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L'article de la Gazette, alors encore dirigée par Suard

A MADAME d'ÉPÎNAY. 267

gazetiers : Le temps nous en apprendra davantage. Au reste, je suis persuadé que la foudre, Taurore boréale, les étoiles vvolantes, et le phosphore de l'eau de mer, sont tous des phénomènes électriques ; car, suivant moi, réléctricité n'est autre chose que le feu élémentaire qui est répandu partout; et le briquet, pour moi, me parait la même chose que le tonnerre. Deux nuages qui se briquettent ensemble ou contre une montagne, un clocher, etc., arrachent cette grosse étincelle qui nous fait mourir de frayeur. Bonsoir.

N'oubliez pas de grâce ma commission des peignes pour carder les mtCtelas.

(Rép. au n° 66.) — Naples, 31 août i77<.

Ma belle dame, voilà un terrible tour que vous me jouez de temps à autre. Je vois arriver un gros paquet de vous, je m'en réjouis d'avance; je m'attends à la plus longue lettre du monde ; et au lieu de trouver que vous m'écriviez, je vois que vous m'avez fait transcrire un. morceau de Voltaire pour me l'envoyer. Si je voulais me venger, je transcrirais un morceau de mon bréviaire, et jevous l'enverrais. J'avoue que le morceau Curiosité ^ de Voltaire est superbe, sublime, neuf et vrai. J'avoue qu'il a raison en tout, si ce n'est qu'il a oublié, de sentir que la curiosité est une passion, ou, si vous voulez, une sensation qui ne s'excite en nous que lorsque nous nous sentons dans une parfaite sécurité de tout risque. Le moindre péril nous ôte toute curiosité, et nous ne nous

1 . Cet article, qui figure dans le Dictionnaire philosophique ycomvaence par une traduction du célèbre passage de Lucrèce : Suave mari magno (II, 1), dont Voltaire réfute la morale.

occupons plus que de nous-mêmes et de notre individu. Voilà Torigine de tous les spectacles. Commencez par assurer des places sûres aux spectateurs, ensuileexposezleur un grand risque à voir; tout le monde court et s*occupe. Gela conduit à une autre idée vraie, c'est que plus le spectateur est sûr, plus le risque qu'il voit est grand, plus il s'intéresse au spectacle ; et ceci est la clef de tout le secret de Tart tragique, comique, épique, etc. Il faut présenter des gens dans la position la plus embarrassante à des spectateurs qui ne le sont pas ^ Il est si vrai qu'il faut commencer par mettre bien à leur aise les spectateurs, que, s'il pleuvait dahs les loges, si le soleil donnait sur l'amphithéâtre, le spectacle serait abandonné. Voilà pourquoi il faut dans tout poème dramatique, épique, etc., que la versification soit heureuse, le langage naturel, la diction pure, etc. Tout mauvais vers, obscur, entortillé, est un vent coulis dans uiie loge, il fait souffrir le spectateur, et alors le plaisir de la curiosité cesse tout à fait. Or donc, Lucrèce n'a pas tout à fait tort. Quoiqu'il n'y ait pas un vrai retour sur soimême, ni un développement de la sensation de notre bonheur lorsque la curiosité commence en nous, il est très vrai que, par instinct, elle ne saurait s'exciter sans ce préambule. Ainsi la curiosité est une suite constante de l'oisiveté, du repos de la sûreté; plus une nation est heureuse, plus elle est curieuse. Voilà pourquoi Paris est la capitale de la curiosité ; Lisbonne, Naples, Constàntinople en ont moins ou presque point. Le peuple curieux est un grand éloge pour son gouvernement. Une autre réflexion qu'aurait dû faire Voltaire sur la

1. L'éd. T. corrige : A des spectateurs qui jouisient d'une grande tranquillité.

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curiosité, et qui est très intéressante, c'est qu'elle est une sensation particulière à Thomme, unique en lui, qui ne lui est commune avec aucun autre animal. Les animaux n'en ont pas même l'idée. Faites devant un troupeau de brebis tout ce que vous voudrez, si vous ne les touchez point, vous ne les intéresserez jamais. Si les bêtes donnent quelque signe qui nous paraisse de la curiosité, c'est de l'épouvante qu'elles prennent, et rien autre «. On peut épouvanter les bêtes; on ne saurait jamais les rendre curieuses. Or, selon ce que je viens de dire, l'épouvante est le contre-pied de la curiosité. Si la curiosité est impossible aux bêtes, l'homme curieux est donc plus homme qu'un autre homme, et cela est vrai en effet. Newton était si curieux, qu'il cherchait les causes du mouvement de la lune, de la marée, etc. Le peuple le plus curieux a donc plus d'hommes qu'aucun autre peuple. Voilà le plus bel éloge qu'on ait jamais fait aux badauds de Paris. Cette idée est profonde, et je n'ai pas le temps de vous la détailler. Assurément Voltaire n'a pas écrit plus rapidement que moi son article de la Curiosité, Il l'a mieux écrit, car il écrit sa langue ; mais si vous voulez vous donner la peine de développer ce que j'ai griffonné, vous y verrez un grand bout du cœur humain : l'homme animal curieux, l'homme susceptible de spectacles. Presque toutes les sciences ne sont que des curiosités, et la clé de tout est une base de sûreté et une situation sans souffrance dans l'animal curieux. Voilà pourquoi c'est M. de Chaulnes * qui fait aller le cerf-volant, et ce n'est

1 . Voir sur ce sujet : HeDri Joly, VkomiM et Vanimal, et Vinatinct.

1. Louis- Marie-Joseph d'Albert, appelé d'abord duc de Pecquigny^ duc de Chaulnes après la mort de son père en 1769, nô le 28 dot. 1741, de Michel-Ferdinand, lieutenaut général, membre de l'Académie des sciences, et d'Anne-Joseph Bonuier de la Mousson, mort en 1793. Comme son père il s'était liTré à Tétude des sciences, et le phénomène du 17 juillet avait été

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pas M. de la Ghalotais» quoique la Ghalotais soit plus sayaat que lui.

Voilà une petite dissertation que vous m'avez arrachée ; promettez à madame Necker de la lui communiquer en troc de ma lettre. Je ne saurais imaginer que Suard, Marmontel et d'autres ne puissent vous mettre en relation avec madame Necker. Bonsoir; le temps me manque. Je vous embrasse.

P, S. — Voltaire connaît bien peu les animaux ; il a parlé des singes et des chiens comme un enfant. Le singe n'est point curieux; il cherche sa nourriture. Gomme il n'a point d'odorat et très peu d'instinct, il est obligé decassertout et de toucher à tout. Naturellement il ne se nourrit que de fruits et d'huîtres. Il croit donc que tout est des cocos, des marrons, des huîtres, et il faut qu'avec les dents il écrase tout pour en vider le noyau. Les chiens n'ont point de curiosité ; ils ont peur, lorsqu'ils ne sont point habitués à aller en voiture, et ils mettent leur tête à la portière pour s'en élancer ; mais comme ils voient trembler et courir les pierres du pavé, ils n'osent pas se jeter, et aboient de peur; une fois ha-

attribué par quelques personnes à ses expériences. • Ce seigneur, disent

les Afém. secrets (t. V, p. 284), qui semble aroir renoncé au séjour de la

^ cour, aux grades et aux honneurs dont il pourrait être susceptible par sa

naissanc<* et par son mérite, se livre tout entier aujourd'hui a l'histoire

î naturelle, et surtout aux expériences de physique. L'électricité est la partie

I à laquelle il travaille le plus. Il est parvenu à faire un cerf-Tolant très grand

i et de taffetas vert, dout la principale baguette est de fer électrisé. Cette

l machine élevée dans l'atmosphère à une très grande distance, y rassemble

et réunit toutes les parties homogènes qui sont dans la région supérieure.

Elles se condensent autour du rayon conducteur, et il en résulte des éclairs,

des foudres artificiels très curieux. Le public, témoin depuis quelque temps

de ce jeu savant de M. de Pecquigny, a voulu le faire passer pour auteur

du dernier phénomène : mais le phénomène en lui-même, ses suites et son

étendue, sont, au gré des physiciens, au-dessus des efforts de celui-ci.

D'ailleurs il est constaté à la police par les faits, qu'on ne peut attribuer le

météore en question à Tart d'aucun faiseur d^expériences. »

bitués, ils restent tranquilles. Jamais aucun animal n'a été curieux.

(Rép. au n° 67.) — Nazies, 7 septembre 1771.

Ma belle dame, j'aime encore mieux Diderot que Voltaire, puisqu'il faut que tos lettres ne soient pas de vous.

Mais quelle diable de tracasserie m'a-t-il fait, ce Magallon? Il en a menti. Je ne lui ai pas dit que vous ne m'aimez pas ; 1" parce queje ne lui ai point écrit ; 2° parce qucj si je lui avais écrit, je ne lui aurais point mandé cela ; 3** parce que, si jie l'avais écrit, je ne l'aurais point pensé ; 4** parce que si je l'avais écrit et pensé, cela ne serait point vrai; 5*» parce que, si cela était vrai, cela ne ferait rien à la chose, etc., etc.

Savez-vous ce que je conclus dç tout ceci? c'est que Magallon est jaloux, et il voudrait me brouiller avec vous; et moi je me vengerai, en vous disant qu'il est enchanté de vous, et que, dans ses lettres, il m'en a fait les plus grands éloges, avec les regrets de ne vous avoir pas connue plutôt.

Faites parvenir mes compliments au cul de M. Necker. Madame Necker devrait revenir en elle-même après cette aventure, et connaître l'inutilité des efforts humains contre la force des destinées. Elle s'est tant tourmentée, et peut-être a tant souffert pour épargner le front «Je son mari! eh bien ! il s'est meurtri le derrière; l'un vaut bien l'autre ; et j'aimerais mieux, à mon avis, avoir des douleurs morales au' front, que des maux physiques aux fesses.

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V Éloge de Rouelle^, par Diderot, est un chef-d'œuvre; mais ce diable de Diderot est d'une véracité, qui incommode peut-être même les morts. Au reste, il est étonnant combien, à force de paroles, il dessine, colorie, anime ses tableaux. Je crois qu'on a connu Rouelle, quand on a lu ce portrait.

Aimez-moi. J'attends quelque petite lettre du baron. Portez-vous bien, et croyez aux revenants. Bonsoir.

(Rép. au n° 08.) — Naples, 17 septembre 1771.

Ma belle dame, en vérité, ceci passe la raillerie; est-ce vous qui m'écrivez, ou est-ce Voltaire, Diderot, feu M. Rouelle, un chimiste, un vendeur d'orviétans? Vos lettres deviennent Une encyclopédie. II... (le chat vient se promener sur la table, et efface tout ce que je vous écris). Je ne sais plus où j'en étais; mais assurément l'expérience des diamîints est fort curieuse*. Elle ne prouve

1. Publié pour la première fois^ en 1830, dans la Rtvue rétrospective, V. Œuvrei de Diderot, t. VI, p. 405. — Guillaume-François Rouelle, né en 1703, était mort à Passy, le 3 août 1770. Grimm a fait aussi son éloge dans sa Corresp. littér., t. IX, p. 106.

2. Faite par Rouelle cadet, et dont letMémoirei secrets parlent ainsi, à la date du 28 août 1771 : • Le sieur Rouelle, chimiste aussi renommé que son frère mort l'année dernière, a fait dernièrement, en présence de tout ce quMl y a de plus instruit dans son art, une expérience aussi curieuse que chère. U était question de dissoudre dans un creuset des pierres de diamant. U a parfaitement réussi. Elles n'ont laissé après elles aucune matière quelconque, le tout s'étant évaporé, sans nulle trace de fusion ni de calciuation. > T. V, p. 306. La Gazette de France précise d'avantage les faits. Après avoir rappelé les expériences précédentes de T Académie de Florence sous Gaston de SIédicis, de l'empereur François P', de d'Arcet, de Roux et de Macquer, elle ajoute : « Le sieur d'Arcet et le sieur Rouelle ayant résolu de constater le fait avec encore plus d'évidence et de publicité, soumirent au feu, le 16 de ce mois (août)y quatre diamants mis à découvert dans de petites coupelles, sous un moufle placé dans un fourneau de réveibère. Cette expérience se 6t dans le laboratoire du sieur Rouelle, en présence d'une assemblée très nombreuse, composée de personnes de l'un et

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pas que le diamant soit une goutte d'eau congelée ^; au fond, toutes ces expériences pix)UYent que nous ne savons pas ce qu'est, ni Teau, ni le diamant, ni le feu, ni rien. J'ai toujours regardé les pierres précieuses comme des extraits de métaux. Le diamant me parait du fer dépouillé de sa rouille; sa figure brute me le prouve. Le diamant est donc le plus parfait acier possible. Il est donc très dur ; mais il peut s'enflammer et se volatiliser dans le feu. Le rubis et le saphir seront de l'or coloré et rendu transparent. Ils seront fusibles et point brûlables. Mais assurément les pierres précieuses sont aux métaux et aux minéraux ce que les fruits sont aux branches et aux feuilles des plantes. Je n'en sais pas davantage; mais je sais que je suis très fâché que vous ayez employé le pirate Delorme pour m'expédier des livres. Il me ruinera en transports, et je n'étais point pressé d'avoir des livres.

Nicolaï est parti ; personne ne me mandera donc plus rien de Paris ? De grâce, dites-m'en quelque chose. Je sais que vous n'avez point envie de me parler des grandes affaires; je ne vous, le demande pas non plus; mais enfin, rien, rien, c'est bien peu de chose. Remerciez mon cher Diderot des lettres qu'il m'écrit pour votre compte. Embrassez le baron' et la belle baronne. Gleichen salue tout le monde. Il a lu avec un plaisir infini la Vie de Rouelle. Adieu. Aimez-moi ; Magallon sera chargé du soin de mes lettres dans l'absence de Nicolaï. Mille choses à madame de Belsunce. Est-elle rétablie de sa. culbute? Adieu.

de l'autre sexe , des plus distinguées par le rang et la naissance , et d'un grand nombre de savants , de lapidaires et de personnes de tout état, t P. 280.

f . L'éd. T. ly'oute : Elle prowi que Vtau est du diamant fondu.

î. Éd. T. : Potir votre compte^ embrasseï le baron.

i04. — A LA MÊME.

(Rép. an n** 69.) — ITaplet, SI septembre 1771.

Je m'étonne beaucoup, ma belle dame, que tous n*ayez pas reçu de mes lettres pendant deux ordinaires. Je ne crois pas en avoir laissé aucun sans tous écrire ; aurait-on intercepté mes lettres? Nicolaï, avec son départ, aurait-il troublé Tordre des envois ? Vous éclaircirez cela mieux que moi. En attendant, je vous remercie des extraits des livres que vous me faites. Je vous remercie de même de renvoi de la caisse. Je ne compte pas en faire venir beaucoup de Paris ; ils sont trop chers à cause des transports. Je serai embarrassé de tous mes Dialogues, qui ne sont point goûtés à Naples. Vous auriez bien mieux fait de les laisser à Paris, ou de les vendi*e à un^prix modique à quelques libraires. Vous m'auriez épargné le transport, qui me sera un double dommage. J'ignore parfaitement ce qui se passe à Paris. Personne ne m'écrit plus, et vous m'écrivez sans me rien dire. Je vais perdre le baron de Gleichen ^ qui est rappelé par son roi, et qui aura dans peu de mois le plaisir de revoii^ Paris et mes amis. Vous ne sauriez croire combien cette perte m'attriste; je suis comme un homme condamné à une prison perpétuelle, qui a amené avec lui, dans sa prison, un chien ou un chat. La mort de ce chien, sa dernière et seule compagnie, l'attriste plus que la perte de la société entière, sur laquelle il s'était enfin consolé, et avait pris son parti. Je vois que tout meurt, tout finit dans ce monde; et la façon dont la baronne a reçu mes saluta*

1 . Il venait d'être rappelé de son ambassade de Naples. La Gaz, de France (p. 356) annonce ce rappel sous la rubrique : Copenhague, le 8 octobre, et le 26 déc. sa nomination à Stuttgart.

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lions, Tïie le prouve encore davantage. Il faudra que j'oublie Paris puisqu'il m'oublie. Bonsoir. Je suis triste de ne savoir rien de ce qui se passe hors de mon triste tribunal Adieu.

(Rép. 6t« aux n»" 68 et 69.) — lîaples, 6 octobre 1771.

Ma belle dame, j'ai reçu la semaine dernière une petite lettre de vous, où vous vous plaignez de n'avoir reçu, depuis trois semaines, aucune lettre de moi. Comme je savais que je vous avais toujours écrit, cela me mit de si mauvaise humeur, que je laissai passer ce samedi, sans vous répondre. Je reçois à présent votre n*» 69, dans lequel vous accusez la réception d'une seule de ma part ; voilà tout ce que je puis vous dire : je vous ai envoyé mes lettres sous l'enveloppe de M. Nicolaï, ou sous celle de M. de Fuentès, en lui marquant de les remettre à Magallon. La dernière enveloppe était à l'adresse du marquis de Caraccioli. Peut-être son retarda arriver à Paris^, peut-être le départ de Nicolaï ont causé ces égarements. J*en suis désolé, et je prends le parti de vous écrire dorénavant des lettres bien bêtes, bien plates, bien maussades, pour en regretter moins la perte*

Vous ne m'avez rien dit des causes de Tabsence de la chaise de paille. Puisqu'il voyage avec un prince étranger, j'en suis plus content pour vous. Son voyage sera bien moins long que vous ne pensez* Les souverains s'ennuient bientôt de voyager. Leur caractère devient pour eux un fardeau qui les assomme* S'ils sont généreux, ils

1. Le marquis de Caraccioli, qui le 19 aoàt avait quitté Londres, où il était remplacé par le marquis de Piguatelii, fut reçu, le 10 septembre, en audience par Louis XV, pour remettre ses lettres de créanee. Gaz^ de France, p. 300.

se ruinent ; s'ils dépensent peu, on en est indigné. Ils sentent qu'ils sont entre la ruine ou le mépris; .et cette posture d'être toujours au milieu des voleurs ou des mécontents lés fatigue à la fm.

A propos de voyageur, nous avons ici milord Scheloume ^ frère de M. Fitz-Maurice, que vous avez tant vu chez le baron. Il me prie d'envoyer bien des compliments au baron. Voulez -vous vous en charger? C'est un aimable Anglais, chose fort rare. Il a été secrétaire d'état à Londres ; chose fort commune.

Gleichen me quitte bientôt. Il revient à Paris; cela me désole autant qu'il me donne d'envie.

Je suis bien fâché de la perte de la Gazette à Suardet à notre abbé'. Est-ce qu'ils ne mentaient pas assez? Marin sera-t-il donc plus Turc? ou est-ce une affaire de Turc à More.

La chaise de paille ne viendra pas à Naples ; je ne l'espère pas au moins ; mais tant mieux pour vous. Vous aurez vu que votre longue lettre des diamants ® a été imprimée ; que cela vous apprenne à remplir vos lettres de choses qui ne puissent jamais être dans la gazette; comme par e?:emple, mes amours avec la baronne, ou autres choses de cette importance. Adieu ; aimez-moi ; songez que, par le départ de Nicolaï, je ne sais plus rien, pas même

1. William Petty, 3"* comte de Shelburne (1737-1805), fils de John Petty, mort en 1761. et de Marie Fitz-Haarice, secrétaire d'état de 1766 à t76S, sous le ministère de Pitt, rentré aux affaires en 1782, il fit la pais de 1783 avec la France, marquis de Londsdowne ea 1 784. Voir sur lui les Mém, de Morellet, t. I*% p. 209, et II, p. 371, les Lettres de mademoieellede Leupinosie, p. 122 et 136.

2. La direction de la Gazette de France venait d'être enlevée, le 27 septembre, à Suard et à l*abbé Arnaud, pour être donnée à Marin, censeur royal. Gaz. de France ^ p. 314. Voir les Essais de Mémoires de madame Suard, 1820, p. 109.

3. Allusion aux nombreux récits de l'expérience de Rouelle parus dans la Gazette^ le iferetire (juillet 1771, p. Ï57), etc.

les choses de Paris les plus communes et les plus indifférentes. Caraccioli, depuis son arrivée à Paris, n'a pas paru une seule fois^ Aidez donc mon obscurité de quelques étincelles. Bonsoir. Je prends le parti d'envoyer cette lettre par la poste en droiture. Voyons si cette voie réussit mieux ; et si elle ne nous revient pas trop cher, je la suivrai. Est-ce que les souverains du Nord ne payaient pas les ports de lettres à la chaise de paille. Adieu.

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