SUITES DE LA VEUSÉCUTION
11 nous reste maintenant à revenir sur les suites de l’arrestation de M. Gléyo et sur la persécution dont elle fut cause à l’époque où elle avait eu lieu. Dans le temps où l’on s’était emparé de lui, Msf d’Agathopolis et M. Alary avaient egalement failli tomber entre les mains des satellites ; M. Falconnet se réfugia dans le creux d’un rocher, après quoi ils se retirèrent tous les trois dans une autre caverne qu’il fallut encore quitter la nuit suivante. A cette occasion, Msr d’Agathopolis fit uue chute qui aurait dit lui causer la mort
mais qui n’eut cependant aucune suite grave. Le danger devenant de plus eu plus pressant, M. Falconnet qui était malade se retira dans une maison isolée, tandis que Msr d’Agathopolis et M. Alary fuyaient dans la province du Chensi, voisine du théâtre de la persécution. Il y avait un double buta ce voyage qui faisait éviter les poursuitesdes mandarins élu Sse-tchouan et procurait au prélat le moyen de se faire sacrer par l’évèque italien de ce vicariat.
Pendant ce temps, la persécution du Sse-tcbouan augmentait et se répandait de proche en proche, en sorte que dans le courant de l’année 1 769, un assez grand nombre de chrétiens furent emprisonnés, mis à la cangue et subirent divers autres genres de supplices. La plupart supportèrent toutes ces épreuves avec courage, mais d’autres moins fidèles eurent la faiblesse d’apostasier pour échapper aux tourments qui les menaçaient. La persécution apaisée dans un canton commença dans un autre l’année suivante. En 1772, elle éclata plus violemment encore dans le Kouei-tcheou et le contre-coup s’en fit ressentir dans la partie orientale du Sse-tchouan. Les mandarins de cette dernière province, beaucoup moins acharnés contre la religion que ceux du Kouei-tcheou, sauvèrent cette fois les chrétiens des plus grands malheurs en déclarant à l’empereur que leur doctrine n’avait rien de contraire au bien de l’état, ce qui n’empêcha pas la publication d’un édit de persécution dans la Koueitcheou; mais au moins l’effet en fut par là sensiblement atténué.
Les choses demeurèrent à peu près dans le même état en 1773. Le premier jour des Rogations de l'année suivante, M. Moye, chargé alors de tout le Kouei-tcheou et d’une partie du Ssc-tcbonan, fut arrêté au moment où il était sur le point de célébrer la sainte messe : « J’avoue ma faiblesse, » dit-il, dans une de ses lettres : je tremblois de tous mes « membres, quoique, selon l’esprit, je fusse résigné à tout'. »
1 Nouv Lclt. edif. !. I, p. 181.
î,cs chrétiens voulant ensuite le racheter, il les en dissuada : « Je me mis à genoux, continue-t-il, pour demander à Dieu » que tout s’arrangeât selon sa sainte volonté, et pour lui » offrir le sacrifice de ma vie'. » Cet acte de résignation une fois accompli, M. Moye fut rempli d une force inébranlable qui le soutint jusqu’à la fin de son épreuve. Conduit à la ville voisine avec un écolier qui l’accompagnait et un chrétien qui l’avait reçu , ils furent tous interrogés par le mandarin et frappés par ses ordres, après quoi on les fit enchaîner et conduire en prison ; l’écolier surtout fut traité si cruellement que sa vie fût en danger. M. Moye, interrogé de nouveau quelques jours après, fut reconduit cette fois en prison sans avoir été maltraité. La veille de la Pentecôte on les fit tous comparaître devant le mandarin qui se contenta de faire donner vingt coups de bâton au chrétien , puis il leur fit ôter leurs chaînes et renvoyer hors de la province.
Eu 1775, quelques chrétiens du Sse-tchouan ayant empêché quelques païens d’assister à des fuuérailles qui se faisaient avec toute la pompe de l’Église, ces derniers , outrés d’une réponse outrageante que leur fit un catéchiste à cette occasion , portèrent plainte contre les chrétiens. Le mandarin du lieu en fit saisir et frapper un assez grand nombre, après quoi on les mit en liberté. Jusque là le mal était peu de chose, mais cet événement eut des suites vraiment funestes. Il devint l'occasion de la publication d’une nouvelle ordonnance, par laquelle le gouverneur de la province prescrivait aux chrétiens, sous les plus graves peines, de livrer avant un mois les livres et autres objets de religion; heureusement cette ordonnance ne fut pas exécutée. Au mois de juillet de la même année, M. Moye fut sur le point d’ètre massacré par des païens qui s’étaient saisi de lui de leur propre autorité. Malgré l’emportement avec lequel ils le traitèrent d'abord, ils s’adoucirent peu à peu et
Loc. i’if.
ie laissèrent aller. Bientôt après ce zclc missionnaire avait la consolation de rentrer dans sa mission du Kouei-tcheou, qu'il ne pouvait consentir à laisser sans pasteur. Avant d’y arriver, il faillit être pris par les satellites, et en y entrant il fut sauvé d'une manière inespérée d’un éboulement de rochers qui se fit sur une route au moment où il y passait. Deux fois encore, vers le même temps, il fut entouré par les païens, pris de nouveau et relâché par une protection toute spéciale de la Providence qui veillait sur lui. Divers chrétiens, qui avaient déjà souffert la persécution, furent aussi emprisonnés de nouveau, et mis en liberté par suite de l’arrivée du P. Da Rocha dont nous avons parlé.