DU YUN-NAN. — NOUVELLES PERSÉCUTIONS
En 1776, Mgr d’Agathopolis avait conçu et exécuté le projet de fonder, dans la mission, une maison destinée à servir d’hôpital pour les lépreux, en même temps que de retraite pour les missionnaires et de dépôt pour les livres de religion. L’établissement fit beaucoup de bien dans les commencements, mais ensuite il eut des résultats moins avantageux , et dans le courant de 1 780 , le manque de ressources contraignit à l’abandonner tout-à-fait. L’année 1778 fut agitée, comme la précédente, de persécutions locales, qu’on craignit de voir s’étendre à toute la province; mais le calme se rétablit et on en fut quitte pour quelques mauvais traitements faits aux chrétiens. En 1779, M. Gléyo courut plusieurs fois risque d’être arrêté de nouveau par les païens, et il dut son salut à la fermeté des chrétiens qui l’accompagnaient. Dieu le récompensa aussi de ses souffrances et de sou zèle, en faisant fructifier d’une manière remarquable
ses travaux dans le Yun-nàn , où de nouvelles chrétientés se formaient par ses soins en 1780 et 1781.
Dans le même temps, M. Mo je s’employait activement à soutenir une œuvre qui produisit et produit encore des fruits abondants de salut pour les :\mes. Je veux parler du baptême des enfants de païens en danger de mort. On instruit pour cela des femmes chrétiennes qui s’introduisent dans les maisons d'infidèles où elles connaissent quelque enfant dangereusement malade; là, sous prétexte de leur administrer un remède des plus utiles dans leur position , elles font consentir facilement les parents à leur laisser conférer le baptême ou elles le font sans les en prévenir. Les personnes dévouées à cette œuvre, nommée à si juste titre l’œuvre angélique, ont jusqu’à présent ouvert chaque année le ciel à des milliers d’àmes régénérées ainsi dans le sang du Sauveur. On mandait dans les dernières lettres reçues du Sse-tchouan ' que le nombre des enfants ainsi baptisés dans le courant de l’année précédente était de dix-sept mille, morts en grande partie peu de temps après.
Un nouveau collège chinois fut aussi établi dans le Yunnàn, vers 1780, pour suppléer autant que possible au collège général , dont l’éloignement rendait l’envoi des élèves extrêmement coûteux et difficile. Dans le même temps , le Souverain Pontife, désirant faciliter autant que possible la formation du clergé indigène, qu'on ne perdait pas un instant de vue, accorda, poqr cet objet, une faculté bien importante. Il donna au vicaire apostolique le pouvoir d’ordonner prêtres des sujets sans qu’ils sussent le latin; seulement on exigeait qu’ils pussent lire, dans cette langue, les prières de la suinte messe. Par là, Rome montrait de nouveau l importance quelle attachait à la formation d’un clergé pris au milieu des peuples et plus capable que les Européens de se soustraire à la persécution.
En 1781 , il fallut encore endurer diverses vexations par-
t Nouvelles reçues en 1842.
ticulièrcs qui servirent à faire éclater davantage la bonté de Dieu et la constance des chrétiens , dont le nombre augmentait alors d’une manière vraiment satisfaisante. La vocation de trois nouveaux prêtres indigènes , promus cette même année au sacerdoce, offre des circonstances assez remarquables pour que nous croyions devoir les mentionner ici. Le premier était André Yang , qui avait souffert avec tant de courage lors de la persécution de M. Gléyo; le second, nommé Augustin Tcliou, avait été soldat et persécuteur des chrétiens, il avait lui-même enchaîné Jean-Baptiste Tsiang, le troisième prêtre de cette ordination , et il fut converti par les exemples et les leçons de M. Moye , alors prisonnier dans le Kouei-teheou. Sur la fin de 1781 , l’imprudence de quelques chrétiens, qui mutilèrent une idole placée sur un chemin public, exposa la mission de Yun-nàn aux plus grands dangers ; le collège fut supprimé et transporté dans le Ssetchouan après que les missionnaires et les écoliers eurent étc mis en fuite. L’année suivante, la persécution sembla devoir s’étendre sur tout l’empire ; un nouvel édit de l’empereur fut publié dans toutes les provinces, mais il ne fit pas le mal qu’on pouvait craindre. Quelques missions seulement s’eu ressentirent, entr’autres la partie orientale du Ssetchouan, où plusieurs chrétiens furent pris et maltraités plus ou moins cruellement, et où M. Moye fut encore sur le point de retomber entre les mains des ennemis de Dieu. Puis les choses se calmèrent un peu , et les mandarins euxmêmes, convaincus de la sainteté de notre religion par les exemples des chrétiens arrêtés en diverses provinces, eu rendirent quelquefois un témoignage public et montrèrent les meilleures dispositions de tolérance en faveur des prédicateurs de l’Évangile. C’est alors que M. de Saint-Martin , prêtre du diocèse de Paris, fut nommé coadjuteur de MKrd'Agathopolis, et sacré par lui sous le titre d’évêque de Caradre. Cette cérémonie eut lieu le dimanche dans l’octave du Saint- Sacrement 1784.
ORIGINE DE LA MISSION DE CORÉE. ARRIVEE DES LA- ZARISTES A PÈ-KING. — NOUVELLES PERSÉCUTIONS.
EMPRISONNEMENT DE MCR D’aGATHOPOLIS ET DE SES
MISSIONNAIRES
Cette année fut surtout mémorable par la conversion d’un jeune lettré coréen, venu à Pè-king avec l’ambassade de sa nation. Cet événement, dont nous ferons voir ailleurs les heureuses conséquences, eut pour principe le goût de ce jeune homme pour les sciences d’Europe. Les anciens jésuites, résidant à Pè-king, ayant profité de ces dispositions heureuses pour gagner sa confiance , joignirent des livres de religion aux ouvrages scientifiques qu’ils lui mettaient entre les mains, et le gagnèrent ainsi au christianisme. Le bien opéré par cette voie fut même beaucoup plus grand qu’on ne pouvait l’espérer, car non-seulement ce jeune homme embrassa notre sainte religion, mais de retour dans son pays, il devint le premier apôtre de sa nation. Son nom de famille était Ly, et if fut nommé Pierre au baptême.
Vers le milieu de la même année, la persécution se renouvela dans l’empire , à l’occasion de l’arrestation de quelques missionnaires de la Propagande, venus pour remplir en partie les vides faits par la destruction de la Compagnie de Jésus. Les mandarins de Kouang-long, responsables en quelque sorte aux yeux de l’empereur de l’introduction des étrangers dans la province confiée à leur garde, mirent la plus grande diligence à découvrir les chrétiens , coupables d’avoir favorisé l’entrée de ces missionnaires. Pierre Tsai, prêtre chinois delà Propagande, l’un de ceux qui avaient le plus contribué à faire réussir l’entreprise, se sauva de Kouang-tong à Macao , où il se réfugia dans la procure française. Les autorités chinoises ayant ensuite fait des perquisitions dans la ville pour ressaisir le fugitif, il fut obligé de se retirer au couvent des Augustins , moins suspect que notre procure. Les Portugais le prirent alors sous leur pro-
leclion, et les mandarins ayant insisté fortement pour en obtenir l’extradition , sur le refus qu’on leur en fit, ils se répandirent en menaces des plus violentes contre les Européens de la ville. Ils eu vinrent bientôt aux effets, et défendirent aux Chinois de porter aucunes provisions à Macao. Le gouverneur portugais montra dans cette circonstance la plus grande énergie, et parvint à maintenir l’ordre dans la ville, où l’on ne put d’abord découvrir Pierre Tsai, malgré la récompense énorme promise à celui qui indiquerait le lieu de sa retraite On en vint à bout par ruse, quelque temps après, mais sans résultat; car les Portugais, voyant le danger où se trouvait le prêtre réfugié, ainsi que d’autres chrétiens également compromis , les firent embarquer le I" décembre, sur une frégate qui partait pour Goa. Les mandarins, outrés de se voir ainsi déçus dans leur espérance, avaient fait marcher des troupes sur Macao; mais lorsqu’elles furent arrivées à moitié chemin elles reçurent contre-ordre, et le calme se rétablit.
Dans le temps même où l'empereur de la Chine persécutait ainsi les missionnaires dans les provinces , il les recevait avec honneur dans la capitale où le nouvel évêque , Mer Alexandre de Govéa, arrivait le 5 juillet 1784. 11 y fut bientôt suivi de MM. Raux et Ghislain, et d’un frère horloger de la congrégation de Saint-Lazare, envoyés eu Chine par le Souverain Pontife et par la cour de France. Ces missionnaires allaient à Pè-king pour y perpétuer l’établissement des jésuites français dout l importance était alors vivement sentie. Dans le courant de 1785, la persécution redoubla dans tout l’empire, et M. Descou vrièr es, procureur de uotre Congrégation à Macao , ayant été accusé de recéler des chrétiens fugitifs, fut obligé de quitter la ville au mois de janvier 1786. Pendant la même persécution, Msr de Caradre , dénoncé par un chrétien mis à la question,
1 Coite récompense fut portée jusqu'à la somme de 24,000 l'r. de notre monnaie.
tomba entre les mains des mandarins acharnés à sa poursuite; le jour même, on le fit conduire à la cnphale. Cette arrestation contraria beaucoup les mandarins qui avaient dirigé les recherches , parce qu’ils avaient écrit précédemment à l’empereur pour l’informer qu’il ne se trouvait plus d Européens au Sse-tchoaan. Quelques chrétiens furent appliqués alors à une rude question et l'un d’entr’eux, vaincu par les tourments, dénonça MM. Devant et Delpon; ces deux généreux confesseurs se livrèrent eux-mèmes peu de temps après sur une invitation de Msr de Caradre. Ce prélat les avait engagés à le faire pour épargner aux chrétiens de leur district, des tourments inutiles. M. Dufresse en fit de même, et accompagna Ms de Caradre dans le voyage de Pêking. A près son arrestaticn, ce prélat avait été traité fort humainement par les mandarins entre les mains de qui il était tombé. On le conduisit ensuite à Ya-tcheou, premier tribunal où il devait être interrogé avant d'arriver à Pè-king; il y subit deux interrogatoires, fut mis aux fers et mené à Tching-tou. Le mandarin du lieu l’interrogea de nouveauté traitant avec bouté, et lui ôta ses chaînes. Il le fit partir ensuite avec M. Dufresse, et les deux confesseurs arrivèrent à Pê-king le 28 avril , après avoir été traités fort humainement pendant tout leur voyage. Ils y furent déposés dans la prison où se trouvaient déjà d’autres missionnaires, et un certain nombre de chrétiens arrêtés de même en haine de la foi. Malgré les égards des mandarins , le régime qu’ils eurent à y subir fut si péuible que sept d’entre eux moururent peu de temps après ’. De ce nombre se trouvaient MM. Devaut et Delpon, ainsi que les vicaires apostoliques du Chen-si et du Chan-si. Enfin l’empereur ratifia une seutence portant contre eux, la peine de détention perpétuelle pour les Européens et l’exil aussi à perpétuité à l’égard des indigènes.
1 Les chrétiens croient qu’ils furent empoisonnés secrètement.
Cependant les anciens jésuites et les lazaristes admis au palais de l’empereur, faisaient tous leurs efforts pour adoucir la position des confesseurs et pour procurer leur élargissement. Tout fut inutile pendantlong-temps , et l’empereur leur répondait qu’en les condamnant à une prison perpétuelle, on leur faisait une grande grâce , attendu qu’ils méritaient la mort; mais enfin ils parvinrent à force d’argent à obtenir des gardes qu’on leur fit au moins passer les secours dont ils avaient besoin ' ; ils firent aussi enterrer avec honneur les corps des confesseurs morts dans les fers, et leur élevèrent à leurs frais un tombeau commun. Enfin,' le 10 novembre 1785, au moment où Ton s’y attendait le moins, les missionnaires sortirent de prison en vertu d’un édit rendu par l’empereur. On leur permettait de rester attachés aux églises de Pê-king ou de retourner à Macao , selon qu’ils le jugeraient convenable. Msr deCaradre et M. Dufresse prirent le dernier parti, décidés à revenir ensuite dans leur mission, malgré la peine de mort à laquelle ils devaient s’attendre s’ils étaient repris plus tard. Des dix autres missionnaires enfermés en même temps qu’eux dans les prisons, sept se déterminèrent aussi à aller à Macao. En conséquence , le 11 décembre suivant, ils se mirent en route pour Kouang-tong , escortés de deux mandarins et de dix-huit soldats. Ils arrivèrent à Kouang-tong, le 11 février 1786, après avoir éprouvé de grandes fatigues dans le voyage. Ils y reçurent un très-bon accueil d’un ancien jésuite, le P. de Grammont, à qui l’empereur avait permis de s’y retirer Tannée précédente pour y rétablir sa santé, et qui leur fut très-utile par ses bons offices. Le 30 mars, Msr de Caradre et M. Dufresse s’embarquèrent sur un navire espagnol faisant voile pour Manille. Ils y furent reçus avec de grands honneurs, et le capitaine qui les avait con-
* Les missionnaire» de Péaiug dépensèrent plus de 20,000 fr. à celte occasion .
duils fit accompagner Msr de Caradre d’une salve d’artillerie, au moment où le prélat quittait le navire. Les missionnaires y séjournèrent pendant près de deux ans, en attendant le moment d’aller exposer de nouveau leur vie pour Jésus- Christ. Pendant ce temps, Pie VI adressa à M«r d’Agathopolis et à son vénérable coadjuteur un bref de félicitation pour les confesseurs échappés à tant de dangers, ou supportant encore les tourments de l'exil'.
Cependant l'intention bien prononcée de MP de Caradre et de M. Dufresse , décidés l’un et l’autre à retourner le plus tôt possible dans leur mission, excitait de véritables inquiétudes parmi les négociants et les autorités de Manille. En conséquence, sans toutefois user envers eux d'aucun mauvais procédé, on leur fit comprendre qu’on désirait vivement les voir profiter du départ de deux frégates françaises pour se retirer dans nos colonies. Ce fut là précisément le moyen dont la divine Providence se servit pour les transporter de nouveau dans cette mission où ils désiraient si ardemment achever leur sacrifice. Ils mirent à la voile le 14 décembre 1787 , et dix jours après ils arrivèrent à Macao*.
TROUBLES AU SUJET DES CÉRÉMONIES SUPERSTITIEUSES. — RENTRÉE DE MCR D AGATHOPOLIS ET DE M. DUFRESSE AU SSE-TCHOUAH.
L’exécution des décrets du Saint-Siège, par rapport aux
1 La mission du Sse-lchouan était alors administrée par un prêtre indigène revêtu de la qualité de pro-vicaire, qui s'acquitta de ses fonctions avec une intelligence supérieure.
» Quelques jours après, on reçut à la procure de nos missions les officiers de l’expédition scientifique de La Pérouse ; car alors, comme de nos jours, les chefs les plus distingués de notre glorieuse marine militaire se plaisaient à s’asseoir à la table des missionnaires. Alors, comme aujourd’hui, ils nous aimaient, parce que dans ces âmes généreuses il y a de l’écho pour tout ce qui parle de courage et de dévouement.
cérémonies chinoises, excita quelques troubles passagers parmi les chrétiens de Pê-king en 1 786. M«r de Govéa, instruit qu’on ne se conformait pas assez exactement aux ordonnances pontificales dans quelques chrétientés de son diocèse, eu renouvela la publication dans toutes les églises de Pè-king. « Les chrétiens des églises septentrionale et » occidentale l'écoutèrent en silence; mais dans l’église mé- » ridionale, qui est la cathédrale, il y eut beaucoup de tu- » multe. Un catéchiste eut l’audace de se lever et de dire » à haute voix : Chrétiens , n’en croyez rien, le Koteou 1 n’est » pas superstitieux. Les chrétiens vinrent ensuite trouver » l’évèque, comme pour le contraindre de révoquer son » mandement ; mais il tint ferme , et suspendit des sacre- » mens le chef de la sédition. L’orage passé , tous les chré- » tiens se tinrent tranquilles, excepté quelques mandarins » et quelques néophytes de la famille impériale qui conti- » nuèrent à soutenir que la cérémonie n’étoit point super- •» stitieuse *. » La fermeté de MRr de Govéa ne se démentit point en face de cette puissante opposition ; en effet , dans le courant de la même année, s’étant aperçu que son premier mandement n’était pas fidèlement exécuté partout, il en publia un second le 22 décembre suivant. Le jour de Noël, prêchant dans sa cathédrale, il revint encore sur cette question , et déclara, de la manière la plus formelle , qu’il exigeait de tous une soumission sans réserve aux décrets du Saint-Siège. Ce sermon devint l’occasion d’un nouveau soulèvement contre le prélat; il fut insulté et menacé par quelques chrétiens (qui parlaient même d’en venir aux plus grands excès à son égard* « Plein de joie de souffrir pour » le nom de Jésus-Christ : Je ne me mets point en peine, » écrivoit-il , de mon honneur ni de mon repos, pourvu que « V Évangile de Jésus-Christ soit prêché, et que sa religion
■ « Salutation que les Chinois font devant les cercueils en se mettant à ge- » nom, et frappant la terre de la tête. ■ — Nouv. Letl. érlif.t. II, p. 419.
» Iæc. cit.
» soit annoneée dans louis sa pureté au peuple sommis à mes » soins ; j espire qu'enfin je jouirai delà paix. » Cependant les esprits s’apaisèrent peu à peu et le calme se rétablit. Le plus fâcheux était que ce trouble avait été excité par des personnes dont il était naturel d'attendre appui et soumission, au lieu d’une opposition aussi dangereuse que coupable. Du reste, les chrétiens jouissaient alors d’une paix assez profonde , et à part quelques vexations particulières auxquelles ou est toujours exposé dans ce pays, on pouvait y continuer l’œuvre du Seigneur suus avoir à souffrir beaucoup pour son nom.
L’espérance fondée qu’un pareil état de choses donuait aux missionnaires revenus à Macao , leur faisait désirer, plus vivement que jamais, de pouvoir rentrer au Ssetchouan qu’ils savaient bien dépourvu de prêtres. Comme le passage par Kouang-tong était devenu extrêmement difficile pour eux, ils avaient tenté de s’ouvrir une voie par le Fo-kien , et ils espéraient y réussir, lorsqu’une révolte de l’ile de Tay-ouan vint leur fermer entièrement ce passage. £nfin, après avoir rencontré plusieurs difficultés insurmontables pendant un temps, M*r de Caradre et M. Dufresse, partis de Macao le 20 octobre 1788, arrivèrent heureusement dans leur mission le 14 janvier de l’année suivante. M. Dufresse exprimait ainsi, quelques jours avant son départ de Macao, les sentiments dont il était alors animé : « Ainsi, mou très-cher confrère, disait-il, lorsque vous re- » cevrez cette lettre, ou je serai dans ma mission et aurai •. repris les travaux du ministère, ou je serai dans les pri- » sons et les fers. Quoique la première position soit le prin- » cipal objet de mes vœux, je ne serai pas moins satisfait, ce » me semble, dans la seconde, la regardant comme un effet » de la volonté de Dieu, un moyen de satisfaire à sa justice » pour mes péchés passés, et un acheminement plus pro- » chaiu et plus sûr vers la vie éternelle1. »
1 Nouv. Le tl. édif. t. II, p. '*95.
Quelques persécutions particulières troublèrent un peu la paix des chrétiens du Sse-Tchouan en 1789; le mandarin de Soui-fou, leur ennemi juré, alla même jusqu'à inventer pour eux un genre de supplice tellement ignominieux, qu’on a peine à le concevoir. Il faisait manger des excréments humains aux chrétiens cités injustement à sou tribunal par les infidèles, et par ce moyen il était parvenu à inspirer à ceux-ci une telle horreur du christianisme, qu'il n’était pas possible d’en convertir alors un seul dans toute l’étendue de son district. Mais cette épreuve passa comme les autres, et les conversions se firent ensuite plus nombreuses qu’aucune des années précédentes. Il y eut aussi quelques persécutions locales en 1790; mais elles n’eurent guère d’autre résultat que de faire admirer davantage la constance des chrétiens.
La mission du Fo-kieu n’offrit rien de bien remarquable pendant tout cet espace de temps. M. Chaumont qui administra le district d’Hing-hoa pendant plusieurs années, attribuait au manque d’ouvriers le peu de progrès que la foi faisait alors dans la province. Il y fut remplacé en 1792 par ]ff. Lolivier qui quitta cette mission en 1807, pour aller prendre la direction du nouveau collège de Pulo-Pinang. Depuis ce temps l’administration fut confiée à un prêtre chinois jusqu’au moment où M. Bohety fut envoyé dans ces derniers temps; ensuite elle fut remise définitivement aux Dominicains de la province1.
1 Nouv. Lelt. édif. t. I, Int. p. v, pp. 33 et suiv.; t. II, pp. 2 et suiv. — Lett. édif. t. XIII, pp. 37 1 et suiv. 381 et suiv. — Mém. de Picot, t. III, p, 49. — M. Henrion, t. XI, pp. 243, 509. — Ext. des nouv. des miss, des Indes Orient. 1785, pp. 21 et suiv. — Nouv. des miss, orient. 1787, première part. pp. 1 67 et suiv. ; deuxième part. pp. 4 et suiv. — Nouv. des miss, orient. 1789, première part. Préf. p. xxv, pp. 1, 75, 131, 139, 147, 161, 186; deuxième part. pp. 1, 27, 29,31. — Nouvelles des missions orientales Reçues au sémiuaire des Missions-Étrangères à Paris, en 1782, 1791, 1792. Ia-12, Liège, F. Lcinarié, 1794, pp. 13 et suiv.