‹ Lettres à Madame d'EpinayChapitre 82 sur 181 · Voir p · texte numérisé non relu

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2. Le 6 noTembre, Voltaire venait d*écrire à madame d'Épiûay: • Corn-

A MADAME DÉPINAY. 161

ceux qui ne devraient pas se taire. Je Tai un peu négligé, le vais me remettre à lui écrire, et je veux lui échauffer la tête. Écrivez-moi de votre côté quelque chose en son éloge," que je lui enverrai. Ahl du moins ce qu'il fera restera. Les injures passeront, mais ses paroles et votre livre ne passeront pas. Il a écrit à Grimm l'autre jour; il lui mande : « Je suis le bonhomme Job, mais j'ai eu des amis qui sont venus me consoler sur mon fumier, et qui valent mieux que les amis de cet Arabe ^ » Ensuite il dit, en parlant encore de d'Alembert et de M. de Gondorcet : « Ils m'ont dit, et je savais sans çux, à quel point les Welches sont déchaînés contre la philosophie. Voici le temps de dire aux philosophes ce qu'on disait aux sergents, et ce que saint Jean disait aux chrétiens : Mes enfants, aimez-vous les uns les autres, car qui diable vous aimerait? »

J'ai eu ces jours passés occasion de causer avec différentes personnes, qui, les unes arrivaient de la province, les autres de leurs terres; les unes de la frontière, les autres de l'intérieur; elles ne parlent que famine, disette, monopole. Je leur ai fait tout plein de questions, et voici, à peu près le résultat de ce qu'elles m'ont dit. Rien de tout ceci ne vous sera peut-être neuf ; mais j'aime mieux vous dire des paroles inutiles que de manquer à vous dire un fait qui pourrait vous intéresser.

ment pouvez-vouH me dire que je ne connais pas l'abbé Galiani ! Est-ce que je ne l'ai pas lu ! Par conséquent je l'ai vu. Il doit ressembler à son ouvrage comme deux gouttes d'eau, ou plulM comme deux étincelles. N'estil pas vif, actif, plein de raison et de plaisanterie? Je l'ai vu, vous dis-je, et je le peindrais. On fait actuellement un petit Dictionnaire encyclopédique^ où il n'est pas oublié à l'article Blé.» Le 19 mars il avait déjà écrit à d^Alembert: ■ te dis anathème à quiconque ne rira pas des facéties de Galiani, lequel pourrait bien avoir raison sous le masque. >

\. Lettre du 10 octobre 1770, écrite à l'occasion de l'arrivée de d'Alembert à Ferney . Elle a été insérée par Grimm dans sa Corretp. liUér. (novembre 1770], t. IX, p. 166.

162 LirrïBEB de l'abbé galiani

Ces disettes de blés, réelles ou simulées, se montrent subitement, et le remède en est toujours tardif. Pour bien entendre le monopole dont elles m'ont parlé, il faut savoir que dans leurs provinces et dans les provinces aciyacentes, le contrat entre le propriétaire et le fermier se fait ainsi ; et cela dans le Béarn, la Guyenne comme dans la Champagne, se fait de même que je vais dire : Le fermier s'acquitte en denrées avec son propriétaire; le fermier paye, il vend le restant de son grain pour fournir à ses besoins ; il ne garde pas même de quoi faire la semaille qu'il va chercher dans la saison au prochain marché. Pour la subsistance journalière, il vit presque au jour la journée. Il est si grevé, si pauvre (excepté dans le Béarn), qu'il ne saurait faire autrement. Diderot m'a assuré que ce que l'on m'avait dit là des habitants de la campagne, on pourrait, quant à sa province^, l'étendre à la plus grande partie des habitants de la ville.

Je vais dicter le reste de ma lettre; car je ne veux pas manquer la poste, et je suis lasse.

D'après ce que je viens de dire, vous voyez que tout le grain des campagnes est dans les greniers d'un petit nombre d'habitants de la \ille. Yoicidonc comme on procède pour faire mourir de faim l'habitant de la campagne, une grande partie du pauvre habitant de la ville, et même ruiner l'habitant riche ou aisé, s'il est avide. On s'adresse à ce dernier, on achète son blé à tout prix ; à mesure que les achats se multiplient, le prix hausse : il faut donc acheter promptement et secrètement. Lorsque les achats sont faits, on tient les greniers fermés, et la famine naît de toutes parts ; on profite tout de suite de l'effroi, du tumulte, du prix exorbitant de la denrée qui tente l'avi-

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