‹ Lettres à Mgr l'évêque de Langres, sur la Congrégation des Missions ÉtrangèresChapitre 30 sur 89 · ÉLÉVATION DE CONSTANTIN PHAULKON · texte numérisé non relu

ÉLÉVATION DE CONSTANTIN PHAULKON

Ce favori était Constantin Phaulkon, né vers l’an 1650, dans l’ile de Céphalonie, d’une famille fort obscure selon les historiens qui paraissent mieux instruits. Dans son enfance, il quitta son pays pour suivre un capitaine de navire anglais qui lui trouva de l’intelligence et le mit au fait du négoce. Le jeune l’hnulkon fit preuve d’une grande capacité dans les emplois qu'il occupa pour le compte de la Compagnie anglaise dans l’Inde, jusqu’à ccqu’il se sentit assez de force pour armer lui-même un navire. Scs premiers essais ne furent pas heureux , car il fit deux fois naufrage vers l’embouchure de la rivière de Siam et une fois sur la côte malabare. Tl perdit cette fois tout ce qu’il possédait, à l’exception de 2,000 écus qui devinrent pour lui la source de sa fortune. Le lendemain de son naufrage se trouvant sur le rivage, il y rencontra un ambassadeur envoyé en Perse par le roi de Siam et qu’un accident semblable avait réduit dans une position plus triste encore que celle où se trouvait Phaulkon. Comme

i! avait l'ilme généreuse et le cœur élevé , il vint noblement au secours de l’étranger plus malheureux que lui, il employa l’argent qui lui restait à acheter une barque et il prit avec lui la route de Siam. Pendant quelque temps Phaulkon y vécut des libéralités de M&r de Bérythe qui le reçut au séminaire, ensuite de quoi r l’ambassadeur si généreusement secouru par lui, fut à même de reconnaître cet éminent service. Ce mandarin le produisit à la cour, tellement que Phaulkon, présenté au premier ministre, gagna facilement sa confiance et bientôt toutes les affaires de l'état étaient entre ses mains. Ce ministre mourut et le roi voulut faire accepter cette charge à Phaulkon lui-même; mais prévoyant bien la jalousie que cette dignité exciterait contre lui , ce dernier la refusa tout eu s’y prenant de manière à retenir entre ses mains le pouvoir qu'il ne voulait pas exercer ostensiblement.

Tel est l’homme qui deviut entre les mains de la Providence, un instrument dont elle se servit pour le bien de la religion dans ces contrées '. Il n’oublia jamais ce qu'il avait reçu de nos missionnaires, et il ne cessa de les protéger jusqu'à sa chute, avec une magnificence vraiment royale. A l’époque dont nous parlons , il y était encore engagé par une raison politique de la plus haute importance. Louis XIV était alors au faite de la gloire, et nos missionnaires avaient répandu la renommée de ce grand nom dans tous les royaumes oh ils avaient péuétré. Outre cela, Phaulkon, instruit comme il l’était des dispositions du roi de Siam , releva encore à ses yeux les avantages d’un traité d’alliance avec la France et parvint facilement à le faire entrer daus ses vues. Dès lors nos missionnaires, aussi bien que la cour de Siam , songèrent sérieusement à réaliser au plus tôt ce projet important. De son côté, Phaulkon devenant ainsi le

1 Phaulkon, élevé dans la religion anglicane parles protecteurs de son enfance, quitta ensuite l’hérésie, et lit son abjuration le 2 mai 168 2 dans l’église des jésuites portugais de Siam.

bienfaiteur des Français, comptait trouver, pour le maintien de sa faveur auprès de son maître, uu appui dans notre puissance. Plus tard les nations rivales le lui reprochèrent , on lui en fit un crime parmi les Siamois , et nous verrons bientôt les suites funestes de ces haines jalouses.

Quoiqu’il en 6oit, les Hollaudais ayant, ainsi que nous l’avons vu déjà, saisi à Bautam les présents que Msr d’Héliopolis apportait au roi de Siam, ce prince les réclama fortement ; et les Hollandais, voulant diminuer aux yeux des Siamois l’idée qu’ils s’étaient faite de la magnificence française , conservèrent les plus précieux d’entre ces présents et renvoyèrent le reste. Cette ruse n’eut aucun succès. Le roi de Siam, indigné d’un procédé si déloyal, redoubla ses témoignages de bienveillance pour nos missionnaires et pour la religion chrétienne qu’ils enseignaient. Il alla même jusqu’à défendre à ses sujets de fréqueuter les pagodes , et à contribuer par ses libéralités à l'érection de plusieurs églises et du séminaire. Malheureusement le premier ministre, jaloux de l’autorité réelle que Phaulkon lui enlevait par sa faveur, arrêtait par ses intrigues, le mouvement des populations vers la foi étrangère confondue ainsi dans la haine d’un protecteur trop envié.

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