‹ Lettres à Mgr l'évêque de Langres, sur la Congrégation des Missions ÉtrangèresChapitre 13 sur 89 · HISSIONS DE LA CHINE. — QUESTION DES CÉRÉMONIES IDOLATRIQCBS · texte numérisé non relu

HISSIONS DE LA CHINE. — QUESTION DES CÉRÉMONIES IDOLATRIQCBS

Monseigneur,

Notre Congrégatiou ayant été instituée principalement dans le but de former un clergé indigène pour la Chine, je commencerai par l’histoire de cette mission le résumé que je compte faire à Votre Grandeur sur chaque vicariat apostolique en particulier. Dans le principe, la juridiction de nos évêques s’était étendue sur toutes les provinces de l’Empire Chinois, mais ils ne furent jamais à même de l'y exercer ; on se borna ensuite aux provinces du Sse-tchouau, du Yun-nàn et du Kouei-tchcou , et les choses se trouvent encore dans cct état aujourd'hui.

Par la position même qu’elle occupe dans l’Empire, cette mission offre de grands avantages pour la prédication de l’Évangile. L'éloignement des côtes , et par suite, l’absence de tout rapport avec les Européens y disposera toujours les peuples à entendre plus lavorablemout la parole de vérité ;

on n'aura jamais en effet à y gémir sur les scandales qui affligent les missions accessibles aux navires d’Europe. De plus , l'établissement du Christianisme dans ces provinces doit nécessairement exercer une grande influence sur l’état religieux des populations d’ A va et du Thihet qui en sont voisines. De là aussi on pourrait, dans la suite, redescendre par les forêts au milieu des tribus laociennes du Tong- King et de la Cochinchine. Ces espérances, et surtout le travail offert au milieu des cinquante millions d’àmcs que renferment les trois seules provinces du Vicariat, feront donc toujours de cette mission une œuvre capitale pour notre société*.

Outre cela, les missionnaires qu’on y envoie contribuent nécessairement, par leur influence, à détruire les préjugés répandus dans la nation contre les étrangers, et du jour où ccs préventions pourront disparaître, ce sera uu grand pas de fait vers la foi. Ils peuveut même, sans nuire à leurs travaux apostoliques, travailler à l’avancement de la science chrétienne eu étudiant les traditions et l’histoire de ce peuple antique et depuis si long-temps stationnaire dans sa vieille civilisation. Ils démoutreront ainsi à l'incrédulité de l’Europe que dans la Chine comme en Chaldée, en Égypte et dansl lndc, dans toute l'histoire du monde, dans le passé comme dans le présent, la règle de vérité sera toujours en bqrmonie avec l’enseignement donné par l’Esprit de Dieu dqps nos livres sacrés et daus les traditions de la foi.

Le petit nombre de nos missionnaires les a, il est vrai, empêchés jusqu’alors de se livrer à des recherches scieu-

1 Les missions de la Chine proprement dites, sont certainement les plus intéressantes de toutes les missions catholiques. La population de cet empire est supérieure à celle de l’Europe, et de plus la conversion <!e ce peuple à la foi chrétienne entraînerait sans aucun doute celle des royaumes \oisiu$. D’un autre côté, si l’Empereur se faisait chrétien, >1 faudrait, ainsi que le disait Kang hi lui-même, bien peu d’années pour changer les croyances de la nation tout entière. On ne s’étonnera plus après cela des soins et des ménagements que les Jésuites prenaient pour préparer ce grand événement.

Cliques qui les eussent détournés du véritable but de leur apostolat. Entièrement dévoués à l’œuvre du salut à laquelle ils avaient entrepris de travailler parmi ces peuples, ils ont dû laisser de côté bien des choses utiles sans doute au bien général de l’Église universelle , mais étrangères au travail particulier qu’on leur confiait. Ils ont évangélisé les pauvres, instruit les ignorants, élevé des prêtres, formé des religieuses; ils ont beaucoup travaillé et beaucoup souffert, ils ont supporté la longue torture des prisons aussi bien que les supplices de l’échafaud ; ils l’ont fait, et ils sont prêts à le faire encore, si une pareille grâce leur était présentée. Que pouvait-on exiger de plus? Un temps viendra, nous l’espérons, où il leur sera donné d’ajouter de nouveaux titres à la reconnaissance que l'Église leur doit pour ce zèle et cette fidélité à remplir tous les devoirs d’un apostolat aussi glorieux. En attendant, nous n’avons qu’à prier le souverain Maître des cœurs, afin qu’il daigne continuer à les assister comme il l’a fait jusqu’alors dans leurs travaux de tous les jours et dans les épreuves sanglautes des persécutions , s’il leur en réserve quelques-unes.

J'aurai donc , Monseigneur, à vous développer ici bien des faits édifiants, bien des actes de vertus héroïques ; et je le ferai d’autant plus volontiers que je suis certain d'être bien compris par votre âme généreuse, toute donnée au saint amour. Cependant, avant d’entrer dans ce récit toutà-fait capable de nous remplir le cœur, il faut que je vous entretienne d’un sujet bien triste pour l’Église, puisqu’il s’agit de divisions funestes entre les hommes chargés par elle de faire connaître aux nations le nom adorable de Jésus- Christ. Je veux parler de la trop fameuse controverse relative aux cérémonies chinoises.

La plupart des auteurs qui ont traité cette question ayaut vécu dans un temps où il était difficile de raisonner sainement sur des points si vivement controversés, nous ne devons pas nous attendre à y rencontrer l'indépendance de

jugement désirable en pareille matière. Maintenant, au contraire , que le temps a calmé les passions et que la vérité peut se faire entendre sans blesser personne, c’est pour nous un devoir de rectifier les faits trop souvent dénaturés et d’expliquer les intentions aussi mal interprétées. C’est , Monseigneur, ce que j’entreprends de faire.aujourd’hui près de vous. Bienveillance et impartialité pour tous , voilà ce que j’ai tâché de conserver dans mon récit, 'et j’ai la confiance de m’être tenu constamment dans ces justes bornes.

Afin donc de donner à Votre Grandeur une idée plus exacte de la controverse, je vais reprendre les choses dès leur origine. Ce sera sortir un peu de l’histoire spéciale de notre Congrégation, mais je ne pense pas que vous trouviez cette digression déplacée en cet endroit, attendu qn’il n’est pas possible autrement de bien comprendre la suite des événements. J’en avais encore besoin pour mieux examiner et apprécier le principe de conduite des différentes congrégations en désaccord sur ce point, pour entrer dans les raisons plus ou moins plausibles alléguées de part et d’autre, enfin pour me dégager moi-même de tout esprit de controverse , et ne voir en toutes choses que la vérité seule dépouillée de tous les nuages dont la passion , trop souvent prise pour le zèle, est venue l’obscurcir.

MARCHE SUIVIE EN CHINE PAR LES PREMIERS MISSION- NAIRES DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS.

Depuis l’époque oii saiut François -Xavier avait tenté vainement de pénétrer dans cet empire, des religieux de différents ordres avaient de même échoué dans de semblables entreprises. Plus tard le moment marqué par la Providence arriva; un religieux de Saint-Dominique eut le premier la gloire d’y annoncer l’Évangile, mais il fut obligé d'en sortir

bientôt après'. Enfin, après quelques années les Jésuites parvinrent à y former un premier établissement durable. Leurs succès furent d'abord peu seusibles et accompagnés des persécutions promises à ceux qui veulent marcher sur les traces du Sauveur dans la conquête des âmes ; mais la persévérance et la foi de ces hommes apostoliques surent triompher de tous ces obstacles, et les premières chrétientés s’établirent.

Parmi ces heureux missionnaires se trouvait le P. Ricci , qu’on peut regarder comme un des plus saints et en même temps comme un des plus habiles missionnaires de la Compagnie de Jésus. Il comprit bientôt qu’ilfallait prendre une marche toute particulière pour gagner la confianced'un peuple, le plus vaniteux peut-être de l’univers, qui se regardait comme la première nation du monde. Triompher avec des moyens ordinaires de la résistance opposée par un semblable peuple à la prédication d’une loi nouvelle et étrangère, lui parut impossible à moins de miracles de la grâce, et il savait que le don des miracles n'a jamais été promis par Notre Seigneur comme condition essentielle au succès de la prédication évangélique. Le P. Ricci chercha donc J dans l’étude des mœurs de la nation, à s’éclairer le plus possible sur la marche àsuivrepour seconder l’opération divine etaccomplir latâche qu’il s’était imposée à lui-même. Il sentit qu’il fallait, d’une part, abaisser l’orgueil de ce peuple et faire tomber sa haine et son mépris pour les étrangers en le subjuguant par l'éclat des sciences de l’Europe ; que de plus il fallait ménager avec soin cette même vanité sur des points qu’il était impossible d’attaquer alors sans ruiner aussitôt toute espérance de

1 Le premier missionnaire catholique qui ait pénétré en Chine es) le P. Gaspard de la Cruz, dominicain originaire d’Evora eu Portugal. Il y entra en 1550, quatre années seulement après la mort de saint François-Xavier. Après qu’il eut prêché la doctriue évangélique et renversé une pagode, on se saisit de lui pour le faire mourir, niais on se contenta ensuite de le chasser de l'Empire. — Apologie des Dominicains missionnaires de la Chine. In- 12. Cologne. — Héritiers d’Egmont, 1700, p. 88.

iüfi —

succès. Toutes ces choses parfaitement comprises par les hommes habiles qui dirigeaient alors la Compaguie de Jésus étaient déjà deveuues une conviction pour le P. Ricci ; aussi ne tarda-t-il pas à mettre à exécution tout un système de prédication, fondé sur cette base inaccoutumée il est vrai, mais suffisamment appuyée par les exemples analogues de l’histoire de l’Eglise. Dès- lors il parut aux yeux des Chinois comme mathématicien, géographe, astronome, pénétrant jusqu’au sein même de Pé-king à la faveur de la renommée conquise par cette science iuconnuc jusqu’alors aux lettrés de l'Empire. 11 s’étudia aussi, avec le plus graud soin, à prendre de l’histoire et des croyances chinoises tout ce qui pouvait s’accorder avec la vérité chrétienne. C’est ainsi qu'il reportait l’origine de leur monarchie aussi loin qu’il le pouvait sans contredire le récit de nos livres sacrés. Quant à leur Kong-fou-lse (Confucius) si célèbre parmi les lettrés, il en releva lui-même la morale dans ce qu elle avait de couforme à l’équité naturelle, et il ne crut pas devoir condamner aussitôt les pratiques de vénération excessive usitées à l’égard de ce maître de la grande science ; il usa enfin des mêmes ménagements avec ces pauvres infidèles, en ce qui touchait leur respect exagéré pour les ancêtres. Ne voyaut dans toutes ces pratiques rien d’absolument contraire aux principes du Christianisme, il pensa qu’en les tolérant pour un temps, on viendrait plus facilement à bout de les abolir saus secousses dans la suite. Le succès répondant d’ailleurs à l’emploi de ces mesures pleines de modération, la plupart des missionnaires de la Compagnie de Jésus entrèrent sans hésiter daus cette voie tracée par leurs devanciers, et dans peu de temps les progrès de notre sainte religion devinrent si rapides que l’Église toute entière en tressaillit de joie et d’espérance.

Cette tolérance portait malheureusement sur des usages illicites en eux-mêmes, et d'autres missionnaires, non moins désireux que les Jésuites de faciliter aux infidèles les voies du salut, ne crurent pas cependant pouvoir les permettre en

conscience. Gomme du reste le caractère de ces usages n'était pas suffisamment déterminé, pour commander une conviction dans un sens ou dans l'autre, chacun voulut là-dessus conserver la manière de voir particulière qu’il s’était formée. De là tant de discussions trop souvent envenimées par l’esprit de parti et habilement entretenues par les ennemis de la sainte Eglise. De là cette funeste division qui causa la ruine de tant d’espérances, déplorables débats qu’il faut pleurer en larmes de sang, car l’enfer est rempli des innombrables âmes pour lesquelles ils devinrent incontestablement un sujet de scandaleet dechute. Et ce malheur est d’autant plus grand , qu’il eut, de part et d’autre, sa source première dans les motifs les plus purs et les plus conformes à l’esprit apostolique *.

1 Histoire générale de la Chine, ou Annales de cet Empire, traduites du Tong-Kien-K.aug-Mou , Par le feu Père Joseph-Anne-Marie de Moyriac de Mailla, Jésuite François, Missionnaire à Pékin. In-4, Paris, Pb. D. Pierres, 1779, t. X, pp. 390, 397.— Parallèle des Religions, par le R. Père Brunet. In- 4, Paris, Bossange, 1792, t. I, lre partie, p. 348. — Vie de S. François Xavier, apôtre des Jndes et du Japon, par le P. Bochours. In- 12, Lyon, 1826, t.' II, p. 178. — Choix des Letl. édif. (1808), t. I. Disc, prélim. p. xxiv ; t. II, Tabl. hist. pp. x et suiv. — Id. (1824), t. I. Not. hist. p. xx. — Lettres édifiantes et curieuses, écrites des missious étrangères. In-8, Lyon, 1819, t. IX, Préf., pp. v et suiv.; t. XIV, Préf., pp. iii et suiv. — J lemorie istoriche délia controversia de Culti Chinesi. In- 12, Cologne, 1 700, pp. 3 et suiv. — Hérault, t. XI, pp. 50 et 54. — Mém. pour servir à l’hist. eccl. (Picot), 1. 1, Int., p. ccxxvi. — Lettre de M. l’abbé de Lionne, Evêque nommé de Rosalie, Vicaire Apostolique de la proviuce de Suchueu dans la Chine , à Monsieur Charmot, Directeur du Séminaire des Missions Étrangères de Paris. 1 700 , pp . 2 et suiv.

— Apol. des Dom., p. 87. — Athanasii Kircheri E. Soc.Jesu China montt mtntis quà sac ris qua prof nais, neenou variis naturœ et actis spectaculi s aUarumque rerum mentor abiliam argnmentis ilia strata , a aspic iis Leopoldi primi Roman, imper, semper angusti , Munijicentissimi Mccœnatis. lu-fol. Amsterdam, J. de Meurs, 1667, pp. 97 et suiv. — Histoire générale de l’Égbse, depuis la prédication des Apôtres jusqu’au pontificat de Grégoire XVI; ouvrage rédigé à l'usage des séminaiiesel du clergé, etc., publication dont le fonds emprunté à Bérault-Bercaslel, est enrichi d’extraits des meilleurs historiens, et continuée jusqu'à nos jours, par M. le baron Henrion, commandeur de l’ordre de Saint-Grégoire-le-Grand. In-8. Paris, Gaume, 1819, 1. VIII, p. 424.

— Lettres de saint François-Xavier, apôtre des Indes et du Japou, traduites sur l’édition latine de Bologne en 1795, précédées d’uue notice historique sur la vie de ce saint, et sur l’élablisement de la (.oiupaguie de Jésus, par A. M. F*’* éditeur. In-8, Lyon, 1828, t. I, Not. hist. p. cvxm; t. II, pp. 413, 4l9. — La Vie du Pere Matthieu Ricci, de la Compagnie de Jésus, par le Pere d’Orléans, de la mesme Compagnie. In- 12, Paris, Josse, 1693,

ERREURS RELATIVES AUX DOGMES RELIGIEUX ET A L AN- TIQUITÉ DE LA NATION CHINOISE.

Nous le répéterons ici, Monseigneur, nous approuvons hautement le motif qui dirigeait les PP. de la Compagnie de Jésus dans l’ensemble de leur conduite ; mais, il faut également le dire, ils se trompèrent dans l'application qu'ils en firent au cas particulier dont il s’agit dans cette circonstance. Préoccupés par leur désir du bien, ils embrassèrent un système qui leur enleva l'indépendance nécessaire pour arriver à la connaissance exacte de la vérité , et par ce moyen, ils se virent involontairement engagés dans la voie d’une erreur d'autant plus déplorable qu’ils soutinrent ensuite leurs opinions avec plus de chaleur et de persévérance. Aussi, pour nous servir des expressions d'un écrivain catholique de notre époque, nous dirons dans l’intérêt de tous: « Ob ! non , pas de système, surtout quand on expose une » doctrine : il faut la faire connaître telle quelle est , et se » souvenir que dans cet important travail on remplit un rôle » délicat; c'est, dans une question de doctrine, le même rôle

• que celui de juge d’instruction et de rapporteur à la fois,

• dans une question criminelle ; il ne s’agit point ici de plai- » der, il faut faire connaître les faits; les plaidoyers vien- » dront plus tard quand l’affaire sera bien instruite. » Et

p. I et suiv. — Histoire dv grand royavine de la Chine, sitvé avx Indus orientales, diuisée en deux parties, faite en espagnol, par R. P. Ivan Gonçai.és de Mezvdoce, de l’ordre de S. Augustin : et mise en françois auec des additions eu marge, et deux Indices, par Lvc de la Porte, Parisien, docteur ès Droits. A Monseigneur le Chancelier. In-8. Paris, I. Perier, 1588, fol. 105. — De c/iristiana expeditione apvd Si nas svscepta ah societate Iesuf ex P. Mat thai Hic cii eiu dem societatis commentariis. Ave tore P. Nicolao Trigavtio, Dclga ex) eàdem societate. In-4, Lyon, H. Cardon, 1616, prœf. ad lcctorcmt pp. 124, 136, 139, 144 et suiv. — Nouv. Mém. du P. Lecomte, t. II, pp. 137 et suiv. — Histoire de l’Edit de l’Empereur de la Chine en faveur de la religion chrétienne, par le P. Charles Le Gubieh, de la Compaguie de Jésus. In- 12, Paris, J. Auisson, 1698, p. 1 et suiv.

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encore : « Ce n’est pas cependant que les missionnaires aient » faussé les textes absolument ; mais ils les ont fàeheuse- » ment paraphrasés quelquefois. Ils ont par là peu servi » leur cause , et ils se sont beaucoup nui ; leur autorité y a » perdu, et leurs ennemis sont partis de ce point pour exa- « gérer leurs torts, pour méconnaître leurs services et » pour charger encore leurs accusations contre eux \ » Les ennemis de la religion et des Jésuites se servirent en effet des documents fournis par ces missionnaires pour attaquer avec une nouvelle violence le récit de Moïse ; ils exagérèrent encore cette antiquité chinoise déjà beaucoup trop respectée par les missionnaires, et ils trouvèrent dans les cycles astronomiques de ces peuples, de prétendues preuves irréfragables delà fausseté de nos livres saints. Comme si tous ces cycles et ailleurs encore ces zodiaques tant vantés arrivaient à prouver autre chose, sinon qu’une civilisation long-temps inconnue à l’Europe s’était répandue à peu près à la même époque sur plusieurs nations de l’antique Asie, et que tous ces peuples tiraient leur origine d’une source commune, celle indiquée par l’Esprit de Dieu parlant par la bouche de l’écrivain sacré.

On a tant abusé de ces choses dans ces derniers temps qu’il ne sera pas hors de propos d’indiquer ici en peu de mots l’origine de toutes ceserreurs. Pour bien apprécier les étranges aberrations dans lesquelles on est tombé relativement à l'antiquité du monde et à la civilisaliou des anciens peuples, il faut considérer surtout l’ignorance dans laquelle l’Europe se trouvait au quinzième siècle relativement à des nations séparées de nous par des distances qu'on n’avait pas encore franchies. On n’avait aucune donnée pour rattacher au récit de la Sainte Écriture l'histoire de ces membres de la grande familie avec lesquels toute relation n’existait plus

' Histoire et tableau de 'Univers, par M. J. -F. Dakiîlo. In-8, Paris, Canine, 1*41, l. IV, pp. 321 e: 222 à la note.

depuis long-temps. Tout ce qu'on aurait pu en apprendre aurait dû nous venir par les philosophes grecs nos maîtres, mais ce qu’ils nous avaient transmis sur les temps voisins du déluge et de la dispersiou du genre humain était enseveli dans des ténèbres inextricables à la science homaine. De cette ignorance il arriva qu’à l'apparition de ce monde inconnu on fut stupéfait d’y rencontrer des sciences et des traditions que notre suffisance était bien loin d’y soupçonner. On s’était attendu à trouver des barbares, et l’on fut très-surpris de se rencontrer au milieu d’un peuple digne d’ètre mis en parallèle avec les sociétés païennes les plus policées de l’antiquité. De là cet engouement exagéré dont on revient maintenant et qui finira bientôt. Déjà même il commence à faire place à une juste appréciation des faits philosophiques et historiques où nous trouvons des preuves frappantes en faveur des traditions mosaïques. Ainsi, il n’y a plus de doute aujourd'hui pour la science chrétienne que l’Inde et surtout la Chaldée n’aient été peuplées et civilisées avant la Chine; personne n’ose plus reporter l'àge de ces peuples à une époque antérieure à celle du déluge telle que nos livres saints nous l’indiquent 1 ; personne ne peut plus méconnaître ce fait désormais incontestable de l'ouité d'origine pour la race humaine, qu’on voit sortir d’une même famille et dont on suit les traces d’émigration à l'aide des traditions conservées partout. Pour parvenir à cette démonstration nouvelle de nos vérités, la science ennemie est venue elle-même nous ouvrir une route féconde en découvertes utiles à confirmer la vérité de nos livres saints. Ainsi, sans parler de l’unité de langage constatée par les hommes les

1 MM. de Biancey, dans leur Hist. du monde (l. I, p. ! 13 et suiv.), ont parfaitement apprécié les ridicules prétentions de la philosophie chinoise par rapport à l’antiquité de cette nation, et là, comme en plusieurs autres circonstances, nous avons été à même d’apprécier la rectitude de jugement et la pénétration d’esprit avec laquelle ces écrivains pleins d'avenir ont su reconnaître la vérité au milieu des ténèbres qui l’enveloppaient.

plus savants et les plus indépendants de l’époque *, nous entendons la Chine uous dire qne les autiques fondateurs de cet empire sont venus des pays situés entre l’Occident et le Nord , tandis que l’Inde nous représente ses premiers enfants comme originaires d’une terre lointaine placée derrière les grandes montagnes où se couche le soleil. Indications qui désignent suffisamment les chaînes du grand plateau asiatique aux pieds desquelles se sont abritées les premières tentes des enfants de Noé*. Tout ce qu’on a fait ici pour détruire la vérité de nos histoires sacrées a donc été tourné par cette vérité même contre les adversaires qui l’attaquaient , et aujourd’hui nous trouvons de nouvelles armes dans les traits employés pour nous combattre. Cependant, ces erreurs eurent à leur naissance des résultats funestes, et nous devons voir combien il est dangereux de prêter, même involontairement, matière aux ennemis de la foi pour attaquer nos dogmes.

Dans l’ordre moral ce fut de même; Kong-fou-tse nous

' V oy. enlr’autres ouvrages récemment publiés sur cette matière, celui de l’amiral d’Urville, intitulé : Voyages et découvertes de l’ Astrolabe, exécutés par l’ordre du Roi, pendant les années 1826-1827-1828-1829, sous le commandement de M. J. Dumont (fUiville, capitaine de vaisseau. — Philologie, par M. d’Urvii.le. Grand io-8. Paris, publié par le Ministère de la Marine, 1834. — L’exemplaire que nous avons sous les yeux a été donné à la bibliothèque de la Maison par l’auteur, dont l’attachement pour les missionnaires est suffisamment connu et dont la mémoire nous sera toujours précieuse et chère.

Cet illustre marin, parlant un jour de l'esprit avec lequel le dix-huitième siècle s’occupait de la science, s’exprimait à ce sujet d'une manière vraiment remarquable. « Les hommes de cette époque, disait-il, ne cultivant la science que

• pour arriver à l'œuvre de destruction k laquelle ils travaillaient, la quittaient > aussitôt qtt’ils venaient à s’apercevoir qu’elle les conduisait à des résultats op- » posés. Avec cette disposition ils ne lui ont fait faire aucun pas. Aujourd’hui,

• au contraire, on s’occupe de la science sans préoccupation par rapporta la re-

• ligion; si elle la favorise tant mieux, si elle semble lui être contraire, les sa-

• vants ne se regardent pas comme obligés d’accorder les faits. scientifiques avec

• le récit des livres saints. »

1 Mœurs, iustitutions et cérémonies des peuples de l'Inde, par M. l’abbé J.-A. Dubois, ci-devant missionnaire dans le Meissour, membre de la société royale asiatique de la Grande-liretagne et de l’Irlande, de la société asiatique «le Paris et de la société littéraire de Madras. In-8, Imprimerie royale, 182,'>, t.I, pp. 128 et suiv,; t. II, pp. 99 et suiv.

fut représenté comme un philosophe éclairé des plus pures lumières de la religion naturelle, dont la mission avait été de conserver au milieu d’une nation privilégiée l'ensemble des vérités morales et des traditions primitives; en un mot, on nous le montra si grand, que parmi nos ennemis, les uns n’hésitèrent pas à l’égaler à notre divin Sauveur, tandis que d’autres plus hardis encore le plaçaient le premier dans l'ordre des bienfaiteurs de l’humanité. Ces erreurs, non moins déplorables que les précédentes, laissèrent après elles des traces plus profondes ; et de nos jours eucore, ne voyonsnous pas des hommes d’un esprit élevé, des écrivains d’un véritable avenir partager avec le siècle passé des préjugés injustes fondés, il faut bien le dire, sur l’opinion exagérée qu’on leur a faite de ce célèbre philosophe. Il est vrai que certains points de sa doctrine reposent sur des principes véritables d’équité naturelle, mais de là à la pureté de notre morale évangélique, il y a loin encore ; et l’on peut répéter de Kong-fou-tse ce que S. Paul disait autrefois des Sages de la Grèce antique, qu’ayant vu la vérité il l'a injustement retenue captive, et que ne glorifiant point Dieu comme il l’avait connu, il tomba bientôt dans l’aveuglement de son propre cœur '. Car il n’en faut pas douter, la doctrine si vantée de ce philosophe trop fameux conduit au panthéisme dans les dogmes et au matérialisme pratique dans la morale.

On peut facilement reconnaître une pareille tendance dans cette théogonie obscure qu’on donne encore de nos jours comme renfermant, sur le premier de nos mystères, des notions plus parfaites que celles transmises par Dieu lui-mème au peuple qu’il s’était choisi. Au lieu de nous arrêter à cette insoutenable hypothèse, examinons attentivement la doctrine des Chinois sur le premier principe des choses, et nous n’y trouverons qu’une théorie panthéistique

■ veritatem Dei in injuslitià detiuent... Quia cùm cognoeisscnt Denm

lien sien! Deum glorificaverunt aut gratias egerunt : sed evanuerunt in eogitationihus suis, et obseiiratum est insipiens eor eorum. Rom. i, 1 8 et 2 1 .

avec sa puissance, raison, substance universelle désignée sous les noms divers de Li, Tao, Tai-kie, Tien, Chang-ti, selon les divers modes ou opérations sons lesquels il la considérait. Voilà pour la question fondamentale sur l’existence et la nature de Dieu ; quant aux règles morales que les lettrés tiennent de leur maître, comment concilier les belles maximes qu’on nous apporte en preuve de la pureté de leur doctrine, avec cette recommandation fondamentale faite par leur maître à ses plus chers disciples? Le P. Longobardi la rapporte de la manière suivante? « Dans le

• livre nommé Kialu il est dit, que Confucius voulant » une bonne fois se délivrer de l’importunité de ses disci- » pies qui ne cessoient de le questionner sur les Esprits, » sur l'ànie raisonnable, et sur ce qui se passoit après' » la mort, résolut de leur donner une réglé generale, qui

• est de raisonner et de disputer tant qu’on voudra sur » les choses renfermées dans les six positions, c’est-à-dire, » qui sont ou visibles, ou dans le monde visible, pourvû que » les disputes ne fassent point naistre le doute. Mais à l’é-

• gard des choses qui ne sont point dans les six positions,

• n’étant ni visibles, ni dans le monde visible, il veut qu’on » les laisse comme elles sont, sans en disputer ni les appro- » fondir *. » D’où il conclut avec raison, que ces paroles de Kong-fou-tse ont corrompu le cœur, et obscurci l’esprit des Letlrez Chinois, les réduisant à ne penser qu’aux choses visibles et palpables; et encore que, par ce moyen, les Lettrez Chinois sont tombez dans le plus grand de tous les maux, qui est l’ Athéisme*. Aussi quelles mœurs voyons-nous de nos jours parmi ce peuple modèle dont la philosophie du 18° siècle a si fort relevé la supériorité sur les peuples chrétiens ? Qu’on ouvre les yeux un instant, et on le verra plongé dans des désordres et une immoralité dont nos villes les

' Traité du P. Longobardi, p. 27.

’ Loc. cit., p. 28.

plus impie» n'offrent pas d’ exemples et pour nous servir de l'expressigu d'un de nos missionnaires qui caraetérise parfaitement cette nation corrompue, nous pouvons bien dire d'elle que c’cst un immentum latrocinium , lupanar universale , officina mendacii, sylva arundinum \

Du reste ce» monstrueuses erreurs, ces mœurs plus hideuses encore, ne sout pas, il s’en faut de beaucoup, particulières à la Chine idolâtre; dans tous les temps et dans tou» les lieux, les mêmes causes ont amené les mêmes résultats, et S. Paul dans »ou Épitre aux Romains, décrivait les infamies des paieus de nos jours, en flétrissant les mœurs de ceux de son temps. Le divin Livre de la Sagesse l'avait fait avant lui, et tant que la croix de Jésus-Christ ne régnera pas sur le monde, il sera vrai d’appliquer aux peuples asservis sous l'esclavage de Satan, ce que l’esprit de Dieu dictait dans les siècles passés et ce que noua voyons se réaliser tous les jours sous nos yeux. Quant aux doctrines purement spéculatives sur l'existence, la nature de Dieu et les autres grandes vérités de l’ordre surnaturel, il ne sera pas moins vrai de dire que toute philosophie indépendante de la lumière qui doit éclairer tout homme venant au monde, sera toujours insuffisante à nous les montrer et à les découvrir elle-même; privée de ce divin flambeau, l’intelligence humaine ne sait

1 Pour se-faire une idée de la corruption des mœurs chinoises, il suffit de savoir cpie l’horrible crime de Sodome y est tellement commun, que les usages en ont pris une certaine retenue de pudeur extérieure vraiment honteuse. Ainsi uii père ne peut pas embrasser publiquement sou enfant parvenu à un certain âge. Bien plus, dans le baptême solennel des adultes, ce serait un scandale que le prêtre introduisit le catéchumène dans l’église qu’en lui présentant l’extrémité de son élide. Du reste, nous pouvons garantir l'exactitude de ces détails, car nous les tenons de M. l’abbé Voisin qu’uu séjour de dix années en Chine a mis à même de se former des idées exactes sur les mœurs de ce peuple.

> • L’empire chinois est un grand repaire de brigands, un immense réceptacle d’infamies, une vaste officine de meinouge et d'orgueil, une ample forêt de roseaux. » Ann. de la Prop. de la Foi, t. XI, p. 194. — Qu'on nous demande après cela ce que nous allons faire en Chine et s'il ne vaudrait pas mieux laisser à ces peuples uue civilisation eu harmonie avec leurs besoins plutôt que de vouloir leur en imposer une autre qu’ils repoussent. C'est bien de civilisation qu'il s'agit ici vraiment !

plus où trouver ce principe premier, cet être fécond en qui tout être a son origine, et alors, fatiguée de ces obscurités, elle ose en nier audaoieusement l'existence; ou bien encore elle, veut que toutes choses soient ce principe, comme elle comprend qu’il anime toutes choses. Ne sachant sous quel terme le faire connaître aux hommes, elle le désigne par des mots plus ou moins vides de sens, âme du monde, rai* son impersonnelle, ou toute autre dénomination étrange qui en impose au vulgaire et n’explique rien ; elle arrive à se former de Dieu l’idée monstrueuse d’un être à la fois esprit et matière, modiiié dans les formes, mais unique en substance, et dont toutes choses ne sont que des aooidents ou des effets. Que si, reculant devant cette conséquence logique de ses principes, elle borne cette universalité de substance à l’ordre intellectuel, elle n’arrive pas moins à dire, Tout est Dieu ou Rien n’est Dieu, car l’une et l’autre proposition suit nécessairement du même principe.

Pour ce qui regarde les Chinois et leur doctrine traditionnelle, on y trouvait assez d’obscurité et de bonne interprétation apparente pour donner aux Jésuites une probabilité capable d’appuyer réellement leur système; mais, nous le répétons , ils allaient trop loin , et Ton s’étonne de trouver dans quelques-uns de leurs plus accrédités écrivains en eette matière, des propositions telles que celles-ci : « Le

• peuple de la Chine a conservé près de deux mille ans la » connoissance du véritable Dieu, et l’a honoré d’une ma-

* niere qui peut servir d’exemple et d’instruction même aux » Chrétiens \ » Et cette autre, en parlant de Kong-fou-tse :

• Son humilité et sa modestie donneroient lieu de croire

* que ce n’a pas été un pur philosophe formé par la raison, , mais un homme inspiré de Dieu pour la réforme de ce » nouveau monde*. » Aussi cette doctrine, développée dans

1 Nouv. Mém. du P. Le Comle, t. II, p. 141 de la I™ édit, de Paris el U 4 de la 3“e.

* Loc. cil. t. I, p. 41 S de la lre édit, et 335 de la 3“*.

plusieurs autres endroits du même ouvrage, fut-elle dénoncée au Souverain Pontife par notre Congrégation, et ensuite notée d’une censure très-sévère par la faculté de Théologie de Paris, dans sa sentence du 18 octobre 1700. La même condamnation fut portée contre diverses propositions de deux autres publications faites de même en faveur du système des Jésuites, par rapport aux anciennes coutumes de la Chine *. La- Défense des nouveaux Chrétiens, du P. Le Tellier 3 fut encore censurée à Rome, le 23 mai 1694, après deux ans entiers d’efforts tentés pour détourner ce coup fâcheux porté à la doctrine de ses confrères \ Je sais que, plus tard, les proposiüons condamnées dans les Nouveaux Mémoires furent retranchées de cet ouvrage ; on ne les trouve pas, en effet, dans l’édition d’Amsterdam que j’ai entre les mains; je sais aussi que tous les Jésuites qui ont écrit sur cette matière, ne s’avancèrent pas autant que ceux dont nous venons de parler : cependant la plupart d’entr’eux ; défendant la même cause, participent d’une manière plus ou moins tranchée à l’esprit qui animait leur corps, et demandent par conséquent à être lus avec une

J Ces ouvrages sont : 1° 1 ’Hist. de l'Édit du V. Le Gobien, cité précédemment (édition de 1898); 2° Lettre sur Us ceremonies delà Chine, Liège, D. Mounal 1700. — Les propositions condamnées sont au nombre de dix-neuf, raneées’sous cinq différents chefs de doctrine, et non pas cinq propositions seulement. comme le rapporte le P. D’Avrigny. Elles avaient cté déférées à la Sacrée Faculté par le docteur S. Prioux, le 1« juillet 1700. Trois docteurs les excusèrent dans leur contenu; quarante-deux furent d’avis d’en renvoyer le iueement à Rome ; dix les condamnèrent en retranchant de la censure la qualification d’hérétique ; enfin cent-cinq furent d’avis de les condamner avec toutes les notes proposées par la commission d’examen. — VF Lettre d'un docteur sur ce qui se passa dans les assembUes de la Faculté de Théologie de Pans. In- 12 Cologne, 1700, pp. 95 et suiv. — Mém. du P.D ’Avngny, t. IV, pp. 165

et SUIV*

3 Defense des nouveaux Chrétiens et des Missionnaires de la Chine, du Japon et des Iudes, contre deux livres intitulés : La Nouvelle piatique des jésuites et t Esprit de M. Arnauld. In-12, Paris, E. Michallet, 1687.

4 Lettre de M. de Lionne, p. I" de l’Avis. — Hist. eccl. de M. Henrion, t. IX, p. 469. — Ce dernier dit bien que le procès relatif à cet ouvrage dura deux années entières niais il passe sous silence 1a condamnation qui le ter-

mina.

certaine précaution pour tout ce qui concerne les points en litige. Relativement au P. D’Avrigny suivi jusqu’à présent sans examen par plusieurs historiens, il défend les propositions condamnées, et parle de cette condamnation même avec un ton passionné qui ôte toute confiance, et que nous retrouvons malheureusement dans cet écrivain toutes les fois qu’il traite la question de la Chine.

Toutes ces circonstances rendent donc assez difficile la juste appréciation des faits, et pour y parvenir, il faut nécessairement entendre avec impartialité les raisons alléguées par l’une et l’autre partie. Cette règle, tout élémentaire qu’elle soit , n’a cependant pas été suivie par ceux qui ont traité cette question. Des auteurs d’ailleurs estimables semblent avoir omis de faire, dans cette circonstance, ce que leur prescrivait leur devoir d’historiens consciencieux. Nous ne voulons donc pas donner comme renseignements infaillibles les publications faites par les Dominicains, les missionnaires de saint François et ceux de notre Congrégation ; nous savons qu’ils ne se sont pas toujours garantis des défauts reprochés à leurs adversaires; bien moins encore en appellerons-nous au témoignage d’un parti égaré par l’erreur et par une coupable résistance à l’Église romaine. Nous demandons seulement qu’ après avoir entendu les raisons avancées d’un côté , on ne refuse pas d’écouter celles qu’on y oppose ; nous demandons qu’on examine les ouvrages des PP. de la Compagnie de Jésus dont l’opinion différait en cela decelle deleursconfrères.LeP. Longobardi, entreautres, a écrit là-dessus des choses fort importantes, qui ont beaucoup contribué à établir d’une manière solide le jugement du Saint-Sie'ge ’. On trouve de même dans la traduction de l’Y-king, par le P. Régis, une réfutation complète du sys-

1 Traité sur quelques points de la religion des Chinois, par le R. Pcre Lotrcoiaudi, ancien Supérieur des Missions de la Compagnie de Jésus à la Chine. Id-12, Paris, L. Guérin, 1701. — Cet ouvrage a été traduit de l’espaguol en français par M. de Cicé, l’un de nos vicaires apostoliqnes.

tème admis alors par la plupart de ses confrères par rapport à la conservation des traditions primitives parmi les Chinois. Voici comment il apprécie cette opinion dans une lettre écrite à Fréret, le 6 octobre 1736 ! « J’aurais été

* pins court , dit-il , soit' dans cet écrit , soit dans tout le

* commentaire snr l'Y-King, si je n’avais pas voulu réfuter » tacitement ceux dont vous parlez , qui trouvaient dans les » cinq King et surtout dans l’Y-King, les mystères de notre » sainte religion, et semblables choses, qui ne pourraient ve-

* nir que des anciens patriarches éclairés spécialement d'en » haut. En peu de mots, je réponds partout à leurs objections, » et à leurs prétendues démonstrations tirées de l’analyse

* de quelques caractères chinois, de certains éloges outrés » de deux ou trois passages de l’Y-King, pris dans un sens » tout contraire aux interprètes chinois et à la suite du texte. » Car, pour dire la vérité, les paradoxes qu’ils ont avancés » ne méritent pas une longue réfutation ; je dis paradoxes, » parce qu’il est nouveau en Chine et toujours étrange d’y » entendre dire, que les trois premières familles roïales » ne sont pas réelles, et que ce ne sont que des figures du

* Messie peint sous le nom v. g. de Yen-vang et de Vou- » vang ; que le Tien-sse n’est pas dans les Kings l’empereur,

* mais le Fils de Dieu ; et conséquemment, le royaume dont » on y parle n’est pas le Tchong-Koue, la Chine; conséquem-

* ment encore le Chou-King décrit par avance la con- » duite du Messie; le Chi-King par ses odes en chante les » louanges ; le Li-Ki en prescrit les rites. Ces propositions, » Monsieur , ne sont paS*moins risibles en Chine qu’en Eu- » rope celles du P. H. dont on parle dans les nouveaux » mémoires de Trévoux*.» En présence de ces faits, nous désirons surtout qu’on aille puiser ses convictions sur la

1 Y - King antiquissimus Sinarum liber quem ex lalinà interprelalione P. Regis, aliorutnque ex Soc. Jesu P. P. edidit Julius Molli. In-8, Stuttgart, Cotta, 1834, Præfatio, p. xi.

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