‹ Lettres à Mgr l'évêque de Langres, sur la Congrégation des Missions ÉtrangèresChapitre 34 sur 89 · NOUVEAUX RAVAGES DES BIRMANS. — ASSASSINAT · texte numérisé non relu

NOUVEAUX RAVAGES DES BIRMANS. — ASSASSINAT

DE M. RABEAU.

La mission de Siam ne demeura pas long-temps sans pasteurs, car MM. Garnault et Coudé firent avec succès , en 1781, une tentative pour y rentrer. Le 7 novembre, ils arrivèrent à Quédah ; ils y séjournèrent pendant quelque temps, après quoi M. Coudé se rendit à Jonk-sélam, où il apprit la mort de Phaià-tbàc. Ce prince avait été tué, le 7 avril 1782, dans une révolte excitée par les officiers de son palais. Malgré les maux qu’il avait causés aux chrétiens, ceux-ci s'armèrent seuls pour le défendre, et donnèrent ainsi une preuve éclatante de la sainteté d’une religion capable d’inspirer des sentiments d'une fidélité si héroïque. Ou ne leur rendit pas d’abord la juslice qu’ils méritaient, car les insurgés pillèrent leur camp et l’Eglise, mais ccs

vexations durèrent peu de temps. Le roi nouvellement élu s’empressa de leur exprimer le désir qu’il avait de voir rétablir les choses sur l’ancien pied, tant par rapport aux facilités accordées aux missionnaires , qu’à celles obtenues précédemment par les négociants étrangers , pour le commerce du pays.

Ces nouvelles déterminèrent M. Coudé à se rendre à Bangkok, où il demeura jusqu’à la fin de l’année 1784. Comme il avait été nommé évêque de Rhési et vicaire apostolique de Siam, après la mort de Msrde Métellopolis, il voulut se rendre à Quédah où l’attendait Mer deBéhaine, récemment sacré évêque d’Adran. Il devait y recevoir la consécration épiscopale des mains de ce prélat , mais il mourut en route le 8 janvier 1785. L’année suivante, M. Garnault, son compagnon de souffrances et de misères, fut appelé à lui succéder avec le titre d'évêque de Métellopolis

Dans le courant des années 179G et 1797, quelques chrétiens eurent à subir une persécution qui devint, pour plusieurs, une occasion de rendre hautement témoignage de la sainteté de notre doctrine, et du courage que l’esprit de foi inspire aux véritables disciples de Jésus-Christ. Cette épreuve, du reste, fut seulement partielle dans le royaume et sur la représentation du chef- des talapoins, qui conseilla au roi de ne pas verser le sang des chrétieus, la paix fut rendue à la mission. Ensuite il ne se passa rien de bien remarquable jusqu’en novembre 1809, époque

» Nouv. Lelt. édif. t. V, pp. 365 et sniv. ; t. VI, pp. 174 et siiiv. — Lelt. édif. t. XIII, p. 167 ; t. XIV, pp. 252 et sniv. — M. Henrion, t. XI, pp. 69, 255, 530. — Hist. de Siam, t. II, pp. 204 et sniv. — Cat. des Miss. pp. 7 et

S1,iv. vie de l’abbé Gagelin, missionnaire en Cochinchine, et martyr durant

la persécution suscitée contre l’Église de ce pays au mois de janvier 1 833, etc., par Fr. p*»***»* (M. Perehkès). In 1 2, Besançon, OutUeuin-Chalaedre, 1836,

230. Extrait des nouvelles des missions orientales, Reçues au Séminaire

des Missions-Étrangères. In-12, Paris, Guillot, 1785, pp. 7 et sniv. — Nouvelles des Missions Orientales, reçues au Séminaire des missions-étrangères à Paris, en 1785 et 1786. In-12, Paris, veuve Hérissant, 1787, première partie, pp. 4 et suiv.

à laquelle [les Birmans s’emparèrent de Jonk-sélam et s’y livrèrent à de grandes cruautés à l’égard des Siamois. M. Rabeau, l'un de nos missionnaires, et le P. Jean-Pascal, prêtre siamois, venaient d’y arriver, lorsque ce malheur fondit sur la ville; ils profitèrent de leur position pour secourir les blessés et annoncer la foi pendant toute la durée du siège qui fut de quatre semaines. Lorsque le moment de la prise de la citadelle arriva, les deux missionnaires, réunis à leurs chrétiens, s’attendaient à une mort certaine, dont une protection visible de Jésus et Marie put seule les sauver. « Alors, dit M. Rabeau, conformément à une

• résolution prise dès le commencement, je m’avançai vers » eux tenant de la main droite le crucifix, et de la gauche » une image de la saiute Vierge, et Ije leur dis : Je suis un

• prêtre du Dieu vivant ;je n’ai fait de mal à personne. Dieu » toucha leurs cœurs ; ils mirent leurs mains sur ma tète et » sur celle des chrétiens qui me suivoient , et ils nous firent » asseoir ; ils nous lièrent ensuite, et me prirent mon habit » long et mon bréviaire. Bientôt après , ils nous délièrent, » et, par la protection d'un des chefs, ils nous conduisirent » dans le camp, nous mirent des liens aux pieds , et ferrnè- » rent l’enceinte '. » Ensuite, après avoir subi quelques mauvais traitements, bien tolérables comparativement à ce qu’il pouvait craindre, M. Rabeau fut conduit à un autre camp et traité avec de grands égards; on lui donna même la liberté d’exercer son zèle parmi les prisonniers de guerre qui s’y trouvaient. Les Birmans quittèrent ensuite Jonksélam, et M. Rabeau s’embarqua sur un de leurs navires, dont le capitaine chrétien lui était très-attaché. Pendant la traversée, l’équipage ayant formé le complot de se défaire de son chef, se mit en insurrection contre ce dernier; on s’empara de lui et on le lia pour le jeter ensuite à la mer. M. Rabeau, navré jusqu'au fond de l’àme de voir une sem-

t Nouv. Loti, éilif. t. V, p. .SS6.

blable scène sc passer sous ses yeux, fit tous ses efforts pour détourner ces malheureux de commettre leur crime, mais il eut la douleur de ne pas y réussir. Bien plus, afin de ne laisser aucun témoin capable de les accuser dans la suite, ils se saisirent du missionnaire auquel ils firent subir le même sort qu’au capitaine, et massacrèrent encore quelques autres personnes. Toutefois, la vengeance divine qui les poursuivait ne les laissa pas jouir longtemps des fruits de leur cruauté; une tempête les ayant obligés de relâcher à Madras, le bruit de leur forfait s’y répandit et on leur fit aussitôt leur procès. Un jeune clerc et trois écoliers siamois échappèrent pendant la traversée au sort qui semblait les menacer après l'assassinat de M. Rabeau; arrivés à Madras, ils furent emprisonnés comme complices de la mort de leur maître, calomnie dont ils n’eurent pas de peine à se défendre de la manière la plus complète.

Pendant ce temps, la main de Dieu s’appesantissait sur les Birmans en punition des excès qu'ils avaient commis ; leurs chefs les accablaient sous le poids de leur tyrannie, et l’incendie détruisit presqu'en entier les villes de Rangounetd’Ava. Dans cette dernière, l'Église des chrétiens, la maison des orphelines et le presbytère échappèrent seuls au désastre universel.

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