Langrei, en Bassigaî (Champagne
, dite du riche ; on étale du blé en profusion, on le propose à un prix moyen entre celui de Tachât et celui du moment, ce qui a Tair extrêmement honnête ; et tout le blé rentre dans les greniers de ceux qui Tavaient Tendu. Aussitôt l'abondance reparoit, et le blé revient à son premier bas prix ; on Ty laisse un moment, après lequel les achats multipliés et furtifs recommencent. Les greniers se referment, et la disette revient ; et puis la répétition de la même manœuvre, en conséquence de laquelle on a vu cette ^nnée dans plusieurs villes trois disettes et trois abondances se succéder: d'où il est arrivé une chose assez singulière, c'est que des propriétaires ont été ruinés après avoir vendu trois fois de suite leur même blé à un très haut prix; et cela, parce qu'il n'est pas. aisé de discerner la disette réelle de la disette simulée, parce qu'il y a trop d'inconvénients à s'y tromper, parce que le gain rapide et prompt séduit, etc. On m'a donné tout cela pour des faits; je ne vous les garantis pas; car moi, qui n'en sais pas bien long sur cette matière, il me paraît impossible que cette manœuvre puisse arriver trois fois de suite; car ce prix moyen, auquel on aura racheté ce blé déjà vendu, une fois, deviendra trop fort pour qu'il puisse y avoir abondance après la seconde revente, ou du moins il y aura toujours cherté ; et l'on ne se défait à perte que du
' superflu et non du nécessaire. M'entendez-vous , l'abbé ? Ai-je tort ou raison ? Je m'arrête, car ceci deviendrait presque métaphysique.
Il faut vous rendre compte de votre commission. J'ai donné un de vos exemplaires à relier ; on doit me l'apporter demain, et après-demain il sera de votre part dans la bibliothèque de l'abbé Grimod.
Cet essai analytique sur la richesse et sur l'impôt, dont vous me parlez, ne serait-il pas du comte de Lau-
ragaais ? Il paraît un livre de lui ^ que je n'ai point encore TU et qu'on m'a promis. Il y traîne dans la boue les économistes et Panurge, non le Panurge de Rabelais, mais le nôtre : il y parle de vous en éloges et en critiques. Je l'aurais déjà s'il n'était défendu ; mais il m'a fallu de la protection ; et malgré cela je ne le tiens pas encore.
Je retourne demain à Paris; mes réparations sont finies, et je dis adieu à la Briche sans miséricorde et sans retour. Elle est louée pour neuf ans sans clauses ; et dans neuf ans qui sait si je serai au monde? Au reste, il fait' un tçmps, depuis huit jours, très propre à faire quitter la campagne sans regret ; des pluies continuelles, un froid d'une humidité insupportable : mais je me porte bien ; et lorsque je vous écris, et que je reçois vos lettres, mon cher abbé, je suis tout aussi contente que si j'avais trouvé mes dix mille francs, que si mes confitures n'eussent pas été mangées, que si mon cheval n'eût pas été déferré, que si ma bourse ne fût pas perdue, et que ma montre ne fût pas cassée. Après l'histoire de mes vingt-six infor-
I. Mémoire de Jf. le comte de Lauraguaie sur la Compcignie des Indêij dans Uquel on établit les droits et les intérêts des actionnaires, en réponse aux compilations de M, l'abbé Morellet, s. 1., 1770, in-8<>, BibI Nat. F. 4.317. k, (V. les Mém secrets, t. V (I5 arril 1770), p. 91, 97); 00 sa Lettre à M. Dupont. (Voir lettre 78.)
— Voici quelques passages du Mémoire: « L« docteur Morellet, qui ressemble autant à une colombe qu*à un héros, à un écrivain ou à un prêtre, n*ea est pas moins un héros, un écrivain et un prêtre, ne manquerait pas de s'appliquer le vers de Juvcnal : Dot veniameorvisy vexât censura eolom' bas,,» M. Tabbé Morellet crut essentiel à sa gloire politique et à Tintérêt du dictionnaire de commerce, de paraître aui yeux du public avoué du ministre pour éclairer les actionnaires La maladie de M. Abeille, les intrigues de l^abbé Morellet, la protection que M. de Trudaine fils lui accordait, pour le . consoler apparemment de la justice que lui a rendue M de Trudaine le père, firent conuaitrf Tabbé à M, Boutin .. Comment Tabbé Morellet peut-ij confondre la réalité et la quantité, quoique la réalité de son ignorance soit également la quantité de ses sottises. Je suis étonné que Mn^e X , sa savante protectriee,ne lui ait pas montré son morceau sur la quantité et la réalité. » p. 69. Voir encore son Mémoire sur la Compagnie des Indes, Paris^ Lacombe, 1769, in-4*. Bibl. Nat. F. 1961-11.
tunes, il ne manquerait plus que de ne pas avoir de lettres de vous cette semaine. Je m'en prends au Fontainebleau \ et j'espère en trouver une demain en arrivant. Adieu, mon cher abbé, je vous embrasse.