‹ Lettres à Madame d'EpinayChapitre 7 sur 181 · Térence. Àndr.f I, i · texte numérisé non relu

Térence. Àndr.f I, i

2. Horace. De Arte poeltca, t. 3i. Telle est en effet l'épigraphe qu'on lit en tête des DicUogues,

S. Marc-Antoine-Nicolas de Croismare, baron de Lasson en Normandie, né vers 1694, fils de François-Nicolas, seigneur des Rotoirs et de k Plesse, et d'Elisabeth de Croismare, héritière de la branche des seigneurs d^ La Pinetière et de Lasson, capitaine dans le régiment du Roi* infanterie^ chevalier de Saint-Louis, mort le 3 août 1772, sur la paroisse Saint-Roch, âgé de 78 ans. Il avait épousé, le 8 août 1735, Suzanne Davy de la Pailleterîe, fille d'Anne-Pierre Davy, marquis de la Pailleterie, mort le i 1 août 1725» Agé de 76 ans. Il était frère de la marquise d'Hermanville, et de Lonis-Bugène, marquis de Croismare par création de la terre de Craon, près Luné ville, en marquisat sous le nom de Croismare^ le 19 décembre 1767,

A MADAME D'ÉPTNAY. Il

la poste, sans renvoyer chez mon ambassadeur. Aimezmoi.

6êoe&, 1 8 .septembre 1769.

Combien les révolutions et les vicissitudes de ce monde sont rapides ! Me voilà passé des transports de colère, de désespoir, de chagrin, à ceux de la joie, des remerciements et des embrassements ; aussi, si je n'étais que d'une centaine de lieues éloigné de mes amis, je crois que j'allongerais mes bras et mes lèvres pour une bagatelle de cent lieues, mais pour deux cents, je suis votre serviteur. Enfin, madame, je suis sous presse : vive la joie! Mais vous qui êtes mère, vous devez bien imaginer ce que c'est que le cœur d'un père. Pourquoi ne pas m'envoyer quelques feuilles ? Craignez-vous la dépense de la poste ? N'arrêtez plus mon impatience, je vous prie ; envoyez ici à l'adresse de M. Regny^, consul de Sa Majesté Très-

ehevalier de Malte en 1712, lieutenant-colonel da régiment du Roi infanterie, brigadier 1747, maréchal de camp en 1758, qui en 1756 épousa N. l'Abbé, fille du comte de MorviUiers, premier président de la Chambre des comptes de Nancy. U riTait encore en 1789. Ses deux fils, François* Nicolas, et Pierre-Antoine, capitaine au régiment du Roi infanterie, marié te 2 septembre 17Q5 à Marguerite de Vassy, sœur de la marquise de'Canisy, mourmrent avant lui, Tunen mai 1765, l'autre en novembre 1767, s&ns laisser d'enfants. Sa fille épousa, le 26 août 1768, Gratien, marquis de Montalembert, capitaine an régiment du Roi. — L'abbé Galiani l'a introduit dans ses Dialogues sous le nom du marquis de Roquemaure. Dans la société du temps on l'appelait « le charmant mar<^uis, ■ et quelquefois le « philosophe. » Voir les Mém, de madame d'Epinay^ édit. Boiteau, Charpentier, 1865, t. II, p. 285, et la Corresp. 2i«ér'. de GrHmmf édit. Tourneux, Garnier, 1879« t. X, p. 50. C'est lui qui, en se prêtant à une correspondance supposée, donna lieu à la Religieuse de Diderot. {Œuvres de Diderotf édit. Assézat, t. V, p. 11 et 175).

i. 11 occupa ce poste à Gènes, de 1757 à 1775. En 1770 les autres agents consulaires de France en Italie, étaient : MM. Le Seurre, à Nice ; Digne, à Rome; Astier, à Naples; de Benezek Armeny» à Messine; G^mcKn, à Palerme.

Chrétienne, tout ce qu*il y aura d'imprimé déjà. Je me verrai, je me lirai, je m'extasierai, et je dirai : Possible que j'aie eu tant d'esprit? Qui est-ce qui le croira? Sur les cent louis, il faudra prélever toutes les dépenses, toutes les récompenses. Ce qui restera doit être donné à mon ambassadeur', qui m'a avancé cet argent; mais comme il est très en état d'attendre, il ne faut rien escompter ; il suffit de lui donner les billets, s'il veut s'en saisir, ou du moins, le rendre informé de cela, pour lui prouver mon exactitude. Il est dans le secret que j'ai fait cet ouvrage ; ainsi, lorsqu'il aura paru, on pourra lui communiquer le tout ; enfin je m'en repose sur vous. J'espère que vous n'aurez pas oublié de vous faire accorder par le libraire quelques exemplaires pour vous et pour moi. Il ne me reste à présent qu'à vous prier de faire mes excuses à Diderot, à qui j'ai écrit dans un accès de désespoir ; c'est sa faute, car il ne m'a jamais écrit, et votre faute aussi, puisque vous êtes restée deux mois juste sans m'écrire. Depuis votre lettre du 1" juillet, celle-ci du 1" septembre, est la seule que je reçois.

Je suis bien aise d'apprendre que les nouvelles de ma disgrâce aient été mandées de Naples à Paris. Je savais déjà d'avance que je n'ai des amis qu'à Paris, et qu'à Naples ' je n'ai que des envieux, des méchants et des sots. Faudra-t-il, grand Dieu I que j'y aille? Daniel dans le lac des lions (car anciennement les lions vivaient dans l'eau)! Madame GeoiTrin a le tic de détester tous les malheureux, car elle ne veut pas l'être, pas même par le spectacle du malheur d'autrui. Cela vient d'une belle

i . Le marquis de Cutromonte, ambauadear des Deux-Siciles. 2. Voir p. 7.

A MADAME D'ÉPINAT. . 13

cause ; elle a le cœur sensible ; elle est âgée*, elle se porte bien ; elle veut conserver sa santé et sa tranquillité ; d'abord qu'elle apprendra que je suis heureux, elle m'aimera à la folie.

Tâchez de faire ressouvenir de moi M. de Sartine^ Ah ! quel homme I quel magistrat I quel ami! Demandezlui une place d'inspecteur de police pour moi ; je resterai à Paris, et je le verrai souvent.

Aimez-moi toujours. Dites-moi, êtes-vous moins malheureuse? Vos enfants? vos affaires? le Roi? la ferme générale? Adieu. Que de remerciements ! que de reconnaissance ! Mais vous voyez cela déjà de vos yeux qui percent jusqu'au fond de mon cœur. Je ne sais pas trop ce que je| fais à Gênes ; tout ce que je sais, c'est que je ne suis pas à Naples, et c'est toujours quelque chose. Adieu encore; sans adieu.

Gênes, 2 octobre J769.

Voilà qui est bien, madame; il faut toujours écrire, même lorsqu'il n'y a rien à dire. Je vous répondrai de même, lorsque je n'aurai rien à vous mander, et cela fera une correspondance très intéressante à la fin. Je compte partir d'ici dans sept ou huit jours, si rien n'arrive, comme il n'y a pas d'apparence, et je serai à Naples à la Toussaint. Le ciel l'ordonne ainsi ; et tous les moyens humains ont été jusqu'à cette heure inutiles ; mais je ne

1. Dans Tédition Dentu tout ce passage était faussement mis sur le compte de la baronne d'Holbach, mariée depuis 1755 et qui vécut jusqu'en

2. Lieutenant général de police de 1759 à 1774. il était favorable à la liberté des blés. Voir les Mém. de Morelletf t. I", p. 191.

14 LETTRES DE L'ABBÉ GAIilAm

suis pas mort encore ; et si la justice est distributive, pion tour viendra, et je. ferai faire au ciel à ma guise.

J'ai lu le mémoire de notre abbé aux idées liées ; mais celui de Necker aux faits liés, ni celui du fou à lier ne sont point parvenus ici ^ Je les rencontrerai peut-être à Rome. Au fond, je vois que je dois retourner à Paris faire une brochure pour mettre le holà; car ces gens-là, en vérité, ne savent point calculer. J'attends avec impatience les nouvelles de raccouchement et du délivre, de mon enfant posthume. J'avais écrit, il y à deux mois, à l'abbé Morellet^, et il n'a point répondu; je crains que la lettre ne se soit égarée. Il est de toute nécessité de faire savoir à mon ambassadeur que les cent louis existent, qu'ils sont à sa disposition, et que je ne lui ai point menti. L'impatience des vieux est quelque chose que les jeunes gens ne comprennent point. Adiei^ Je serai plus long une autre fois. Mille embrassements au grand et au petit philosophe.

i . Les trois Mémoires de Morellet, de Necker et du comte de Lanraguais. Grimm, qui a iaséré cette lettre dans sa correspondance, explique ainsi ce mot « d'idées liées :• L'abbé Moreilet se disputa un jour à table avec beaucoup de Téhémence pour soutenir quelques-unes de ces rêveries poUtico-économico* ennuyeuses qui ont couru depuis un certain temps au grand déplaisir de bons esprits. Marmonlel lui opposa un gros bon sens de gourdin, et l'on n'eût pas encore servi le dessert que l'abbé ayant trop exercé les facultés de ses poumons, se trouva atteint d'une extinction de voix. A mesure que ses forces diminuaient, sa tète s'échauffa, son esprit s* exalta et s'il sortit de table accablé par Marmontel, il ne se fortifia que plus dans ses opinions : « Comment^ dit-il, les larmes aux yeux et avec une voix éteinte en se tournant vers M. Necker et moi, comment me serait-^il possible de me tromper? Je me lève à cinq heures, je prends ma plume, et j'écris pendant six heures de suite sans interruption toutes idées liées. — L'abbé, lui dit Harmontel, vous traites vos idées comme les cas en médecine, où toute matière liée est regardée somme louable, t C'est depuis cette dispute que les idées liées sont devenues une plaisanterie de société. > Cùrreëp. littér.f t. IX, p. 252.

2. Cette lettre ne se troute pas dans les Mémoires de Moreilet.

kb.

A mada;mè d'épinày. 15 ,

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