A Saint-Césairc, clicz le docteur Maure
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de la mer, nous avions chaud et les orangers ont des fruits mangeables. Il y croit des asperges sauvages dont nous nous régalions et qui me rappelaient ritalie. Les aimez-vous ? on les adore ou on les déteste.
Notre discussion de l'adresse a dii vous intéresser. Bien que nos gens soient des vieillards très goutteux, très écloppés pour la plupart, ils ont montré une ardeur toute juvénile à crier et à faire tapage. Nous autres gens sensés et philosophes, nous ne pouvons pas nous figurer ce que deviennent de vieux généraux en pouvoir de femmes. La peur du diable les prend, et, par suite, l'amour de notre saint-père le pape, dont le diable est le gendarme ou le premier ministre^ si vous voulez.
On m'écrit que c'est encore bien pis dans les salons de Paris. On vous appelle un homme sans mœurs si vous doutez que le pape ne soit un saint martyr et M. de Goyon un tison d'enfer crucifiant le vicaire de Jésus-Christ. Par contre, il ne paraît pas que le reste du public se montre très enclin à celte mode de dévotion. On m'a écrit que les étudiants font du tapage, que les ouvriers disent de mauvais propos aux prêtres, enfin qu'il
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y a une agitation assez mauvaise des deux côtés.
La discussion de l'adresse dans le Sénat me semble au fond assez bonne. M. Billault a usé du dernier argument, qui, à parler franchement, est le seul bon, au point de vue français. C'est lorsqu'il a dit qu'après avoir occupé Rome, nous serions mal reçus à voulo-ir empêcher un autre de l'occuper. Or, cet autre, ce sont les Autrichiens, que le pape appelle de tous ses vœux. Nous ne sommes pas en position d'entamer une guerre qui pourrait devenir générale. Cependant, à la manière dont il a parlé de l'obstination de la cour (le Rome, il y a lieu d'espérer que le gouvernement français comprend la nécessité d'en finir.
Ici, on est, ce me semble, assez effrayé du changement du ministère italien. Je ne parle que par l'impression que me donnent les journaux et le peu de lettres que je reçois. On ne croyait pas que M. Ricasoli fut bien disposé pour la France, on le regardait même comme décidément hostile à l'empereur ; mais, eu même temps, il avait la réputation d'être très franchement contraire au parti du mouvement qui est le plus dan~ greuxe et pour vous et pour nous. J'ai rencontré-
îilusieiirs fois M. Ratazzi à Paris. Il ne paye pas de mine ; il a l'air timide et embarrassé ; cela tient peut-être à ce qu'il ne parle pas le français 1res facilement. Il a fait, d'ailleurs, un bon discours dans un dîner qu'on lui a donné ici.
Adieu, mon cher Panizzi; miss Lagden et misivess Ewers me cliai'gent pour vous de mille amitiés •et compliments.
Cannes, 21 mars 18G2.
Mon cher Panizzi,
Votre lettre, qui a dii se croiser avec la mienne^ «t qui m'a été adressée à Paris, je ne sais par qui, portait cette suscriplion : à Kenné-Vard. Cependant, elle est arrivée à Cannes (Alpes-Maritimes). Ce qui fait grand honneur à l'administration des postes.
M. Fould m'a fait nommer membre du jury international pour les faïences et porcelaines. 11 en résulte que je serai à Londres le 1'' mai, sinon plus tôt. Je n'ai pas besoin de vous dire
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que je m'arrangerais merveilleusement de votre hospitalité, qui m'est déjà si connue; mais je ne sais pas encore bien de quelle façon je dois être à Londres et pour combien de temps. Non pas que je craigne que vous n'abusiez de votre position pour me faire voter en faveur de votre fabricant de pots de chambre; mais, d'une part, si la chose durait longtemps, je ne voudrais pas vous embarrasser ; de Tautre, je ne sais pas s'il n'y a pas un liôtcl pour les infortunés dans ma position. Enfin nous verrons. Quand je serai à Paris, j'en saurai plus long et je vous dirai tous mes projets.
Je quitte Cannes mardi prochain, désolé de laisser des champs couverts de violettes et d'anémones pour les boues de Paris.
Je suis sans nouvelles ici. Il me semble qu'il y a de l'agitation à Paris, ce à quoi la discussion de l'adresse n'a pas peu contribué. On nous a rendu des institutions parlementaires ce qu'il y a de plus inutile, sinon de plus nuisible. Cependant cela peut avoir un bon effet, celui de prouver à l'Europe que la parole est a^sez libre dans nos assemblées politiques.
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Il me semble qu'il résulte de la discussion du jiaragraplie relatif aux atTaires de Rome, que tout le monde s'accorde à décerner au gouvernement du saiut-père un brevet d'incapacité et de sottise. C'est quelque chose, mais pas encore assez. Je compte beaucoup, pour terminer la question, sur l'emploi du vinaigre, dont nus prêtres font un si grand usage.
Mais qu'arriverait-il si, au lieu de dépenser quinze ou vingt millions par an à tenir garnison à Rome, on en dépensait cinq ou six à acheter les consciences du sacré collège? Je me suis toujours laissé dire que la simonie était pratiquée à Rome sur une grande échelle. Le duc de Mudène, voire légitime souverain, obtenait ce qu'il voulait avec une douzaine de zampetli.
Cousin a quitté Cannes hier. II est guéri de son mal de gorge, mais le sang qui le tourmente s'est jeté dans ses jambes. Il a des varices qui l'inquiètent, et il va à Montpellier pour se l'aire faire des caleçons en gulta-percha. Je l'ai tiouvé très raisonnable, mais les lettres de ses amis les burgraves, qu'il me montrait de temps en temps, ne le sont guère. Ce sont des fous qui
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ne peiisenl qu'à détruire, sans examiner si l'édifice ne leur tomberait pas snr la tête.
M. Fould dans une de ses dernières lettres me demandait de vos nouvelles; sa conversion de la rente a eu plein succès, mais il a contre lui une masse d'ennemis dont les pins dangereux ne sont pas les déclarés. Cependant il me paraît avoir ];on courage, et bonne dispo.-ilion de mordre qui le mordra.
Adieu, mon cher Panizzi ; mille amitiés à nos amis. Jeudi ou vendredi prochain, je serai à Paris, et vous aurez bientôt communication de mes plans.
XCYI
Paris, 31 mars 1SG2.
Mon cher Panizzi,
Il y a certainement beaucoup d'agitation sourde à Paris et ailleurs ; m;»is les choses sont loin d'en être au point où Duvergier de Ilauranne et autres grands politiques les voient. On souffre de la crise monétaire, de la crise alimentaire, de la crise relikneuse. Les orléanistes et les légitimistes
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se donnent beaucoup de mouvement pour faire tomber lavoiile sur leurs tètes. Bien qu'ils soient experts en celte manœuvre, elle me paraît encore solide ; mais il est cerlain que ni les ministres ni les Chambres ne plaisent au public. On aspire vers quelque chose qui ne soit ni le passé ni le présent.
Le prestige de l'empereur n'a pas diminué dans les masses ; et les classes qui se disent intelligentes aboutiront, je crois, avec tous leurs efforts, à donner à son gouvernement une tendance plus démocratique. Je ne suis pas de ceux qui s'en réjouiront, mais je ne vois pas trop comment il pourrait en être autrement. La passion est si aveugle, que les parlementaires et les aristocrates, qui pourraient empêcher la balance de pencher d'un côté, la précipitent au contraire. Malgré le goût furieux qu'on a pour l'argent aujourd'hui, il y a une foule de gens qui, au risque de compromt'ttre leur fortune, mettent des bâtons dans les roues de M. Fould.
La grande nouvelle est le retour de la Valette. Il paraît qu'il est venu dire ici qu'il était impossible de vivre à Rome avec Goyon, et qu'il fallait en retirer ou lui, la Valette, ou bien l'autre.
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Ce soir, on disait que le maréchal Niel allait remplacer l'un et l'autre et être à la fois ambassadeur et commaudant du corps d'armée. Ce serait une singularité qu'un ambassadeur avec une armée; mais, enfin, cela vaudrait mieux que ce qui existe et ce qui a trop duré.
Un officier français qui revient d'Italie me dit que la fusion des volontaires avec l'armée régulière est très malheureuse et qu'il en résultera un atfaiblissement notable pour l'armée italienne. Nos armées républicaines d'autrefois ne se sont pas trop mal trouvées de semblables mesures; mais, ici, ce qui me paraît grave, c'est la force que cela va donner au parti progressiste, aux impatients qui peuvent tout perdre. Ce temps-ci devrait pourtant conseiller la patience.
L'Allemagne, avec ses princes imbéciles, se détraque davantage de jour en jour. Le roi de Prusse me paraît avoir des velléités d'imiter Charles X, et il pourrait bien avoir le môme sort. Il se trouve dans nue singulière position, pouvant se mettre à la tête d'une révolution où il a tout à gagner, ou bien d'une contre-révolution où il a tout à [)eidre.
Adieu, mon clier Panizzi. Je pense que je (lois être à Londres pour le 1" mai. Je crains que vous n'ayez de moi plus que vous n'en voudrez.
XCYII
Paris, 9 avril 18G2.
Mon cher Panizzi,
On est toujours ici dans la sotte situation dont je vous ai parlé il y a quelques jours. Tout le monde voit le mal et fait des prédictions sinistres ; on dit à Sa Majesté où le bât blesse, et il ne paraît pas près de prendre une résolution.
En attendant, l'anarchie fait des progrès. Les prêtres imaginent tous les jours quelque sottise nouvelle. L'archevêque de Toulouse veut célébrer par une grande fête l'anniversaire d'une conspiration huguenote à Toulouse, et a annoncé une fête solennelle en commémoration d'un petit massacre qui eut lieu en lo62. Il y a de quoi exciter une émeute à Toulouse, où il y a des rouges et des blancs, également mauvaises têtes.
J'ai dîné hier avec trois ministres, tous les trois désolés et désespérant de se faire écouter. Un d'eux, et c'est le plus éloquent de la bande, m'a pris à part pour me prier de parler au maître et de lui dire l'état des choses. « Comment voulezvous qu'on m'écoute, lui ai-je dit, moi, qui n'ai pas qualité pour être écouté? — C'est précisément à cause de cela, m'a-t-il répondu, que peut-être on vous écoutera. »
Les papistes du ministère, et il y en a plusieurs que bien vous connaissez, lui montrent la révolution déchaînée et lui disent qu'il n'y a de salut que dans les bras des prêtres et des blancs. On prête ce mot à une grande dame, mais je n'y crois pas : « Je n'aime ni les blancs ni les rouges, mais plutôt les blancs que les rouges! » Si cela continue, elle veri'a ce que peuvent les blancs et ce qu'ils feront pour la défendre.
On disait hier au soir que M. de la Yaletlc allait retourner à Rome et que Goyon serait rappelé. Ce serait une bonne chose, mais il y a déjà longtemps qu'on nous promet cela, et toujours nous attendons. J'ai des nouvelles d'Italie de source que je crois très bonne. On me dit qu'à Naples l'im-
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mense majorité est pour runilé italienne, que les bandes sont très peu nombreuses, très peu dangereuses, et que le personnel ne se compose que de voleurs. En Sicile, le désordre est plus grave; on pille et on vole partout avec impunité. Impossible d'avuir des recrues pour l'armée.
Au sujet delà tournée triompbale de Garibaldi, on prétend que les journaux ont fort exagéré l'effet qu'il a produit. On est allé le voir et Tentendre comme on va à un opéra nouveau. Personne n'attache grande importance à ce qu'il dit ni à ce qu'il fait. C'est une béte curieuse. Le mal, à mon avis, c'est qu'il y a tant de bêtes prêles à suivre celle qui va brouter sur le bord d'un précipice!
Pensez aux commissions que vous aurez à me donner. Selon mon usage, je viendrai sans habits et je puis vous apporter ce que vous désirerez; j'espère, d'ailleurs, que vous n'avez pas besoin d'un piano à queue.
On joue un mélodrame ' samedi prochain et Ton
1. Les Volontaires de 181 i, par V^ictor Séjour, dont la première représentation n'eut lieu au théâtre de la Porte-Saint- Martin que le mardi, 22 avril 18C3.
s'attend à un tapage horrible; car, maintenant, c'est au spectacle qu'on fait de l'opposition.
Adieu, mon cher Panizzi ; quand vous vous ennuyez où vous êtes, réfléchissez que vous êtes dans le se ul pays où on peut être sur de son lendemain.
Paris, 18 avril 186?.
Mon cher Panizzi,
Que vous dirai-je de la politique ? L'anarchie est toujours en nos conseils. On a cru un instant qu'on allait changer quelques ministres, puis rien ne s'est fait. Il est évident pourtant ([ue les choses ne peuvent pas demeurer longtemps in statu quo, et il faudra bien que la balance penche d'un cùlé ou de l'autre.
Lord Palmerston n'a pas fait avancer la question de l'évacuation par son discours de l'autre jour. Était-ce de sa part étourderie naturelle à un jeune ministre comme lui; mauvais vouloir pour nous, ou désir de popularité ? je n'en sais rien ; mais je regarde son discours comme un embairas
déplus dans une affaire où il y en a déjà tant. 11 paraît que Ratazzi offre mainlenanl de garantir au pape la possession des États qu'il conserve à présent, et qu'il prendrait l'engagement de les faire respecter. Mais comment empêcher les Ilaliens de Rome de mettre à la porte le saint-père s'il n'y a plus qu'eux pour le garder? Le voyage de Garihakli, et surtout ce qu'il a dit au sujet de Mazzini, a lait ici un très mauvais effet. C'est un personnage dans le genre de la Fayette, que ses bonnes qualités, mêlées à la faiblesse de son caractère, rendaient très dangereux. On me dit que ces ovations qu'il reçoit partout ne prouvent pas qu'il ait une grande influence ; qu'on honore en lui son dévouement et son désintéressement sans adopter sa politique. Cela est possible; mais, ici, on s'effraye facilement de tout ce qui ressemble à de l'agitation révolutionnaire, et, par peur du rouge, on en est venu à proscrire le rose.
On ne sait rien encore sur ce qui se fera pour l'ambassade de Rome. La Valette paraît bien décidé à n'y pas retourner s'il doit y retrouver Goyon. Les paris sont ouverts pour l'un et pour l'autre. Ce qui me paraît le plus probable, c'est
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«jiron enverra à Rome quelque général qui réunii'a les fonctions diploinaliques et le commandement militaire. Encore une cute mal taillée ! Adieu, mon cher Panizzi. J'espère que votre rhume vous aura quitté.
Paris, 2:5 avril 1862.
Mon cher Panizzi,
On nous parle beaucoup de la confusion qui règne dans la commission anglaise de l'exposition. Il n'y en a pas moins dans notre commission française, si bien que yi ne sais pas encore quel est mon destin. Les uns me disent que je suis président d'une classe, les autres, simple membre. Je me soucie autant de l'un que de l'autre, pour l'honneur et le profit ; la grande question, c'est de savoir quand je dois être à Londres. De toute façon, j'y serai très prochainement ; mais je vous préviendrai toujours deux jours d'avance.
Ce que je vous disais de l'olfre faite par le