‹ Lettres à Madame d'EpinayChapitre 40 sur 181 · Math, i 5, 26.— La feuille des bénéfices · texte numérisé non relu

Math, i 5, 26.— La feuille des bénéfices

A MADAME D'iPINAY. 83

équivoque, je vous l'avais répété dans ma lettre : Je suis pour et non contre, comme le chevalier Zanobi. Oui, je suis pour, et tout mon livre vise à ce pour, mais je le suis sans fanatisme, parce que le fanatisme ou Tenthousiasme ne m'a jamais paru bon à rien qu'à faire une émeute. Voilà la seule différence entre les économistes et moi, leurs principes et les miens.

L'au teur de la longue épître me di t très poliment que mes principes sont faux ; il me dit qu'en cent endroits j'enî établis de destructeurs de la liberté et de la propriété. Ce n'est donc pas vous qui avez écrit cette lettre. Voilà toute la conséquence que j'en tire, et la seule que j'aime à en tirer. Enfin, mon cher abbé, j'attends avec la plus vive impatience votre livre pour me voir justifié aux yeux de la France, et lavé des infamies et des absurdités que les économistes ont vomies contre moi. Ces économistes enragent, non pas paixeque je n'ai pas adopté leurs prin* cipes, mais parce que je n'adopte pas leur style. - M. Badaud me conseille de parler au cœur; ce qui, je crois, veut dire parler à faire mal au cœur. Cela m'est impossible ; et si leur style est sacré pour eux, comme leurs grands mots liberté^ propriété, évidence, di'oits du citoyen^ pain de ménage, je serai un profane toute ma vie. J'espère que, dans votre livi*e, vous ferez voir qu*il y a des questions interminables dans la discussion de cer« tains principes, tels que l'équilibre entre l'agriculture et les manufactures, les rapports entre la forme du gouver-^ nement et les soins de l'approvisionnement, etc.^ etc* Mais sur la question de l'édit, la discussion est bientôt faite et finie : mieux vendre que de jeter ; mieux vendre à son ami qu'à son ennemi. Pourriez-vous me contredire ? Non, c'est impossible. Il faudrait que je me persuade quQ vous êtes devenu fou ; et je n'ai aucun indice de cette

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fâcheuse nouvelle. Ainsi, j'attends votre livre pour me réjouir d*êtce parfaitement d'accord avec vous. Gela ne saurait être autrement. "

En attendant que votre livre paraisse, écrivez-moi quelquefois ; songez que vous êtes ma première connaissance de Paris. Yous êtes (je ne saurais me le rappeler sans verser des larmes) pour moi, prmogem'tus mortuorum}^ Taîné de cenx que j'ai perdus. C'est à vous que je dois la connaissance de madame Geofifrin, de d'Alembert et de tant d'autres. Je vous avais prié de faire une infinité de salutations et d'embrassements dans ma lettre, qui a eu le malheur de tomber dans les mains de je ne sais qui. Aussi, il ne me répond point sur cet article, plus intéressant pour moi que tout le pain bis, le pain blanc, les bonnes farines, les sons, les moutures et les ânes des moulins économiques. Non in solo pane vivit homo^. Pour moi, je ne vis que d'amitié. Embrassez donc tous les mâles et toutes les femelles de ma connaissance que vous rencontrerez sur votre chemin, et croyezrmoi pour la vie votre très humble et obéissant serviteur, etc.

:]2. - A MADAME D'ÉPLNAY.

(Rép. au n* 8.) — Naples, 2 juin 1 770.

Ma belle dame, vos lettres arrivent en règle ; ainsi soit des miennes I Celle-ci m'apporte une autre décharge'* des

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