‹ Lettres à Madame d'EpinayChapitre 9 sur 181 · Le libraire Merlin devait de l'argent à Galiaui (A. N · texte numérisé non relu

Le libraire Merlin devait de l'argent à Galiaui (A. N

3. Emilie de Belsunce, née, selon Grimin, eu Béarn, sur la frontière d'Espagne, en 1767. Après la mort de sa grand'mère, madame d'Épinay^ elle fut mise au cou?ent de Saint-Antoine, sur le conseil de Grimm qui, après lui avoir obtenu une dot de i îOOO roubles de l'impératrice Catherine et le titre de demoiselle d'honneur, s'employa pour la marier; au printemps de 1786, au comte de Bueil, jeune officier aux gardes françaises, miyoren second au régiment du Maine. Au commencement de la Révolution, le comte et la comtesse de Bueil, et leurs trois enfants, deux filles et un fils, éiuigrè' rent en 1791, et se réfugièrent auprès de Grimm, dont ils devinrent la famille d'adoption et les héritiers. Voir, dans la Correap, lit^ér, de Qrimm, 1. 1, p 33, le Jfd'm. historique. Une de ses filles avaitépousé le comte de Causans. C'est pour cette Emilie de Belsunce, que madame d'Épinay composa les Convertationt d'Emilie,

18 L]BTTBES DE ï«*ABBé GALIANI

mélange de boDté, de sérénité dans toute sa personne, très marqué et bien sihgulief pour sôû âge. Je parie qu'elle aura du caractère, oui, je le parie. Et pour qu'elle le conserve, il me prend envie de m*emparer de cette petite créature. Ce sont de terribles chaînes que je me donnerai. Je me connais, cela mérite réflexion, ou plutôt il n'en faut pas faire et donner tête baissée dans ce nouveau piège que me tend mon étoile ; la sienne n'en sera pas plus mauvaise. Eh bien I voilà un motif déterminant : allons, voilà qui est dit, demain je Tenlève à sa mère, je m'en empare, et nous verrons une fois un enfant qui n'est ni contraint ni gêné. Ce sera le premier exemple dans Paris. Imaginez que je suis la seule dans Paris qui ne lui fais pas peur ; elle me sourit, l'abbé, voyez-vous cela ! Et puis elle s'appelle Emilie. Le charmant nom et le moyen d'y résister 1

Me conseillez-vous de croire aux excuses de M. de Pignatelli ; j'ai bien de la peine à les prendre pour bonnes. J'attends votre avis pour lui répondre. Adieu, adieu, mon cher abbé. En vérité, je suis si bête aujourd'hui, quevous êtes trop heureux que je n'aie pas le temps de vous en dire davantage.

Naples, 18 noyembre 1759.

Vous voyez, par la date de ma lettre, que j'ai Uni mon voyage. J'ai été bien reçu par le roi, voilà tout ce que je puis vous dire. Au reste, je mentirais, si je vous disais ce que je compte faire ce printemps. Assurément je passerai l'hiver à Naples. Je n'ai pas eu le temps de répondre à votre lettre du 22, que j'ai reçue à Rome, mais cela ne m'a pas

A MADAME io'ÉPINAY. 19

empêché de songer à vous et à madame votre fille ^ Vous vous souviendrez qu'elle souhaitait une petite antique * pour remplacer celle que je lui avais dionnée jadis, et qu'elle a perdue. J'ai cherché, fouillé, flairé partout; enfin j'ai rencontré quelque chose qui m'a'fait plaisir : c'est une jolie petite Pallas , encore plus jolie que la vôtre, sûrement antique et parfaitement gravée ; vous la trouverez ici dans la lettre ; vous la présenterez à madame votre fille, de ma part ; et je suis enchanté que la mère et la fille puissent désormais cacheter avec les mêmes arinoiries : Minerve sera le symbole de la famille. J'attends les nouvelles du bruit que ma bombe aura fait, en crevant, à Paris. Je suis bien aise qu'il y ait une trentaine d'exemplaires pour moi. Voici le testament. Il faut en envoyer un à Gênes, à M. Regny , comme je vous l'avais mandé. 11 faut m'en envoyer quatre par la poste, à Rome, mais je ne veux rien dépenser ; il faut trouver quelque moyen, soit celui des fermière généraux des postes, ou un autre que vous imaginerez. Sept autres pourrpnt venir plus lentement par la voie de la mer et de Marseille, dans quelques ballots de libraires ; en voilà douze. A Paris, il en faut donner un à mon ambassadeur, un autre à M. de Magallon*, secrétaire d'ambassade d'Espagne; le reste sera pour vous et pour nos amis.

i . Édit. T. : Mademoiselle j erreur qu'elle corrige plus loin.

S. Le marquis d'Argenson a dit dans le même sens ; « L'abbé de Rottaelin a la physionomie fine, sa figure est agréable, mais tout à fait moderne ; celle du cardinal de Polignac est à présent une belle et précieuse antique. • Les loisirs d'un ministre d'É(a(, Amsterdam, 1787, t. II, p. 157.

3. Le chevalier de Magallon, conseiller du commerce, qui, après le rappel du comte de Pnentès, Tambassadeur d'Espagne, en 1773, remplit les fonctions de chargé d'affaires. 11 était fort lié avec mademoiselle de Lespinasse et le comte de Mora. Voir, dans cette collection, les Lettres de mademoiselle de Leepinasse, p. 174^ et Arneth et Geffroy, Corresp^ de Mane- Thérèse, Paris, 1874, 1. 1«% pp. 361 et 456.

Nota bene, qu'il faudra en vendre quelqu'un pour un certain usage que voici. Je veux m'abonner, du commencement de la nouvelle année, à la Gazette de France, mais je voudrais la recevoir franche jusqu'à Rome ; je crois que cela se peut aisément; parlez-en à Suard^. Pour payer cet abonnement, je ne veux pas tirer de l'argent de ma poche ; la vente de quelques Dialogues doit y suppléer.

Je suis débiteur d'une réponse au baron, et d'une autre à Diderot ; je me mettrai en' règle ici. Cette ville, condamnée à l'oisiveté depuis le temps d'Horace et de Virgile, et in otia notant Parthenopen ^, me donnera autant de loisir que je voudrai, et plus même que je n'en souhaite.

J'embrasse lécher prophète'*. J'ai reçu une très longue lettre de notre incomparable marquis, qui ne dit rien ; j'aurais souhaité qu'il me l'eût écrite en prose. Adieu, aimez-moi toujours. Adieu.

II faut que vous m'achetiez ce recueil d'airs choisis de l'Opéra-Gomique, qui s'imprime à Paris. Ce sont des in-quarto de musique ; il y en avait, de mon temps^ trois volumes qu'on payait vingt-sept livres. Il y a le chant et la basse, et, je crois, un violon. Vous aurez la bonté de charger le libraire Molini de l'expédition.

1. Suard (1733-1 S 17), était depuis 1762^ directeur de la Gazette de France j que le duc d'Aiguillon lui enleva en 1771 pour la donner à Marin, censeur royal (1721-1809).

2. Ovide. Métamorphoseon, L. XV, yen 711. Horace a dit également {Epodorij T. vers 41) :

Et otiosa credidit NeapoUs

Quant à Virgile e'est de lui-même qu'il a dit (Georgicon, IV, S62) :

Illo Yirgilium me tempore dulcis alebat Parthenope, itudiis florentem ignobilis oti.

,3. Grimm, ainsi appelé par ses amis depuis sa facétie du Petit Pro^ phète de Boemiechbrodaf publiée en 1753, en fayeur de la musique ita> tienne, du coin.du roi, comme on disait alors.

Naplet, 18 décembre 1769.

Votre dernière lettre du 4 novembre m*accabla tellement de chagrin, que je n'eus point la force d'y répondre. J'essayai vainement d'écrire à vous et à M. de Sartine ; mais je déchirai ce que j'avais écrit, et j'abandonnai le tout aux caprices de ma malheureuse destinée. Votre lettre du 27 n'est pas plus consolante pour moi; cependant il faut vous répondre, et il faut jurer comme un renégat. Ëst-il possible que le meilleur des hommes, le plus digne magistrat, l'homme du monde qui m'aime le plus, et que j'aime et j'estime le plus, enfin M. de Sartine, veuille de gaîté de cœur me ruiner moi et un honnête libraire? L'auriez-vous cru, madame ? Était-il croyable que le seul livre respectueux qu'on ait fait jusqu'à cette heure sur les matières d'administration, rencontrât tant de difficultés, pendant qu'on laisse paraître avec permission les satires qui seraient les plus sanglantes, si elles n'étaient pas ennuyeuses ? Je suis content que vous, madame, vous vous soyez une fois mêlée de mes affaires, pour voira quel point on peut être malheureux sans l'avoir mérité. Que le baron vienne me dire à présent que les dés ne sont pas pipés^; il radote. Si tout était régi par le hasard, il n'y aurait pas d'injustice dans le monde. Rien n'est si juste que le hasard ; c'est sa nature même d'être juste ; il tombe à droite, à gauche ; toujours neutre, toujours indifférent, toujours égal, toujours compensé ; mais c'est que les dés sont pipés, et voilà le diable. Proposez cette

difficulté au baron, et confondez-le. Point d'injustice, si

le jeu est bon et sans malice.

Page 1