Du 3 février 1770. Voir p. 133, note
148 lettbbS de l'abbé galiani
pourtant très difficile à résoudre parla théorie; je le donne sut économistes à démontrer. Pour moi, je crois, après y avoir rêvé longtemps, entrevoir la solution qai dépend d'un théorème très beau et très singulier. C'est que, dans le corps politique, une circulation entière de tout l'argent ne se fait qu'au bout de quatre ans ; tout comme dans notre corps physique, il y faut, si je ne me trompe, deux cents coups du cœur pour achever la circulajtion de tout le sang. Les preuves de ma théorie sont aussi belles, et dépendent d'un calcul très hardi. Mais persuadez-vous une bonne fois que, de cette science politico-économique, MM. les professeurs n'en savent pas le premier mot.
Autre théorème. Jamais les blés ne retomberont aux prix qu'ils avaient avant la disette. Le fait est sûr, et le problème est également difficile à résoudre par la théorie. Mais M. de Sartine ne voudra pas savoir des théorèmes; il me demandera des remèdes. Il n'y en a pas d'autre que celui de sacrifier cent mille écus, et de vendre à perte, au nom, soit du roi, ou de madame la Dauphine, qui sera censée faire cette charité au peuple parisien. Cette vente, dans laquelle il faut perdre au moins un écu par setier, ruinera les monopoleurs. Je détaillerais cela plus au long, si on me consultait; mais pour vous, je crains de vous ennuyer.
Votre fille est charmante autant que sa mère. Dites-lui de chérir sa bague; elle est faite, par opération magique, pour produire les effets contraires à celle d'Angélique de l'Arioste'; celle-là ren(}ait invisibles les présents; la mienne rend- visibles les absents : mais les absents ont toujours tort.