éd. T. : étudiée
S. Garcilasso de la Vega, surnommé 17nca (< 530-1 K68), descendant par sa mère des souverains du Pérou, et auteur d'une histoire de ia conquête de cette contrée , sous ie titre des ComiMntaires royauœ , dont la première partie parut à Lisbonne en 1006 et la seconde à Cordone eii 1617. Ticknor,0wlotj/ of Spanish /t((<ro<urf, New-York, 184 ir, t. UI, p. 157.
326 LETTRES DK l'ABBÉ GALIANI
duit cet éloignement de la nature qu'on a fait dans le théâtre, au point de créer un monde entier tout à fait nouveau, a été la difficulté de s'approcher de la vérité en regardant^ son langage vulgaire, et avec la loi de ne pas y placer les événements modernes.
On fait une bonne comédie, vraie au dernier point, parce qu'il est permis d'y représenter le cocuage arrivé dans la semaine même ; la querelle entre mari et femme . arrivée dans le mois ; la ruine d'un joueur, arrivée dans l'année; mais s'il ne vous est pas permis de rendre en tragédie, ni la chute du duc de Ghoiseul, ni même celle du cardinal de Bernis, comment peut-on peindre la vérité? Si vous mettez sur le théâtre Thémistocle et Alcibiade, à l'instant je m'aperçois qu'ils ont parlé grec, et qu'on les fait parler français ; qu'ils étaient citoyens d'une république, et qu'on est à Paris, qui n'est pas une république, à ce que dit YAlmanach royal. Je renonce donc à l'espoir d'une tragédie vraie, et je consulterai mon acteur pour avoir les postures les plus pittoresques, la voix la plus terrible, la démarche la plus chargée, les passions les plus outrées. Chaque fois qu'en faisant une grimace il est applaudi, je lui conseillerais de faire le lendemain une véritable contorsion, et de tâcher de se faire bien payer, de faire la cour à toutes les dames qui le lui demanderont, et demander à la faire à toutes les actrices qui paraîtraient vouloir le lui refuser. Voilà l'éducation de mon Émile-Lekain le jeune ; voyez comme nous sommes peu d'accord. Mais si nous l'avions été malheureusement, je n'aurais eu rien à vous mander, sinon que je vous adore toujours. Le prince de Saxe-Gotha est parti. Adieu; aimez-moi.
1 . Dans le sens de conëidérer conxme, I/éd. T. corrige : en gardant son langage vulgaire.
(Rép. au D* 85.) — NapléSi 7 mars 477Ï.
Combien de fois faut-il donc que je \'Ous mande qu'D ne faut pas qu*on m*envoie des lettres dans le paquet du ministre, parce que je les reçois plus tard, et que je les paye plus cher? Ypus les donnez à Magallgn. Ce cher Magallon, qui veut absolument voir ma banqueroute, au lieu d'envoyer ces lettres à son ami Azara, agent d'Esr pagne à Rome, qui pourrait me les envoyer ensuite, sans' que cela me coûtât presque rien, il me joue le tour de les envoyer à Tanucci ! Cela me met de très mauvaise humeur, et cette lettre s'en ressentira.
Je vous remercie de m'avoir mandé le titre de Junior ^ qu'avait Je duc de La Vauguyon, cela enrichit mon érudition; il répond à celui de prince héréditaire, que nous avons à présent, comme celui de seigneur signifie le prince régnant. Pour celui d'avoué, advocatus, il est bien connu. La terre sur laquelle il prend ce titre appartiendra à quelque église. Le mot du dindon est excellent, et l'histoire de madame Cardinan est singulière; elle
1 . D'après les médailles antiques, Junior était le titre des princes associés à l'empire par L'urs pères, (a. N.) — Éd. T. : Juveigneur. — Antoine-PaUl-Jacqiies de Quélen de Siuer de Caussade, due de La Vauguyon, fils de Nicolas, comte de La Vauguyon, et de Madeleine de Bourbon-Busset, né le 7 juillet 1700, appelé d'abord le marquis de Saint-Megrin, capitaine au régiment de Noailles en 1729, colonel de celui de Beauvoisis, en 1734, brigadier en 1743, menin du Dauphin en 1745, maréchal de camp la même année, lieutenant • général le 10 mai 1748, gouTerneur des fils du Dauphin en 1762 , créé duc et pair en 1758. 11 venait de mourir le 4 féTrier 1772, et la longue énumération de tous ses titres dans le billet d'enterrement , rédtgé par son fils, avait fort défrayé la malignité publique. • Ce billet ,dit Grimm, qui l'a transcrit tout entier, est devenu par sa singularité, un effet de bibliothèque. ■ Corr«»p. /iil., t. IX, p. 457. Parmi ees titres figuraient ceux de « Juveignewr des comtes de Porhoêt, • et de « chevalier et avoué de Sarlat. » Voir encore les Mém» secrets, t. VI, p. 103.
prouve du moins que toutes les têtes tournent à présent à Paris, et qu'on ne s'y reconnaît plus.
Je .vous prie de vous informer si le jeune vicomte de Môntboissier ' est revenu à Paris de son voyage; et s'il l'est, faites-le avertir que je lui écris ce soir une lettre par la poste, fort intéressante, au sujet d'une bdîte de médailles antiques que je lui ai confiée, et que j'en attends la réponse. Le baron de Gleichen s'est arrêté quelque temps à Rome, ensuite à Florence ; il est à prés(*nt à Gênes. L'emploi de commissaire plénipotentiaire auprès du duc de Wurtemberg *, que sa cour lui destinait, est fort lucratif et fort ennuyeux. Il est plus facile de s'enrichir que de s'amuser, dit M. Freeport*. Ainsi, je ne sais ce qu'il fera..
Gatti retournera à Paris, puisqu'on le veut absolument; cela fera grand tort à notre inoculation, et celame fâche terriblement, car il se plaît à Naples, et je me plais à l'y voir.
Puisque Grimm doit venir en Italie, je renonce aux souhaits d'une peste; mais c'est bien à regret, et uniquement à son égard.
Je suis bête ce soir, car je le deviens de joui* en jour davantage. Aimez-moi; portez-vous bien. Mandez-moi force nouvelles de bons mots. Adieu.
1. Alexis-Léon-Gabriel de Beaufort-Canillac, vicomte de Môntboissier, né eu octobre 1745, fils du comte Phiiippe*Claude, lieutenant général en f 748, commandant la seconde compagnie des mousquetaires, et de Louise- Élisabeth de Colins. Il fut présenté, avec le comte de Durfort, ambassadeur à Parme, et ses fils, à l'audience du Pape, par le cardinal de Bernis, le 17 février 1772. Gazette de France, p. 94. Il avait un cousin germain, Charles- Philippe -Simon, né en octobre 1750, fils de Charles-Henri-Philippe, baron de Moutboissier, mort en 1 751, et de Marie-Charlotte Boutin, et qui, en 1775, épousa Françoi$e*Pauline de Lamoignoo.
2. Charles-Auguste, né le 11 fév. 1728, duc régnant en 1728. On sait que Gleichen n'accepta pas ce poste.
3. Personuage de VÉcossaitef comédie de Voltaire (10 août 1760), où Fréron était représenté sous le nom de Frelon. Voir acte II, se. 5.
. A MADAME D'ÉVINAY. ^ 329
ï 28. — A LA MÊME.
(Rép. au n° 86.) — Naples, U mars 1772.
Ma belle dame, Yoilà votre n° 86 qui arrive dans la mirmte ; il m'enchante, il me console, il me rappelle Paris ; et vous et mes amis ; vous vous étonnez que je soupire après vos lettres ! Votre fils achève donc son éducar tion? A la bonne heure. Il ne faut désespérer de rien; et, dans ce monde, le meilleur de tous le& mondes impossibles, tout est pour le mieux. Car {nota bene) le mieux est une chose qui n'existe que dans notre tête, puisque c'est l'idée d'un rapport, et on en a fait le pivot de toute la physique d'un monde entier qui est hors de nous. Quels butors que les métaphysiciens? Mais qu'est-ce que ma réflexion sur l'optimisme a de commun avec votre fils? C'est que ma réflexion est belle, neuve, grande, et que je n'ai point voulu la perdre. Je l'ai placée hors de propos. Mais revenons à nos moutons.
Le prince de Gotha est charmant ; nous avons été infiniment épris l'un de l'autre; et, à vous parler franchement et en secret, je l'aime encore plus que son frère ; il a cœur, esprit, enjouement parfaits. Dans ma chère patrie, il n'a point réussi ; tant mieux pour lui, tarit pis pour elle. Il s'est rencontré avec le duc de Glocester, qui joue parfaitement le souverain mal élevé, et lui n'est qu'un particulier bien élevé ; ainsi l'autre l'a éclipsé, car il répondait mieux à l'idée qu'on a des souverains, et que ma nation, incapable de goûter, ne fait que sentir. Il n'y a que sur l'article générosité que le prince, dans sa médiocrité, a mieux fait les choses que le duc dans sa gueuse dignité; car il était pauvre, quoique Anglais et souverain.
Nous avons éttibli une correspondance, le prince Au-
gU8te et moi ; j*ai écrit une lettre en réponse à celle de son frère, et une au prince, qui m'a écrit de Rome; ces . lettres mériteraient (amour-propre à part) toutes les deux de n'être pas brûlées. Si Grimm peut- en arracher des copies, vous les verrez ; pour moi, je n'en ai conservé aucune. Je rougirais de vous envoyer les copies de celles du prince Auguste, car elles sont trop flatteuses pour moi : mais vous verriez qu'elles sont très bien écrites et tournées très agréablement. Enfm, c'est un garçon aussi aimable qu'estimable. Je lui ai communiqué quelques lettres de vous ; il pensa crever de rire sur votre expression que Grimm avait remisé son prince à Darmstadt^
Gatti doit inoculer, ce carême, la moitié de notre noblesse principale; de grâce, empêchez qu'il ne reçoive des lettres de Paris qui le rappellent brusquement ; ce serait un très grand mal pour notre nation, qui se prête de très bonne grâce à l'inoculation, par la confiance qu'on a en lui. Les choses tournent de façon que je ne serais pas étonné de voir que, dans peu de mois, le souverain se déterminât à se laisser inoculer. Les courtisans qui l'environnent et qui paraissent les plus contraires ' pour lui faire sa cour, sont les premiers à offrir leurs enfants à Gatti, et le médecin du roi (contraire à l'inoculation) lui fera inoculer sa fille unique, qui est déjà nubile : voilà toutes nos nouvelles.
Je vous remercie de la méthode que vous m'avez apprise pour opérer le miracle de l'hémorrhoïsse *. Je suis prié ce soir à un concert de vieille musique ; cela m'em-
• f . Louis, prince héréditaire de Hesse^Daroistadt, fils du landgrave Louis et de Christine-Caroline de Deux-Ponts, né le 14 juin 175S, dont la sfleur Natalie épousa Tannée suitante le {rrand-duc Paul de Russie.