MADAME D'ÉPINAY A L'ABÔÉ GALIANI
Paris, le 17 octobre 1771.
Hélas ! mon cher abbé, je suis bien pauvre d'esprit aujourd'hui ; il pleut, et je n'ai point encore reçu de lettres cette semaine, à cause qu'il faut qu'on me les renvoie de Fontainebleau. Le moyen d'avoir le sens commun avec
1 . La cour était à Footaiuebleau depuis le 7 octobre. Elle y resta jusqu*au 19 noyerobre.
cela.n . ^^?« ^" ^'«BÉ OAUAKI
^"•"nyapasuncbatiD • • « «nés PetUsHinfante îf * ""'' "^ "'' ™'« 1"« "» «"e hlle. Nous chantons tri.. '^ "** Petits^nfants et ma raisonnons ; et quand ? ^ """"*"''' «' P»is nous
«>«"«ies enchanL nll """"'" "^^ déraisonner, nous tit moment. Par exeî!; '^' '*''' "«"« '«'* ^re un pejour à Sanois che. m!^' "T »™"^ ^'^ ^^^' l'autre
I« Live-, une demotlle ï ' ."' ''"'' "''^^^ «^^ demoiselle de Gim 1 1. • "t' """* ^' ^ °»°«°« "«coup un paquet oui 's„rtT' *^„'^«"«°'' Je sens tout à ™ule sur les jaX 'ti" T"" '" ™««e. qui me 1er ce que ce peTêtii tT" "''' """ ^''^ » <J^™«dessus, qu'il en sort un'crilalTKf "^* "P^^^^ '« P'«* rant. Nous voilà tout^ à cJeT"^^^^^^^ 'ï"' finit en moucela? C'est un pet! c'esiZl^-^,}'^ '^'"^ "'^^ <!«« .^tons ! ari^ton!, etde rireVr n "" '"''"" ^cend, on chen^he • c'éteul """"^«" *"«'«. «n deslequel on avait mis ie „1 '''"^'' '^^ ""»« «aie dans
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Un nom composé d'une svllah^ h. T' * '^'ï"^' ^ cela aurait faiUecheva, e7 «^^^^^^^^^^^ ''' »^'- .' «t reux. Enfin, nous faisons le r!ma„t "'.rr'" '**''^«nous voilà désolées de ce on!! °"'^ '« ™. et
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quelqu'un dans quelque coin , dont vous ne sachiez que faire, faites-le mettre dans notre carrosse, la première fois que nous irons, en campagne : en vérité, c'est un vrai service à nous rendre. Si vous n'en avez pas, je vous eh commande un, mais choisissez bien; envoyez-nous un petit génie naissant ; en un mot, qu'il vous ressemble, et nous en ferons quelque Chose; mais laissons cette folie, et parlons sérieusement.
Faute d'avoir du nouveau à vous dire, je reviens sur le passé, et je vous soutiens, l'abbé, que les animaux sont curieux. Il m'en est revenu vingt exemples en tête depuis ma dernière lettre. Par exemple, pourquoi, dans le mois d'octobre, lorsque l'on chasse aux alouettes avec un miroir à facettes, viennent-elles de deux lieues à la ronde lor^sque le soleil y donne, et qu'il jette du feu de toutes parts? On tire tout à travers cet essaim; celles qui ne tombent pas sous le coup s'éloignent, et reviennent l'instant d'après, tournent et retournent autour, et il y en a même que le coup de fusil ne fait point en aller. Vous me direz peut-être que c'est la chaleur qui les attire ; point du tout, car dans le mois de novembre, dans le mois de décembre, où elles errent également dans la campagne, on a beau recommencer cette chasse, on prétend qu'elles n'y reviennent point. Ce fait m'a été constaté par plusieurs chasseurs. Pourquoi le chat,animal si défiant, approche-t-il avec précaution d'un objet qu'il ne connaît pas? Il tourne, ill'examine; la crainte, l'inquiétude le feraient fuir, la curiosité seule le peut faire approcher et l'engager à l'examen. J'attends avec impatience que vous répondiez à ces objections.
Quoique vous disiez, l'abbé, que mes lettres sont une encyclopédie, je ne puis m'empêcher de vous parler d'un petit livre de rien, intitulé A'/men^s du Système gêné-
286 LBTTBES DE L'ABBÉ OALUKI
rai du monde ^ par M, de Lazniez^ . Mais consolez- vous ; je vous commencerai mon extrait par un conte.
Feu M. Tabbé de Bragelongne* de TAcadémie des éciences, bon géomètre, et homme fort dévot, fit un jour un petit catéchisme à Tusage de sesconfrères ; il l'apporta à une séance, et le tenant sur sa main, il dit aux acadé* miciens :
« Messieurs, vous voulez tous être sauvés, je n'en doute pas; eh bien I il ne s'agit que de croire le contenu de ce livret ; voyez, messieurs, c'est si peu de chose ! N'est-il pas bien commode d'avoir toute sa religion dans un coin de sa poche comme un colombat? »
Je tiens ce conte de Diderot. Eh bien ! M. Lazniez, ancien inspecteur des études et des élèves de l'Ecole militaire, expliquant le monde, actuellement dans un grenier à Lunéville, pourrait se présenter à l'Académie, son petit livret sur la main, et dire comme l'abbé de Bragelongne disait : « Messieurs, voilà tout ce qui a fait le supplice de Descartes et de Newton pendant si longtemps; ce dont la tête du grand architecte fut grosse pendant un nombre prodigieux de siècles, je Tai renfermée en quatre feuillets ; lisez bien ces quatre feuillets, et allez reposer vos crânes fatigués, sur leurs oreillers. N'est-il pas bien commode d'avoir dans un coin de sa poche la clef de l'univers comme un passe-partout de garde-robe ? »
Cet ouvrage ne paraît être ni d'un fou ni d'un sot, mais bien d'un homme dont les lumières ne sont point proportionnées à sa tentative. Il me paraît d'ailleurs
i. Ce liyre ne figure pas dans Quérard, et nous n'avons pu le trouver à la Bibliothèque nationale.
2. L'abbô Christophe -Bernard de Bragelongne (1668-1744), géomètre, doyen de Brioudeet prieur de Lusignan, associé de l'Académie des sciences en 1728.
plein de contradictions ; peut-être me trompé-je ; mais, par exemple, il admet la matière homogène, et cependant il en regarde chaque molécule comme animée de tendance en tout sens ; il fait naître le moiivement de ces tendances en tout sens, et cependant il croit le monde infini : deux contradictions qui établiraient certainement , dans la masse un équilibre impossible à rompre. Le yide et l'espace ne sont rien du tout à son avis, et cependant il divise toute la matière en petites sphères, sans se demander à lui-même ce que c'est que la multitude infinie de petits espaces formés par le contact de cette sphère, etc.
M. Lazniez applique ensuite ses principes à tous les effets minutieux qui se passent sous nos yeux. C'est -le rêve d'un homme d'esprit, qui est souvent obscur, parce qu'il est impossible qu'un rêve philosophique et métaphysique ne le soit pas.
Il ne me reste plus , mon cher abbé, qu'à vous parler de vos machines à carder les matelas ; elles sont toutes prêtes, et j'attends vos ordres suprêmes pour les faire partir. Sur ce je vous embrasse, et prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.