‹ Lettres à Mgr l'évêque de Langres, sur la Congrégation des Missions ÉtrangèresChapitre 19 sur 89 · JUGEMENT DÉFINITIF DE BENOIT XIV · texte numérisé non relu

JUGEMENT DÉFINITIF DE BENOIT XIV

Benoit XIV, reprenant enfin la poursuite de cette affaire interrompue par la mort de son prédécesseur, déclara que le Saint-Siège n’avait jamais approuvé les hait permissions de M«r de Mezza-Barba et qu’elles étaient contraires aux décrets pontificaux. En conséquence, il ordonna de les regarder comme nulles et non avenues avec défense d’en faire désormais ancun usage, et il confirma de la manière la plus positive le décret de Clément XI. Il défendit encore d’interpréter ce décret autrement qu’il ne le faisait luimême, c'est-à-dire, que toutes les cérémonies indiquées devaient être regardées, sans exception, comme idolàtriques et par conséquemment illicites dans tous les cas possibles. A l’exemple de son prédécesseur, il porta les plus sévères censures contre tout missionnaire qui oserait y contrevenir, ordonna de renvoyer en Europe tous ceux qui refuseraient de

se soumettre, afin qu’ils fussent punis de leur désobéissauce par le Souverain Pontife lui-même. Il enjoignit aux généraux et autres supérieurs des congrégations religieuses, l’ordre de veiller avec le plus grand soin à l’exécution de cette ordonnance par rapport à leurs subordonnés, se réservant de procéder coutre eox s’ils se refusaient à obéir, et les déclara privés par ce seul fait du droit d’ envoyer jamais aucun de leurs subordonnés dans ces contrées. Il prescrivit encore une nouvelle formule du serment à prêter par chaque missionnaire '. Enfin, il engagea par les motifs les plus puissants, tous les ouvriers évangéliques de ces contrées à se conformer au contenu des décrets émanés du Saint-Siège, les suppliant de rendre ainsi à son cœur paternel, une joie que d’aussi longues dissensions avaient ôtée depuis long-temps à l'Église.

Les motifs de soumission exposés par le Souverain Pontife, m’ont paru très-capables de ramener véritablement la paix dans les cœurs; aussi, Monseigneur, ai-je cru devoir vous en donner ici une traduction fidèle : » Nous avons , » dit le Pontife, pleine confiance que le prince des pasteurs, » Jésus- Christ dont nous tenons la place sur la terre, bénira » les travaux auxquels nous nous sommes long-temps livrés

' Cette formule est ainsi conçue : ■ Ego N. Missionnarius, etc., a Sede Apos- » tolica, vel a superioribus me», juxta facultates eis a Sede Apostolica conccs-

■ sas, inissus, vel desfinatus, Praecepto, ac Mandato Apostolico super Ritijms, » ac CaeremoniisSinensibus inConslitutioneClementisPapaeXI, bac de réédita,

■ qua praesentis Jurameuti formula praescripta est contento, ac uiihi per inte- « gram ejusdem Constitution!* lecturam apprime noto, plcne, ac (ideliter pa- » rebo, illudque exacte, absolu te, ac iuviolabiliter observabo, et absque ulla

• tergiversât ion e adimplebo, atquc pro \inbus enitar, ut a Christianis Sien-

■ silius, quorum spiritualem dire, tioiiem quoquomodo me habere contigerit, " similis obedieutia eideui praestetur. Atque insuper, quantum in me est, num-

• quam patiar, ui Ritus, et Caeremouiae Sinenses in Literis Pastoralibus Patriar- ® chae Alexandrini Macai dalis die 4 novembris 1721, permissae, ac a Sanctis-

• sinio Domino Nostro Benediclo PP. XIV, damnatae, ab eisdem Christianis » a ! praxiin deducautur, si autem (quod I)e us avertat) quoquomodo conlrave-

• nerim, loties quoties id eveneiit, poenis per prat dictas Constitutiones imposi-

• tis me siibjeclum agnosco, et declaro. Ita, tactis Sacrosauctis Evaugeüis, pro-

■ mitto, vovio, et juro. Sic me Deus adjuvet, et baec saucta Dei Evaugelia.

» Ego N. manu propria. »

U iU. Po'it. S. Cong. de Prop. Fide , t. III, p. 69.

> par rapport à cette affaire si grave ; qu'il fécondera le grand » désir que nous avons de voir la lumière de l'Evangile bril- » 1er clairement et purement dans ces vastes contrées et les » pasteurs de ces mêmes régions se persuader bien sincère- » ment de l’obligation où ils se trouvent d’écouter notre voix » et de la suivre. Mous avons également confiance de voir, » avec l’aide de Dieu, sortir de leur âme la crainte qu’ils té- » moiguent d’arrêter les progrès de la foi par l’exécution des » décrets pontificaux. On doit en effet fonder ses espérances » avant tout sur la grâce divine : cl celle grâce ne leur man- » quera jamais s’ils annoncent les vérités de la religion ebré- » tienne avec courage et dans toute la pureté avec laquelle le » siège apostolique les leur a transmises. Cette grâce ne leur » manquera pas s’ils sont disposés à défendre la religion par » l’effusion de leur sang , à l'exemple des saints Apôtres et » des autres grands défenseurs de la foi chrétienne , dont la » mort, loin d’arrêter ou de retarder les progrès de l’Évan- » gile , ne fit au contraire que rendre la vigue du Seigneur ■ plus florissante et la moisson des âmes plus abondante. De » notre côté, autant qu’il dépend de nous, nous supplions » Dieu de leur donner cette force d’âme que rien n'abat et » la puissance du zèle apostolique. Enfin nous leur rappelle* » rons à la mémoire, qu’en se destinant à l’œuvre saiute des » missions ; ils doivent se regarder comme de vrais disciples » de Jésus-Christ, envoyés par lui non à la recherche des » joies temporelles, mais à de grands combats ; non aux hon- » neurs, mais à l’ignominie; non à l’oisiveté, mais nu tra- » vail ; non au repos , mais il la pénible tâche de produire » beaucoup de fruit par la patience »

Toutes ces décisions sc trouvent consignées daus la célèbre bulle Ex quo singulari, par laquelle Benoit XIV termina enfin celte controverse à jamais mémorable par les maux qu’ elle a occasionnés, non-seulement dans les missions,

• S. D. N. Ben. XIV, Bull. p. 203.

mais encore dans l’Église toute entière. On en lira un grand parti, pour décrier des religieux respectables, qui purent commettre des erreurs, et quelques-uns môme se rendre 'coupables d’une résistance inexcusable aux ordres du Souverain Pontife, sans que pour cela on ait eu le droit d’attaquer le corps entier, avec la violence, et la passion que les partis y ont mises.

Dans cette bulle, Benoît XIV, après avoir fait l’historique de la controverse, à partir des décrets de 1645, rapporte en entier celui de 1710, rendu pour confirmer le mandement du cardinal de Tournon; il donne de môme la constitution de Clément XI en 1715, le mandement de Mgr de Mezza-Barba avec les huit permissions, enfin, le bref de Clément XII qui annule les lettres pastorales de l’évêque de Pè-king. Cette bulle datée du 11 juillet 1742, fut publiée le 9 août de la même année, et envoyée immédiatement après dans les missions, où elle éprouva encore quelques obstacles avant d’être reçue par certains missionnaires partisans des cérémonies. Mais enfin, par un bref du 19 décembre 1744, le Pontife acheva d’écarter tous les prétextes qu’on pouvait opposer à l'exécution des constitutions apostoliques, dont il démontrait dans cette pièce la convenance et la nécessité. Il s’adressait à l’évêque de Pè-king, dont il avait reçu deux lettres en date du 10 janvier 1743 et 5 janvier 1744. Dans ce bref, Benoît XIV répondant à quelques observations de l’évêque au sujet des cérémonies, l’engage à observer les décrets pontificaux, avec la plus grande fidélité ; il lui montre aussi que les raisous de convenance alléguées contre l’opportunité de ces décisions, n’étaient pas suffisantes quand il s’agissait de pratiques évidemment ido- Mtriques. Enfin, il lui fait voir que des décrets étant aussi nécessaires et aussi convenables, ne pouvaient pas nuire autant qu’on le prétendait au maintien et à la propagation de notre sainte foi dans les provinces de la Chine. C’est ainsi qu’on est enfin parvenu à faire de la bulle Ex quo singulari,

la règle invariable et uniforme sur laquelle tous les missionnaires doivent maintenant baser leur conduite, et dont ils jurent solennellement de maintenir l’observation

Que si maintenant, nous jetons un coup-d'œil sur toute

* S. D. y. Ben. XI P, Bull. t. I, pp. 188 et suiv. 484 et suiv. — Bull. Pont. S. Cong. de Prop. Vide, 1. 1, pp. 128 et suiv. 174, 218, 222, 238, 287 et suiv. 305 et suiv. ; t. II, pp. 14 et suiv. 109 et suiv.; t. III, pp. 48 et suiv.

74, 185 et suiv. — Notes hist. p. 43.— Rel. ni), des Miss, et des Yoy. des Ev. franç.; par M. Pailv, p. 47. — Hist. de l’ét. du Christ, dans les Indes Orient, t. I, pp. 94, 247. — Bérault, t. Il, pp. 216, 419; t. XII, pp. 343-et suiv. — Mém. poor servir à l’hist. eccl. pendant le dix-huitième siècle, Introd. ,p. ccxxx, 1. 1, pp. 9, 30, 41, 46, 176 et suiv.; t. II, 178. — Mém. chron. et dogmal. (P. d’ A vrigny), t. III, pp. 383, 404; t. IV, pp. 189, 213, 246, 271 et suiv. — M. Henrion, t. VIII, pp. 427, 535 ; t. IX, pp. 93, 467 et suiv. ; t. X, pp. 205, 226. — Raccolta di varie scrilture de’ Padri delta Compagnie di Giesù, etc. pp. 7, 25 et suiv. 212 et suiv. — Choix de Lett. édif. (1824), 1. 1, p. 349. — Lettre de M. l’abbé de Lyonue, Ev. nom. deRos., etc. pp. 1™ et suiv. 18, 67, 89. — De Sinensium ritibus politicis acta. Seu R. P. Francises Brancati, Societatis Jesu, Apud Sinas perannos 34. Missionarii responsio apologeticaad R. P. Dominicum A’avarette Ordinis Prccdicatorum . In-12, Paris, N. Pepie, 1700, pp. 1" et suiv. 49, 160. — Lettre à M. ***, touchant les honneurs que les Chinois rendent au philosophe Confucius et à leurs Ancêtres. In-12, 1700, pp. 3 et suiv. 17 et suiv. 76 et suiv. 112. — Decret de Noslre S. P. le Pape Clement XI sur la grande affaire de la Chine. In- 1 2, 1709, pp. 5, 13, 35, 109, 133, 139. — Apol. desDomin. Avant-propos, p. 3; pp. 7 et suiv. 105, 129, 220, 243, 267, 2G8, 441, 447, 501. — Documenta controvcrsiam missionariorum apostolicorum Imperii Sinici de cultu prcesertim Confucii Philosophi et Progenitorum Defunctorum speetantia, ac Apologiam Dominicanorum Missionis Sinicce Minislrorum advenus libros RR. Palrum Le Tellier et Le Gobien, Societatis Jesu confîrmantia. In-12, pp. 3, 19, 21, 29, 107, 127, 130 et suiv. 168, 178, 192, 195. — Mémoires pour Rome, sur l’état de la religion chrétienne dans la Chine. In-12, 1709, premier Mém. pp. 5 e» suiv.; quatrième Mém. pp. 109 et suiv.; cinquième Mém. pp. 159 et suiv.; sixième Mém. pp. 198 et suiv. 224 ; septième Mém. pp. 5, 10, 12, 22, 35,

75, 77, 82, 98, 102, 109, 111 ; huitième Mém. pp. 3 et suiv.; neuvième Mém.pp.9, 24, 34, 56,81, 112. — Relation delà nouvelle persécution de la Chine jusqu’à la mort du Cardinal de Tournon, pp. 1 etsuiv.8, 12,21 et suiv. 27, 29, 33 et suiv. 41 et suiv. 93 et suiv. 113, 124 et suiv. 194 et suiv. 291 et suiv. 3 10 et suiv. 328 et suiv. 363 et suiv. 379. — Lett. Édif.t. IX. Préf. pp. vir et vjtit; t.X, pp. 9, 28, 248 ; t. XII, pp. 2 et suiv. 272, 407 ; t. XIV, pp. 447 et suiv. — Choix des Lett. édif. 1805, t. III, pp. 311,328. — De Christ, exped. apud Sinas, p. 277. — Hist.de l’Edit, pp. 217, 228, 236. — Hist. cultus Sin. pp. 19, 26, 38, 47, 63, 71, 93, 120, 145, 153 et suiv. 162, 170 et suiv. 184 et suiv. 190, 191, 195, 198, 199, 201, 208, 231 et suiv. 241 et suiv. 265, 271, 290, 295, 298, 299, 311,325, 390, 393, 396, 437 et suiv. 464, 503, 505, 514, 520, 523, 545, 566, 574, 579, 598, 614, 625, 635, 671.— Continualio historùe cultus Sinensium, etc. In-1 2, Cologne, 1700, pp. 1, 59, 65, 147. — Lett. de MM. des Miss. Ét. au Pape, pp. 1, 4, 7, 9, 28, 31, 42,

cette longue suite de discussions dont l’Eglise eut tant à gémir, nous y trouvons un exemple déplorable de ce que peut la faiblesse humaine, lors même quelle agit dans les vues les plus droites, et guidée par les intentions les plus pures. Nous voyons en effet les missionnaires de la Compagnie de Jésus, après être partis d’un principe que nous serons toujours disposés à adopter toutes les fois que la conscience pourra nous le permettre ; nous voyons, dis-je, ces grands missionnaires tomber dans des erreurs dont les suites furent déplorables, par suite de l’opiniâtreté avec laquelle ils les ont défendues. Mais voici une considération qui peut leur servir en quelque manière d’excuse dans cette conduite. Nous croyons que s’ils fussent restés seuls à la Chine, ou que les autres missionnaires eussent pu adopter leur pratique à cet égard, il eût été possible, dans un temps plus ou moins rapproché, de faire perdre aux cérémonies contestées le caractère superstitieux qu’on leur reprochait. Ainsi, en tolérant pour un temps un mal purement matériel, et alors seulement probable, on aurait ménagé les esprits, et fait faire, par ce moyen, des progrès plus rapides à notre sainte religion dans ces contrées. Telles étaient certainement les vues des missionnaires de la compagnie de Jésus. S’ils se trompaient en cela, du moins ne pouvait-on leur reprocher aucune mauvaise intention, et c’est là un fait qu’il est important de rétablir, parce qu’on l’a trop souvent méconnu. Nous le confessons de nouveau, ils cherchèrent trop long-temps à éluder les décrets des Souverains Pontifes , dans un moment surtout où il eût été si glorieux pour leur Compagnie de donner au monde un exemple dont

68, 70, 72, 91, 95, 104, ) 19, 128, 133, 151, 156. — Lettre d’un Doct de l’ordre de S. Dom. p. 68. — Lettre de M. Marin, pp. 5, 15, 42, 114, 120. — VI' Lettre d’un DoeL p. 95. — Biographie universelle, ancienne et moderne, ou Histoire par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes, ln-8, Paris, L. G. Michaud, 1820; t. XXVI, pp. 233 et suiv. ; t. XXX, pp. 606 et suiv.

l’Église avait alors le plus grand besoin. Mais nous disons aussi, que de l’instant où le jugement solennel fut rendu, de manière à ne plus laisser aucun doute, ils obéirent fidèlement et avec courage. Leurs convictions personnelles cédèrent à la toute puissante autorité en face de laquelle toute intelligence humaine doit s’incliner, et toute volonté se tracer des bornes qu’elle ne doit jamais franchir. Malgré les suites qu’ils prévoyaient pour la religion et pour eux en particulier, ils se soumirent et donnèrent ainsi une nouvelle preuve d'une vérité constamment vérifiée dans tous les temps, que la Compagnie de Jésus, forte des lumières et des vertus de ses membres, pourra quelquefois lutter contre les plus sublimes puissances de la terre, en présence de qui elle se tiendra toujours dans les limites d’une défense forte et courageuse ; mais en môme temps qu’elle saura toujours se soumettre, lorsque la voix de Dieu aura parlé par l’organe de son représentant sur la terre.

JESUS, MARIE, JOSEPH

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