‹ Lettres à Madame d'EpinayChapitre 102 sur 181 · MADAME D'ÉPINAY A I/ABBÉ GALIANI · texte numérisé non relu

MADAME D'ÉPINAY A I/ABBÉ GALIANI

A Paris, le 20 janvier 1771.

Si VOUS ne venez pas mettre les holà/ parmi nous, mon cher abbé, je ne sais ce qui nous arrivera. Nous nous arrachons les yeux sur llntérêt général de VÉtat^, L'un dit : c'est ce chapitre-là qu'il faut copier; l'autre dit : point du tout, c'est celui-là. Mais, messieurs, c'est celui-là, cela est clair; lisez donc, il est mot à mot. — Cela est vrai; lisez celui-ci, rien n'est copié, mais tout, est imité. — Eh bien ! donc, copiez tout le livre. — Pourquoi pas? — Et les frais? — Il faut choisir, et n'écrire que ce qu'il faut. — Tout comnie il vous plaira;

1. Danseuse de l'Opéra, que les Mim, secretSy en 1768, peignent cependant comme ■ figurante d'un talent médiocre et d'une figure très ordinaire, • ce qui ne l'empêchait pas de recevoir de fort riches présents (t. III, p. 351, et t. VI, p. 323).

â. Voir p. m.

mais vous allez faire de la besogne inutile. — Eh bien ! messieurs les philosophes, disputez, tranchez, décidez, c'est votre lot ; je sais un moyen sûr d'avoir raison : c'est qu'il faut que l'abbé mande quels sont les chapitres ou les endroits des chapitres qu'il veut qui soient copiés à mi-marge. Mon affaire à moi est d'avoir raison dans ce que je ferai, et je ne sache pas d'autre moyen que de prendre ses ordres. Donnez-les-moi bien vite, mon cher abbé, ne fût-ce qne pçur faire taire les docteurs, qui, parce qu'ils bavardent la philosophie que je pratique, se croient en droit de crier mille fois plus haut que moi. S'ils avaient les maux de reins et la colique que j'ai au moment où je vous écris, je leur pardonnerais de crier si fort ; mais ils bravent la douleur quand ils se portent bien. Moi je me moque d'eux, et j'en ris même quand je souffre; je sens que cela ne se pardonne pas, et lé résultat nécessaire est que j'aurai tort toute Tannée.

Ah ! ah ! vous dites donc que je vous ai écrit une lettre charmante^? Gela peut bien être. En effet, j'ai quelque soupçon qu'elle était bonne, celle dont vous parlez; mais j'espère néanmoins que vous gardez mes réflexions pour vous seul, et que vous ne faites pas comme notre cher intendant d'Auvergne', qui s'en va nigaudement lire une de mes lettres charmantes au milieu d'un cercle à Riom. Ne voilà- t-il pas que j'ai une réputation à soutenir en Auvergne à présent? Je ne pourrai plus lui écrire sans penser à ce que je dis. Je ne puis pas souffrir cela;

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