Éd. T. : à Suard
' 4. Grimoi et Diderot.
5, Voir lettre 48, la réponse à cette lettre.
A MADAME D'ÉFINAT. 121
(Rép. au qo 17.}-^ Naples, 11 août 1770.
Ma belle dame, votre lettre est aussi longue que charmante. Dieu vous donne toujours des coliques, puisqu'elles vous font accoucher d'aussi belles épîtres! J'ai été enchanté et point surpris de Tarrêt du conseil ' ; c'est la première planche pour passer à adopter le système entier de mes Dialogues; et, n'en doutez pas, on l'adoptera en entier; j'ai, ma foi ! trop raison. En attendant, il serait de la justice de M. le contrôleur général de m'accorder .quelque espèce de réparation d'honneur pour les sottises atroces que j'ai dû essuyer, en voulant rendre un service à la nation qui m'avait si bien accueilli. On ne saurait nier que j'ai été vilainement outragé, en face de l'Europe, par un tas de canaille économique.* Ces procédés étaient dignes d'eux, et je ne m'en étonne point. La rusticité convient aux agricoles, et les rustres sont grossiers par essence. Ils ont ajouté à l'impudence l'insulte de me nommer; cela leur est naturel. Mais le reste delà natien ! Faut-il que la nation la plus polie et la plus policée du monde consente à voir traiter de la sorte un étranger qui n'a rien pris, rien ôté, rien demandé chez cette nation, où il était petit représentant, à la vérité, mais enfin chargé des affaires d'un grand prince ami et issu du sang des Bourbons? M. de Sartine, qui a la librairie, ne se
1. L'arrêt du Conseil, du 14 juillet 1770, qui interdit la sortie des blés du royaume, par la raison que le prix en était parvenu au taux maiimum fixé par l'édit de 1764. Le même arrêt faisait c défenses à tous particuliers de troubler ceux qui portent et transportent les grains d'une proviace à une autre, et permettait aux Français et aux étrangers de taire entrer des grains et farines en telle quantité qu^ils jugeraient convenable!» Gaxeite de France, 1770, p. 338.
122 LETTRES DE l'ABBÊ OALIAKI
sent-il pas un peu coupable de lèse-amitié, et d'avoir manqué à ce que la décence publique demande, même chez un peuple où Ton veut encourager la liberté de la presse? Je ne demande point à être vengé; je demande une réparation d*honneur, et elle m*est due^. Voyez, parlez à M. de Sartine, qui pense si bien et si dignement en tout.
. J'avais eu envie autrefois d'être reçu académicien honoraire étranger à TAcadémie des belles-lettres; mais Tidée .de me trouver à côté de M. Tabbé Guasco^m'en dégoûta; ainsi je ne propose rien, j'attends. Une médaille, une lettre^ un applaudissement signalé, qu'on pût publier^ me suffiraient, et suffiraient, je crois, à l'Europe entière à marquer" que personne n'a parlé avec plus de respect et de vérité des intentions du ministère qui dictèrent redit de 1764, et que je n'ki eu en vue que de délivrer la France des mauvais conseils d'une secte d'imbéciles et plats conseillers. Si vous voulez en parler à M. le chancelier, qui est votre ami^. si vous connaissez M. l'abbé Terray, faites tout ce que l'amitié vous dictera. Il serait beau à un abbé, qui en vaut mille autres, de me laver de
Il £(f. D. : lin honneur f et il m'est dd.
i. L'abbé de Guaseu (i 71 S- 1781), que la Tanité qd pefôe dani son édition des Lettres de Uontesquien, en 1767, avait rendu an peu ridicule, était membre honoraire de r Académie des inscriptions depuis 1749. En 1761, il s'était retiré à Vérone^ près de sa sœur la comtesse Bernardi.