‹ Lettres à M. Panizzi, 1850-1870. PubliéesChapitre 13 sur 33 · XX\II · texte numérisé non relu

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Cannes, \0 janvier 18(J0.

Mon cher Panizzi,

Je ne comprends pas grand'cliose à la retraite, plus ou moins volontaire, de Walewski. Elle ne m'a pas trop surpris cependant. Il y avait longtemps qu'il cherchait à laisser son portefeuille, mais avec l'intention de prendre celui de M. Fouhl, qui n'avait aucune envie de le lâcher. Yous sen-

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tez bien qu'avec deux personnes à mains ouvertes telles que l'empereur et rimpérairice, il faut un trésorier qui entende les alîaires, et, avec \S^alewski, l'empereur aurait été en banqueroute avant peu.

Je suppose que ^Yalewski, qui n'est pas très fort, et qui a affaire à un homme qui ne s'explique guère, a cru qu'il pouvait donner cours à ses sentiments catholiques et légitimistes. Il a été longtemps en Toscane, sa femme est de Florence, et il était personnellement attaché au grand-duc. Très probablement, il aura promis plus qu'il ne pouvait tenir, et aura fini par se compromettre. Yoilà ma version, que je vous donne pour ce qu'elle vaut. Au reste, il me semble que le sens politique de la chose, si elle en a un, est plutôt favorable qu'autrement aux Italiens. Thouvenel est un homme beaucoup plus libéral dans ses vues et bien autrement énergique. D'ailleurs, vous savez que il tempo è galant\iomo. Attendre que le repentir vienne saisir les Romagnols et les Toscans est une bonne chose, et j'aime mieux cela que de payer le pape pour l'indemniser de la privation des saucissons de Bologne. Lorsqu'il

en viendra à demander ce qu'on lui a offert, on aura le droit de lui répondre , comme dans l'épigramme que vous m'avez dite : È troppo tardi.

Les dévots en France se remuent de tête et de queue. C'est une rage et un désespoir qui sont bien amusants. Leur illusion sur les véritables idées du pays est ce qu'il y a de plus étrange et de plus ridicule. A force de se démener, ils feront ouvjir les yeux aux aveugles, et il suffira de souffler sur eux pour les faire disparaître. Avez-vous lu le pamphlet de l'évêque d'Orléans qui veut rentrer dans les catacombes? Ce qu'il y a de plus triste, c'est de voir que les orléanistes qui, pendant dixhuit ans, ont prêché pour la liberté de conscience, font chorus maintenant avec les sacristains de paroisse, disant que tout est perdu, que l'Église est violentée, etc.

L'Académie française, poussée par le philosophe Cousin et quelques autres bonnes têtes, va nommer l'abbé Lacordaire pour remplacer Tocqueville. N'est-ce pas bien édifiant, et cela ne donne-t-il pas une belle idée de leur logique et de leur bon sens !

Adieu, mon cher Panizzi ; on me charge de mille comphments pour vous.

XXYIII

Cannes, 29 janvier 1860.

Mon cher Panizzi,

J'ai lu la brochure de Villemain et j'en pense ce que vous en pensez. Il a été vigoureusement étrillé par le Times et par le Daily News, et il le mérite bien. Aujourd'hui, pour comble de disgrâce, on lui adresse des compliments dans le Journal de Rome. A Paris, son pamphlet a fait fiasco. Il y a je ne sais combien d'années, le même Villemain, alors persécuté par les jésuites, les menaçait d'une Histoire de Grégoire VII, laquelle est restée manuscrite. Quelqu'un qui la lui volerait et l'imprimerait à présent, lui jouerait un bon tour. Il est incroyable combien les passions politiques rendent hôtes les gens d'esprit. Ce que je crains, ce sont les arguments pointus comme ceux de Jacques Clément, dans lesquels l'ÉgUse catholique a toujours excellé.

On m'écrit de Paris qu'il est sérieusement ques-

tion d'une invasion des Napolitains en Roniagne. Y croyez-vous? Ne serait-ce pas le signal d'une révolution à Naples?

Bien que le pape ne m'ait pas encore excommunié, j'attribue à sa colère un rhumatisme à la hanche qui me fait souiïrir depuis trois jours. Je puis marcher, et même assez loin, sans sentir de douleurs. Elles deviennent très vives du moment que je suis assis. Je dîne à la manière des Grecs, couché sur un canapé, ce qui n'est pas commode pour manger du macaroni. Grâce au voisinage, nous avons ici du parmesan très bon.

Lord Brougham nous a quittés pour aller débiter son speech dans la Chambre des lords. Je n'aurais pas fait trois cents lieues pour l'enten dre ni pour le prononcer. Quelle activité pour un jeune homme de quatre-vingt-deux ans ! Nous n'avons pas ici trop beau temps^, mais nous nous consolons en lisant, dans le journal, le temps que vous avez à Londres. On nous parle d'un brouillard prodigieux. Ici, nous nous plaignons lorsque nous n'avons pas quinze degrés Réaumur.

Adieu, mon cher Panizzi ; que Xhnmacolata Yercjhie vous ait en sa sainte garde !

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Cannes, 17 février 18G0.

Mon cher Panizzi,

C'est un (li'ôle de temps que celui où nous vivons. Il y a tous les jours quelque petite surprise ménagée aux oisifs. Que dites-vous du confrère qu'on m'a donné à l'AcaJémie française? Cousin a dit : « Je vote pour saint Pie IX. » Thiers, Guizot, tous les burgraves ont voté pour Lacordaire, se figurant que c'était une protestation bien capable de conlre-balancer la bataille de Solferino. Comment les orléanistes sont-ils si bêtes? Nous les avons connus autrefois bien différents. Ils ne savent pas l'effet que produit leur absurde palinodie dans le public. Pour le peuple, la conduite de l'empereur avec le pape est la seule qui convienne à un souverain, et elle lui a donné une recrudescence de popularité.

On parle beaucoup en ce moment d'un ) pétition au Sénat rédigée par Yitet ou par Yillemain, on n'a pu me dire lequel, et signée par cinquante

OU soixante noms consulaires, dans laquille on demande la conservation des États du Saint-Siège. Tout étant possible aujourd'hui en fait d'absurdité, je crois à celle-ci jusqu'à preuve du contraire, et je me fais une fête d'entendre la lecture de ce factum, qui, étant rédigé par cinquante gens d'esprit, doit être des plus extravagants. J'ai vu, par contre, la lettre de Salvagnoli à Sa Sainteté pour la remercier de son concordat,, et la circulaire de Thouvenel. L'une et l'outre ont du vous amuser, je pense.

En fait de cancans, on nous dit que Garibaldi a épousé une fille qui s'est trouvée grosse de cinq mois le jour de la noce. Est-ce une vengeance du pape, et quelque monsignor a-t-il pris soin de laver ainsi les injures de l'Église? ou, comme cela est fort probable, est-ce tout simplement un canard ?

Que faut-il penser des velléités de conquête et d'intervention en faveur du pape de la part du roi de Naples ? Il parait que cela donne à Paris une certaine inquiétude; non pas, bien entendu, quant au résultat, mais la question est déjà bien assez grosse pour qu'il ne soit pas désirable qu'elle

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prenne encore d'autres proportions. Si cela continue, on pourra revoir le fameux souper de Venise, où Candide mangea avec une demi-douzaine de rois détrônés. Les Espagnols, à qui leurs lauriers d'Afrique montent la tête, prennent aussi des airs protecteurs à l'endroit de notre saint-père le pape, et prétendent lui envoyer une armée pour l'aider à reconquérir les Romngnes. Tout cela n'est pas tiès dangereux.

Je ne crois pas davantage aux préparatifs belliqueux des Autrichiens dans la Vénétie. Le baron de Bunsen, que vous aurez assurément connu à Londres, et qui est à C mnes depuis quelques mois, nous fait un fort triste tableau de la situation de l'Autriche. Il dit qu'il n'y a pas une seule province, la Bohême et le Tyrol compris, qui ne soit devenue aussi disloyal que la Hongrie, grâce aux sottises du gouvernement et au caractère entêté et méchant du jeune empereur.

Je suis à Cannes jusqu'à la fin du mois. Je serai à Paris du 1" au 5 de mars. Ne nous ferezvous pas une visite à I^âques? Si vous aviez envie de causer avec un certain personnage que vous savez, le moment ne serait pas mal choisi; seu-

lement je suppose que tout sera décidé alors. Adieu, mon cher Panizzi; rappelez-moi au souvenir de nos amis de Londres.

Paris, 25 mars 1860.

Mon cher Panizzi,

Me voici à Paris depuis quelques jours, pendant lesquels il s'est passé bien des choses. Il me semble assister à une grande représentation; si grande, qu'on ne sait jamais si un acte n'est pas une pièce tout entière. Pourtant il est évident mainteuant que Solferino n'est pas un dénoùment. On disait ce soir, cà Paris, qu'il y avait eu, à Rome, une émeute très grave, dans laquelle le peuple avait repoussé les dragons pontificaux. Il s'agissait de célébrer la fêle ou la naissauce de Garibaldi. La dépêche télégraphique, que j'ai vue, ne disait pas un mot du nMe joué par la garnison française. Peut- être, au fond, n'est-ce pas grand' chose que celte émeute ; mais tenez pour certain que toute l'Italie du Sud sera révolutionnée d'ici

à un an, si les Autrichiens ne font un retour offensif, lequel, à vrai dire, me semble peu probable, attendu le prix des coups de canon et la rareté du métal précieux dans la bourse de Sa Majesté impériale et royale apostolique.

Je viens de voir un homme arrivant de Venise. Il fait un tableau etîroyable de la situation de ce b eau pays. Notre hôtel, le palais Lorédan, où nous avons fait d'assez bons dîners, est fermé, faute d'étrangers pour le faire vivre. Il ne reste plus que Daniele, qui n'a guère que quelques rares Américains. On meurt de faim littéralement. Après avoir tiré tout ce qu'il était possible d'impôts, on taxe arbitrairement les propriétaires à un impôt forcé. La belle-mère de M. de Marcello, qui était podestat de notre temps, écrivait à son gendre (lequel a trouvé moyen de s'en aller à Corfou avec sa femme) qu'on lui demandait cent mille francs, qu'elle n'avait pas un sou, qu'on allait vendre ses meubles, puis ses terres; elle finissait en le priant de lui envoyer mjlle francs pour pouvoir quitter Venise, laissant toute sa fortune au pillage.

Les discours du Parlement au sujet de la Savoie ont produit ici un eirel diamétralement op-

posé à celui qu'on en attendait, c'est-à-dire de rendre l'annexion populaire et inévitable. La chose en elle-même ne me paraît pas trop bonne ; mais il me semble qu'il en résulte ceci : c'est que la France reconnaît et admet l'annexion de la Toscane et des Romagnes.

Pourriez-vous me dire ce que fait à Naples une escadre anglaise? A Paris, on prétend que l'Angleterre veut s'annexer la Sicile ; mais c'est un gros morceau. Tout cela rappelle la fable du chien qui porte le diner de son maître.

L'irritation des Allemands, surtout celle des petits États, contre nous est des plus grandes. Heureusement il leur manque trois choses assez importantes pour exercer leur mauvais vouloir : des hommes, de l'argent et du crédit.

Le nonce du pape à Paris, monseigneur Sacconi, vous le connaissez peut-être, était menaçant et furieux, il y a quelques jours. Il a dit dans une maison qu'il dépendait de lui d'exciter la guerre civile en France et de mettre en pièces le trône de l'empereur. Un homme sérieux lui a dit qu'il s'exposait à la police correctionnelle. Depuis peu, il est devenu beau-coup plus doux, ce qui me fait

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supposer que la cour papale a lieu d'être alarmée.

Ici, il n'y a d'agitation religieuse que dans quelques salons. Tous ne serez pas surpris que la plupart de nos amis orléanistes soient les champions du pouvoir temporel de Sa Sainteté. Il est difficile de faire une plus lourde sottise ; mais ils sont habitués à ne voir le monde que dans trois ou quatre maisons de Paris. Tout ce qui s'est passé et se qui se passe, en dehors de ces petites coteries, est pour eux non avenu.

J'ai trouvé Villemain malade et horriblement changé. C'est le succès-fiasco de sa brochure et les compliments du comte de Chambord qui l'ont rendu malade.

Le neveu de M. Fould a pris un maître d'italien, homme à mine très respectable et fort érudit, qui lui fait lire le Dante. Quand il entre chez son élève, au lieu de bonjour, il commence toujours par : Accidcjite al papal Yoilà les sentiments qu'il inspire à ses ouailles. Il me semble qu'il faut avoir la cervelle bien malade pour prétendre faire durer un pareil état de choses.

Nous aurons jeudi prochain, au Sénat, une jolie petite discussion au sujet d'une pétilion de

quatre mille Marseillais qui demandent la conservation du pouvoir temporel du saint-père. A propos, avez-vous eu la patience de lire la circulaire d'Anlonelli, et avez-vous remarqué qu'il parle des vingt et une pro\inces composant les Étals de l'Église ? Les cartes et l'almanacli de Gotha n'en donnent que vingt; la uiigt et unième e^t Avignon.

Adieu, mon cher Paiiizzi. Portez-vous bien, et donnez-moi de vos nouvelles.

Paris, le 31 mars ISCO.

Mon cher Panizzi,

Ne croyez pas que je pense le moius du monde à vous manquer de parole. J'ai gardé un trop bon souvenir de votre excellente hospitalité, de vos vins de toute sorte et du boiled beef de vos déjeuners pour ne pas y revenir dès que je pourrai. Mais notre session ne fait que commencer, et, pendant mon absence, on m'a joué le tour de

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me nommer vice-secrétaire, ce qui est une place fort sembable à celle d'une cinquième roue à un carrosse. Cependant cela me rend assez difficile de prendre la clef des champs avant la fin de mai, époque où vraisemblablement finira notre session. Enfin, d'une manière ou d'une autre, vous me verrez arriver muni de longues dents et d'un gosier que vous connaissez.

Vous savez que je ne suis pas fort enthousiaste de l'annexion de la Savoie. Je trouve comme vous que l'aff'aire n'a pas été très bien conduite. Cela lient, je pense, d'abord à l'incertitude de la formation du royaume d'Italie, et surtout aussi au changement de ministre des affaires étrangères, M. Walewski, comme vous savez, promettant au corps diplomatique beaucoup plus qu'il n'était autorisé à le faire. Maintenant l'annexion est inévitable ou, pour mieux dire, elle est consommée.

Je trouve qu'il est parfaitement niais à l'Angleterre, qui en a fait bien d'autres, de jeter les hauts cris à cette occasion, particulièrement lorsqu'elle annonce en même temps son intention bien arrêtée de n'y pas voir un casus helli. Bien plus, il est encore plus niais de dire hautement qu'on a essayé

de trouver là un motif de former une nouTelie coalition, et d'avouer qu'on n'a pu y réussir. Lord John Russell, avec sa phrase insolente et amphigourique, ressemhle à M. de Pourceaugnac, qui se vante d'avoir dit son fait au gentilhomme périgourdin qui lui a donné un soufflet.

L'Angleterre recueille ce qu'elle a semé. Elle a observé une neutralité d'abord malveillante contre nous et contre le Piémont, puis elle a reporté sa malveillance contre l'Autriche, sans se joindre franchement à nous. Aujourd'hui, elle se trouve repoussée par l'Autriche et faiblement accueillie par les Italiens. Depuis la Crimée, elle a perdu beaucoup de son prestige. Plus les industriels auront d'influence dans le Parlement, plus la politique extérieure de l'Angleterre sera timide et incertaine, et plus son rôle sera diminué en Europe. Le résultat de la grande colère montrée contre l'annexion a été de la rendre très populaire ici. J'en espère encore un autre, c'est l'engagement moral, sinon de fai(, que nous prenons, par l'annexion, de défendre l'Italie contre un retour offensif de l'Autriche.

Nous avons eu, jeudi dernier, une séance inté-

ressante au Sénat, où elles sont rares. Il s'agis-ait (les pétitions demandant d'intervenir pour soutenir le pouvoir temporel du pape. Nos cinq cardinaux et quelques bons catholiques nous ont dit les platitudes les plus triviales et les plus usées. A quoi Dupin a répondu par un discours très fort de raisonnements et très spirituel, peu élevé, mais plein de verve gauloise. Il a dit aux prélats que l'agitation dont ils parlaient était factice; qu'elle était leur ouvrage, que les bons catholiques avaient toujours distingué entre le spirituel et le temporel. Louis XIY, se croyant insulté par le pape, avait fait saisir le comtat Yenaissin, alors domaine de saint Pierre, sans qu'aucun évêque eût l'idée de protester ou même de s'apitoyer sur le saint-père. Puis il a expliqué l'origine du serment que les papes prêtent de ne pas laisser démembrer les États de l'Église. Il ne s'agit pas du tout de les soustraire à ces diminutions qui peuvent arriver à tous les gouvernements temporels. Ce serment est le remède qu'on a trouvé aux prodigalités des papes, qui donnaient de toutes mains à leurs neveux ou à leurs bâtards lorsqu'ils en avaient. Tout cela a été dit avec des

mots semi-bouffons, semi-terribles, qui emportaient la pièce. Nous avons envoyé les pétitionnaires à tous les diables, à cent seize voix contre seize.

Les bons catholiques se cotisent ici. Le duc de Luynes envoie cent mille francs au pape. De plus, Lamoricière va commander son armée. J'ai demandé à Malakoff ce qu'il en pensait : — a Au premier coup de feu, ses soldats f... le camp, et il sera pris. Ainsi soit-il ! » Il faut convenir que l'empereur a des ennemis bien mal avisés.

Adieu, mon cher Panizzi. Tenez-vous en joie.

Paris, 1" avril 1860.

Mon cher Panizzi,

Le discours de Dupin était bien meilleur dit que lu. Maint passage a été supprimé propter offensioncm gentium^ et tout a été dit avec une verve merveilleuse et des lazzi qui, pour n'être pas tous d'un goût très pur, n'en étaient pas moins très amusants. En sortant de la Cham-

bre, je lui ai dit sur l'escalier qu'il avait mitraillé (les gens qui n'avaient pas môme pu tirer un coup de pistolet. Il m'a répondu : « Quand je brosse, je frotte fort. » Il me semble que les cardinaux se sont crns obligés de parler à cause de leur habit, mais qu'ils ne se sont pas donné de peine.

Madame de Lamoricierge, comme vous l'appelez, dit à qui veut l'entendre que son mari n'a pas d'engagements. « Il veut voir ce que c'est que l'armée pontificale, et, s'il croit qu'elle est organisable, il l'organisera. Quanta faire des conquêtes, il n'y songe pas. » On laisse même croire que, dans le cas où il prendrait ce rôle d'organisateur, il commencerait par se pourvoir auprès du ministre de la guerre. Si cela avait lieu, il me paraît difficile que la permission lui soit refusée, attendu que nous ne sommes pas en guerre avec le pape.

Ce qui me paraît très probable, c'est qu'il lui arrivera ce qui advint à un très brave colonel de la garde royale de ma connaissance. Il avait refusé de prêter serment au gouvernement après 1830, et il offrit ses services au pape d'alors, qui était plus homme d'esprit que celui-ci. On les accepta avec empressement. Il trouva les soldats

bons et les officiers détestables. Il demanda qu'ils fussent remplacés. Aussitôt l'un se trouva le neveu dun cardinal, un autre le bâtard de son apothicaire, etc. Bref, après un mois d'essai, mon homme^ contrecarré sur tout, comprit qu'il n'y avait rien à faire, donna sa démission et revint en France planter ses choux. De la part de Lamoricière, aller à Rome en ce moment est déjà une lourde bévue et un honteux démenti à son passé.

Tenez pour certain qu'il n'est nullement question d'échanger les provinces rhénanes de la Prusse avec le Hanovre et la Saxe. Les annexions ne se font pas si vite que cela. Je ne crois pas que personne y songe pour le moment. Je ne comprends même que deux cas (l'un et l'autre peu prochains à mon avis) où pareil accroissement serait possible. Le premier serait l'hypothèse d'une révolution en Allemagne^, laquelle médiatiserait une partie des petits princes et des petits rois. Cela arrivera probablement un jour, lorsque les Allemands se révolutionneront et trouveront qu'ils ont un état-major trop coûteux. Je comprends que, alors, la Prusse et l'Autriche étant très

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augmentées, la France obtînt son lopin, si elle était en mesure de le prendre. L'autre cas est celui de la mort du malade de Constantinople. Si l'agonie se précipite, il est clair que toutes les grandes puissances intéressées feront des ofîres à l'empereur. Tout celi est la boîte au noir, comme on dit en termes académiques.

Yoici une nouvelle en pendant de l'annexion des provinces rbénanes, à laquelle je ne crois pas davantage, c'est que l'Autriche consentirait à céder la Vénétie moyennant finances. Comme ce serait certainement une chose très raisonnable dans sa position politique, et financière surtout, je suis bien convaincu que cela ne se fera pas.

Ce n'est pas l'intérêt qui mène les hommes, c'est la passion, et l'empereur François-Joseph a déjà prouvé, notamment par son concordat, qu'il entendait très mal ses véritables intérêts.

De tous les côtés il me revient que l'agitation dont parlent les évêques n'existe que dans quelques salons de vieilles dévotes, ou de fusionnistes aussi niais qu'elles. La masse ne se soucie nullement du pape. Un de mes amis, propriétaire dans la Vendée, pays très catholique, a trouvé que les

paysans croyaient que la Savoie appartenait au pape, et que l'empereur l'avait prise. Ils ajoutaient que c'était bien fait.

A-t-on moulé les inarbres d'Halicarnasse, notamment les charmantes amazones de la frise? Je suppose qu'on n'aurait pas d'objection à vendre ces plâtres au Musée de Paris. Je tourmente mon ministre pour les acheter. Mais, avant tout, veuillez me dire si vous croyez la chose faisable.

Adieu, mon clier Panizzi; mille compliments et amitiés,

l'aris, 25 avril lEGO.

Mon cher Panizzi,

Vous ne me parlez pas de votre santé, d'où je conclus que vous êtes quitte de la grippe. Je n'en puis dire autant, et je tousse toujours horriblement. Nous avons en outre à Paris une épidémie d'oreillons. Savez-vous ce que c'est ? C'est une douleur dans les glandes du cou et les oreilles, que le saint-père nous a envoyée évidemment avec son excommunication.

Voici, à propos du saint-père, un discours de Lamoricière au susdit : « Ayez d'abord des canons rayés, ensuite rayez quelques-uns de vos canons. »

Lamoricière a pris pour aide de camp un Français qui a été au service d'Aulriche, un M. de Pimodan, homme d'esprit qui a écrit quelques articles intéressants dans la Revue des Deux Mo7ides sur la guerre de Hongrie, Il avait à Vienne la réputation d'être un peu blagueur, mais très brave et intelligent. Vous jugez que le choix d'un Français sortant de l'armée autrichienne a été fort approuvé en ItaUe. Il paraît que le cardinal Anlonelli et Lamoricière sont à couteaux tirés. Vous devez penser si Tarmée papale gagnera à cette querelle. M. de la Rochefoucauld-Bisaccia est de retour de Rome. Il avait offert au pape un million, à une seule petite condition, c'est que le pape remettrait sur leur trône toutes les légitimités déchues. Le pape l'a remercié. Il trouve probablement qu'il a assez de chats à peigner comme cela.

J'ai vu une lettre de notre consul à Messine. Voici l'affaire. Le gouvernement, apprenant qu'il y avait eu une émeute à Palerme et qu'elle avait été réprimée, s'est affligé de n'en avoir pas une,

et, pour avoir sa part des récompenses, il a commencé par mettre deliors les galériens du bagne ; puis il a lâché après les troupes qui, toute la nuit, ont tiraillé dans les rues, sans tuer les galériens qui, étant gens d'esprit, se sont mis promptement à l'abri, mais en tuant quelques niais qui regardaient aux fenêtres. Le château en même temps a fait toute la nuit un feu d'enfer, mais à poudre. Quelle canaille! Ne dites pas que cela vient du consul de France, mais tenez la chose pour certaine.

Je suis très fâché de la fusillade d'Ortega, que je connaissais, mais il est difficile de dire qu'il ne la méritait pas. Le mal, c'est qu'il a été condamné par des gens qui avaient donné l'exemple de ce qu'il a fait.

Hier^ il y a eu un très beau bal masqué à l'hôtel d'Albe, avec quantité de très jolies femmes et de très beaux costumes. La fille de lord Cowley est charmante.

Adieu, mon cher Panizzi. Mille amitiés.

LETTRES A M. ^A^•1ZZI 91

Paris, 30 avril 18G0.

Mon cher Panizzi,

Je ne connais pas les règlements du Jardin des Plantes ; je ne sais même pas s'il y a quelque chose de semhlable ; mais j'ai écrit à mon confrère M. Flourens pour les lui demander. Il y a deux ans, le ministre de l'instruction publique, mécontent du gaspillage de l'administration du Jardin des Plantes, nomma une commission pour tout réorganiser. Les professeurs sont logés dans les bâtiments, et, quand ils n'ont pas une famille très nombreuse, on place dans les bâtiments les collections d'histoire naturelle, un peu pêle-mêle, à ce qu'on prétend.

Le Jardin des Plantes est une république. Les professeurs s'administrent entre eux, délibèrent, et tour à tour sont administrateurs, c'est-à-dire présidents de l'assemblée, correspondant en soi. nom avec le ministre. Le ministre actuel a voulu les tirer de leur douce quiétude, savoir ce

que devenaient les œufs d'autruche et les légumes et les fruits. Ces messieurs ont été demander à l'empereur qu'on les laissât tranquilles, et l'empereur, qui a beaucoup d'estime pour les savants, a prié le ministre de s'occuper d'autre chose. En somme, le Muséum ressemble beaucoup aux collèges d'Oxford et de Cambridge, othim cum dignitate. J'oubliais de vous dire qu'il y a, au Muséum du Jardin des Plantes, une petite somme pour faire voyager des jeunes gens qui ramassent des pierres, des plantes et des bêtes, pour en enrichir les collections. De temps en temps, le Muséum crie misère, et on lui donne quelque petit supplément à son budget.

Calme plat en politique. Bien qu'il n'y ait pas encore de jour ni de mois fixé pour le départ de Rome de la division Goyon, il est à peu près certain qu'elle n'achèvera pas la présente année en Italie. On m'assure que le général Lamoricière correspondait avec le ministère de la guerre ici, pour des afîaires de service. Il est toujours au mieux avec le pape, et c'est entre Mérode et le saint-père que se brasse la nouvelle organisation.

Je vois ici des gens très inquiets de la force de la minorité du parlement italien. Lorsque le roi est entré à Florence, il a trouvé sur son passage des députations de Romains, de Vénitiens et de Napolitains avec des drapeaux et des harangues, et on prétend qu'il les a trop bien reçues.

On se tue fort agréablement en x\.utriche ; mais il paraît que, si tous les voleurs prenaient ce parti violent, la dépopulation du pays serait certaine. Tous les jours, on trouve de nouvelles voleries; mais ce qu'on retrouve le moins, c'est l'argent volé. On prétend que l'empereur en est très affecté et que cela est pour quelque chose dans sa résolution de faire des réformes libérales. On m'assure qu'il est le moins éloigné de tout son conseil de l'idée de vendre la Yénétie.

Adieu, mon cher Panizzi ; si vous avez besoin d'autres renseignements, je suis tout à vos ordres.

P.-S. Comment écrire à Salvagnoli? Quel titre a-t-il et où demeure-t-il ? Montemohn se montre disposé à reconnaître l'innocente Isabelle. Les Bourbons ne sont plus héroïques. Les rouges font des progrès énormes en Espagne ; on s'attend à du tapage cet été.

94 LETTRES A M. PAMZZI

Paris, 3 mai 18C0.

Mon cher Panizzi,

Yous aurez reçu une lettre de moi qui répond à une partie de vos questions. Je viens de voir Flourens qui est pour la séparation des collections d'histoire naturelle. 11 m'a donné de nouveaux détails sur l'administration du Jardin des Plantes. Le grand défaut, à son avis, est que le professeur qui préside et signe les actes du conseil n'a aucun pouvoir, et que chaque professeur est souverain ahsolu dans sa collection. Il en résulte plus d'un inconvénient grave. Par exemple, un singe étant mort au Jardin des Plantes, M. Cuvier voulait voir s'il avait treize côtes. M. de Blainville, professeur, ayant les singes sous ses ordres, ne permit pas la vérification.

J'ai le malheur d'être pour le moment secrétaire du Sénat, ce qui m'ohlige d'une part à beaucoup d'exactitude, et de l'autre m'ennuie horriblement. J'ai bien peur de no pas être hbre

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avant la fin de la session, c'est-à-dire au commencement de juin. Je n'ai guère de goût pour Carlsbad. Yenez-vous-en plutôt à Florence ou quelque part en Italie, je serai votre homme. Si nous allions demander au saint-père un chapelet bénit?

Adieu, mon cher Panizzi ; je vous quitte pour dépouiller un scrutin : c'est une opération presque aussi divertissante que d'écosser des pois.

XXXYI

Paris, 11 mai, 1860.

Mon cher Panizzi,

Je vous écris un mot à la hâte. Je ne connais guère de savants : qui se ressemble s'assemble. En outre, ils sont encore plus coquins que nous, à l'Académie des sciences. Cependant, comme il y a des exceptions à tout, je me suis adressé à Élie de Beaumont, secrétaire de l'Académie des sciences, qui est un fort galant homme et dont la réputation est européenne. Si vous dites son opinion devant la Chambre des communes, modifiez-la

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quant à l'expression. Quant au fond, il pense, comme tous les gens sensés, que les crocodiles empaillés doivent faire retraite devant les marbres grecs et les manuscrits.

Je sais de bonne part que Lamoricière commence à en avoir assez du service du saint-père. La cour papale lui joue tous les petits tours qu'un nouveau venu peut attendre. Le cardinal Antonelli a dit il y a peu de jours à un Français que Lamoricière était un homme du plus sublime mérite. « Je lui ai parlé de tous nos embarras, disait le cardinal; il m'a tout expliqué, a trouvé des remèdes à tout, et sur chaque question il avait quatre avis différents qu'il exposait si bien et défendait par de si bons arguments, que j'aurais été bien embarrassé de choisir. »

Il y a fort peu de Français qui aient ofiert leurs services. La plupart sont des jeunes gens de familles carhstes qui demandent à être colonels.

On donne pour certain que Garibaldi est parti pour la Sicile. Qu'y pourra-t-il faire? c'est ce que personne ne sait ; mais il paraît que, quoi qu'il arrive, M. de Cavour ne regrettera pas beaucoup son absence.

Adieu, mon cher Panizzi ; je ferme ma lettre et je vais faire une vi-ile officielle.

XXXYIl

Paris, -iZ mai 1860.

Je savais que les Anglais étaient gens d'imagination et enclins parfois à prendre des vessies pour des lanternes ; mais vous, cosmopolite et hoinbre de razo?i, comme disent les Espagnols, vous me cassez bras et jambes avec votre accusation de complicité avec Gaiibaldi! Mais, en même temps, vous me dites que l'empereur veut s'allier aux Russes pour faire du mal à l'Angleterre en Orient.

Il me semble que les deux reproches ne vont pas bien ensemble. Si vous accusiez un homme d'avoir voulu mettre le feu à votre blé, vous ne commenceriez pas par dire qu'il a débuté par l'inonder. Pour moi, il me paraît assez éNidtnt qu'une nouvelle complication en Italie ne doit pas laisser à la France une trop grande liberté d'action en

Orient,, et vice versa. Il faut choisir entre les deux crimes, et ne pas nous charger des deux à la fois. Je crois pouvoir vous assurer que, pour ce qui concerne l'Orient, M. de la Valette apporte les instructions les plus pacifiques et qu'il n'y aura rien, de notre côté, pour précipiter une catastrophe, qui pourtant me paraît iné\itable.

Quant à Garibaldi, il n'y a que moi, ici, qui m'intéresse à son expédition, et je crois qu'elle a déplu énormément à l'empereur, qui se disposait à évacuer Rome le mois prochain et qui se trouve bien empêché à présent entre l'enclume et le marteau. Je ne crois pas davantage que l'Angleterre ait aidé à l'expédition, bien que les apparences et les dépêches télégraphiques tendent à faire supposer le contraire. L'expédition de Garibaldi me plaît, parce que j'aime les romans et les aventures. Au fond, il est assez triste qu'un héros de roman puisse mettre l'Europe en feu. Remarquez que nous sommes en plein moyen âge. Lorsque Tancrède et ses Normands s'embarquèrent pour la Sicile, il n'y avait pas de droit international en Europe. Maintenant on prétend qu'il y en a un, et on le cite même, à l'occasion de quelques

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arpents de neige du Faucigny ; mais il demeure bien entendu que c'est la force qui constitue le meilleur droit. Si un Grec partait de Marseille pour émanciper les îles Ioniennes, qui demandent à être annexées au royaume de Grèce, l'Angleterre jetterait les hauts cris ; mais il y a un mois que lord John disait en plein Parlement que la flotte anglaise croisait devant la Sicile pour être utile à des gens opprimés.

Le mal de la chose, c'est que, d'après tout ce que nous apprenons, l'expédition de Garibaldi est partie malgré le gouvernement de Yictor-Emmanuel. Les sociétés secrètes sont beaucoup plus puissantes que M. de Cavour. Or je crains qu'elles n'aient pas autant d'esprit, et que, par désir de trop avoir, elles ne nuisent fort à une cause très juste et très en bon train jusqu'à présent. Lorsqu'un peuple se soulève et met son souverain à la porte, cela faisait autrefois un grand scandale. La grande habitude qu'on en a prise a fait qu'à présent on accepte assez facilement le fait accompli. Mais il est plus grave d'aller délivrer le voisin, et cela fait faire des réQexions à tout le monde. Lord Cowley disait hier que toutes les chances

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semblaient contraires à Garibaldi. Il y en a une à mon avis, c'est la qualité des troupes de Sa Majesté napolitaine, qui rend possible une défaite et une défection. Nous verrons, d'ici à quelques jours.

La note russe a fait un grand effet aujourd'hui. Un congrès peut difficilement remédier aux dernières coliques du malade. S'il a survécu à l'empereur Nicolas, il n'a pas gagné de nouvelles forces. M. Thouvenel me disait deinièrement que ce qui rendait la question d'Orient si difficile, c'est que les Turcs, dans l'état de décomposition où ils se trouvent, recouvraient une autre société chrétienne non moins pourrie. « Représentezvous, disait-il, plusieurs caput mortuum les uns sur les autres. Les Grecs et les Bulgares sont de plus grandes canailles que les Turcs. Il faudrait commmencer par tout exterminer et faire une colonie d'honnêtes gens. »

Je ne crois pas à une guerre entre la France et l'Angleterre pour les affaires d'Orient. Le champ de bataille manque. Le malheur, c'est que tons les fous s'entendent des deux côtés du détroit pour saisir tontes les occasions d'éclian-

ger (les injures, et les hommes d'Klat, ou soidisant tels, en disent aussi quelquefois délie grosse. Pourtant, il y a de part et d'autre l'intérêt de tout le monde, qui sera, j'espère, plus puissant que l'envie de faire des phrases et de dire des gros mots.

J'en reviens toujours à mes moutons. Depuis plusieurs mois, l'Angleterre suit une politique de bascule qui me semble détestable. Faute à elle de s'être déclarée dès le commencement de la question itaUenne, nous avons eu la guerre, puis, après, une mauvaise paix. Qu'y a-t-elle gagné ? L'Autriche lui doit probablement la conservation de la Vénétie : vous savez quelle est sa reconnaissance. Ici, on l'accuse d'exciter le désordre en Italie. Ni en Allemagne, ni en Russie ni en France, elle n'a d'alliée, et je crois que c'est sa faute. Quand on affiche trop publiquement la politique des intérêts, on oblige tout le monde à regarder au sien.

Adieu, mon cher Panizzi ; mille amitiés.

XXXYIII

Paris, 31 mai 1860.

Mon cher Panizzi,

Il n'y a rien de plus drôle que les figures de la légation napolitaine ici. Ils ont eu la simplicité de croire à la première dépêche de leur gouvernement annonçant la défaite de Garibaldi, malgré l'expérience qu'ils auraient dû avoir de sa véracité. On croit ici que toute l'île, Messine exceptée, est au pouvoir des insurgés.

Le prince Napoléon, chez qui j'ai dîné aujourd'hui (avec Senior), avait une lettre qui racontait comment, de six mille Napolitains sortis de Palerme, il en était rentré quinze cents sans sacs et sans fusils, et ne pouvant donner des nouvelles des quatre mille cinq cents autres. Il y avait aussi à dîner le duc de Grammont, qui va à Vichy pour des coliques hépatiques.

Il donnait des renseignements assez curieux sur Rome. Lamoricière a voulu visiter un magasin de voitures d'artillerie. Après avoir fait grand bruit à

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la porte sans pouvoir trouver un concierge, ni un garde quelconque, il allait la faire ouvrir par des sa peurs, quand un monsieur s'est présenté avec une clef, et, en l'introduisant, lui a demandé ce qu'il y avait pour son service, et s'il avait besoin d'une voiture. Après avoir joué quelque temps au propos interrompu, il s'est trouvé que, depuis longtemps, le dépôt était loué, les cliarriots vendus, et qu'on faisait des carretelle * dans le magasin au lieu d'affûts. Ailleurs, à la place d'un magasin de fusils, il n'a trouvé que des toiles d'araignée, les fusils ayant été vendus trois pauls la pièce comme hors de service, par un bon catholique, qui cependant avait trouvé moyen de se les faire acheter trente pauls. Malgré tout cela, Lamoricière a une vingtaine de mille hommes, dont douze mille environ Suisses, Irlandais et Allemands qui sont tolérables.

On prétendait que l'évacuation de Rome, qui était ordonnée, avait été suspendue, depuis l'équipée d'Oibitello. Je crois pouvoir vous assurer que le gouvernement désire beaucoup retirer nos troupes, et qu'il n'y a que la considération d'un dan-

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