ÉLECTION ET SACRE DU PREMIER VICAIRE APOSTOLIQUE DE SI AM
Les deux prélats quittèrent ensuite la résidence de Louvo pour se rendre à Siam , où ils devaient sacrer M. Laneau sous le titre d’évêque de Métellopolis. L’élection de ce prélat avait été faite par ses deux confrères , d’après le pouvoir qu’ils en avaient reçu du Saint-Siège. Us s’y préparèrent par des bonnes œuvres qui rappelaient l’usage antique et vénérable des Églises apostoliques; les chrétiens furent engagés à redoubler leurs prières pour l’heureux succès de cette élection , les prêtres du séminaire jeûnèrent pendant trois jours et offrirent aussi pendant neuf jours le saint Sacrifice dans la même intention ; après quoi les vicaires apostoliques convinrent entre eux de désigner, chacun en particulier, celui
des anciens missionnaires qui leur paraîtrait le plus capable de supporter le redoutable fardeau de l’épiscopat. Le choix de M«r d’Héliopolis tomba sur M. Chevreuil; M. Laneau fut préféré par Mer de Bérithe. Les deux sujets proposés avaient l’un et l’autre des titres si marqués à cette élection, que les vicaires apostoliques crurent devoir , suivant l’exemple des Apêtrcs, consulter Dieu par la voie du sort : « Ils n'igno- » raient pas que cet exemple n’est point passé en règle; » mais ils jugèrent avec raison, qu’ils se trouvaient dans
• une de ces conjonctures dans lesquelles S. Augustin et » S. Grégoire* approuvent la voie extraordinaire du sort. » Ils se prosternèrent, et élevant les yeux au ciel : Sei- » gneur, dirent-ils, vous qui connaissez les cœurs, mon- » trez lequel de ces deux prêtres vous avez choisi pour le » ministère épiscopal. Après cette courte prière, ils firent » deux billets, dans l’un desquels était écrit le nom de > M. Chevreuil, et dans l’autre le nom de M. Laneau. Les
• ayant mis dans une boite , M. de Bérithe les présenta à » M. d’Héliopolis. Il tira le premier qui tomba sous sa main,
• l’ouvrit, et parut surpris d’y trouver le nom de M. Laneau. » M. de Bérithe, qui s’aperçut de sa surprise, lui dit de » replier son billet et de le remettre dans le scrutin. Il le
• replia, le remit, et retira le même nom. Alors M. d’Hélio- » polis se jeta à genoux , remercia Dieu , et consentit que » M. Laneau fût choisi *. »
Quelques années après on vit en effet que cette élection pouvait être considérée comme l’œuvre de Dieu. M®r Laneau soutint dignement l’œuvre des missions dont il eut toute la direction après la mort de M«r d’Héliopolis. Il était aussi dans la plus grande faveur auprès du roi de Siam, qui lui permettait, contre l’usage établi, de lui parler toutes les fois qu’il le jugerait à propos. Plus lard enfin il donna des
1 Àug. Ep. 180, et de Doct. christ, lib. I, c. 28. — Greg. in lib. I Rrg. e. 14
* Hist. de l’ét&hl. du Christ, dans les Indes Orient, t. II, p. 175.
exemples d'une rare vertu et d'une fermeté invincible lors de la révolution de Siam, affrontant la mort avec un calme qoe peut seule avoir l'Ame vraiment établie en Dieu. M. Chevreuil, au contraire, sans devenir pour cela moins agréable à Notre Seigneur, tomba bientôt après dans un affaiblissement moral dont il eut bien de la peine à se relever. Du reste, à l’époque de l’élection pour le vicariat apostolique, ils étaient aussi capables l’un que l’autre d'exercer de pareilles fonctions, et leur humilité prouve qu’ils en étaient également dignes. Us en donnèrent uue preuve évidente, la veille du jour où le choix fut définitivement arrêté. Ayant appris alors qu’il était question d'eux en cette circonstance, ils allèrent, chacun de leur côté, prier les deux évêques de ne pas penser à eux pour un tel emploi; quand ensuite l’élection fut terminée, celui qui avait été rejeté en conçut une joie aussi grande que l'autre eut de peine à s’y soumettre. Ce dernier cherchant à éloigner la douleur sensible qu'il en ressentait passa le reste du jour dans les prisons et dans les maisons des pauvres malades où Dieu voulut lui envoyer des consolations digues de ce cœur vraiment apostolique ; ce jour-là même, il baptisa plusieurs adultes suffisamment éclairés de la grâce pour recevoir le sacrement de la régénération.
Quelque temps après, le roi de Siam saisit encore une occasion solennelle de témoiguer publiquement sa bienveillance à l'égard des vicaires apostoliques. Le jour où il avait l’habitude de se montrer à ses sujets dans toute la pompe de sa puissance, et au milieu même de cette imposante cérémonie, il voulut visiter le terrain accordé précédemment par lui pour l’établissemeut du séminaire, et l’ayant trouvé trop peu étendu, il en ajouta un autre beaucoup plus grand, où il voulut, en outre, faire élever à ses frais uue belle église *. De pareilles dispositions de la part du roi produisaient une grande impression parmi les peuples; aussi, les vicaires
* Le plan de cet édiôce a été envoyé en France où on le fit alors graver.
apostoliques sentaient-ils un besoin extrême d'ouvriers, capables de soutenir l'œuvre commencée parmi ces infidèles. Ils en avaient surtout besoin pour les aider à former eu peu de temps un assez grand nombre de prêtres indigènes, en état de suppléer au petit nombre des missionnaires. L’année précédente, M*r de Bérithe avait envoyé, dans cette vye, M. Bouchard à Manille , afin d’engager les Franciscains et les Dominicains espagnols à venir en aide aux missionnaires français. Ces religieux, à qui la religion doit en grande partie la conversion du vaste archipel des Philippines, promirent de s’unira nous, et quelques-uns dentr’eux vinrent en effet à Siam peu de temps après, mais de funestes divisions arrêtèrent pendant long-temps le bien qu'on en pouvait attendre *.