont convaincus, et^ il faut bien le dire, on craint beaucoup ici que les duchés et les légations, abandonnés à euxmêmes, ne fassent des sottises et que la réaction ne soit la conséquence forcée de l'anarchie. Je suis bien convaincu que, si les populations sont sages et que les Chambres ne fassent pas trop de

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bruit, personne ne se mêlera de vos affaires. Cela n'empêche pas sans doute d'acheter des fusils et d'apprendre l'exercice. Faites comme disait Cromwell : Trust in God and keep your powder dry.

11 me semble que ne pas se mêler des arrangements est, de la part de l'Angleterre, une grande bêtise. Que risque-t-elle en s'en mêlant ? De s'attirer la mauvaise humeur de l'Autriche. Mais elle jouit déjà de toute sa haine ! 11 ne paraît pas que le resserrement des nœuds de l'alliance anglo-française soit la grande préoccupation du moment, et, d'ailleurs, supposé que la France vît avec peine l'Angleterre se mêler de la question itahenne, elle n'aurait pas le mot à dire, puisque l'Angleterre viendrait ostensiblement la seconder. Il est vrai que le résultat serait que, nous autres Français, nous aurions tiré les marrons du feu, et que, si le nord de ritahe était annexé au Piémont et qu il devînt une puissance importante, au heu d'un allié, nous aurions bientôt un rival.

Je joue les cartes de l'Angleterre en ce moment : si elle s'abstient, elle se donne aux yeux de l'Eu-

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rope les airs d'une puissance de second ordre et perd toule influence en Italie. Comme je suis persuadé que lord Palmerslon a trop d'esprit pour se résigner à un rôle de spectateur, je ne doute pas qu'il n'y ait un congrès, et que ce congrès ne tourne, quoi qu'il arrive, au profit de Tltalie. Si vous pouviez envoyer le choléra au pape, vous nous tireriez une grosse épine du pied. Vous ne sauriez croire les criailleries des dévots, trop puissants malheureusement en ce pays.

Que faut-il penser de ce qui se passe dans l'Inde ? Il me semble qu'il y a beaucoup de gâchis et qu'on y fait d'assez mauvaise besogne. Si l'ordre ne se rétablit pas vite, l'incendie pourrait bien se rallumer.

Avez-vous des nouvelles de Salvagnoli? On me dit qu'il est ministre des cultes. Je fais le projet de lui écrire depuis huit jours pour lui demander un évèché ou tout au moins un bon canonicat à Florence. Le Ricasoli, qui est président du conseil, est-il celui qui nous accompagnait dans nos courses nocturnes le long de l'Arno ?

Adieu, mon cher Panizzi; faites-moi part de vos projets; quant à moi, je n'en ai presque plus :

car 011 me dit que probablement madame de Montijo viendra ici, ce qui renverserait mon voyage en Espagne.

Cannes, IC décembre 1859.

Mon cherPanizzi,

II y a un siècle que je n'ai de vos nouvelles. Depuis que nous ne nous sommes vus, j'ai fait beaucoup de chemin. Je suis allé d'abord à Madrid, où il taisait un froid de chieu. Puis, de là, en droite ligne à Compiègne, où il faisait encore plus froid, mais où du moins on avait du feu et des cheminées.

Le maîlre de la maison, qui en fait très bien les honneurs et avec qui l'on cause de rébus omnibus et qiiibiisdam aliis, n'est pas malheureusement très facile à deviner. Je lui ai parlé de vous et du désir que vous aviez de lui dire ce que vous aviez vu des yeux de la tête, pour parler comme son oncle. Il a répondu qu'il aurait été charmé de causer avec vous.

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11 me serait impossible de vous citer un mot ou un fait qui prouve de sa part une disposition pour ou coiitre la restauration des princes ; mais mon impression personnelle est qu'il s'en soucie très peu au fond ; que sa seule préoccupation est de conserver l'équilibre entre deux réputations auxquelles il prétend également : celle d'observateuf des anciens traités, et celle de protecteur du libre arbitre des peuples en matière de gouvernement. Je suppose donc qu'il y aura dans le congrès une grande conformité de vues enlre la France et l'Angleterre.

Lurd Brougham, qui est ici^ et qui, par parenthèse, me paraît bien vieilli, me dit que la nomination de lord Woodhouse comme second plénipotentiaire est excellente pour l'Itiilie. Le comte Walewski sera l'un des nôtres. Je ne sais qui sera le second. Walewski est fort porté vers \e grand-duc de Toscane; mais, bien entendU;, il ne fera et ne dira que ce que le maître voudra.

J'ai laissé lEspagne dans un paroxysme ôa fureur contre l'Angleterre et contre ses ministres, qui \ enaient de faire les plus grandes platitudes ea réponse aux impertinences de lord John Russell.

O'Donnell, pour singer l'empereur Napoléon III, voulait à toule force avoir une guerre. Dès que les Anglais ont parlé, il s'est iuiaginé qu'ils pourraient et oseraient l'enipêclier de passer le détroit, et il s'est empressé de faire toutes les concessions qu'on lui demandait, même celles qu'on ne lui demandait pas. Tout le monde s'en est indigné, et je crois qu'il aura bien de la peine à conserver son portefeuille, à moins que la guerre ne tourne si bien, qu'à son retour d'Afrique, il n'ait plus comme Scipion qu'à monter au Capilole pour rendre grâces aux dieux.

Vous aurez appris la mort de ce pauvre Charles Lenormant. Il était allé en Grèce avec son fds. Peu de jours avant de quitter Atbènes pour revenir en France, le roi Olhon a mis à sa disposition un petit cutter dont il a voulu profiter pour faire une excursion dans le Péloponèse avant le départ du bateau à vapeur. A Épidaure, ils ont été pris par le mauvais temps et mouillés jusqu'aux os. Lenormant a traversé un marais ayant de l'eau jusqu'aux genoux et sans moyens de se sécher ni de changer. La fièvre l'a pris et, le mauvais temps continuant, il a fallu essayer de gagner

LETTRKS A M. TANIZZI CS

Athènes par terre. Dans ce trajet, sans médecin, sans lit, sans couverture, il a épuisé le peu de forces qui lui restaient el il est mort deux jours après êlre arrivé. Probablement rpie, avec un peu plus de précautions et un manteau de caoutchouc, il serait encore de ce monde.

Adieu, mon cher Panizzi ; soignez-vous et pensez quelquefois à moi.

Cannes, 26 décembre 1859.

Mon cher Panizzi,

On épilogue beaucoup à Paris sur cette espèce de condamnation portée contre les Romains, condamnés à perpétuité à être les domestiques du pape.

Primo, ie dirai qu'il arrive continuellement à la guerre qu'on sacrifie un régiment pour gagner une bataille, sans qu'on en fasse un crime au général.

Sccimdo, quand les États du saint- père ne s'étendront pas plus loin que la banlieue, les Romains, s'il en est qui aient des aspirations politi-

ques, pourront se trouver dans un pays constitutionnel, en prenant un corricolo. Eu un mot, ces lamentations qu'on fait à présent sont semblables aux déclamations de ceux qui accusent la société, parce qu'elle condamne certains bipèdes à être vidangeurs.

Le passage le plus sujet à contestation est celui où l'on établit que vous et moi devons donner tant par an ;i notre saint-père le pape. A mon avis, on devrait nous laisser aux impulsions de notre générosité naturelle. Nous ne manquerions pas de proportionner nos largesses aux avantages que nous relirons de l'Église catholique et romaine. Après tout, je crois que j'avais bien jugé la figure du sphinx. Si les puissances hérétiques ne se montrent pas plus zélées pour l'Église que les catholiques, la question sera bientôt décidée.

Je suis venu ici pour chercher le beau temps; mais je ne sais où on peut le trouver. Nous avons eu de la gelée pendant trois jours, chose inconnue depuis vingt ans dans ce pays. Les orangers ont souffert. Nos jasmins et nos géraniums, que nous cultivons ici dans de grands champs, comme les na\ets eu Angleterre, ont été fricassés. Tout

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cela ne nous a pas empêchés de faire de grandes promenades avec un beau soleil, quelquefois trop chaud, de deux heures à quatre. Miss Lagden dit qu'elle voudrait beaucoup vous avoir ici pour vous faire grimper nos montagnes. Elle se chargerait de vous rendre la taille que vous aviez à vingt ans, après un mois d'entraînement. Si nous avions ici une cuisine digne de vous, je vous engagerais sérieusement à suivre son conseil; mais, excepté le mouton, qui est excellent, nous sommes dans le désert.

Notre petite colonie anglaise s'est enrichie^ il y a peu de jours, du marquis de Conyngham, et d'une fille à lui fort peu jolie, mais très grande. Nous avons en revanche des Russes assez aimables. Quant aux natifs, ils nous sont absolument inconnus. Notre vie se passe à courir les montagnes. Je n'ai plus du tout de maux d'estomac, et plus je vais, plus je suis persuadé que le soleil est un élément nécessaire à mon existence.

Je ne sais rien de l'affaire Libri^ que ce que vous savez déjà sans doute : que le garde des sceaux a chargé un magistrat d'étudier l'affaire, et d'en faire un rapport d'après lequel on abandonnerait

raccusation, le contumax se représentant. M. Lihri consentait à cet arrangement. Malheureusement, avant de quitter Paris, j'ai vu ce magistrat, qui s'appelle Barbier. Il m'a paru le vrai portrait, pour la lenteur, du barbier de Martial, qui travaillait avec tant de dextérité, que la barbe avait le temps de pousser sur la joue qu'il venait de raser, pendant qu'il rasait l'autre joue. Cependant cela ne peut durer éternellement et son ministre a promis de lui enjoindre la diligence.

Adieu, mon cher Panizzi; je pense être à Paris au commencement de mars, pour notre session.

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