Éd. T. : les moine diiposét à lui faire la eoor
3. Voir p. 313. L'on sait que Jésus guérit miraculeusement une femme : qum erat in yrofwolio sangmnii. Saint Marc, v, 25.
pêche d'allonger ma lettre. Remerciez le baron de la traduction de Juvénal qu'il m'a envoyée ^ Que sait-on? cela pourra me faire faire des notes sur Juvénal ; mais il n'est pas Horace à beaucoup près. C'est Robe* à côté de Voltaire. Il a le feu de la criaillerie ; il n'a pas la délicatesse du goût. Mais bonsoir. J'allais m'enfoumer dans une dissertation entre Juvénal et Horace.
Aimez-moi donc; portez-vous bien. Point de dyssenterie ; elle n'est pas du bon ton ; des vapeurs plutôt ; quelques migraines par-ci par-là, et des nerfs bien agacés ; voilà tout ce que je vous permets d'avoir.
Les cardes ne me sont jamais parvenues ; je crains bien qu'elles ne soient noyées, car il y a eu force naufrages. Tanl mieux, puisque j'ai encore de l'argent à Paris ; je n'en savais rien, en vérité. Tout ce que je savais, ce que je n'en ai point à Naples.
Soyez attentive, s'il paraît de nouveaux Voyages ; c'est mon unique lecture à présent; je tâche de m'expatrier autant que je puis. Groiriez-vous que j'ai lu Anquetil','
1. Probablement la traduction de DussauU (1728-1799). Paris, 1770, in-8*^. Grimm, dans Pappréciation qu'il ea fait, dit : « Juvénal était janséniste, pour me servir du dictionnaire de Pabbé Galiani, et comme on n«% connaissait pas à Rome, au milieu de la corruption des mœurs de sou temps, cette délicatesse, et cette sorte de mièvrerie sous laquelle nous pullions la nôtre, ses tableaux ont une force qui ne saurait plaire en France , et qui ne paraîtrait guère moins repréhensible que les vices qu'elle combat. » Corretp, UUir.^ t. Yill, p. 447.
2. Robbé de Reauveset (171 2-1 792), auteur du Débauché conveeti (1736), et autres poésies licenciaises.
La Harpe a dit de lui : « C'est un homme de soixante ans qui a fait dans sa jeunesse des vers libertins et qui sont bien caractérises pai eus «ctk de la Dunciade :
. Ami Robbé, chantre du mal immonde, Vous dont les vers en défçoutaient le monde.
Quelqu'un lui dit un jour, après Pavoir entendu : M, Robbé vous avtz Voir d'vm auteur plein de eon êujet, {Corresp, littér,, t. T', p. 391 .) ■ 3. Abraham-Hyacinthe AnquetiUDuperron (1 731-1805) qui, à son retour de l'Inde, avait publié en 1771 le Zend-Avestay 3 vol. in-4°. Grimm
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JMliwM êimi êftt€ irê^ât légèreté e«f *mmft qm, le prenier, fit «tîlfe («• llf f«« 4« iMaie ; « Oa a jogé qae m c'étaient U les lÎTrec origiBaax 4a /w«"ilra« «a MfMalatir 4«ft aoekot Penct était on imngmt radotenr qai, à \'§%Mm^Ui 4a iat nmtrkrêt, mêlait na taa d'opioiaDa abaordes et •opcntillaiMa* à M» |^«M 4a aatta morale comroooe qa'oa trowe daas toalet les lois àê (ft i»9f> » C9rr$ip, MUr,, i. ix, p, 413.
A MADAME d'ÉPÎNAY. 333
vail et à Tennui; autant vaut commencer dès à présent. Arrive une autre pensée qui dit : Il faut retarder les maux inévitables. Si je puis encore jouir du repos, de l'oisiveté, de Toubli, pourquoi me presser d'en sortir? Voilà l'état actuel de mon esprit. Vous vpyez que j'ai raison d'être triste et bête. Ah ! la vilaine chose que l'ambition ! mais le moyen de n'en pas avoir, lorsque le monde croit que vous en avez? Cette opinion publique suffit à causer autant de maux que l'ambition même.
Pour me distraire, j'élève deux chats, et j'étudie leurs mœurs. Savez-vous que c'est une science et une étude toute nouvelle^? Il y a des siècles qu'on élève des chats, et cependant je ne trouve personne qui les ait bien étudiés. J'ai le mâle et la femelle ; je leur ai empêché toute communication avec les chats du dehors, et j'ai voulu suivre leur ménage avec attention. Croiriez-vous une chose? Dans les mois de leurs amours, ils n'ont jamais miaulé ; le miaulement n'est donc pas le langage de l'amour des chats, il n'est que l'appel des absents. Autre découverte sûre. Le langage du mâle est tout à fait difféi^nt de celui de la femelle, comme cela devait être. Dans les oiseaux cette différence est plus marquée. Le chant du mâle est tout à fait différent de celui de la femelle; mais dans les quadrupèdes, je ne sais pas que personne se soit aperçu de celte différence; en outre, je suis sûr qu'il y a plus de vingt inflexions différentes dans le langage des chats, et leur langage est véritablement une langue ; car ils emploient toujours le même son pour exprimer la même chose. Je ne finirais point, si je vous disais toutes mes observations; mais par cet échantillon, vous voyez que
i . L'année précédente venait de paraître sur ce sajet un livre de Tabbé Joannet : Lu Bêles mieux compriseêj 1771 , 2 vol. in-1î. Voir Correip, liUér.^ X. IX, p. 306.
je serai bientôt Thistoriographe^ de Naples. Voilâmes peines et mes amusements. Au surplus, je ne fais rien.
Gatti se porte bien, inocule, gagne de l'argent et le méprise, se tourmente de ce qu'on le cbérit, et voudrait être un gueux cocbon ; mais il n'a pas la force de l'être.
De grâce, dites de ma part à mon cher marquis de Mora que je suis couvert de honte de n'avoir pas répondu à sa lettre ; mais il suffît que vous lui montriez celle-ci pour lui prouver à quel point la source de mes idées est tarie. Que pouvais-je lui écrire? L'histoire des chats? Je ne retiens pas les platitudes que j'entends dire; mais elles suffisent pour m'enipêcher de dire des choses qui ne soient pas aussi plates que tout ce qu'on me dit. Mille choses à tous mes amis. Quelle belle journée 'd'avoir une bonne lettre de moi vous perdez 1 J'aurais la plus grande envie de vous écrire; mais quoi? Que je vous aime et vous aimerai toigours.
i 30. —A LA MÊME.
(Rép au n* 87.)- Naples, 28 mari 177t.
Je me garderai bien de lire à M. Gatti le petit article qui le concerne dans votre n** 87 ; ce serait un meurtre. Aucun de ses amis ne lui pardonnerait d'avoir perdu un millier de louis à gagner, dans trois mois, de gaieté de cœur. Si vous voyiez avec quelle rapidité l'inoculation gagne ici, vous seriez étonnée, et vous vous récrierez : Ah ! quel peuple barbare I comme on voit que les connaissances n'ont point gâté les lumières de la raison na-
1. Peut-être y avait-it dant l'original hittoriogriphef par allusion à Monerif, qu'on apppelait Itiistoriogriphe des rhats. %. L'éd. T. corrige : tous perdrez une belle occcuion.
A MADAME D'BPINAY.
turelle! Si vous voyiez comme les mères offrent leurs enfants à inoculer par une tendresse mêlée de stupidité, cela vous paraîtrait bien curieux. De tous les raisonnements qu'on faisait à Paris contre l'inoculation, il ne s'en fait pas un ici. Le seul qu'on entend quelquefois^ c'est que cela paraît à plusieurs s'opposer à la destinée, et empêcher la toute-puissance divine. Ah! qu'il est vrai que le fatalisme est le seul système convenable aux sauvages! et, si on entendait le langage des animaux, on Verrait qu'il est le seul de toutes les bêtes. .Le fatalisme est Iç père et le fils de la barbarie ; il en est enfanté, et il la nourrit ensuite, et savez-voua pourquoi? C'est qu'il est le système le plus paresseux, et par* conséquent le plus convenable à l'homme. Aucun Napolitain ne s'avisait d'envoyer chercher M. Gatti; mais puisqu'il y est, on se fait inoculer. Voilà les nouvelles de ma ville, et des réflexions à moi tout seul.
Je vous remercie de la recette du vin antiscorbutique que vous m'avez envoyée; mais je ne suis pas malade, je ne l'ai pas encore pris, et, si je le prends, c'est pour réveiller mon appétit, car autrefois il me fit cet effet-là. Si vous avez un vin anti-ennuyeux , envoyez-le-moi vite, c'est là le secret qui peut me sauver la vie, car je m'ennuie à périr. Lorsque je vous ai mandé que la conservation de ma vie dépendait du vin antiscorbutique . je badinais ; et si vous aviez vu mon visage, vous vous en seriez aperçu; mais voilà le mal des lettres. J'espère qu'un jour viendra qu'on enverra les lettres avec son portrait à la tête, pour servir à l'intelligence de plusieurs mots obscurs.
J'enverrai au baron des estampes, et nous serons quittes dé tout.
Je ne crois pas que la lettre sur le voyage de M. An-
quetil ^ soit grand*chose. Anquetil est ce que doit être UQ voyageur, exact, minutieux, incapable de former aucun système, incapable de s'apercooir si une chose est utile ou inutile. Voilà comme il faut amasser; trier est une autre affaire. J'ai trié, moi, son livre, et j'ai trouvé que rhistoire a beaucoup plus souffert en Asie que chez nou^; on ne peut plus faire aucun cas de leurs antiquités; s tout est fable. Ils n'ont aucun écrivain qui passe le onzième siècle. Ainsi, tout ce Zoroastre est un rêve. Le Zend'Avesta ne ressemble pas plus à la bible de Zoroastre, que notre bréviaire aux ouvrages de Moïse; il est même rempli de christianisme et de mahométisme, tant il est moderne ! Je crois le Zend-Avesta un ouvrage du douzième siècle, et les autres encore plus modernes. Je commence à croire que les antiquités indiennes et chinoises ne vaudrpnt pas davantage. Cependant j'aimerais bien à lire les Vedas à présent.
Gleichen était à Gênes*; Saxe^Gotha,jene sais pas où. Donnez-moi toujours des nouvelles de Paris. Aimez-moi ; portez-vous bien, et laissez-moi quitter cette lettre, car j'ai beaucoup à faire. Bonsoir.
(Rép. aux a** 89 et 90.)— Naples, Il avril 1772.
Voici le produit d'une nuit veillée et mal employée, et reflet de votre n** 89. J'avais besoin de m'occuper fortement pour me distraire du chagrin, de la rage et du dépit que m'a causés une étourderie affreuse de Magallon,
1 . Lettre à M, À*** du P***^ dans laquelle est compris Vexamen deta traduction des livres attribués à Zoroastre (par V^. Jones). London, Emsly, 177{, in-8*, dont Grirom, en janvier 177i, parle dans m Corresp, liltér,, t. IX, p. 414.