‹ Lettres à Madame d'EpinayChapitre 103 sur 181 · Yoir la lettre 64, p · texte numérisé non relu

Yoir la lettre 64, p

i. M. de Montyon, qui conserva cette intendance, non pas jusqu'en 1 790, comme nous Tayions dit à tort, p. 1 08 , note 2 (son suecessejur fut H. de Chazerat), mais jusqu'en sept. 1771, où il pane à Aix, de là, en 1773, à la Rochelle, qu'il quitta, en 1775, pour être conseiller d'État.

j'aime à causer avec mes amis en ^toute sécurité, et je ne veux pas avoir de rôle à jouer. Est-ce orgueil? Est-ce modestie? Je n'en sais rien. C'est peut-être l'un et l'autre ; je suis très ignorante, voilà le fait. Toute mon édu-« cation s'est tournée vers les talents agréables, et j'en ai perdu l'usage.

Il ne me reste que quelques légères connaissances de ces arts et le sens commun ; chose rare de nos jours, j'en conviens, mais cela ne vaut pourtant pas la peine d'en faire étalage. La réputation d'une femme bel esprit ne me paraît qu'un persiflage inventé par les hommes, pour se venger de ce qu'elles ont communément plus d'agréments qu'eux dans l'esprit, d'autant qu'on joint presque toujours à celte épithète l'idée d'une femme savante; et la femme la plus savante n'a et ne peut avoir que des connaissances très superficielles. Il me prend envie de disserter èur ceci pédantesquement. Voyons, nous rirons après, ne fût-ce que de ce que j'aurai dit. Où en suis-je restée?... Ah! aux connaissances superficielles. Je dis donc qu'une femme n'est point à portée, par la raison qu'elle est femme, d'en acquérir d'assez étendues pour être utile à ses semblables, et il me senàble qu'il n'y a que de celles-là qu'on puisse raisonnablement tirer vanité. Pour pouvoir faire un usage utile de ses connaissances, en quelque genre que ce soit, il faut pouvoir joindre la pratique à la théorie, sans quoi on n'a que des notions très imparfaites.

Que de choses dont il ne leur est pas permis d'approcher! Tout ce qui tient à la science de l'administration, de la politique, du commerce, leur est étranger et leur est interdit ; elles ne peuvent ni ne doivent s'en mêler, et voilà presque les seules grandes causes pai" lesquelles les hommes instruits ou savants peuvent vraiment être utiles

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à leurs semblables, à TÉtat, à leur patrie. Il leur reste donc les belles-lettres, la philosophie et les arts. Dans les belles-lettres leurs occupations , leurs devoirs, leur faiblesse leur interdisent encore Tétude profonde et suivie des langues anciennes, comme le grec et le latin. C'est donc la littérature française, anglaise, italienne, qui sera leur partage.

Dans la philosophie, étant privées de la lecture des anciens, ou ne les connaissant que par des traductions presque toujours faibles ou infidèles, leurs lumières seront courtes ; et lorsqu'elles voudront raisonner et spé*culer, elles seront arrêtées à chaque pas par leur ignorance. Je ne parle ici ni de la métaphysique, ni de la géométrie. La science de la métaphysique appartient à tout le monde, est applicable à tout, et n'est presque utile à rien. J'en dirais presque autant de la géométrie. Voyons donc si elles s'empareront de l'empire des arts, et jusqu'à quel point elles pourront s'y livrer. Les arts mécaniques ne peuvent être de leur ressort. Dans les arts agréables je les vois encore forcées de renoncer à la sculpture, même à la peinture. L'impossibilité de voyager et de contempler les chefs-d'œuvre des écoles étrangères, la décence qui leur interdit l'étude de la nature, tout dans nos mœurs s'oppose à leurs progrès. Je crois qu'il est inutile de parler d'architecture. Les voilà donc réduites à la musique, à la danse et aux vers innocents : chétive ressource, et qui n'a qu'un temps limité.

Concluons donc de tout cela qu'une, femme a grand tort, et n'acquiert que du ridicule, lorsqu'elle s'affiche pour savante ou pour bel esprit , et qu'elle croit pouvoir en soutenir la réputation;' mais elle a grande raison néanmoins d'acquérir le plus de connaissances qu'il lui est possible. Elle a grande raison, les devoirs de mère.

de fille, d'épouse, une fois remplis , de se livrer à Tétude et au travail, parce que c'est un moyen sûr de se suffire à soi-même, d'être libre et indépendante, de se consoler ' des injustices du sort et des hommes, et qu'on n'est jamais plus chérie, plus considérée d'eux que lorsqu'on n'en a pas besoin. Quoi qu'il en soit, une feaimequi, avec de l'esprit, du caractère, n'aurait même qu'une légère teinture des choses qu'elle doit renoncer à approfondir, serait encore un objet très rare, très aimable, très considéré, pourvu qu'elle n'y prétendît pas. Bonjour, mon abbé; la suite à l'ordinaire prochain.

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