‹ Lettres à Madame d'EpinayChapitre 100 sur 181 · I. Paris, 1762. C'était la quatrième · texte numérisé non relu

I. Paris, 1762. C'était la quatrième

f . Voici comment La Riyière parle des Dialogues : « On les attribue à on étranger, homme de lettres et homme en place, qui sHiitéresso assez au bonheur de la France, pour yous faire part de ses réflexions sur un objet si imposant. Cet honnête Napolitain fait, dans son ouvrage, des sorties très malhonnêtes contre les partisans de la liberté de ce commerce. Hais

' qu'importe ; c'est une preuve sans doute du Tif intérêt qu'il prend à ce qui nous regarde. Laissons donc cet objet pour ce qu'il vaut. Ne lui disons point comme Ménippe à Jupiter : Tu as donc (orl, puisque tu prends ton tonnerre Cet auteur parait même mériter d'autant plus d'indulgence, que son ouvrage appartient tout entier au génie : on remarque tout le feu de l'imagination qui semble être le caractère particulier des ultramontains. Cet ouvrage, rempli de métaphores heureuses, de choses fortement exprimées, parce qu*elles .sont fortement senties, d'images vives et brillantes, où l'imagination se joue et s'abandonne à elle-même, sans garder aucun ménagement, est un mélange bizarre de quelques vérités jointes adroitement à beaucoup d'erreurs. U me paraît fait non pour convaincre, mais pour séduire, malgré la bassesse de quelques comparaisons qu'on y .trouve, le manque de justesse de quelques. expressions dont il se sert, le trivial, pour ne rien dire de plus, de quelques fi^çons de parler qu'il, emploie... Tout ce que je me propose, c*est d'arracher à ses maximes l'enveloppe imposante qui les couvre \ c'est de les présenter dans toute leur simplicité et de les rapprocher les unes des autres, afin que mes lecteurs,

. après les avoir jugées séparément, puissent les juger encore dans leur ensemble \ et des contradictions frappantes qui régnent entre elles tirer une nouvelle preuve de la fausseté dont elles sont toutes en leur particulier : peut-être seront-ils surpris de<^oir combien l'art de leur parure cache en files de difformités. • (p. 3i6). — Et encore : « Vous, dont les conseils généreux retrancheraient tout d'un coup 176 millions du revenu national; TOUS, qui Toulez encore arrêter ^accroissement prodrgieux dont il est susceptible, vous seriez, sans le savoir, cet ennemi, et cet ennemi dangereux, si votre système ne choquait les Térités les plus communes aujourd'hui, et n'était rempli dé contradictions multipliées qui révolteront quiconque vous lira froidement et sans prévention. • (p. 363). — Enfin il termine ainsi : ■ Les écarts dans lesquels son imagination Ta précipité, sont une belle leçon pour ceux qui veulent ridiculiser l'évidence des principes immuables de

. l'ordre social, parce qu'ils n*ont jamais pris la peine de fdire ce qu'il faut pour se les rendre évidents; qui traitent légèrement les ^andes questions économiques, et se croient en droit de les décider, avant de s'être nourris, de s'être pénétrés des premières vérités dont on ne doit jamais s'écarter. ■ {V Intérêt général de l'Etat ou la liberté du commerce des blés, avec la réfutation d'un nouveau système publié en forme de Dialogues^ Amsterdam et Paris, 1770, in-l2,de 416 p.)

plaisanteries le& plus délicates. Au reste, je ne tiens nullement à ma plaisanterie ; je n*ai voulu que vous amuser, vous et Grimm le cruel, et je suis payé de ma peine, puisque vous avez ri. Si la plaisanterie est imprimée, choisissez bien votre moment pour la publier, car il n'y a que rà-propos à Paris ; et surtout n'allez pas la faire paraître au moment de quelque bagarre et de quelque crise des parlements et des iinances ; on n'y ferait aucune attention : il arrive tant de choses chez vous S qui diminuent mes regrets de ne pas me trouver à Paris dans ce moment-ci ! Je crois que mon départ vous a porté guighon. Ainsi, je compte qu'on me rappellera, comme on descendra lâchasse de sainte Geneviève, pour que le calme et la bonne gaieté reviennent.

J'ai vu une lettre de madame Geoffrin au baron de Gleichen. J'y ai vu qu'elle m'aime encore; je n'en ai pas douté un instant; je suis pourtant 'bien aise de me confirmer dans ma croyance. Je me sens un incroyable désir de lui écrire, aussi bien qu'à mademoiselle Clairon ; mais je veux laisser écouler la foule des lettres du nouvel an ; car, dans ce moment-ci, les lettres s'égarent aisément, et je suis toujours furieux de la perte des miennes. Adieu ; mille choses à tous. J'ai écrit ce soir à M. Baudouin; Magallon ou Nicolaï pourront vous procurer la lecture de ma lettre, et assurez M. Baudouin que je n'ai rien de caché pour vous, et que même mon intention est que

t. Après le lit de justice du 27 juin 1770, qui annulait les procédures faites par le Parlement contre le duc d'Aiguilloo, et la visite du roi au Parlement, le 3 septembre, pour y faire enlever les pièces du procès, avaient . eu lieu : le 27 novembre, la publication de Tédit qui défendait l'union des Parlements; le 7 décembre, un nouveau lit de justice pour l'enregistrement de cet édit; le 8, la suspension du cours de la justice par le Parlement; le 24, le renvoi de Choiseul. A la suite de nouvelles remontrances, le, 19 janvier, les magistrats reçurent ces fameuses lettres de cachet, début du coup d'État Maupeou.

VOUS me voyiez, autant qu'il est possible de voir et d'entendre un absent.

(Rép. au n° 37.) -^ Naples, i2 janvier 1771.

Ma belle dame, toutes vos lettres, qui me donnent du chagrin, me paraîtront toujours maussades ; et vous m'en donnerez toutes les fois que vous en aurez. Je voudrais ou vous consoler ou vous conseiller. Uun et l'autre sont difficiles. Cependant, tant à l'égard des affaires publiques que de vos chagrins domestiques, vous voyez que l'excès est l'avant-coureur du remède et du changement. Consolez-vous donc du moins de ce que cet excès si désirable est arrivé plutôt qu'on ne croyait. Voyons donc le changement.

Je vous remercie d'es détails de Thomas ^ En vérité. Dieu, dans ce siècle, fait des miracles en faveur des athées, et ils devraient au moins, à la vue de ceux-ci, se convertir. Auraient-ils pu espérer que la France enfière, et les parlements surtout, seraient si occupés qu'ils n'auraient pas le temps de pouvoir croquer un académicien grillé en guise de côtelette, lorsqu'ils déjeunent à leur buvette? Il faudrait être diablement surchargé d'affaires pour n'avoir pas même le temps de rôtir un athée ; et cependant c'est arrivé. A présent ils en sont quittes pour la peur, quoique dans le préambule de l'édit du lit de jus-

i . Ou plutM sur Thomas et sa réponse au discours de réception de Loroénie de Brienne (6 sept. i770), dont l'impression avait été défendue, et qui faillit lui attirer de plus grands désagréments encore, si nous en croyons ce passage un peu ironique, il est yrai, de Grimm : « Il fut question de mesures très graves contre Tauteur, comme d'être mis à 'la Bastille, rayé dn tableau des Quarante, peut-être pendu en place de Grève pour le bon ordre. ■ Corresp. liU,j t. XI, p. 146.

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iice*, il leur soit prorais qu'on gardera pour le dessert le Système de la nature, lorsqu'on sera débarrassé du système politique français et de la prétendue unité des classes. Enfin, ils vivent encore, et ce n'est pas un petit profit pour eux.

Vous m'avez envoyé un compte charmant, et qui me fait voir plus riche que je ne croyais'. L'argent que vous avez reçu doit être passé dans les mains du duc de Villa*- Hermosa', par l'entremise de M. deMagallon; mais je vous dirai cela plus précisément la semaine prochaine. En attendant, je vous dis que j'ai été surpris de ne trouver, dans le bilan que vous m'avez envoyé, rien de donné à madame de la Daubinière. Cependant elle a reçu quelque argent de moi, et je vous renouvelle mes prières de l'assister, même avec quelque peu d'argent. Aimez-moi, et embrassez tous mes amis : le baron et la baronne en sont. Adieu.

(Rép, à la lettre qui n'a point de n^, et au n" 38, qui mériterait de n'en

pas avoir ndi plus.)

Naple&, 1 9 j an vier 1 7 7 J »

Ma belle dame, je vous plains, je m'attriste, et je voudrais vous consoler et vous conseiller, en même temps

\ . Le lit de justice tenu à Versailles le 7 décembre 1770, et où fut enregistré redit qui reproduisait en Taggrayant celui du 27 novembre contre les parlements et leur interdisait de se servir des mots d'unité, d'indivisibilité, et de classes.

2. Ami, et peut-être parent, du marquis de Mora, avec lequel il visita Voltaire àsPerney, en avril 17 6S. Le titre de duc de Villahermosa, avait été créé au ^3t%l" siècle pour branche cadette de Ja maison de Borgia, formée par don Carlos Borgia, second 6ls de Jean Borgia, lequel avait pour père François Borgia, IV* duc de Candie, mort en 1573, et canonisé sous le nom de saint François Borgia. Le frère aîné de Carlos Borgia, François- prit le titre de prince de Squillace, porté d* abord par un frère de César Borgia et du l*' duc de Candie.

200 LETTRES De'l'ABBT!! OALIANI

que je suis persuadé que vous n*en avez pas besoin. Quelle folie vous prit d'aller faire des enfants avec M. d'Épinay! Ne savez-vous pas que les enfants ressemblent à leur père? Vous voyiez que M. d'Épinay était prodigue; il fallait donc faire des enfants avec mon ambassadeur, le marquis de Gastromonte, qui était à Paris lors de la conception de votre fils ^ etilaurait rétabli les affaires de la famille. Avez-vous jamais eu le délire de croire à Rousseau et à son Emile, et de croire que l'éducation, les maximes, les discours puissent rien à l'organisation des têtes? Si vous y croyez, prenez-moi un loup, et faites-en un chien, si vous pouvez. Ce qui est donc irréparable est un mal calculé, et par conséquent il ne faut pas l'augmenter par de mauvais calculs. Le plus faux et le plus dangereux serait celui de croire qu'on peut y remédier. Persuadez-vous bien qu'il n'y a point de remède, et vous n'aurez que la dose du mal nécessaire, sans qu'il y en ait rien de votre part de volontaire. Mais vous savez peut-être tout cela, et vous l'avez fait. Au reste, je n'ai jamais été mère ; j'ai bie% été père une couple de fois, et j'ai bien vu que cela ne fait rien à la chose*.

Mille grâces du sirop de callebasse envoyé. Si la malade est encore vivante, vous pourriez peut-être lui rendre un grand service en parlant à M. de Sartine ' pour la faire recevoir et soigner aux Hospitalières. Nicolaï vous en parlera.

J'ai bouché mon trou avec les héritiers de mon ambassadeur, auxquels je devais 4900 liv. ; j'en ai payé 3900 à

1» Voir p. 39, DOt<fî, un trait du caractère intéressé de Castromonte, lequel du reste n'occupa le poste d'ambassadeur à Paris qu*à partir de 1753, plus de six ans après la venue au monde de Louis-Joseph d^Épinay, né le 26 septembre 1746.

2. Tout ce passage depuis quelle folie ^ manque dans l'édition T.

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