MISSIONS DE SIAM
Monseigneur,
Après vous avoir rapporté ce qui concerne les missions de la Chine, je vais passer à celle de Siam dont l’importance a été fort considérable au commencement de notre institution et qui offre encore aujourd’hui le plus grand intérêt. C’est là, en effet, qu’après avoir quitté la France, nos premiers vicaires apostoliques ont commencé l’exercice de leur glorieux ministère; c’est là qu’ils ont réuni et formé les premiers sujets destinés à devenir les prémices du clergé indigène; qu’ils ont élevé leur premier séminaire et arrêté des règles pour servir de base à leur conduite particulière ; c’est de là enfin que, pendant long-temps, ils ont dirigé l’ensemble de toutes les autres missions. Plus tard il est vrai cette mission a perdu beaucoup de son importance pour nous; le collège ruiné par les guerres a été transporté sur un rivage plus tranquille, et le centre d’action s’est divisé
entre chaque mission particulière. Aujourd'hui cependant que la paix est revenue sur cette terre affligée , la création d'un nouveau vicariat apostolique, le collège de Pinang, la liberté de prédication accordée aux missionnaires pour les nombreux étrangers fixés dans le royaume; la possibilité d'amener à la foi les peuplades sauvages des forêts ou des Iles voisines; l'établissement des Anglais à Mergui , à Pinang, à Syncapour et ailleurs; enfin la position géographique quelle occupe, feront toujours de cette mission une des plus intéressantes de toutes celles qui nous sont confiées.
Le collège de Pinang et ceux qu’on commence à former dans le royaume, donneront toujours en effet un puissant moyen d’action sur le clergé indigène; la présence du protestantisme à Syncapour devra fournir à nos missionnaires le moyen de contribuer au grand travail de réunion qui occupe maintenant l’Église toute entière; tandis que che* les généreux habitants des forêts , aussi bien qu’au milieu des anthropophages des îles , nous pourrons devenir un jour des instruments de régénération chrétienne pour ces pauvres peuples. Enfin nous trouverons dans le prosélytisme des Chinois répandus dans le royaume, un moyen de seconder les efforts tentés depuis si long-temps pour établir plus solide* ment la foi dans leur empire. Telles sont les ressources et les espérances offertes aux missionnaires de cette contrée; voici maintenant un exposé du bien opéré par leurs prédécesseurs et de celui qui leur reste à faire.
Au moment où les missionnaires français arrivèrent à Siam pour la première fois, ce royaume se trouvait dans les meilleures conjonctures pour y favoriser l’introduction du christianisme. Chaou-Naraye, récemment monté sur le trône, sentait l’avantage que ses sujets pouvaient recucillirdu commerce avec les Européens, et de l’introduction de nos arts et de nos sciences dans ses états; il cherchait en conséquence à y attirer les étrangers par les facilités qu'il leur donnait dans son royaume. 11 vit dans l'établissement de nos mis-
sionnaires, une occasion favorable pour arriver à son but, et il les encouragea par de grandes faveurs et des libéralités considérables que nous avons indiquées eu leur lieu. On crut d'abord que ces heureuses dispositions venaient d’un penchant secret à embrasser le christianisme; mais bien-1 tôt on s’aperçut que la politique en était l'unique mobile, puisqu’il accordait la même protection aux Maures de l’Inde. La fortune extraordinaire d’un favori étranger luimême à Siam favorisa encore l’établissement de nos missionnaires , et nous ne devons pas devoir passer ce grand événement sous silence, parce qu’il eut la plus grande influence sur les succès et les revers du christianisme dans ces contrées.