‹ Lettres à Madame d'EpinayChapitre 136 sur 181 · éd. T. : Ne nCapas écrit une seule fois · texte numérisé non relu

éd. T. : Ne nCapas écrit une seule fois

278 LEtTBES DE L'ABBÉ GALIANI

portier, il saute de mes genoux à terre, il se met sur son cul devant la porte et regarde lixement qui va entrer. Lorsqu'il entend siffler dans la rue, au contraire, il va à la fenêtre; mais il grogne, il aboie. Jamais Theure de ses repas n'est précédée du sifflet, cependant ; et jamais ceux qui viennent chez moi ne lui (Jpnnnent à manger. . . La curiosité chez les hommes a différents motifs ; mais quelque modifiés qu'ils soient, et ils le sont à l'infini, on peut toujours les ramener à un point commun à tous les animau^L raisonnables et irraisonnables, V intérêt. L'intérêt physique, comme l'intérêt moral, implique attention; vous ne pouvez pas nier que le chien n'apporte attention aux ordres et aux volontés de son maître ; et aux volontés du maître qui ne le bat pas, comme à celles du maître qui le bat. Je n'ai jamais battu mon chien; au- contraire je le gâte par curiosité, par exemple, pour voir un peu quelle est la différence d'un chien bien gâté par sa maîtresse, ou d'une femme bien matée par le sort. Eh bien! il m'écoute, cherche à me comprendre ; quelquefois mes volontés l'étonnent, mais il n'a alors aucun symptôme de crainte. Vous conviendrez que cette attention, cet étonnement ressemblent bien à la curiosité, et y mènent bien directement. Mon cher abbé, rêvez-y encore; si vous persistez, je serai tentée de croire que c'est moi qui me trompe, mais regardez-y de près, je vous prie. Je suis tout comme vous, à la sublimité près ; je n'ai pas le temps de m'expliquer davantage.

Il n'y a point de livres nouveaux qui méritent votre attention ; mais il paraît une petite brochure sur l'exposition des tableaux au Louvre, qui est très plaisante. Elle est sous le nom de Raphaël le jeune, qui est censé écrire à un de ses amis, à Rome.

L'idée de cette brochure est très gaie. Le suisse, gar-

dien des tableaux, entend un grand bruit dans le salon pendant la nuit. Il court, ce sont les tableaux qui parlent et se disent leurs vérités. Il appelle son neveu qui sait écrire, et qui écrit leur conversation et leur dispute ; et c'est cette querelle que Ton publie. Cette critique est sévère, mais elle me paraît assez juste ; personne n'y est épargné. C'est bien dommage que cela ne soit pas aussi bien écrit que plais^imment conçu. On n'en connaît pas l'auteur ; mais il y a lieu de croire que c'est l'ouvrage de quelque artiste plus accoutumé au pinceau qu'à la plume. Il n'a pas même épargné les peintres paresseux qui n'ont rien exposé au salon. Un des tableaux fait l'appel des absents. — M. Doyen? Les autres répondent : Il est à la cour. — A la cour! et que diable y fait-il? — Le roi lui a parlé ; est-ce qu'il ne vous l'a pas dit? — Je ne le savais pas; j'en suis bien aise; c'est un homme de mérite, il fera honneur à la protection. — Dumont le Romain? — Il est à matines. — Il a bien fait; tous ces petits culs nus l'auraient scandalisé. — Madame Vien? — Elle est sûrement avec son mari. — Madame Terbouche? — Au loin! au loin! — M. Pragonard? — Il perd son temps et son talent; il gagne de l'argent. — M. Greuze? — Il boude. — J'en suis fâché; nous aurions eu le plaisir de répéter les éloges qu'il se donne, etc. Tout ce dialogue est sur ce ton et est très plaisant.

Bonjour, mon cher abbé, pensez sérieusement à nous donner de vos nouvelles, et mandez-moi si ces quatre lettres sont perdues, ou si elles n'ont pas été écrites. Je n'en ai point encore cette semaine; mais je ne 4es reçois que le dimanche, ainsi je ne m'impatiente pas encore.

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