DISSENSIONS
Une circonstance ménagée par la Providence s'était présentée, contre toute attente, quelques années auparavant, pour favoriser un rapprochement entre les missionnaires des différents ordres ; mais elle n’eut pas les résultats qu'on pouvait en espérer. Une persécution générale s’étant élevée en Chiue, en 1665, tous les missionnaires furent exilés à Kouang-tong, et renfermés dans la maisou des Jésuites prisonniers comme eux. Ce rapprochement fut suivi de plusieurs conférences sur les points discutés, et si l'on en croit les défenseurs des cérémonies, le sentiment des Jésuites aurait été adopté par les missionnaires jusqu’alors opposés à cette pratique. On n’en excepte pas même le P. Navarrette lui-même, mais les confrères de ce dernier le nient d’une manière si positive, qu’on peut le regarder comme au moins fort douteux. Il paraîtrait même, selon quelques-uns, qu’il s’occupait fort activement alors du travail qu'il publia dans la suite. Cet ouvrage fit beaucoup de bruit quand il parut, et l’auteur s’y déclarait de la manière la plus formelle contre le sentiment des missionnaires de la Compagnie de Jésus. Quoi qu’il en soit, le P. Navarrette étant parvenu à s’échapper de Kouang-tong, le P. Grimaldi, jésuite, eut la générosité de se joindre volontairement aux prisonniers , pour en compléter le nombre et arrêter par là les vengeances des mandarins sur ceux qui restaient.
Pendant ce temps, le P. Navarrette étant repassé en Europe se rendit à Rome dans les premiers jours de l’année 1 673 ; le compte qu’il y rendit de l’état des choses eu Chine, parut si grave au Souverain Pontife et à la Sacrée Congrégation, qu’on résolut d’y renvoyer ce religieux avec le caractère épiscopal. Il ne se crut pas en position d’opérer le
bien dans cette circonstance où il fallait un homme étranger à toute discussion antérieure, et il refusa cette honorable mais bien pénible charge. De retour en Espagne, il fit paraître à Madrid, en 1676, son livre intitulé : Tratados hisloricos, politicos, ethicos y rdigiosos de la monarchia de China, ouvrage important, mais trop passionné pour pouvoir servir de base à un jugement assuré sur la matière. L’auteur porta les choses à un point tel que le second volume fut supprimé par le Saint-Office au moment de la publication. Il n’en fallait pas tant pour être en butte aux attaques du parti opposé, aussi le P. Navarrette fut-il loin d'être ménagé par ses adversaires; on l’accusa d’inconstance et de mauvaise foi dans ses opinions; en un mot, on ne sut pas, tout en lui reprochant des torts réels, le ménager eomine on l’aurait dù dans les circonstances où il avait droit à plus d’indulgence. Nous ne chercherons pas à l’excuser sur ses fluctuations par rapport au caractère des cérémonies contestées ; au point où se trouvait alors la question, on pouvait varier à cet égard sans être accusé pour cela de légèreté ou d’imprudence; mais nous disons hautement, parce que telle est notre conviction, que son caractère était respectable et qu’il avait droit à des égards que les historiens n’ont pas toujours conservés avec lui. 11 suffira, pour le prouver, de faire connaître que jusqu’à la mort il reçut les plus grands témoignages d’estime de la Sacrée Congrégation et du Souverain Pontife lui-même. Nommé à l’archevêché de Saint-Domingue en 1678, il fut obligé de faire céder les répugnances de sa modestie aux besoins de ce nombreux troupeau , et il occupa ce siège avec la plus grande distinction. Il eut occasion d’y montrer avec évidence que sa vive opposition contre les Jésuites ne venait pas, chez lui, d’un motif d’animosité contre eux. Il savait apprécier les services rendus à l’Église par cette illustre Compagnie dont il favorisa l'établissement dans son diocèse ; il y fonda même pour eux un collège et une chaire de théologie. On a donc sujet, d’a-
près cela, de s’étonner du ton de légèreté avec lequel on parle de ce prélat vénérable dans le passage suivant : « Pour » ce qui est du père Navarètc, en s’abstenant de toucher à » sa personne, on peut assez juger de la foi qu'il mérite, » par sa conduite et par son livre. Quelle confiance d’abord » peut inspirer un homme infidèle à ses propres engage- » ments, qui fait tout le contraire de ce qu’il avait solen- » nellement promis, qui nie en Europe ce qu’il avait con- » fessé à la Chine, et qui dès lors est convaincu d'avoir >• trompé soit à la Chine , soit en Europe 1 ? » Nous le répétons ici, et nous aurons encore occasion de le remarquer bientôt ailleurs, il est pénible de voir des écrivains vraiment estimables se laisser aveugler à ce point sur des faits et sur des hommes dont on défigure ainsi la vérité ou le caractère.
On insista beaucoup autrefois sur le fait de savoir si tous les religieux de chaque iustitut avaient ou non suivi la doctrine de leur corps sur cette matière. De part et d’autre on exalta ou l’on déprécia outre mesure ceux des différents ordres, dont l’opinion différait de celle de leurs confrères ; mais aujourd’hui cette polémique est sans importance. Il est constant que plusieurs Dominicains regardaient les cérémonies contestées comme purement civiles, de même que le P. Longobardi et d’autres Jésuites demeurèrent persuadés du contraire. Les défenseurs des cérémonies s’appuyèrent beaucoup aussi sur le témoignage de Grégoire Lopez, religieux de Saint-Dominique, chinois de naissance, nommé depuis vicaire apostolique en Chine , avec le titre d’évèque de Basilée *. Le 1 8 août 1 680, il adressa sur cette matière à
1 Bérault, t. XII, p. 347. — M. Henrion , t. IX, p. 470.
* Ce prélat fut clevé à l’épiscopat sur la recommandation de M8r d’Héliopolis ; il en fut de même de Mgr François Pérez né à Siam , nommé depuis évêque de Bugie, vicaire apostolique de la Cochinchinc. Il n’y avait pas eu d’autres évêques choisis jusqu’à ces derniers temps parmi le clergé indigène des missions orientales. En 1837, le Souverain Pontife en élut un autre né à Goa, le premier par conséquent de* évêques malahares. Ce prélat, nommé Vincent
la Sacrée Congrégation, un petit traité composé par lui eu chinois cinq ans auparavant, et dans lequel, après avoir admis la vérité des faits par rapport aux cérémonies contestées, il croit néanmoins qu’on peut les expliquer favorablement, et par suite en tolérer la pratique parmi les chrétiens. Un autre ouvrage, entrepris pour soutenir la même cause, avait été publié précédemment par le P. Le Tellicr, de la Compagnie de Jésus. C’est le livre de la Défense des nouveaux Chrétiens de la Chine, dans lequel l’auteur, eu voulant répondre au P. Navarreltc , tomba dans le même défaut que lui , puisqu’il s’attira également une condamnation de la cour de Home.
Ainsi le mal allait toujours croissant, et si les discussions ne prirent pas dès-lors d’une manière aussi tranchée le caractère d’hostilité qu’elles eurent dans la suite, l’aigreur n'en augmentait pas moins sensiblement par suite de tous ces écrits, où la passion empêchait la vérité de se faire connaître. On ne pouvait donc plus se faire illusion sur les funestes conséquences de cette controverse obstinée, et bientôt l’arrivée de nos premiers missionnaires eu Chine, fournit aux deux partis l'occasion de commencer une guerre ouverte, dont la durée sc prolongea d’une mauière si affligeante pour l'Église.
SUITES F U K ESTES DE LA MORT UE Mlil1 d’hÉLIOPOLIS .
La mort de ce Prélat, survenue presque aussitôt après son arrivée en Chine, fut un bien funeste événement pour cette Église, en de pareilles circonstances. Nommé administrateur général de toutes ces missions, avec un pouvoir immense pour régler tout ce qui concernait l’ordre et la dis-
Hozario, avait mérité cette marcpie de confiance par la conduite pleine de dignilé quil avait tenue à répoque du schisme portugais. Il mourut le 26 avril 1842 à Colombo , dans l’ile de Ceylan, dont il était vicaire apostolique.
ciplinc qu on devait y introduire , habitué comme il l’était, depuis si long-temps, à vivre dans des contradictions sans fin, il pouvait plus que tout autre amener les esprits à un accord si désirable; mais un pareil bonheur ne nous était pas réservé. Notre-Seigneur voulut le rappeler à lui, et sa mort devint pour les adversaires de nos missions une occasion nouvelle d’essayer de les renverser, ou au moins d’en arrêter le développement.
Déjà on avait fait les mêmes teutatives à la moit de M»r de Bérythe, mais sans aucun succès ; on crut cette fois l’occasion plus favorable, et l'on s’empressa de la saisir. Depuis la création des vicaires apostoliques, le Portugal avait en effet adressé au Souverain Pontife des réclamations trèsvives au sujet de cette mesure si utile au bien de l’Église. Uniquement préoccupés de leurs intérêts particuliers, les Portugais s’obstinaient à la regarder comme contraire au droit de patronage qu’ils s’attribuaient sur tous les évêchés des Indes Orientales. Appuyés sur cette prétention, ils n’avaient pas cessé jusqu’alors de susciter à nos missionnaires les plus grands obstacles dans l'exercice de leur ministère, et nous avons vu jusqu'où ils allèrent à l'égard de quelques-uns d'entre eux. Cette fois donc, voyant le plus ferme de nos appuis tombé, ils firent plus d’efforts que jamais pour arriver au but qu’ils se proposaient.
Dans un pareil état de choses, Rome, dont la sagesse sait, lorsqu’il le faut, céder une partie de son droit pour conserver la paix, consentit à créer en Chine deux évêchés, dont le roi de Portugal aurait la nomination, et dont les sièges fureut fixés, l’un à Pè-king et l'autre à Nang-king •*. Aussitôt que ces dispositions furent connues à Goa, l’archevêque de cette ville s’empressa, en qualité de métropolitain , d’envoyer des grands-vicaires dans les deux diocèses, pour les adminis-
1 Ces deux sièges turent érigés par Alexandre VIII en 1088 , el dotés par le roi de Portugal , comme l’avait été précédemment celui de Macao.
trer en son nom jusqu’à la nomination des évêques titulaires ; et comme il prétendait y comprendre la province du Fo-kien , administrée jusqu’alors par M. Maigrot, légitimement autorisé par M«r d Héliopolis, il s’ensuivit un conflit de juridiction cl de nouveaux embarras dans cette malheureuse affaire de la Chine. M. Maigrot soutint, avec raisou, qu’ayant reçu des pouvoirs donnés par la Sacrée Congrégation , c’était par cette voie seulement qu’il devait en connaître la révocation, et il continua les fonctions de vicaire apostolique, telles que Mgr d’Héliopolis les lui avait laissées pour le Fo-kien. Il les exerçait alors comme simple prêtre; plus tard, le Souverain Pontife confirma ses pouvoirs et le nomma évêque de Conon. En cela, Rome remplissait un double but; elle donnait à M. Maigrot la faculté de remplir les fonctions épiscopales indispensables dans une mission , et elle récompensait en même temps une conduite dont ou voulut bien souvent dénaturer les motifs.
MANDEMENT DE M. MAIGROT.
M. Maigrot n’était pas encore évêque, lorsque, le 26 mars 1693, il publia le mandement dont on a tant parlé depuis , et contre lequel on vit aussitôt se soulever les plus violentes oppositions. Quoi qu’on ait pu dire, il est constant que M. Maigrot n'a pris cette mesure qu’après un examen approfondi des questions. Il y fut en outre engagé, nonseulement par les instances de nos missionnaires , mais encore par les pressantes sollicitations des religieux de Saint- Dominique et de Saint-François ‘. Ses adversaires le reconnaissent en partie, et il le constate lui-même dans
1 lorsque ce mandement fut publié, M. Maigrot reçut immédiatement après les lettres de félicitation et d’adhésion des supérieurs et religieux de ces deux Ordres.
le préambule de cette pièce où il s'exprime ainsi : « 11 » est vray que plusieurs Missionnaires de nostre Vicariat ; » qui ont un grand désir de voir cesser la division, non- » seulement dans les sentiments, mais dans la pratique et » dans l’usage, sur des questions si importantes, nous ont » demandé nostre avis en qualité de Vicaire Apostolique, » dont nous remplissons la place quoyqu'indigne, et qu’ils » nous ont souvent et très-instamment supplié de faire un » Beglement par provision pour les délivrer des peines, » des scrupules et des perplexitez continuelles qui embar- » rassent et qui inquiètent leurs consciences : mais l’im- » portance de la matière nous a obligé à délibérer long- » temps avant que de répondre à leurs désirs 1 . » A la suite de cet exposé rempli de sagesse et de piété , M. Maigrot , arrivant aux faits de la discussion , déclare qu’en vertu de l’obligation où se trouvent les vicaires apostoliques de pourvoir à tout ce qui concerne le culte divin, la doctrine et les bonnes mœurs dans l'étendue de leur juridiction, il ordonne à tous les missionnaires placés sous ses ordres, d’observer les articles de son règlement jusqu’à ce que le Saint-Siège en ait autrement décidé. Ces articles portent sur les noms attribués à Dieu par les Chinois, et sur les cérémonies superstitieuses du culte de Kong-fou-tse et des ancêtres. Quant à la modification faite au décret d’Alexandre VII, nous rapportons textuellement ici ce qu’il en dit, afin qu’on puisse apprécier la portée des reproches qu'on lui adressa depuis à cet égard.
« Nous déclarons, dit-il, que l’Exposé des Demandes pro- » posées au Pape Alexandre Vil, sur les points de Controver- » ses qui partagent les Ouvriers Évangéliques de cette Mis- » sion, n’est pas véritable en plusieurs articles: et qu’ ainsi » les Missionnaires ne peuvent s’appuyer sur les Réponses » que le Saint Siégé a faites à ces demandes, pour permettre le
' Apologie des Dotnin. p. 462.
» culte de Confucius et des Âncestres qui est eu usage dans la » Chine : quoyque ces Réponses soient vrayes et sages , par » rapport aux circonstances exposées dans les doutes '. » A quoi nous ajouterons pour terminer, que les inexactitudes dont parle M. Maigrot, existaient réellement, et venaient, ainsi que nous l’avons vu, de la manière dont les missionnaires de la Compagnie de Jésus envisageaient l’ensemble de la question. D’après cela, on jugera du degréde confiance qu’inspire, sur ce point, un récit tel que le suivant : « Maigrot, le » plus vanté pour son érudition chinoise, dont la juste mesure » se fera connaître par la suite, fut le premier qui attaqua » les plus anciens missionnaires de la Chine , sûr du suffrage » des Dominicains , dont il avait observé à loisir les disposi- » tions. Simple vicaire apostolique de la province de Fokien, » il improuva et défendit ce qui avait été permis et autorisé » par le saint siège. Le pape Alexandre VII et la congré- » gation du saint office avaient trouvé l’ancien exposé du » père Martini véritable :Maigrot le déclara faux en plu- » sieurs points. Le Pape et la congrégation avaient cru, sur » la foi de gens consommés dans l’étude de la langue chi- » noise , que le mot Tien exprimait suffisamment le nom de » Dieu * : Maigrot décida qu’il ne signifiait que le ciel ma- » tériel , et donna un mandement qui défendait de l’em- » ployer seul en parlant du vrai Dieu. Il avait consulté pour » cela deux lettrés qu’il avait à son service : l’un ne passait » pas à beaucoup près pour habile; l’autre, plus instruit,
» était de mauvaises mœurs. Les jésuites avaient refusé le • baptême à celui-ci , qui le reçut des mains de Maigrot et » qui apostasia peu après. Ce mandement exposait l’Église
* Apol. des Dom. p. 455.
* Dans les bulles définitives de Clément XI et de Benoit XIV, il est reconnu que l'acception du mot Tien (ciel ) doit être prise dans le sens de M. Maigrot; et aujouid hui tous les missionnaires envoyés en Chine , à quelque congrégation qu'ils appartiennent, prêtent serment de ne pas employer ce terme pour désigner le vrai Dieu.
» de la Chine à des révolutions trop fâcheuses pour qu’il » fût goûté de ceux des missionnaires de tout ordre qui
• connaissaient les mœurs de la nation, et qui n'avaient pas » entrepris de persuader à l'Europe que la pratique des Jé- » suites était mauvaise • Il ne nous appartient pas de qualitier ee récit que nous donnons sans y ajouter aucune réflexion, attendu que les faits parlent assez d’ euxmêmes. Nous passerons donc immédiatement ù la suite des événements qui occupaient alors si péniblement l’Église.
M. Maigrot jugeant bien que l’autorité seule du Souverain Pontife pourrait mettre un terme à ces fâcheuses discussions, ût présenter son mandement au Saint Père, par l’un de nos missionnaires, M. de Quemener, envoyé à Borne par M*r de Métcllopolis eu 1690. Ce missionnaire y joignit une requête datée du 10 novembre 1693, tendant à ce que le Souverain Poutife statu&t sur ces difficultés d'une manière définitive. Dans cette lettre, M. Maigrot, tout en rendant justice aux intentions de ses adversaires, fait voir néanmoins le danger qui résulte de l'incertitude où les missionnaires se trouvent, par rapport aux pratiques permises par les uns, et défeudues rigoureusement par les autres. « Ce n’est pas que » je prétende, dit- il, qu’il y ait à la Chine des missionnaires
• qui soient tombez dans une idolâtrie grossière, et qui la v permettent aux autres; ( ce qu’on ne pourrait avancer » sans calomnie; ) mais comme on a raison dè dire que cer- > tains théologiens qui soûtenoient que le contrat appellé » Mohatra estoit permis, approu voient et permettoieatl’u- » sure, parce qu’ils enseignoient qu’il u’y en a point dans » ce contrat qui est eu effet usuraire ; ainsi il y a plusieurs » Missionnaires qui permettent aux Nouveaux Chrétiens de » certaines ceremonies, et qui suivent eux-mêmes dans
1 D’Avriguy , t. III , p. 388. — Hérault , t. XU , p. 355. — M. Henrion , t. IX, p. 470. Ce passage est presque textuellement le même dans les trois ouvrages.
» la pratique de certains usages qui leur paraissent proba- » blement estre permis ( comme ils disent ) parce qu’ils » regardent comme des usages purement civils, ce qui est » superstition et idolâtrie selon le sentiment de plusieurs » autres*. » M. de Quemener ayant présenté ces pièces à Innocent XII, en 1696, en reçut le 15 janvier suivant un bref très- honorable, où le Saint Père félicite Maigrot, alors nommé évêque de Conon, sur son zèle à répandre la foi chez les infidèles aussi bien qu’à en maintenir la pureté parmi les nouveaux chrétiens. Il l’engage en même temps à faire tous les efforts pour maintenir l’union entre les différents missionnaires, union bien désirable en effet, mais qui paraissait moralement impossible dans l’état où en étaient les choses.
Ces graves considérations déterminèrent M6t Maigrot, à envoyer à Borne un autre de ses confrères, M. Charmot, chargé de poursuivre auprès du Saint-Siège la décision de cette question si grave, qu’elle pouvait entraîner la ruine de toutes les chrétientés de la Chine. Dès-lors on vit l’affaire prendre une marche différente de celle qu’elle avait suivie jusqu'alors ; le Saint-Siège ne se contenta plus de donner, comme il l'avaitfait auparavant, des décisions motivées sur le simple exposé d’une des parties; il voulut se mettre à même de rendre, avec connaissance de cause, un jugement définitif et contradictoire. Le 19 mars 1697, M. Charmot préseuta à la Sacrée Congrégation, son premier mémoire et d'autres pièces qui furent communiquées au B. P. général de la Compagnie de Jésus. Le 3 juillet, il reçut ordre de donner un exposé fidèle et préeis des faits controversés, ce qu'il fit, le 6 août suivant, par l’écrit iutitulé Ventât facli. Ce mémoire très-exact fit beaucoup de sensation, et les Pères de la Compagnie de Jésus y répondirent par plusieurs publications qui fournirent matière à diverses répli-
1 Ap. des Doin. p. 4 CO.
ques de la part de M. Charmot agissant toujours comme fondé de pouvoirs de notre société. Les choses se passèrent ainsi jusqu’en 1699, époque à laquelle le Souverain Pontife établit une congrégation spéciale pour examiner cette affaire.
Pendant que M*r Maigrot poursuivait ainsi avec ardeur la condamnation des cérémonies superstitieuses, on l’accusa d’y avoir participé lui-même; et cette inculpatiou singulière s’est conservée jusqu’à nous dans les auteurs qui ont écrit sur ce sujet. La partialité de ceux qui l'accusaient ainsi auraitdû, ce semble, inspirer quelque défiance sur l’exactitude des faits allégués ; on aurait pu, sans outrager personne, croire qu’on avait omis, dans le temps, de rapporter certaines circonstances capables de modifier plus ou moins notablement la nature de ces faits. Cependant, ce n’est point là la marche qu’on a cru devoir suivre : voici ce qu’on rapporte avec une assurance capable d’en imposer à quiconque ne connaît pas l’explication que nous donnerons ensuite :
• Ce qu’il y a de plus singulier, disent les auteurs déjà cités, » c’est que Maigrot lui-même ne put se défendre de les avoir » pratiquées ( les cérémonies ) dans la province de sa juri- » diction. Un mandarin étant mort le 17 de novembre » 1699, à Fortcheou, capitale du Fokien, sa famille lui ren- » dit les honneurs accoutumés. Le corps était exposé dans » l’appartement réservé pour cet usage ; on voyait devant » le cercueil le cartouche ou petit tableau, avec l’inscription
* ordinaire, posée sur une table qui était ornée en forme > d’autel, et sur un rétable, des chandeliers, des fleurs et » des parfums. Le vicaire apostolique , en habit de deuil, « alla par civilité dans cette maison le dernier jour de la » cérémonie, s’approcha de la table, offrit devant le tableau » des bougies et des pastilles, qu’il mit ensuite sur la table; « puis fit quatre prosternemens, et frappa quatre fois la » terre du front. Le fait est constaté par les reproches pu- » blics, et demeurés sans répliqué, que lui adressèrent' en-
» suite les chrétiens de Fortcheou, voyant qu’il n’était pas » d’accord avec lui-même. De ces faits incontestables, et » qu’on n’a pas contesté, parce qu’ils étaient trop notoires, » il suit au moins que Maigrot ne savait trop à quoi s’en » tenir sur la question des cérémonies, et que ceux à qui il » en faisait un crime n’étaient pas véritablement coupables » ou qu’il l’était beaucoup plus qu’eux*. »
Ces allégations, disons-nous, paraîtraient devoir inspirer quelque doute, à supposer même qu’on n’eût aucune preuve positive de leur inexactitude ; mais nous demandons comment on pourra les qualifier en présence de la solennelle protestation faite à ce sujet par M®r Maigrot lui- même en 17 10. Il était alors à Rome, accueilli avec distinction par le Souverain Pontife, lorsque parut le premier écrit où ce fait se trouvait mentionné. Une pareille imputation n’était pas de nature à demeurer sans réponse, et voici celle qui fut faite officiellement par le prélat: » Il y a environ douze ans, dit- » il, que le Gouverneur de la Ville où je demeurois, mourut. » Il étoit fort de mes amis, et il m’avoit beaucoup servi » dans les affaires de nôtre sainte Religion. Je crus donc que » je devois lui rendre à lui et à sa famille, qui m’ étoit aussi » très chere , les honneurs que j’avois dit aux Chrétiens , » en les instruisant, qu’il étoit non-seulement permis, mais • encore convenable et raisonnable de rendre aux Parents » et aux Amis après leur mort. J’avois ajoûté plusieurs fois » en parlant à ces Chrétiens, que je ferois moi-même très- » volontiers avec eux sur cela, ce que je leur avois enseigné » si l’occasion s'en présentait; et il me paroissoit tres-impor- » tant de leur donner avec soin ces sortes d'avis, pour leur » faire faire le discernement de ce qui étoit superstitieux, » d’avec ce qui n’était qu’une pure civilité. » Ensuite, après avoir exposé ses principes sur cette matière, il ajoute : « J'al- » lai donc dans la salle du Gouverneur où le corps étoit ex-
1 M. Henrion , t. IX, p. 479. — Bérniill, I. XII, p. 359.
» posé, et m’approchant du cercueil, je le salüai à la mode » du pais ; toute la famille assemblée en fort grand nombre » fondoit en larmes autour du cercueil, faisant avec moi les » mômes mouvemcns pour salüer le mort. Je fis tout le » même salut à l’égard de la famille, qui me le rendit sans » nulle différence : et aussitôt je passai dans une autre salle » tout proche, pour m’entretenir suivant les règles de la » bien-séance, avec les Mandarins qui y étoient.
» J’ai dit que je m’étois approché du cercueil; car, il est » faux que je me sois approché , non pas même de loin , » comme le veulent les Jésuites, du Tableau, (où est le Siège » ou le Trône de l’âme ) ; mais je salüai si précisément et si » manifestement le cercueil, ou plutôt le corps qui étoit de- » dans, qu’il n’y eut pas le moindre lieu de s’y méprendre. » En quoi je fis certainement une profession de Foi la plus » claire et la plus forte que je pouvois faire : Cependant je » déclarai encore publiquement, parce que l’occasion s’en » présenta, que la Religion Chrétienne ne nous permettoit » pas de nous tourner vers le tableau. Il me semble qu’on » ne peut rien faire de moins que ce que j’ai fait pour ho- » norer un mort, ni rien faire de plus pour m’éloigner de » toute superstition ; et j’avouë que j’étois pour lors déter- » miné à rendre les mêmes devoirs, toutes les fois que je » me trouverois dans de pareilles occasions*. » Après cela il rapporte textuellement le récit du libelle qu’il réfutait, il prend Dieu à témoin qu’il n’y a pas un mot de vrai dans ce qu’on lui attribue et qu’il est également faux, qu’il ait jamais laissé une pareille accusation sans réponse. Il s’en plaignait au contraire fortement en Chine dans les lettres qu’il écrivit à cette époque; de plus, le légat y étant arrivé sur ces entrefaites, il lui avait adressé une requête tendant à faire examiner sur les lieux les fondements de ces inculpations er-
1 Mémoires pour Rome , sur l’état de la Relig on chrétienne dans la Chine. — In-12, 1710. IX' Mcm. pp. 58 , CO et 70.
ronées. Il termine enfin en répondant aux reproches non moins injustes qu’on lui avait adressés à plusieurs reprises au sujet du jansénisme ; accusation banale qu’on prodiguait à cette époque, en échange des imputations non moins graves que la passion d’un autre parti voulait faire peser sur la Compagnie de Jésus.
On voit, d’après cette protestation, combien on est injuste envers M«r Maigrot en reproduisant, comme on le fait , les accusations avancées contre lui; cependant, afin de conserver toute notre impartialité* il faut dire que le salut pratiqué par ce prélat devant le cadavre ne serait plus toléré aujourd’hui. Ce salut qu’on appelle le Ko-tcheou a été défendu depuis comme entaché de superstition; mais à l’époque dont nous parlons, et surtout avec les précautions dont Msr Maigrot l’accompagna, il était impossible d’en faire le sujet d'une accusation quelconque; rien ne fixait alors sur la nature de cette marque d’honneur, et la condescendance du prélat, dans cette circonstance * prouve seulement combien il désirait se rapprocher de la pratique de ses adversaires toutes les fois que sa conscience pouvait le lui permettre.
Quant à M. de Cicé, l’un de nos vicaires apostoliques dont on invoque le témoignage contre M*1 de Conon,, il est bien certain que s'il s’abstint pendant assez long-temps de condamner les cérémonies chinoises, il ne tarda pas à se rendre à l’avis de son confrère. Il le témoigne luimême de la manière la plus positive dans une lettre du 15 août 1 700. Seulement il avoue que, dans l’intérêt de la paix, il n’était pas d’avis qu’on publiât le mandement à l’époque où l’on avait cru devoir le faire. Du reste, il donne la mesure de confiance qu’on doit avoir en sa parole, lorsqu’il dit aux jésuites à qui sa lettre est adressée. « Quel- » que motif que vous veuillez donner à ma conduite passée, » je veux bien avouer que j’ai été le dernier de tous à me » déclarer ouvertement contre les sentimens que vos Pe- » res tiennent dans la Chine ; et j’avouë encore que j’aurois
» ardemment souhaité, si la chose eût été possible, de ne » le faire jamais. Soit grâce, soit naturel, je me sens en-
* nemi des contestations. J'aime vôtre Compagnie, et je suis
* persuadé que sans l’union et sans la paix on n’avancera » jamais l’ouvrage de la conversion des infidèles »
Quoi qu’il en soit , le mandement de Maigrot ayant fourni aux défenseurs des prétentions du Portugal une nouvelle occasion de contester la juridiction des vicaires apostoliques, ce Prélat voyant l’autorité du Souverain Pontife méconnue dans sa personne, crut devoir prendre un parti extrême , dont peut-être il ne calcula pas assez les suites, et qui eut réellement de funestes résultats. Après avoir renouvelé la publication de son ordonnance , il poussa les choses jusqu’à interdire, dans toute l’étendue de son vicariat, les missionnaires qui refuseraient de s’y soumettre. Cette mesure, qui portait directement sur les PP.'de la Compagnie de Jésus, n’était pas, à beaucoup près, de nature à ramener la paix dans les esprits; aussi croyons-nous pouvoir dire ici qu’elle fut une véritable faute.
Les effets ne tardèrent pas du reste à s’en faire sentir ; car le Prélat fut obligé, peu de temps après, de révoquer son interdit par suite d’une démonstration tout-à-fait hostile de la part des chrétiens. Voici comment le fait arriva : les PP. Sa et Gozani, jésuites portugais de Fou-tcheou, n’ayant pas cru devoir se soumettre à une ordonnance dont ils n’admettaient pas le principe, se trouvaient placés sous l’interdit lorsque la semaine de Pâques arriva. Comme il n’y avait pas d’autres prêtres dans la ville, à l’exception de l’évêque et d’un religieux dominicain, les chrétiens s’adressèrent à M8r Maigrot pour obtenir de lui qu’il levât la défense faite à ces deux missionnaires d’administrer les sacrements. Le prélat ne voulut pas d’abord céder aux instances
1 Recueil des Pièces des Différends de Messieurs des Missions Etrangères, et des Religieux de l'Ordre de Saint-Dominique, touchant le culte qu'on rend à la Chine au philosophe Confucius. — In-1?, Cologne, 1700, p. 157.
réitérées qu’on fit à cet égard; et le coup une fois porté , il ne devait réellement plus le faire à moins de livrer son autorité au mépris. Il tint bon; mais malheureusement quelques chrétiens s'oublièrent au poiut de se porter envers leur Évêque à des excès qu’on a peine à concevoir. Nous en rapportons ici le détail pour montrer à quel point d’exaspération les esprits se prouvaient de part et d’autre. « Le dimanche 18 avril, ils se rassemblèrent avec grand » bruit dans la même église (celle des PP. jésuites) , d'où » ils allèrent au nombre de plus de 80 à celle de leur Évé- » que, qui achevait de dire la Messe. Ils y eatrerent jet- » tant des cris horribles, et sans vouloir rien écouter de ce » qu’il voulut leur dire pour les apaiser; ils se. saisirent » de lui avec tant de violence , qu’ils le renversèrent pres-
* que à terre. Alors le faisant mettre à genoux, ils lui ôtc- » rent par deux fois de dessus la tète sa calotte chinoise; » et le jettant par terre, les uns lui tiroient ses habits, les » autres lui donnoient des coups de poings, d’autres des « coups de pieds, et d'autres le cbargeoient d’injures et de
* malédictions. Ensuite le faisant lever de terre, ils lui don-
* nerent des coups de côté et d’autre : et l'un d’entr’eux » poussa la hardiesse jusqu’à tirer un poignard qu’il lui au- » roit enfoncé dans le sein , si les autres ne l'avoient re- » tenu*. » Ils maltraitèrent également le missionnaire dominicain survenu pendant cette scène et qui parvint cependant, après deux ou trois heures, à apaiser ces furieux. Le lendemain, Mgr Maigrot voulant éviter un nouveau scandale quitta secrètement Fou-tcheou pour se retirer dans
’ Relation de la nouvelle persécution de la Chine, jusqu’à la mort du cardinal de Toumon, Dressée par le R. P. François Gonzales de Saint-Pierre, religieux de l'ordre de Saint-Dominique et missionnaire aposto'ique à la Chine, survnc plus ample Relation des Missionnaires du même Ordre, qui ont été chassés de la Chine. — In-12, 1714, p. 10. — Les adversaires du prélat voulurent, il est vrai, nier une partie des circonstances de cet événement, mais ils n’en est pas moins demeuré constant que les chrétiens accusés se livrèrent à des excès intolérables vis-à-vis de leur premier pasteur.
une autre chrétienté, éloignée de trois journées de chemin.
Pendant ce temps une femme étant morte sans avoir pu recevoir les sacrements, fournit aux ennemis du Prélat une nouvelle occasion de se soulever contre lui. Ne pouvant assouvir directement leur vengeance sur sa personne, ils étaient déterminés à le dénoncer aux mandarins comme perturbateur de la paix publique, lorsqu'après bien des efforts, le P. Gozani parvint à les détourner de ce funeste projet. Le calme étant revenu ensuite, les chrétiens vinrent faire leurs excuses au prélat qui crut devoir se relâcher nn peu de ses droits en considération du bien général. Le 1 5 mai suivant, il rendit leurs pouvoirs aux missionnaires précédemment interdits par suite de son ordonnance.
On voulut encore tirer de cette sage condescendance , des inductions tendant à prouver que M*r Maigrot n’était pas encore bien fixé sur le caractère des cérémonies qu’il avait prohibées; mais une pareille induction n’avait pas plus de fondement que les allégations précédentes. Ainsi se termina cette affaire d’un si triste exemple et que le P. d’Avrigny rapporte à peu près comme l'auteur que nous avons cité, du moins pour le fond des choses ; seulement il attribue à Msr Maigrot et aux personnes de sa maison, des réponses dont l'imprudence aurait été cause en grande partie de tout ce désordre.
CONGRÉGATION DE CARDINAUX NOMMEE PAU INNOCENT XII POUR L’EXAMEN DES CEREMONIES. DÉCRET DE CLÉ-
MENT XI SUR LE MÊME SUJET. — LÉGATION DU CARDINAL DE TOURNON DANS L1NDE ET EN CHINE.
Pendant que ces choses se passaient en Chine , la Congrégation nommée par Innocent XII pour examiner l’affaire des cérémonies, B’en occupait activement. Dès le 18 avril
1 699, les cardinaux Casanatta , Ferrari , Noris et Marescotti, dont elle se composait, s’étaient réunies pour la première fois et avaient pris des mesures efficaces afin d’obtenir un éclaircissement positif sur le véritable état de la question. Le 20 avril de l’année suivante, les supérieur et directeurs du séminaire des Missions-Etrangères adressèrent au Souverain Pontife une lettre dont les pères de la Compagnie de Jésus se plaignirent beaucoup. Le P. d’Avrigny, et après lui ceux qui l’ont suivi , qualifient cette pièce de la manière la plus sévère, et il faut avouer que ce n’est pas sans quelque raison. Elle est empreinte d’une passion qu’on explique par tout ce qui se passait alors, mais qu’on ne peut pas excuser quand il s’agit d’un écrit authentique adressé au chef de l’Église par les représentants de tout un corps. Cependant, l’exposé des faits contenus dans cette lettre était réellement conforme à la vérité, et ce document aurait peut-être bâté de beaucoup le jugement du Saint- Siège s'il eût été exempt de l’esprit de parti que nous lui reprochons \
Dans cette lettre, après avoir reproduit les faits signalés dans le mandement de Msr Maigrot, les directeurs du séminaire dénonçèrent au Souverain Pontife six propositions extraites des Mémoires du P. le Comte, et condamnées par la Sorbonne. Ils en signalèrent encore quarante autres prises de même dans les récentes publications des PP. de la Compagnie de Jésus, renfermant à peu près la même doctrine, mais moins directement condamnables. Quelque temps après, les mêmes directeurs firent imprimer cette lettre accompagnée d’une addition renfermant un examen détaillé du décret d’Alexandre VII et suivie du mandement de M«r Maigrot. Ils y ajoutèrent aussi une lettre dans laquelle M. de
* Malgré les défauts que nous venons de signaler dans celle lettre , la bonté compatissante du Souverain Poutife se fit voir dans le Bref adressé par lui en réponse aux directeurs du Séminaire, à qui il témoigne la plus touchante affection.
Brisacier, supérieur du séminaire, révoquait l'approbation donnée par lui trois ans auparavant, au livre de la Défense des nouveaux Chrétiens, du P. Letellier, ainsi que la protestation de M. de Cicé dont nous avons parlé précédemment. Le 8 mai de la même année, la faculté de théologie de Paris, tout en déclarant que le jugement définitif appartenait au Saint-Siège , qualifiait néanmoins des notes les plus sévères, vingt-neuf propositions contenant la doctrine des jésuites relativement aux cérémonies chinoises, et le 18 octobre suivant, elle censurait de même celles extraites des trois nouvelles publications des mêmes Pères.
Tout cela présageait que la sentence du Souverain Pontife viendrait bientôt fixer irrévocablement les esprits par rapport à cette controverse, dans le sens opposé à celui qu’avaient adopté les missionnaires de la Compagnie de Jésus.
Une série de questions relatives aux noms à donner à Dieu, au culte des ancêtres et à celui de Kong-fou-tse ayant été dressée d'après un exposé exact des faits, la Congrégation du Saint-Office, à laquelle le jugement en avait été déféré par Innocent XII, rendit un décret solennel en vertu duquel toutes ces cérémonies, ainsi que les termes usités par les lettrés chinois pour désigner le nom de Dieu, étaient entièrement prohibés. Ce décret fut approuvé le 20 novembre 1704 par Clément XI, qui avait poursuivi avec zèle l’examen commencé par son prédécesseur. Il fut rendu, comme s’exprime Benoit XIV, <• après un examen fait avec lenteur, » maturité et un très-grand soin , après avoir entendu les » raisons des parties à qui l’on donna la plus ample faculté » de se défendre librement ’. » Toutefois, comme il restait encore quelques points de détail à décider sur les lieux , et afin d’assurer plus parfaitement l’exécution du décret, Clément XI, déclara qu’il ne serait pas publié avant d’avoir été envoyé à son légat en Chine. Le cardinal de Tournon était
> S. D. N. lien. XIV, Bull. p. 189.
alors chargé de cette mission délicate; et comme sa mission eut de grands résultats, par rapport aux faits qui nous occupent, c’est pour nous un devoir d'en exposer ici les détails et les motifs.
La mission de Chine n'était pas alors la seule troublée par des dissensions survenues entre les missionnaires; celle de l’Inde, occupée alors par les Pères Capucins, et les Pères de la Compagnie de Jésus, offrait aussi, sous ce rapport, un affligeant spectacle, les uns permettant aux chrétiens certains usages prohibés par d'autres , comme superstitieux et idolàtriques. Touché du funeste effet de ces divisions, Clémeut XI résolut d’avoir recours à un moyen dont le succès lui parut assuré : ce fut de confier l’autorité apostolique à un envoyé extraordinaire, capable, en se faisant juge des raisons diverses apportées par les parties , de terminer définitivement les discussions trop long-temps prolongées. En conséquence il nomma, le 2 juillet 1702, un légat à lalere, avec pouvoir et commission de régler contradictoirement les points de litige dans l’Inde et à la Chine’. Le choix du Souverain Pontife tomba sur Msr Charles-Thomas Maillard de Tournon, piémontais, originaire de Savoie : Le légat se rendit aussitôt en Espagne, où il devait s’embarquer sur un bâtiment français, que la guerre empêcha d’aborder à Cadix. Il s’embarqua eu conséquence pour l'ile de Ténériffe, où le navire le Maurepas le prit à son bord le 3 mai 1703. Arrivé à Pondichéry le 6 novembre suivant, il s’y occupa de suite à prendre des informations exactes relativement aux rits malabares qu’il prohiba par son mandement du 23 juin 1704. Il publia cet acte officiel le 11 juillet suivant , jour auquel il s’embarqua pour les Philippines. Il se rendit de là en Chine, et il abordait à Kouang-tong le 8 avril 1705. Dès qu’il fut arrivé, il fit tous ses efforts
■ Le Légat était , en outre , chargé d’établir des évêques et de régler les limites des diocèses dans le pays de sa légation.
pour engager les missionnaires de la Compagnie de Jésus à renoncer à leur sentiment sur les cérémonies chinoises, les assurant que la Sacrée Congrégation était sur le point de faire exécuter un décret solennel contre leur pratique, et que ce décret ne serait pas publié, s’ils se rendaient à ses raisons. Les jésuites, persuadés de la bonté de leur cause, ne crurent pas pouvoir suivre cet avis, qui eût cependant évité bien des maux. Mgr de Tournon, n’ayant donc pas pu réussir dans cette première tentative d’accommodement, s’occupa dès -lors des moyens d’obtenir une audience de l’empereur Kang-hi, qu'on avait précédemment rendu en quelque sorte partie dans l’affaire des rits de sou empire.
Dès le 30 novembre 1700, les jésuites s’étant adressés à ce prince, pour qu’il daignât s’expliquer sur les faits controversés, en obtinrent, comme il était facile de s’y attendre, une déclaration conforme à leur manière d’envisager les choses. Ce fut une véritable faute de leur part, car on pouvait prévoir au premier abord, ce qui résulterait de cette déclaration dans le cas où le jugement de Rome serait rendu dans un sens opposé. Quelque importance qu'eût cet acte en lui-même, il fallait donc bien se garder de l'accepter, et bien moins encore de le solliciter comme on le fit. Après quelques difficultés, le légat obtint l’audience qu’il désirait ; fut ce malgré le crédit des jésuites à la cour où à la faveur de ce crédit même ? nous ne savons trop que décider là-dessus, caron affirme également l’un et l’autre. Peut-être trouverait-on l’explication de cette difficulté dans les divisions intestines, qui régnaient entre les Pères même de la Compagnie de Jésus, les Portugais n’étant pas alors d’accord avec les Français à cause des prétentions du Portugal. Quoiqu'il en soit, le légat obtint la permission de venir à à Pê-king, où il fut reçu avec des honneurs tels qu’on n'en rendît pas de semblables aux ambassadeurs des plus grands princes. Il en conçut les plus flatteuses espérances pour la
suite de sa négociation. Dès ce moment même, il crut pouvoir demander pour le Saint-Siège l’autorisation d’entretenir à la cour un légat permanent, chargé de tous les rapports entre Rome et la Chine, et investi d’un pouvoir supérieur sur tous les missionnaires. Ce projet, vraiment utile et convenable, quoi qu’en disent certains auteurs *, ne put être mis à exécution; l'empereur y consentit d’abord, et il refusa ensuite formellement d'y souscrire.
Le 31 décembre 1705, M«r de Tournon obtint de ce prince une première audience particulière, où l’Empereur voulut qu’il lui désignât les missionnaires les plus capables, selon lui, d’être chargés d'une ambassade à Rome. Le légat se prêta bien volontiers à ce désir, et l’ambassade partit peu de temps après avec des présents pour le Saint Père, à qui l’Empereur demandait douze sujets pour résider à la cour, savoir : trois mathématiciens, trois médecins, trois chirurgiens et autant de musiciens.
En attendant l’audience solennelle différée jusqu’au 29 juin de l’année suivante, le légat ayant pour interprètes M. Appiani, lazariste piémontais, etleP. de Frosoloni, religieux franciscain, prenait auprès des Chrétiens de la capitale des informations détaillées sur les cérémonies. 11 cherchait aussi par tous les moyens de conciliation possibles, à conduire les missionnaires au point où le Saint-Siège désirait si ardemment les voir tous se réunir ; mais ce fut en vain. Trois jours avant son audience, il obtint de l’Empereur la permission d’établir à Pè-king une maison pour tes missionnaires de la Propagande; mais le prince en ayant parlé alors au P. Gerbillon , jésuite français , et au P. Pereyra, porlugais de la même Compagnie, ce dernier se laissant trop guider par les prétentions ambitieuses de sa nation , répondit à cette ouverture de telle manière que la
■ D’Aviigny, t. IV, p. 273. — Bérault, t. XII, p. 364. — M. Menrion, t. IX, p. 483.
permission fut révoquée presqu'aussitôt. Vers le même temps , le légat ayant cru la présence de M*r Maigrot nécessaire auprès de lui dans des circonstances aussi graves que celles où il se trouvait, le fit venir du Fo-kien dans le commencement de 1706, afin de discuter, avec les missionnaires de la Compagnie de Jésus, les différents points de la question controversée. M«r de Conon arriva en conséquence à la capitale, accompagné d’un de ses missionnaires , M. Guéty, prêtre du diocèse de Lyon, qui eut beaucoup à souffrir à l’occasion des événements qui suivirent bientôt.
Le 29 juin de la même année, M*r deTournon eut enfin son audience solennelle de l’Empereur, qu’il trouva trèsprévenu contre les missionnaires opposés à la pratique des jésuites. Nous citons ici textuellement le récit de ceB derniers, afin de donner une idée plus juste des prétentions inadmissibles que le prince s’attribuait pour le jugement de la question. Voici comment s’expriment, en cette circonstance, le P. d'Avrigny et ceux qui l’ont suivi : « Le Légat marqua » au Prince qu’il n’avoit entrepris un si long voyage que » pour le remercier au nom du Chef des. Chrétiens des » grâces dont il combloit les Missionnaires, et de la pro- » tection qu’il donnoit à leur sainte Religion. Ce compli- » ment donna occasion à l'Empereur de lui dire que les » Européens ne pouvoient assés pénétrer le sens des livres » chinois et l’esprit de leurs cérémonies ; qu’il scroit à » craindre que le Pape mal instruit par des gens iguo-
• rans ne fit quelque réglement qui, étant fondé sur de
• fausses informations , attircroit infailliblement la ruine » du Christianisme dans son Empire ; que, pour prévenir » cet inconvénient, il vouloit revoir les informations qu’on » envoyeroit en Europe pour les rectifier, et en corriger les » erreurs. » C’est alors que le légat ayant parlé au prince de Msr de Conon , dont il lui vanta la science dans les lettres chinoises, Kang-hi lui répondit qu’étant sur le point de*
faire uu voyage en Tartarie, il y ferait venir cet Européen pour l’entendre lui-raème là-dessus. Immédiatement après cette entrevue , un mandarin vint de la part de l’empereur, donner ordre à de Conon d’expliquer, par écrit, ce qu’il trouvait de contraire à la foi chrétienne dans la doctrine de Kong-fou-tse. Le prélat le fit aussitôt, en citant cinquante textes extraits des livres sacrés de la Chine, mais en protestant en même temps , qu’il n’entendait en aucune manière reconnaître l’empereur pour juge d’une question dont la décision appartenait uniquement au Saint-Siège. Le légat approuva cette protestation et défendit même aux missionnaires des différentes Congrégations de porter cette affaire devant le prince, comme quelques-uns voulaient le faire par suite de la fausse démarche de 1700.
EXIL DE Mer DE COHON.
Les notes de ce prélat avaient produit à la cour une grande sensation et indisposé sensiblement contre lui l'empereur, dout elles attaquaient le sentiment. Elles donnaient eu effet, comme idolàtriques , des pratiques indiquées comme purement civiles, par Kang-hi , dans sa déclaration écrite eu 1700 pour le Souverain Pontife. Comme il était impossible de répondre directement à ces notes , à moins de soutenir que l’auteur n’avait pas saisi le véritable sens des livres cbiuois, c’est le parti qu’on suivit à son égard, et on n’hésita pas à le taxer de la plus grossière ignorance. Ce reproche, accueilli alors avec empressement par les intéressés daps la cause, se trouve encore consigné aujourd’hui dans les historiens qui ont traité cette question. Mais nous pouvons le dire en toute assurance , c’est là une de ces imputations que l’esprit de parti a seul pu accréditer à une époque de passion. Picot, daus son article de la Biographie Uni-
verselle concernant M*r de Conon , a fait bonne justice de toutes ces fuusses allégations, que chacun doit repousser aujourd'hui. Les faits sont aussi présentés sous leur véritable jour, par le même auteur, dans ses Mémoires pour servir à l'Histoire Ecclésiastique du 18e siècle. Et aujourd'hui, que le temps de la vérité est venu , nous ne doutons pas que chacun ne s'empresse de se rendre à des raisons bien suffisantes pour tout homme étranger à ces déplorables dissentions.
Voici réellement à quoi les choses se réduisent. Kang-hi, prévenu contre Mgr de Conon, qu’on lui avait représenté comme un ignorant dans les lettres chinoises, voulut, pour l’éprouver, lui faire lire quatre caractères écrits au-dessus du trône de la salle d'audience. Le prélat , disent ses adversaires, ne put en lire que deux et n’en put expliquer aucun , d’où l'on concluait, en raisonnant d’après les notions que nous avons sur les langues d’Europe, qu’il ne connaissait pas les premiers éléments d’une science dans laquelle, cependant, ses amis le disaient très-versé. A cela nous répondrons, qu’en admettant même ce fait, tel qu’on le présente, il est vraiment difficile de comprendre comment on a pu en faire sérieusement le sujet d’un pareil reproche. On sait en effet que la langue écrite de la Chine n’a nulle part au monde son analogue, quelle se compose de plus de quarante mille caractères, exprimant fous une idée particulière; de telle sorte, que jamais le plus savant des lettrés de l’empire n’est parvenu à les connaître tous et que, dans ce pays, on est déjà d'une science très-relevée lorsqu’on est parvenu à eu fixer moitié dans sa mémoire. On sait en outre , qu’en Chine , les caractères écrits et les formes du langage varient selon la dignité des personnes qui les emploient ou à qui l’on veut les appliquer. Cela posé, que faut-il conclure de l’embarras de MRr de Conon , admis pour la première fois dans le palais, et qui, n’ayant jamais été à même de connaître le langage de la cour, ignorait quelques-uns des sigues employés pour
le peindre ? Vraiment on ne s’explique pas comment des reproches aussi peu fondés et auxquels il est si facile de répondre, vont cependant se répétant de bouche en bouche sans examen, et servent ainsi de base à des jugements dont on peut , d'après cela, apprécier l’exactilude.
Toutefois , si les partisans des cérémonies crurent pouvoir attribuer à ce prélat une ignorance qu’il n'avait pas, d’autres missionnaires prirent le soin de le veuger complètement de ces accusations. On peut le voir dans le témoignage suivant, adressé au cardinal Casanata par le Père J. F. da Leonissa de l’ordre des Frères-Miueurs de l’Observance, alors évêque nommé de Bérythe et vicaire apostolique du Hou-kouang en Chine. Il s’agit ici de réponses faites par ce missionnaire à diverses questions qui lui avaient été adressées le 1er juillet 1699, au nom de la Congrégation chargée de l’examen de cette grande affaire. 11 déclare donc : « 1 . Que Mon- » seigneur Maigrot est savant dans nos sciences, et vraiment » digne du degré de docteur de Sorbonne dont il est revestu .
» 2. Que c’est un des plus doctes missionnaires dans la « langue et les lettres chinoises. »
Et ailleurs il ajoute : » 3. Que ledit Sieur Maigrot est un
• des missionnaires qui savent mieux par expcrience les
• coutumes et les ceremonies chinoises, demeurant à la » Chine depuis plusieurs années; et jesai qu'il a fait une » étude particulière pour cet éfet. » Celte réponse est datée de Rome le 1 9 du même mois de juillet \
L’empereur étant parti pour la Tartarie peu de temps après qu’on lui eût remis la réponse écrite de M*r de Conon, manda ce prélat auprès de lui et lui donna une audience qui dura près de quatre heures. Avant de s’y rendre, Msr de Conon avait protesté de nouveau qu’il se refusait à reconnaître le prince pour juge de cette controverse, qu'il cédait
1 Conformité des ceremonies chinoises avec l’idolâtrie grecque et romaine, |iour seiwr de contiuuation à l’ Apologie des Dominicains Missionnaires de la Chine. Iu-12, Cologne, Uêrit. de C. d’Egmont, 1700, pj>. 2 et 3.
forcément aux ordres qu'on lui avait intimés à cet égard. Lorsqu’il fut admis devant Kang-hi, celui-ci voulut lui faire reconnaître que les cérémonies chinoises et les termes employés par les lettrés pour exprimer l’idée de Dieu , n'avaient rien de contraire à la foi chrétienne ; mais M«* de Conon s'étant fait là-dessus une conviction qui ne lui permettait pas de transiger avec sa conscience, eut le courage de résister à l’empereur saus se laisser ébranler par la crainte des rigueurs qu’il allait s’attirer ainsi. Le récit de cette audience fut dénaturé comme tout le reste, et nous avons droit de nous étonner qu’après la décision solennelle du Saint-Siège, entièrement conforme au sentiment de M«r de Conon, des écrivains tout dévoués à la cause de l’Église viennent nous rendre compte de cette circonstance de la manière que nous rapportons ici : « L’empereur daigna cependant, disent-ils, » tenter de le faire convaincre que Tien, autant que Tienchu, » signifie le Dieu du ciel : mais deux heures d'instruction » ne servirent qu’à persuader au prince , qu’il y a des pré- » ventions dont on ne revient jamais*. » A cela, pour donner une nouvelle preuve de la prétendue ignorance du prélat, les mêmes auteurs ajoutent, qu’ayant à présenter un écrit chinois à l'empereur, il fut obligé de prendre un interprète pour l’expliquer; mais c’est là un fait inadmissible dont le P. d’Avrigny lui-même ne parle pas malgré sa partialité reconnue.
Telle fut du reste l’issue de cette célèbre audience. Elle fut suivie de deux décrets impériaux du 2 et du 3 août suivant. Dans le premier adressé à M8r de Conon , Kang-hi témoigne au prélat tout son mécontentement et lui ordonna de se retirer à Pè-king dans la maison des PP. de la Compagnie de Jésus; l’autre adressé au légat lui-même, lui signifiait l’ordre de songer à son départ prochain pour
1 M. Henrion, t. IX, p. 485. — Bérault, t. XII, p. 366. — D’Avrigny, l.IV, p. 277.
l’Europe. En conséquence, ce prélat quitta Pè-king le 28 du même mois, ainsi qu’il l’avait déjà résolu avant de recevoir un second ordre de départ qu’on lui signifia de la part de l’empereur.
Quelque temps après, la cour étant revenue à la capitale, de Conon eut à subir de nouvelles humiliations pour la défense de la cause que sa conscience ne lui permettait pas d’abandonner. Quelques lettres écrites par lui à M. Guéty, qu’il avait laissé avec la cour, en devinrent le sujet.
On arrêta aussi M. Appiani et quelques autres personnes de la suite du légat ; on fit venir de même à la cour M. Mezzafalce nommé vicaire apostolique du Che-kiang par M**r de Toumon. On leur fit subir, ainsi qu’à M®r de Conon, plusieurs interrogatoires plusou moins humiliants par-devant le prince héréditaire, et peu s’en fallut que le prélat ne fût condamné à mort. Enfin, le 1 6 décembre, Kang-hi de retour à Pè-king, ayant entendu le rapport fait par le prince son fils sur toute cette affaire, rendit le lendemain un décret de bannissement contre l'évêque de Conon et MM. Mezzafalce et Guéty. Deux chrétiens et un catéchiste furent de même, à cette occasion, battus de verges et exilés au Leao-tong. De son côté, M. Appiani fut retenu prisonnier contre toute justice et sur de fausses accusations qu’on ne prouva jamais.
L’exil de Msr de Conon et des deux autres missionnaires ne fut pas le plus grand mal causé par cette persécution; car, dans le même édit, l’empereur enjoignait à tous les missionnaires actuellement en Chine, ainsi qu’à tous ceux qui pourraient y venir dans la suite, de se pourvoir avant tout, de lettres d’autorisation de sa part. Condition très-fàcheuse, dont la conséquence plus ou moins prochaine était une défense positive aux missionnaires de pénétrer ou de séjourner désormais dans l’empire. Ces mesures, du reste , découlaient en grande partie, de l’imprudence commise par les jésuites
lorsqu'ils s’adressèrent à l’empereur pour le rendre en quelque sorte juge de la controverse; aussi M«r de Tournon se trouvait-il fort indisposé conlre eux à son départ de Pèking. Il leur écrivit dans ce sens de Nan-king, les 1 8 et 25 janvier 1707.