‹ Lettres à Madame d'EpinayChapitre 160 sur 181 · I^ 13 mars. Gax, de Fr., p · texte numérisé non relu

I^ 13 mars. Gax, de Fr., p

qui, peut-être, me coûtera 200 livres, outre les chagrins, la dérision et l'insulte. De grâce, je vous prie, lorsque vous le verrez, de le battre bien fort, de le souffleter môme; et il est encore trop heureux que je choisisse une main si belle pour me venger.

Je n'ai pas eu la force de copier mon Dialogue ^ ; je me suis fait aider par mon copiste, qui, n'ayant jamais écrit le français et ne l'entendant point, a sauté des mots entiers.

Les cardes sont arrivées, et me coûtent un louis en tout ; les frais du transport sont horribles.

Ah çà! bonsoir; je n'en puis plus d'écrire. A huitaine. Je répondrai à la chaise de paille.

Ce n'est pas vous qui êtes la cause de l'étourderie de Magallon, quoique les livres qu'il m'a envoyés viennent de vous. C'est bien lui qui, après trois ans, ne veut pas absolument entendre la situation où nous sommes ; est-il

1 . Son Dialogue sur les femmes^ que Grimin ioséra dans sa Corresp. Httér.y du mois de mai 1772 (t. IX, p. 497), à l'occasion de ]a publication de l'ouvrage célèbre de Thomas, Enai sur le caractère^ les mœurSf l'esprit des femmes dans les différents siècles, Paris, 1772, dont il avait parlé au mois d*ayril (t&tef. , p. 478). Il l'a fait précéder de ces mots : • Aprèa avoir lu M. Thomas et les observations de M. Diderot, peut-être ne serez-vous pas fâché d'écouter un autre original raisonner sur les fnmroes. C'est notre charmant petit abbé Galiani. Il n* avait pas In encore Pouvrage de M. Thomas lorsqu'il a écrit le dialogue que vous allés lire. C'est toujours le chevalier Zanobi et le marquis de Roquemaure qui s^entretiennent, comme dans son Dialogue sur le commerce des blés. Le chevalier copie parfaitement la tournure du charmant petit abbé, et le marquis ne r<>ssemble pas mal à notre charmant marquis de Croismare. Peut-être auriez'vous autant aimé lire le morceau du philosophe Diderot après le dialogue du petit abbé ; mais ce n'est pas sa faute ni le vœu de son cœur, s*il est à quelques cents lieues de Paris et sMI ne peut pas servir ses amis aussi promptemeot que lorsqu'il se trouvait au milieu d'eux. Il est vrai qu'alors il se bornait à pérorer et n'écrivait point. C'est la seule chose que nous ayons gagnée à son absence, et elle ne nous dédommage pas. • Ce Dialogue fut impiimé d'aboM dans les Tablettes d'un curieux, 1789, in- 1 S. puis, par l'abbé de Vauxelles , dans ses OpuBcules philosojthiques et littéraires, 1796, in-8*, et enfin dans la Correspondance de Galiani, 1818.

possible qu'il ait là tête si dure? Ëst-il imbécile à ce poiqt-là? De gràce, battez-le, la rage me repreud.

(Rép. au n" 91 du 28 mara.) — Naples, 25 ami 1772-.

Ce n'est pas dans Thistoire de Tabbé Gamdon seulement que je trouve l'espoir du retour de mes dents. Avez-vous oublié la chanson où tout revenait, jusqu^au pucelage? Eh bien! c'est dès lors que j'espère remettre mes dents, comme cette fille sage. Cependant, si l'histoire de l'abbé Gamdon est vraie, il faudrait bien éclaircir ce phénomène curieux ; savoir si dans son enfance il avait quitté ses dents de lait, ou si cette remise des dents n'est qu'un retard d'une végétation qui aurait dû se faire à six ans, et qui s'est faite à soixante; savoir si, à VSge de vingt-cinq ans, il avait mis les dernières dents de sagesse: savoir si, à présent qu'elles sont revenues, il a remis les dents de sagesse aussi pour la seconde fois; tout cela mérite vérification, et les académies ne feraient pas mal d'en parler.

Je vous remercie de la feuille de Diderot^; elle est digne de lui, et ne ressemble en rien à mon Dialogue; mais il écrit à côté des dames parisiennes, et moi j'écris à côté des dames napolitaines. Il tœmpe sa plume dans l'arc-en-ciel, et moi je la trempe dans la thériaque. Son écrit ressemble à un paon, le mien à une chauve-souris. Tel est l'homme; toujours diaphane; il- croit être quelque chose en lui-même, il n'est rien qu'une transparence. Il est bon que je vous avertisse que la lettre qui accom-

1 . L'article de Diderot gwr les Femmes que Grimm aTvait inséré dans sa Corresp. liUér. du mois de mai 1772 (t. IX, p. 497) et qui figure dans ses Œiwres, édit. Assezat, t. II, p. 250.

A MADiLMB D'ÉPINAY; 339

pagne ce malheureux paquet de deux cents francs, contenant la précieuse Histoh^e de Stam, par l'archevêque Turpin*, ne m'est point donnée, non plus que le paquel. ' Ainsi donc, si vous vous spuvenez de m'avoir écrit quelque chose d'important, il faut me le mander de nouveau. Je n'ai point de lettre de vous cette semaine. Apparemment vous m'aurez écrit par la poste*. Dieu accompagne cette missive!

Gatti me quittera dans dix ou quinze jours. Je crois qu'il retournera en France; il fait la plus grande des sottises, selon moi ; il paraît y retourner par' intérêt, et point par reconnaissance. Il trouvera le monde changé tout à fait; ainsi il ne gagnera pas du côté de l'intérêt, et sera navré de chagrins.

Je n'ai point de verve ce soir. Aimez-moi. Envoyezmoi vite des gens de ma connaissance ; je m'ennuie à périr sans eux. Adieu. Envoyez-moi Mora; et pourquoi n'emmènerait-il pas avec lui Magallon? Il a besoin d'un mentor; et où trouver un mentor plus complaisant et plus corrompu? Adieu encore.

A propos, j'oubliais le meilleur. J'ai un cor à un pied qui me fait enrager. J'ai été une fois guéri à Paris par un emplâtre appliqué par un secrétiste que la baronne et madame Helvétius m'avaient fait connaître, et j'en ai été guéri pour quatre ans. Si vous pouviez dénicher cet homme et cet emplâtre, ce serait un trésor pour moi. Voyez, je vous recommande mes co?'s et mes âmes ; car j'en ai plusieurs. Soyez ma rédemptrice.

1 . Biitoin civile et naturelle du royawne de Siam, et des révolutions qui ont bouleversé cet empire^ jusqu'en 1770, publiée par M. Turpin^ sur les manuscrits qui ont été commutêiqués par M. Vivéque de Tabraca, qui venait d*ètre coodamnée par arrêt du parlement, le 5 janvier 177?. Diderot en pendit compte dans la Corresp. littér. de Grimm, de juillet 1772 (t. X, p. 12).

Page 1