COMMENCEMENT DES DISCUSSIONS
La diversité d’opinions sur les matières controversées
Comp^nie de Jésus, dont la majorité sui’vait iZnCnt u P. Ricci, tandis que d'autres avaient cru devoir adopter 1 opinion contraire. Toutefois, ce n’était là qu’un fait isolé que la marche d’ensemble de la Société eût facilement fa disparaître si d autres congrégations religieuses n’eussent pas également envoyé des missionnaires en Chine à celte époque. Les Dominicains y avaient déjà pénétré avant lés
ils furentmaT T P°UV°ir 7 f°rmer aucun «abli.ae.nent ; ds furent plus heureux en 1031, époque à laquelle les
au Fo-S° qU‘ Ct Th0maS ^ Parvinrent à * fixer
tnnwl TVCaUX ,nissi°nnaires, après avoir examiné la nades honneurs rendus aux ancêtres et à Kong-fou-tse crurent y reconnaître un caractère réellement superstitieux’
et ils éprouvèrent des-lors un assez grand embarras sur la conduite à tenir dans une conjoncture aussi délicate. D’une part, ils voyaient l’usage de ces cérémonies autorisé par un corps de missionnaires remplis également de lumières et de sainteté; d’un autre côté, l’examen impartial des faits leur faisait regarder ces honneurs comme tellement suspects d’idolàtrie, que leur conscience ne leur permettait pas de les tolérer parmi les chrétiens. Les choses en étaient à ce point lorsque le P. Jean-Baptiste Moralez, dominicain espagnol de la province de Manille, et le P. Antoine de Sainte-Marie, de l’ordre de Saint -François, étant arrivés en Chine en 1633, crurent devoir étudier plus à fond encore les cérémonies tolérées par les missionnairesde la Compagnie de Jésus. On les accusa d’avoir agi trop légèrement dans cette affaire, parce qu’ils commencèrent dès l’année même de leur entrée en Chine leurs informations à ce sujet; mais cette accusation était sans fondement. L’un et l’autre de ces religieux connaissait la langue chinoise avant de quitter Manille; outre cela, après s’être rendu compte par eux-mêmes des faits qui pouvaient leur paraître obeurs, ils eurent encore recours au témoignagedes Cliinoiseux-mèmes. Ils s’adressèrent en conséquence à quelques lettrés, baptisés par un missionnaire de la Compagnie de Jésus, afin de connaître d’eux l’opinion générale de la nation et de leur secte relativement à ces pratiques. Ces lettrés interrogés chacun en particulier attestèrent avec serment que les sacrifices étaient offerts aux ancêtres et à Kong-fou-tse, dans le but de se les rendre propices et d’en obtenir des faveurs temporelles. Alors la plupart des missionnaires de Saint-Dominique et de Saint-François firent connaître aux supérieurs de Manille le résultat de leurs observations, et leur demandèrent des règles sur la conduite à tenir à cet égard. Ceux-ci rédigèrent un sommaire des difficultés proposées sous le titre de Quinze dudas (les quinze doutes), qu’ils communiquèrent à dom Ilernaiido Guorrero, archevêque de Manille, lequel s’étant joint à l'évcquc de
Zebut, en informa le Souverain Pontife, avec prière d'apporter remède à ce fâcheux états de choses.
On devait s'attendre à voir cette diversité d'opinions suivie des plus fâcheuses conséquences, et c’est ce qui arriva dès l’an 1637. A cette époque, les missionnaires de Saiut- Dominique et de Saint-François furent chassés de la Chine, parce qu’ils ne permettaient pas aux chrétiens d’assister et de contribuer aux sacrifices en l’honneur de Kong-fou-tse et des ancêtres ; le P. Moralez et son compagnon furent à cette occasion emprisonnés, mis à la cangue et battus de verges ; après quoi on les fit embarquer pour Macao, avec défense de rentrer dans l’Empire. Deux ans après le même missionnaire adressa au P. Diaz , visiteur des Jésuites, un mémoire en douze articles où il lui exposait les doutes sur lesquels il désirait être éclairci par lui, relativement aux principes de conduite de ses missionnaires. Le P. Diaz lui répondit qu’il avait besoin pour 'cela de s'entendre avec le P. Hurtado, vice-provincial de la Compagnie en Chine; mais comme cette réponse fut par la suite différée indéfiniment, les supérieurs des Dominicains et des Franciscains de Manille jugèrent à propos d’envoyer les PP. Moralez et de Sainte-Marie à Rome pour en informer le Souverain Pontife lui-même. Le P. de Sainte-Marie fut retenu à Macao, et le P. Moralez, après un voyage de deux années, arriva enfin à Rome.
DÉCRETS D’lNNOCBîiT X, D’ALEXANDRE Vil ET DE CLÉMENT IX.
Pendant son séjour dans cette ville, le P. Moralez obtint de la Sacrée Congrégation un premier décret qu’innocent X confirma de son autorité apostolique, ordonnant en même temps à tous les missionnaires de s’y conformer à l’avenir
sous peine d'excommunication majeure, jusqu'à ce que le Saint-Siège en eût décidé autrement. Ce decret, daté du 12 septembre 1645, décidait daus le sens des missionnaires de Saint-Dominique et de Saint-François, lesdix-sepl questions proposées par le P. Moralez dans l'exposé qu'il en fit. Ce premier jugement obtenu, le zélé missionnaire prit le chemin d’Espagne pour retourner de là en Chine en passant par Manille, où il trouva le P. Dominique Navarrette qui joua depuis un grand rôle dans ces discussions. Par les soins du P. Moralez, le décret fut publié et signifié selon l'ordre de la Sacrée Congrégation , à tous les religieux des Philippines j il le fut aussi à Goa et à Macao. Enfin, dans le courant do 1649, ce religieux le notifia lui-mème au vice-provincial des Jésuites de la Chine
Ces derniers ne pouvant encore se persuader qu’on dût absolument considérer comme idolàtriques les cérémonies tolérées jusqu'alors par les plus saints et les plus habiles de leurs missionnaires, firent de leur côté de grandes instances auprès du Souverain Pontife , pour l’engager à réformer le décret rendu sur l’eiposé du P. Moralez. Ils députèrent même à Rome un d'entre leurs Pères, chargé de faire valoir les raisons sur lesquelles ils se fondaient pour regarder ces cérémonies comme purement civiles. On les blâma de cette démarche qu’on voulut faire envisager comme peu respectueuse pour la Sacrée Congrégation et poar le Souverain Pontife lui-même; mais c’est à tort. On venait, il est vrai, de condamner la marche suivie par eux en Chine depuis plus de cinquante ans; mais le décret n’était pas définitif, puisqu’en y ajoutant cette clause -.jusqu’à ce qu'il en soit décidé autrement, on le supposait par là même réformable dans son contenu. Ils firent donc en cette circonstance, non-seulement usage de leur droit, mais ils accom-
1 On prétendit dans la suite que le P. Moralez avait changé d'opinion à cet égard, mais celte allégation est sans fondement ; ce religieux ne cessa jusqu’à sa mort d'engager ses confrères à persister dans la même ligne de conduite.
plircnt un devoir, et ce fut une faute à leurs adversaires , de leur en adresser plus tard des reproches. La seule chose à faire dans cette circonstance était donc de donner, de leur côté, un exposé sincère des faits tels qu’ils les comprenaient. Sur ce point encore on leur intenta de nouvelles accusations, on prétendit trouver de l’infidélité dans le rapport du P. Martini, chargé de défendre à Rome la cause de ses confrères; mais c’est là une allégation que nous ne pouvons pas plus admettre que les autres reproches. Nous confessons l’errenr des missionnaires de la Compagnie de Jésus, mais en môme temps nous sommes convaincus de la bonne foi avec laquelle ils agissaient , et nous ne reconnaissons à personne le droit de la suspecter en rien dans cette circonstance.
Le P. Martini arrivé à Rome se fit donc un devoir d’exposer au Souverain Pontife , non pas l'état exact et véritable des choses , comme le disent quelques apologistes de sa Compagnie, mais ce qu’il croyait réellement être le véritable état de la question. Les cérémonies considérées sous le point de vue présenté par les Jésuites pouvant être regardées comme purement civiles, ne méritaient certainement pas la condamnation portée par le décret d’innocent X ; aussi le P. Martini obtint-il une nouvelle décision aussi authentique que la première et non moins fondée en raison, quoique dans un sens tout-à-fait contraditoire. Le nouveau décret daté du 23 mars 1656 fut approuvé par le Pape Alexandre Yll , successeur d'innocent X mort quelque temps auparavant. Le P. Le Tellier voulut, ainsi que d’autres membres de sa Compagnie, faire envisager ce nouveau décret comme un jugement, contradictoire et définitif ; c’était là une erreur : la Sacrée Congrégation avait motivé sa nouvelle décision sur l’exposé du P. Martini , d’après lequel la nature de la question se trouvait entièrement changée. Le décret d’Alexandre VII portait donc en substance, qu’en supposant exact le nouvel exposé, les cérémonies
étaient licites et pouvaient être tolérées en conscience, surtout si en y participant on protestait d’avance contre toute tendance idolàtrique ou superstitieuse qui pourrait s’y rencontrer. Ce nouveau décret n’avança donc en rien la question, puisqu’il remettait simplement les choses au point où elles étaient avant le voyage du P. Moralez; les Jésuites continuèrent à tolérer les cérémonies, et la plupart des autres missionnaires ne purent se résoudre à les imiter dans cette pratique.
Cependant , comme on cherchait à tirer parti de ce décret contre la manière de voir de ces derniers , le P. Moralez adressa en 1661 un nouveau Mémoire à la Sacrée Congrégation, tant en son nom qu’en celui des autres missionnaires de son ordre, mais il mourut avant d’avoir pu obtenir aucune décision à cet égard. Le P. Jean de Polanco poursuivit cette affaire au nom de ses confrères, et s’étant rendu à Rome pour en hâter la conclusion , il en rapporta un nouveau décret, daté du 13 novembre 1669 et confirmé par N. S. P. le Pape Clément IX, le 20 du même mois. Le Souverain Pontife y déclarait que, supposés vrais les deux exposés contradictoires donnés précédemment à ses prédécesseurs, les décrets dont ils servaient de base étaient également obligatoires selon leur forme et teneur, sans que la décision de 1656 pût être considérée comme annulant la précédente. Ainsi, comme le dit la bulle de Benoît XIV, « tous ces dé- » crcts ayant été faits et promulgués d’après les différents cx- » posés de la question , loin de terminer la controverse rela- » tive aux rits chinois, la rendirent an contraire plus ardente * et plus vive Car les Ouvriers Évangéliques, se séparant de » plus en plus en deux partis opposés, amenèrent les choses » à un état de contention plus opiniâtre qu’ auparavant. D’où » il résulta, non sans un grand scandale, une différence es- » sentielle dans le mode de prédication et dans les enseigne- » ments et la discipline des nouvelles chrétientés. ' »
' S. D. N. Tteued. XIV, Bull. )>. 189.