TION DE LA FOI. — INFLUENCE DE CETTE OEUVRE APOS- TOLIQUE
Tel était l'état de la mission du Sse-trhouau , encore si dépourvue de prêtres et toujours agitée par la persécution. Au moment où cette tempête s’éleva contre l’Église de Dieu, il y avait dans les trois provinces soixante mille chrétiens, deux évêques français, ving-sept prêtres chinois,
un collège, des écoles et un grand nombre de religieuses- le college fut détruit, les évêques et douze prêtres indigènes moururent ; les écoles furent dispersées et le nombre des chrétiens fut bien diminué par la mort, l’exil ou l’apostasie. L’espoir cependant commençait à renaître par suite de l’arrivée de de Maxula ; mais cette espérance était plutôt encore une garantie contre la destruction complète du christianisme qu’une véritable assurance de progrès. Le petit nombre d'ouvriers occupés à réparer d’aussi; grandes pertes et le manque de ressources dans lequel on se trouvait, empêchaient de se livrer encore à cette confiance qu’on put concevoir bientôt après, lorsque l’œuvre de la
Propagation de la Foi commença le cours de ses glorieux succès.
Les autres missions confiées à notre maison, bien qu’elles fussent alors exemptes de la sanglante épreuve à laquelle se trouvait soumise celle du Sse-tchouan, u’en éprouvaient pas pour cela de moindres besoins. Celle de Siam était réduite au seul vicaire apostolique chargé d’années et d’infirmités et secondé seulement par quelques prêtres du pays. Le Tongking occidental, où 1 on comptait alors deux cent mille chrétiens, trois collèges et environ quarante maisons de religieuses, n’avait pour celte vaste administration qu’un seul éiêque et quatre autres missionnaires européens. Quatrevingt-dix prêtres tong-kinois se partageaient, il est vrai, une partie des districts formés dans les chrétientés ; mais tout cela était peu de chose comparativement aux besoins des chrétiens et à la nécessité de répandre la connaissance de . 1 Évangile parmi les infidèles. La Cochinchine avait environ soixante mille chrétiens desservis par vingt prêtres indigènes, trois jeunes missionnaires français et le vicaire apostolique, âgé alors de quatre-vingts ans. On y voyait aussi deux collèges et plusieurs maisons de religieuses. Enfin , pour soutenir les cinquante mille chrétiens dispersés dans plusieurs royaumes de la presqu’île malabare la mission de
Pondichéry n’avait que son évêque avec six missionnaires français et autant d'indigènes
En présence de pareils besoins, la charité chrétienne semblait n’avoir plus qu’à gémir de son impuissance et à lever les mains et les yeux vers cette sainte montagne d'où pouvait lui venir quelque secours. Dieu seul était assez puissant pour créer des ressources suffisantes à cette œuvre épuisée par les malheurs des temps. C’est ce qu’il fit en effet par une création inespérée qui surgit tout à-coup dans r Église de France. Nous venons de la nommer il n’y a qu'un instant, la catholique Association de la Propagation de la Foi avait paru. Bien faible d'abord, elle devint en peu d’années l’espérance et la gloire de l’Église, et bientôt, grâces au secours de ses prières et de ses aumônes, nos missions reprirent une marche de plusen plus consolante. Dès-lors une nouvelle époque s'est ouverte devant nous, époque de progrès et d’espérance, qui nous dévoile dans l’avenir des jours plus heureux encore, où la foi chrétienne finira par se fixer irrévocablement chez tant de peuples, au moyen des évêques et des prêtres sortis de leur sein ; jours glorieux d’un triomphe magnifique que nous ap-
' Nouv. Letl. édif. t. III, pp. I et sniv. 20, 33, 37, 45, 81, 79, 89, 113, 125, 144, 161, 194, 207, 220, 228, 242, 244, 247, 205, 270, 288, 338,
344, 353, 375, 391, 428, 435, 456, 458, 469, 473, 478, 482; t. IV, pp.
472, 533, 551 ; t. V, pp. 1, 14, 19, 38, 52, 54, 59, 61, 84, 87, 93, 107, 117, 126, 132, 135, 150, 160, 162, 175, 181, 194, 198, 208, 217, 225, 231, 236, 246, 594. — Précis des nouvelles reçues des Missions de Chine et des royaumes voisins, en 1819. Broc, in-8, pp. 1 et suiv. — Précis, etc., en 1820 et 1821 , pp. 3 et suiv. — Précis, etc., en 1822, pp. 10 et suiv. — Srno dm vicariatm Sutchuensit habita in distrietu civitatis Tcong-king-tcheou , anno 1803. Diebus stcunda, quinta et nona septembres. In-8, Rome, Imprimerie de la Propagande, 1822, pp. 1, 10, 20, 23, 34, 47, 85, 91,97, 108, 133, 138,
144, 154. Appendice ad synodum vicariatm Sutchuensis habitant, an. 1803.
In-8, Rome, Imprimerie de la Propagande, pp. 1,38. — Notes liist. p. 74. — Nouv. des Miss, orient. 1782, 1791, 1792, pp. 49, 93, 128, 171. — Nouv. des Miss, orient. 1793.... 1796, pp. 199 et suiv. — Estralo dette lettere, etc. 1. 1, pp. 1 et suiv. — Ann. de la Prop, de la Foi, 1. 1, numéro i, pp. 1 2 et suiv. numéro iv, pp. 17, 19, 27, 28, 45, 48, 61 ; numéro vr, pp. 3 el suiv.
pelons de tous nos vœux, et que Notre Seigneur réserve peutêlre pour la consolation des derniers instants qui nous séparent des joies et des splendeurs ineffables de l’éternité. Vénérables Églises ! si long-temps comprimées dans votre développement par la haine des persécuteurs, quand donc nous sera-t-il donné de vous voir marcher librement et à la face du soleil, sous la conduite de pasteurs enfantés sur votre sol et parlant à vos enfants la langue de leurs mères? Qu’il soit béni le jour où l’on dira que nos frères ont retiré leur tente de vos rivages, devenus chrétiens, pour les porter sur d’autres terres où la croix de Jésus est encore proscrite ! Qu’il soit béni celui de nos prélats qui aura ainsi déposé son bâton pastoral entre les mains d'un évêque né dans vos contrées ! Qu’ils soient bénis les premiers de nos missionnaires qui auront quitté leurs chrétientés, devenues Églises, pour aller porter à d’autres la bonne nouvelle, devenue désormais la commune consolation de leurs premiers enfants ' Oh ! si notre regard mourant s’éteignait à la vue de tant de merveilles, si notre tête affaiblie s’inclinait une fois seulement sous la bénédiction d’un évêque sorti du clergé indigène de nos missions , bien volontiers, mon Dieu, nous renoncerions dès aujourd’hui au bonheur de verser un jour notre sang pour vous ! Sainte Église de Jésus-Christ ! quand donc viendront pour toi ces jours d’allégresse que l’avenir te réserve, mais que nos yeux ne verront peut-être jamais ? Ames saintes, à qui la cause de Jésus-Christ est chère, âmes aimées de Dieu, appelez par vos prières et par vos bonnes œuvres ces jours bénits que nous désirons et qui doivent enfin briller pour toutes les nations de la terre !
La mission de Chine, rassurée contre les craintes passées par la présence de deux évêques capables d’y perpétuer notre divin sacerdoce, voyait la persécution se calmer peu à peu sans toutefois qu elle cessât entièrement. Un prêtre chinois, nommé Lieou, ayant été arrêté en 1821, fut étranglé deux ans après ; et dans le commencement de 1824 une
conspiration , tramée par les païens , devint le prétexte de nouvelles vexations contre les chrétiens innocents. Plusieurs d’entre ces derniers furent cruellement maltraités à cette occasion, et quelques-uns même condamnés à l'exil perpétuel en Tartarie. M**- de Sinite et M. Escodéca, surpris l’un et l’autre par les satellites ainsi que plusieurs chrétiens, furent rachetés à prix d’argent et mis en liberté. D’un autre côté on parvint à rassembler une douzaine de jeunes Chinois pour former de nouveau le collège, à la tète duquel on mit un prêtre indigène, chargé de l'instruction des élèves, sous la conduite de Msrde Maxula. Ce collège cependant courait sans cesse risque d’être détruit d’un instant à l'antre; aussi prenait-on les plus grands soins pour faire prospérer le séminaire central de Pulo-Pinang, malgré les inconvénients attachés à la position de cet établissement , si éloigné du Sse-tchouan. Du reste, les chrétiens avaient en général assez de liberté pour suivre leur religion , seulement ils se trouvaient parfois exposés à des persécutions locales plus ou moins fâcheuses , selon les dispositions des mandarins. Dans le courant de 1828, Laurent Tang, jeune prêtre élevé au collège de Pinang, fut arrêté dans le Yunnàn , mis en prison et interrogé plusieurs fois sur la religion , et ensuite relâché l’année suivante. Des projets de révolte des Tsing-lièn-kiao, exposèrent aussi quelques chrétiens à des vexations auxquelles , plusieurs d’entr'eux n’eurent pas la force de résister. D’autres plus courageux soutinrent avec une grande constance les épreuves auxquelles ils furent soumis. Un d'eutre ces derniers surtout montra dans les souffrances une générosité peu ordinaire. Il avait été précédemment condamné à porter la cangue à perpétuité, lorsqu’ayant été appelé de nouveau devant le mandarin, avec son fils qu’on voulai* faire apostasier, il encourageait celui-ci par des paroles dignes des plus héroïques confesseurs de l’Église : « Laisse-toi frapper, Simon, disaitil à ce jeune homme, s’il te fait mourir, tu iras droit au
» ciel. » Puis, il fut battu de verges lui-rnème , et enfermé dans une cage où il ne pouvait se teuir ni debout ni assis. Tout le temps qu’il y demeura , il fut conduit chaque jour devant le mandarin qui le sollicitait à l’apostasie , lui promettant sa liberté à cette condition ; mais le généreux chrétien la refasa constamment ; il profita même de sa position pour prêcher hardiment la foi à tous ceux qui l’entouraient dans le prétoire. Enfin le mandarin, effrayé par des revers auxquels il était difficile de ne pas reconnaître des marques de la vengeance divine , le fit sortir de sa cage et le renvoya en prison sans lui remettre la cangue. Trois autres chrétiens furent aussi emprisonnés eu 1829 et conduits devant les mandarins qui ne les firent cependant pas maltraiter. L’un d’entr’eux, nommé Joseph Tchin , tomba malade et mourut dans les fers. Il avait résisté avec le plus grand courage aux sollicitations de sa mère païenne et de ses parents, qui voulaient donner en son nom le billet d’apostasie. Les autres furent relâchés deux mois après. Pendant ce temps, M. Bohet, prêtre du diocèse de Clermont, se rendait au Fo-kien pour y soutenir la chrétienté d’Hing-hoa dont le soin était encore confié à notre maison.