Ouvrage de Mercier de La RiTière
A MADAME D'ÉPINAT. 239
ouvrage à Grimm, et lui parler de l'état du commerce de 1900; mais je ne suis pas en train ; en outre, j'ai des douleurs aiguës de mon rhumatisme ordinaire ; et puis je suis sans maîtresse, sans amis, sans écouteurs, sans parleurs, saris rien de ce que j'avais autour de votre cheminée. A propos, on a fait des lois sur le blé en Allemagne. Madame la diète de Ratîsbonne ^ n'avait rien de mieux à faire que de me consulter, puisque je suis la dive bouteille de tout ce tripot-ci. Dites-moi, au moins, si on a consulté M. de La Rivière. Je crains que vous n'ayez encore une disette cette année, et, ce qui pis est, sans cherté; car lorsqu'on manque d'argent, la disette ne. cause point les hauts prix, elle cause la mort; autre vérité que les économistes ignorent. Ah çà ! bonsoir ; vous ne me dites rien, je n'ai rien à vous dire. Portez-vous bien ; saluez tous mes amis. Passez mes félicitations à l'abbé Arnaud sur son académicité'^» Voyez- vous jamais le baron de Thourn*? Dites-lui mille choses de ma part. A huitaine. Bonsoir.
1 . Le margrave de Bade-^Durlach, avait présenté à la Diète un projet rétablissant la liberté entière du commerce des blés à l'intérieur, entre les divers États allemands, et prohibant l'exportation hors de l'Empire. Voir la Gaiette de France^ 1771, p. 114 (Ratisbonne, 27 mars) et p. 181 «
2. Il avait été reçu à l'Académie, le 13 mai 1771, en remplacement de Hairan. Ce fut GhAteaubrun qui lui répondit. « L'éloge de M» de Mairan, dit Grimm, n'est guère que croqué. . . L'abbé Arnaud a mieux aimé nous tracer une espèce de parallèle -entre la langue grecque et la langue française^ Ce discours m'a paru sans résultat, cela vie&t du vague qui règne dans ses idées. L^abbé i^naud a uH faux air de Diderot, mais c'est un bien faux air. » T. IX, p; 3 15.
à. Probablement le baron de Thun, ministre plélupotentiaire du duc de Wurtemberg, de 1757 à 1788. Il demeurait rtie de la Chaussée d'Antin. La baronne d'Oberkirck, en parle ainsi : « Je devais déjeuner chct le baron de Thun. Il avait réuni quelques personnes : on fut très gai, et toute la compaj^ie convint d'aller visiter l'hOtel de madame de thelusson; • Mémoires y t. I*', p. 43.
240 LETTBES DE L'ABBÉ GALIAKI
(Rép. au h? 54.) — Ntples, 18 mai 1771.
En vérité, ma belle dame, si votre lettre qui devait aller par un courrier extraordinaire, et qui est venue, à ce qu'il me paraît, tout rondement par la poste, eût été ouverte, nous aurions été mis tous deux à la Bastille. Qui diable pouvait imaginer que dans Tétat actuel des affaires en France, vous saisiriez l'occasion d'un courrier pour me mander tout au long l'histoire du postérieur de notre charmant marquis ^, qui a voulu faire des glaces de cul au laùy et rien autre? Si j'étais aussi méchant qu'un inquisiteur moine, ou aussi bête qu'un inquisiteur d'état, j'expliquerais votre lettre comme un chiffre convenu entre nous; et voici, par exemple, ce que je dirais. Je vous prouverais qu'un cul de marquis signifie un parlement ; que les hémorroïdes signifient le remboursement des charges ; qu'une mat^mite cassée signifie un ministre renvoyé ; qu'un bassin à barbe signifie un chancelier ; que du lait répandu signifie des remontrances inutiles; que du lait rejaillissant jusqu'au menton signifie des remontrances fortes : qu'une vieille redingote veut incontestablement et clairement dire un prince du sang ; et voilà que vous m'auriez parlé des affaires du temps, et fait de la prose sans le savoir. Quoi qu'il en soit de cela, puisque notre cher marquis fait des comédies, pourquoi n'en fait-il pas une ayant pour titre le Cul uu lait^ comme on a fait le Pot au laitl Elle se diviserait en deux actes très commodément. Le premier aurait pour catastrophe la marmite cassée; le second, le menton*
i. Le marquis de Croismare. Voir lettre 57.