Ed. T. : Trichent les pauvres humains
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ce qu'il en faut faire. Sortons le plus t6t possible des frayeurs et des transes mortelles où je suis. Si je perdais cet argent, je dirais alors à Panurge : Vicistt'Gah'lxe^. Il aurait raison, et moi tort.
Pourquoi avez-vous mis, dans ma caisse d'argenterie, les Éphémérides et autres drogues pareilles ? Le vert-degris s'y mettra. Ces ouvrages sont si corrosifs ! Quelle étourderie! Enfin c'est fait. Je tremble pour le sort de ma caisse ; elle sera saisie en contrebande, ou elle me causera une affaire de tous les diables. On croira que j'ai fait venir de Paris Vacquettaon Veau de Téophanie^^ ce poison si fameux. La preuve en est claire : ce poison ne consiste que dans la réunion d'un puissant narcotique à un puissant corrosif. De l'opium avec des cantharides, et voilà l'abbé Badaud tout pur. Ah ! mon Dieu ! je suis perdu.
Enfin je vous remercie de la copie du paragraphe de Dupont- Nostradamus. Ce Dupont, assurément, n'a jamais vu mon visage ; il aura peut-être vu mon derrière comme Moïse' ; ce dont je ne réponds pas. Nicolaï ne savait rien de mon ouvrage, et Nicolaï ne devrait pas se mêler de
1. Parole prononcée par Julien l'Apostat mourant, selon Théodoret, HiaU Ecclésiastique f Z, iZ.
1. Cette eau, qui était à la fois un^ aphrodisiaque et un poison, avait la réputation d*ètre exclusÎTemeut fabriquée à Naples. Voici comment l'auteur de VEsf^ion dévalisé^ lequel parait être Baudoin de Guémadeuc, l'ami de Galiani, y fait parler celui-ci au sujet de ce poison qui, d'après ce pamphlet, aurait été donné à la Dauphine, mère de Louis XVI. « A Naples, le mélange de l'opium et des mouchis cantharides à des doses qu'ils connaissent est un poison lent, le plus sur de tous, infaillible, et d'autant que l'on ne peut pas s'en méfier. On le donne d'abord à de petites doses, pour que les effets soient insensibles : en Italie nou% l'appelons ciqua di Tufania, eau de Tùufanie, Personne n'en peut éviter les atieintes parce que la liqueur qu'on obtient dans cette composition est limpide comme de l'eau de roche et sans pareille. » VEtpiondévaliaé, éd. 178S^ p. 94.
3. Exod, 33, 23. Parole de Dieu à Moïse : • Tollamque manum meam, et videbis posteriora mea ; faciem autem meam vldere non potcris. t
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raisonner; car il n'a jamais eu dix écus dans sa poche, comme disait sagement ce fermier général. Tout ceci n'est jqu'une plaisanterie : Cœlum et terra transibunt, verba atitem mea non prœterïbunt^. Les Dupont et les Rivière passeront, et les Dialogues resteront ; même Pahurge passera. Je le prédis d'avance.
Adieu, mille embrassements à tout le monde.
* Je vous dirai, la semaine prochaine, ce qu'il faut faire de mon argent, et vous aurez, en attendant, le temps de négocier le billet.
(Rép. au qo 4.) — Naples, 5 mai 1770.
Pendant que j'achevais de répondre au n« 3, arrive le numéro 4, et voici sa réponse. Votre lettre est charmante, parce qu'elle est longue, mais elle est désagréable par les nouvelles que vous me donnez de la santé de notre unique marquis ^, et de madame Geoffrin ^. Celles-ci m'affligent davantage. Je tremble pour elle. Mon cœur, à mon départ de Paris, pressentit que j'aurais le regret de ne plus ht revoir, et c'est la seule véritable raison qui m'a empêché de lui écrire. Je ne vous en dis pas davantage ; mon cœur se serre à cette idée. Tâchons de nous égayer.
Oui, assurément, il y a eu de mes lettres égarées.