‹ Lettres à Mgr l'évêque de Langres, sur la Congrégation des Missions ÉtrangèresChapitre 21 sur 89 · ÉDIT DE L’EMPEREUR KANG-H1 EM FAVEUR DE LA RELIGION CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

ÉDIT DE L’EMPEREUR KANG-H1 EM FAVEUR DE LA RELIGION CHRÉTIENNE

Uu événement, dont les résultats pouvaient avoir les plus heureuses conséquences pour la religion en Chine, eut lieu dans cet empire au mois de mai 1692. Jusqu’à cette époque le christianisme y avait été plus ou moins persécuté, lorsque l’emperenr Kang-hi se détermina à donner un édit favorable à la religion dans toute l’étendue de l’empire. Cette grande mesure avait été amenée par les vexations mêmes d’un ennemi puissant du christianisme à Pê-king, où les choses étaient venues à ce point qu’une protection éclatante de l’empereur pouvait seule sauver les chrétiens des plus ter-

1 M?r de Rosalie était fils de Hugues de Lyonne devenu ministre des affaires étrangères en 1661, après la mort de Mazarin qui l’avait désigné au roi comme le plus capable d'occuper cette place importante. Il n’était encore qu’ambassadeur à Rome lorsque son fils Artus y vint au monde en 1655. La Biographie universelle parle ainsi de ce dernier : . Destiné à la carrière des » armes, il fut fait chevalier de Malte; mais une passion malheureuse lui

* inspira tout-à-coup une telle aversion pour le inonde, qu’il n'hésita pas à y » renoncer. U se tint caché pendant quelque temps dans une maison religieuse, » d’où il fit connaître à son père sa résolution d’embrasser l étal ecclésiastique. » Il fut pourvu de l’abbaye de Fécamp; mais après l’avoir résignée à Jules de » Lyonne, son frère, il partit pour les missions de l’Orient, où il se distingua

* par son zèle pour les progrès de la foi. » — Biographie unie. t. XXIV, pp.

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ribles malheurs. Dans cette conjoncture, les missionnaires de la Compagnie de Jésus, alarmés justement pour leurs ouailles, mirent tout en œuvre afin de détourner ce danger, et ils eurent le bonheur de réussir au-delà même de leurs espérances. Non - seulement l’empereur fit cesser les , vexations dont on se plaignait ; mais afin d’en rendre désormais le retour impossible, il fit présenter au tribunal des rites une proposition sur l’opportunité de donner la liberté de religion aux chrétiens. Malgré les oppositions et les préjugés nationaux, ce tribunal rendit une sentence dont nous ne pouvons nous dispenser de rapporter ici le contenu. Le Père Le Gobien le donne ainsi dans son histoire de ce célèbre édit : « Moy, vostre sujet Coupatat, premier Presi- » dent de la Cour souveraine des Rites , et Chef de plusieurs » autres Tribunaux ; je présente avec respect cette requeste à * Vostre Majesté , pour obéir à ses ordres avec soùmission :

» Nous avons délibéré, moy et mes Assesseurs, sur l’affaire » qu’elle nous a communiquée, et nous avons trouvé que ces » Européens ont traversé de vastes mers, et sont venus des » extrémitez de la terre attirez par vostre haute sagesse, et » par cette incomparable vertu qui charme tous les peuples » et qui les tient dans le devoir. Ils ont présentement l'Inten- ■ dance de l’Astronomie et du Tribunal de Mathématiques.

» Ils se sont appliquez avec beaucoup de soin à faire faire » des machines de guerre et à faire fondre des canons, dont » on s’est servi dans les dernières guerres civiles. Quand on » les a envoyez à Nipchou 1 avec nos ambassadeurs pour y » traiter de la paix avec les Moscovites, ils ont trouvé moyen » de faire réussir cette négociation : enfin ils ont rendu de » grands services à l’Empire. On n’a jamais accusé les Euro*

» péens qui sont dans les Provinces d’avoir fait aucun mal,

» ni d’avoir commis aucun desordre : La doctrine qu’ils en-

1 le tribunal parie ici de la négociation avec les Russes dont les conquêtes s’étaient alors étendues jusqu'aux frontières de la Chine, avant que l'Europe ait eu seulement connaissance de cette entreprise.

» soignent n est point mauvaise ni capable de séduire le peu- » pie et de causer des troubles. L'on permet à tout le monde » d’aller dans les Temples des Lamas, des Hochans, des Taos- » sè; et l’on défend d’aller dans les Eglises des Européens » qui ne font rien de contraire aux loix; cela ne paroist pas » raisonnable. Il faut doue laisser toutes les Eglises de l’Em- » pire dans l’estât où elles estoient auparavant, et permettre » à tout le monde d’y aller adorer Dieu, sans inquiéter doré- » navant personne sur cela : Nous attendons l'ordre de Vostre » Majesté, pour faire exécuter cet Arrest dans toute l’étendue » de l'Empire. Fait par les officiers en Corps, le troisième * jour de la seconde lune de la trente-uniéme année du régné » de Cam-hi, c’est-à-dire, le vingtième de may de t année mil « six cens quatre vingt- douze \ » Deux jours après, l’empereur ayant donné son approbation ù cette sentence, la rendit par là même obligatoire dans tout l’empire. Malheureusement les divisions qui survinrent entre les missionnaires, jointes à d’autres causes qu’on ne pouvait pas alors prévoir, détruisirent en peu de temps les espérances si consolantes dont cet édit devenait le fondement et la source. Nous eu avons rapporté ici le texte d’autant plus volontiers que l’avenir semble promettre pour les affaires de la religion en Chine un changement présagé par les graves événements politiques dont cet empire est maintenant le théâtre *.

* Hist. de l'Edit, etc. par le P. Le Goaix», p. 183.

* La guerre de» Anglais avec la Chine est de nature à faire comprendre à cette puissance la supériorité des Européens, et peut conséquemment exercer la plus grande influence sur la nouvelle marche du gouvernement chinois par rapport à l’Europe. Malheureusement l’influence des missionnaires catholiques à Pê-king est nulle maintenant, tandis que la crainte des Anglais a beaucoup augmenté ceHe de la Russie. Fidèle à sa lente et constante politique, cette redoutable ennemie du catholicisme cherche à exercer sur la Chine le protectorat religieux et politique qu’elle voudrait étendre à tout l’Orient ; on dit même que, sur un simple soupçon de dispositions favorables aux catholiques, un archimandrite placé à la tète de l’église russe de Pè-king a été récemment rappelé par le cabinet de Saint-Pétersbourg.

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