IV PREFACE
pour lequel Napoléon III avait du goût. Ces deux volumes contiennent de véritables dépêches diplomatiques de Mérimée, où l'histoire dès maintenant peut rechercher les secrètes pensées et les secrètes espérances de la politique impériale. Panizzi était l'ami de M. Gladstone, et certaines lettres de Mérimée au directeur du British Muséum étaient, en réalité, des lettres de Napoléon III au chancelier de l'Échiquier.
Mais cette correspondance n'est pas seulement une correspondance politique. Mérimée était de l'école de Stendhal. Le spectacle de la vie humaine l'intéressait et l'amusait par tous ses côtés, graves et plaisants, sérieux et gais. Il ne haïssait pas les histoires un peu vives, et il les racontait avec un art délicieux.
Nul n'a vu de plus près que Mérimée la cour du second empire. Il n'était pas seulement des grandes séries do Fontainebleau et de Compiègne ; il était des petits lundis des Tuileries et des petites séries de Biarritz. Aussi la chronique mondaine de l'Empire tient-elle une place considérable dans ces lettres, qui foisonnent en anecdotes hardies, très hardiment contées.
Cette correspondance al)oiide en détails curieux et piquants sur la vie intime do l'empereur et do
rimpératrice. Mérimée raconte ;\ son ami Panizzi les petites brouilles et les petites bouderies de ménage, les petites querelles et les petites scènes de famille. C'est, par exemple, le 15 novembre 1863, à Compiègne, le jour de la fête de l'impératrice. Le prince Napoléon est assis à la droite de l'impératrice... L'empereur lui dit de porter un toast et de faire un speech. Le prince fait la grimace. Très spirituellement l'impératrice s'empresse de dire : « Je ne tiens pas beaucoup au speech... Vous êtes très éloquent, mais vos discours me font un peu peur. » Nouvelle sommation de l'empereur. Le prince répond : « Je ne sais pas parler en public. — Alors, dit l'empereur, vous ne voulez pas porter la santé de l'impératrice? — Si Votre Majesté le veut bien, je m'en dispenserai.» Le prince Joachim Marat porte le toast. On quitte la table un peu ému...
«Cependant,» dit Mérimée, i<- Thôte eil'hôi esse ont » gardé leur sang-froid ordinaire, et l'impératrice a » môme pris le bras du prince pour passer au sa- » Ion. Le prince est resté là fort isolé, tout le monde » l'évitant et, lui, faisant une mine boudeuse et mé- » chante qui le faisait ressembler fortà Vitellius. »
De cette scène extraordinaire, la lettre du 18 novembre fait le tableau le plus animé, le plus vivant.