‹ Lettres à Madame d'EpinayChapitre 59 sur 181 · ML · texte numérisé non relu

ML

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se souviendra qu*iLa passé de mauvaises nuits pour cela, qu'il a dû opposer toute sa patience et sa vertu à l'impudence de Tabbé Bandeau, qui allait ameutant la ville, et aparsemant son pain bis, son poison et ses expériences dans la ville. Faut-il que le même M. de Sartine approuve, par le moyen de ses censeurs, des livres lancés contre le seul défenseur de M. de Sartine 1 Vous me direz qu'il faut mépriser tout cela/ Je n'en sais rien ; je sais qil'une nation ne se soutient que par l'observance des règles ; et je sais, moi, que;, sans les vertus de la tolérance, du pardon des injures, et autres moineries, les Romains fondèrent le plus grand des empires. Je sais qu'avec des maximes différentes, les modernes sont restés pygméeset cochons. Bonsoir, ma belle dame ; à huitaine les plaisanteries. Adieu,

(Rép. au n" 16.) — Naples, 4 août 1770.

Ma belle dame, le n*^ 9 est donc perdu? On y critiquait Beaudoin ; je ne le regrette donc plus, et je vous dispense de le refaire. J'ai tant de chagrin a rencontrer des coupables, j'ai tant de honte à voir que mon cœur a trompé ma tête ! Brisons donc là-dessus.

L'abbé Goyer^ aurait succédé à l'abbé de Saint-Pierre, si son zèle était l'effet de l'enthousiasme de la vertu, et non pas d'une ambition secrète d'être quelque chose. Son plan d'éducation ne vaudra pas assurément autant que votre critique. Vous ne l'avez cependant faite que pour

1. Le p. Gabriel-François Coyer (1707-1 782)^ auteur d'une Vie de Sobieskif pour laquelle il avait ét« e^ilé en 1761, époque où il visita Yoltaire à Ferney, et qui venait de publier un Plan d'éducation publique ^ Paris, Duehesne, 1770, in-iS. Yoic V Année littér. 1770, t. lY, p. 145.

réveiller ma verve, je le vois bien; je n*ai pas besoin d'être réveillé là-dessus. Mon Traité d'éducation est tput fait ; je prouve que l'éducation est la même pour l'homme et pour les bêtes ; elle se réduit toute à ces deux points : Apprendre à supporter rtnjustice, apprendre à souffrir l'ennui. Que fait-on dans un manège à un cheval? Le cheval fait naturellement l'amble, le trot, le galop, le pas, mais il le fait quand bon lui semble et. selon son plaisir ; on lui apprend à prendre ces allures malgré lui, contre sa raison, voilà l'injustice ; et à les continuer deux heures, voilà l'ennui. Ainsi, qu'on fasse apprendre ou le latin, ou le grec ou le français à un enfant; ce n'est pas l'utilité de la chose qui intéresse ; c'est qu'il faut qu'il s'accoutume à faire la volonté d'autrui (et s'ennuyer), et à être battu par un être né son égal (et souffrir). Lorsqu'il est accoutumé à cela, il est dressé, il est social ; il va dans le monde ; il respecte les magistrats, les ministres, les rois (et ne s'en plaint pas). Il exerce les fonctions de sa charge; il est à son bureau, ou à l'audience, ou au corps de garde, ou dans rOËil-de-bœuf, et bâille, et reste là, et gagne sa vie. S'il ne fait pas cela, il n'est bon à rien dans l'ordre social. Donc l'éducation n'est que Vélaguementdes talents naturels, pour donner place aux devoirs sociaux. L'éducation doit amputer et élaguer des talents ; si elle ne le fait pas, vous avez le poète, l'improvisateur, le brave, le peintre, le plaisant, l'original, qui amuse et meurt de faim, ne pouvant plus se placer dans aucune des niches ^ qui existent dans l'ordre social. L'Anglais, la nation la moins éduquée de l'univers, est, par conséquent, la plus grande, la plus embarrassante, et sera bientM.la plus malheureuse de toutes.

i. Éd. T. : dans aucune niche de celles qui...

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Les règles de Téducation sont donc bien simples et bien courtes. Il faut moins éduquer dans une république que dans une monarchie; et, sous le despotisme, il faut garder les enfants dans les sérails, pis ^ que les esclaves et les femmes. Le despotisme chez les moines est un résultat des rigueurs injustes du noviciat, et voilà la marche de la théocratie universelle' et moderne. La théocratie ancienne et primitive est partie des frayeurs du tonnerre, des tremblements de terre, a fait des dieux et en a vu partout. La théocratie moderne commence par vouloir épurer les hommes dans les austérités et les macérations; une fois accoutumés au comble des souffrances et des ennuis, le pape, Tabbé, le confesseur, le maître de novices est un tyran, un dieu. Il est tout; il peut faire d'un être si dompté tout ce qu*il voudra.

L'éducation publique pousse à la démocratie ; l'éducation particulière mène droit au despotisme. Point de collèges à Constantinople, en Espagne, en Portugal. Le peu qu'il y en a dans ces pays, était mené par des Jésuites, avec une cruauté qui dénaturait ces établissements* Au reste, la règle est vraie en général : toutes les mé* thodes agréables d'apprendre aux enfants les sciences sont fausses et absurdes ; car il n'est pas question d'ap* prendre ni la géographie, ni U géométrie ; il est question de s'accoutumer au ti*avail, c'est-à-dire à Tennui de ïm^V ses idées sur un objet, etc^ L^enfaiit qui saura toutes les capitales de l'univers, n'aura pas l'habitude de se flter sur un bilail de son revenu et de sadépense^ et M. le géographe sera volé sur la terre par son maître d^hôtel, et fera banqueroute au beau milieu de ses capitales; Partez

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