ÉTABLISSEMENT DU COLLEGE DE PULO-PINANG
Deux ans auparavant M. Létondal, chargé alors de la procure de Macao, était parvenu à rétablir dans l’ile de Pulo- Pinang 1 l’ancien collège général de Siam. Cet établissement, destiné spécialement aux élèves du Sse-tchouan, dut en
■ Ile appartenant anx Anglais, dans le détroit de Malarca.
grande partie sa fondation au besoin de prêtres dans lequel on se trouvait par suite de la révolution française. On sentit plus vivement que jamais, combien est précaire l'existence d'une Eglise dont l’espérance repose uniquement sur les secours d’étrangers, placés à quelques milliers de lieuesde distance, tandis quelle devrait être établie sur les solides fondements d'un clergé indigène. M. Létondal, se trouvant par sa position plus à même encore que tout autre de comprendre cette impérieuse nécessité, fut très-fortement frappé de l’état de choses vraiment déplorable dans lequel on se trouvait et il résolut d’y remédier de tout son pouvoir. Il s’adressa à la charité généreuse des Églises espagnoles des Philippines et d’Amérique, où il recueillit des aumônes assez considérables. Par ce moyen, il fit construire le nouveau collège, et il le plaça dans l’ile de Pulo-Pinang. Il fut déterminé dans le choix de cette position par l'assurance où il était de trouver auprès des Anglais la tolérance qu’on lui refusait à Manille et à Macao. Il y ajouta quelques constructions dont le revenu devait fournir en partie aux dépenses des élèves ; mais il eut le chagrin de voir ces bâtiments détruits par un incendie en 1812, quatre ans seulement après qu’il les eût élevés. 11 lui fut impossible de les reconstruire pendant bien des années, en sorte qu’ou craignit assez long-temps d’être forcé d’abandonner de nouveau le collège. Heureusement il n’en fut pas ainsi, et l’avenir de la mission du Sse-tchouan y était trop intéressé pour que Notre Seigneur permit un malheur semblable ; la charité catholique sauva de sa ruine ce précieux établissement qu’elle avait fondé'. Aussi, en 1822, MRr de Maxula écrivait-il, en parlant de ce collège : « L’établissement de Pinang est pour nous d’absolue néces- » sité tant que la persécution durera. Je vous supplie donc,
■ Nouv. Lett.èdif. t. IV, pp. 347, 332; t. V, pp. 363, 366, 570, 581, 585, 590. — Ann. de la Prop. t. VIII, p. 98. — Cat. des Miss. p. 21. — M. lienrion, t. XII, p. 195. — Nouv. des miss, orient. 1789, deuxième partie, pp. 57 et suiv.
» ainsi que tous MM. les directeurs de notre séminaire de » Paris, de soutenir ce collège, et si les aumônes ordinaires » ne suffisent pas, d'intéresser particulièrement les âmes » charitables à venir au secours d’une maison si nécessaire » pour la conservation et la propagation de la foi dans cette » pauvre mission1. » Dans le même temps un autre missionnaire y ayant fait quelque séjour avant de se rendre dans sa mission, parle ainsi du collège dont il vient d’indiquer l’état matériel : « Quoiqu’il en soit, dit-il, on travaille » dans ce cher séminaire, on y aime le bon Dieu ; il s’y pré- » pare certainement quelques très-bons et très-zélés mis- » sionnaires, des confesseurs, des martyrs. Je les aime beau- ■> coup, et voudrais être continuellement avec eux ; je vois » aussi qu’ils me recherchent. Leur foi vive, leur piété sim- » pie et sincère me charment infiniment, et m’enhardissent » auprès d’eux. Je me mets à leur parler comme si j’étois » leur maître, et qu’il me convint de prêcher aux autres les » vertus que je n’ai pas. Je crois vraiment que nous sommes » alors tout de feu. Quoique timides par caractère, le mar- » tyre ne leur fait pas peur, je vous assure. Plusieurs d’en- » tr’eux ont eu des parens confesseurs ou martyrs ; le père » de l’un d’eux est actuellement chargé de la cangue, le fils » est un petit saint bien digue de son père. Ils m’entretien- » nent des vertus de quelques-uns de leurs saints mission- » naires. Us en ont eu à miracles. Ils me racontent ces mi- » racles, leurs prophéties, avec une foi qui n’est ni foible ni » trop crédule %
» J'étois un jour à la promenade avec mes chers sérai- » naristes chinois, et je me faisois raconter les persécutions. » J’ai découvert que l’un, que je regardois déjà comme un » ange, à eu à la fois, dans ces derniers temps, dix proches
• Ann. de la Prup. 1. 1, numéro iv, p. 19.
1 Plusieurs de nos missionnaires ont obtenu de Dieu des faveurs vraiment extraordinaires que, pour ne pas trop heurter l’esprit de l'époque, on a cru devoir passer sous silence daus les relations rendues publiques.
» parcns qui ont généreusement confessé la foi : deux » sont morts en prison, six ont été envoyés en exil en Tarta- » rie; son pcre et un autre sont chargés de la cangue. 11 » contoit cela devant les autres avec toute la simplicité possi- • ble; il m’a ensuite avoué en particulier que cette nouvelle, » quand il l’a reçue ici, l’avoit comblé de joie. Je voudrais » vous pouvoir faire entendre celui-là énumérant les vertus » de leurs saints missiouuaires ; vous jugeriez bien vite que » c'est chose à laquelle il s’enteud. Il est bon de vous dire, » que lorsque je vais me promener seul avec eux, nous » ne manquons jamais de nous entretenir des mission nai- » res futurs, et de réciter ensemble quelques prières pour » eux. Je leur dis, pour les consoler, qu’il en viendra plu- » sieurs '. » Voilà pour ce qui concerne l'esprit de piété, c’est-à-dire ce qu'il y a de vraiment capital dans les qualités d'un véritable apôtre de Jésus-Christ. Si nous en venons maintenant aux dons de l’intelligence, un mot du même missionnaire nous fera également apprécier convenablement ceux que ces jeunes geus ont reçus de Dieu. « Sur vingt*, dit-il, la moitié au moins seraient chez nous parmi les bons sujets; viennent ensuite quelques médiocres et enfin trois ou quatre nonclialans *. » Et ce sont de pareils sujets que> jusqu'à l'établissement de notre société, on représentait au Souverain Pontife comme si peu capables d’exercer les fonctions du ministère sacerdotal.
missions ne ligor, du LAOS, de nus et des karixns.
La mission de Siam proprement dite se trouvait alors réduite à moins de trois mille chrétiens répandus dans tout
' Aq'i. de la Prop. r. I, numéro iv, |>. 30.
* C'était le nombre de* élèves de Pinang à celle époque.
1 Ami. delà Prop t. I, numéro iv, p. 30.
le royaume et administrés par Msr Florens , évêque de Sozopolis, et par sept à huit prêtres presque tous Siamois. Les guerres continuelles du siècle passé, jointes à l’indifférence religieuse de la nation et à des obstacles commuas à tous les inlidèles, avaient ainsi retardé chez eux les progrès de la foi évangélique. Le plus grand mal de cette mission venait cependant du défaut de prêtres capables de profiter des bonnes dispositions que témoignaient de temps eu temps les peuples ou les souverains des petites principautés qui se partageaient la presqu’île de Malacca. Ainsi le constataient Msrde Sozopolis, et surtout M. Pécot, l’un de scs missionnaires, dans ses intéressants rapports sur des voyages faits par lui dans les principautés de Quédah et de Ligor en 1822. Cette disette de prêtres n’était pas sculemeut un juste sujet d’affliction pour les catholiques; elle devenait encore contre notre généreux clergé de France un sujet de blême de la part des ennemis de la sainte Église. « Pourquoi, disait un jour un protestant à l’un de nos missionnaires, » n’envovez-vous point de missionnaires au Pégu et à Li- » gor,.où l’on est si bien disposé à votre égard? Je ne con- » çois pas, ajoutoit-il, que de tant de prêtres dont les scr- » vices ne sont pas absolument nécessaires à la France, il y • en ait si peu qui aient le courage d’affronter, pour éclai- » rer et civiliser les peuples , des dangers que tant de mar- » chands ne craignent point de braver pour les intérêts de » leur commerce *. »
En 1825, les conquêtes des Anglais sur les birmans ouvrirent un nouveau champ aux ouvriers évangéliques protégés par la politique, et il faut bien le dire aussi, par la générosité anglaise. Mais comme alors, le royaume de Siam se trouvait menacé de tomber sous la domination de ces redoutables vainqueurs, on fut très-inquiet pendant quelque temps sur le sort de M«r de Sozopolis. Il était fort à présu-
1 Ann. de la Prop. t. II, p. 297.
mer en effet que si le roi de Siam refusait les conditions d’accommodement imposées par l’Angleterre, il ne commençât la guerre par sacrifier à ses soupçons tous les Européens de son royaume. Dans ce cas, on serait retombé dans l’inconvénient tant de fois sigualé, de laisser une église sans évêque au moment où il lui eût été plus nécessaire d’en avoir un.
Alors aussi on s'occupait beaucoup dans cette mission des peuplades du Laos, de Sumatra et des Nias, où l’un de vos enfants, Monseigneur, a eu le bonheur de mourir victime de son zèle pour le salut de ce pauvre peuple Malheureusement le vicaire apostolique de Siam n’avait pas assez de prêtres pour suffire aux besoins de scs anciennes chrétientés, et il se voyait ainsi obligé d’abandonner ailleurs, pour un temps, l’espoir d’une consolante moisson.
Cependant le roi de Ligor paraissait rempli des meilleures dispositions en faveur des missionnaires à qui il promettait la liberté de religion, et voulait même leur faire bâtir une Église ; de son côté, le roi de Siam leur donnait toute facilité de prêcher la foi dans son royaume, mais seulement pour les nombreux étrangers qui l’habitent. Un séminaire se formait de même à Bang-kok pour les prêtres indigènes; la chrétienté et les établissements religieux de Pulo-Pinang prenaient de jour en jour plus d’accroissement; plusieurs familles chinoises se convertissaient sur divers points du royaume; eufin, cette mission si long-temps veuve de Bes missionnaires en voyait venir de loin en loin quelques-uns pour aider le vénérable vicaire apostolique à supporter le poids du fardeau que le clergé national ne pouvait pas encore porter.
Parmi ces missionnaires on en distinguait un surtout,
> Jean-Pierre Vallon, né à Corgirnon, près de I.angres, parli pour les missions, le 21 mars 1830, mort dans l’ile de Nias en 1832. On croit qu’il fui empoisonné en haine de la foi par les infidèles ainsi que M. Bérard, membre cuinrne lui de noire congrégation.
M. Bruguière, mort quelques années après à la frontière de la Corée, dont la pensée l’avait depuis long-temps si souvent et si puissamment ému. Dès lors aussi la divine Providence le préparait à cette grande mission dont il ne prévoyait pas encore lui-mème la possibilité. Le 29 juin 1829, jour auquel l’Église célèbre la fête des apôtres saint Pierre et saint Paul, il reçut des mains de M61 de Sozopolis la consécration épiscopale en qualité de coadjuteur de ce prélat et sous le titre d’évêque de Capse. Le 13 février suivant il fut nommé vicaire apostolique de la Corée, et quittait la mission de Siam pour aller ouvrir à d’autres, par ses fatigues et sa constance, la voie de nouvelles conquêtes.
Dans le courant de 1830, M. Pallegoix, nouvellement arrivé à Siam, parlait ainsi d’une visite faite sur les lieux où fut autrefois l’ancienne capitale du royaume Tuinée par les Birmans. « Mon cœur fut ému, dit-il, à la vue des ruines » déplorables de quatre églises chrétiennes, au milieu des '> champs et des déserts ; je choisis pour mon séjour les rui- » nés de Saint-Joseph, où sont les tombeaux de onze vi- » caires apostoliques, et d’une multitude de saints mis- » sionnaires. J’allais chaque jour méditer sur les débris » de colonnes et de murs antiques qui sont devenus le re- » paire des hiboux , des scorpions et des serpents , et je *> priais le Seigneur de rendre à ces lieux saints leur gloire » première. Sur les ruines du palais épiscopal j’élevai une ca- « bane de feuilles et de bambous, où je célébrais le saint sa- » crifîce tous les dimanches et fêtes \ » Vers le même temps, M. Deschavannes, prêtre du diocèse de Lyon, l’un de nos plus courageux missionnaires, remontait le fleuve Mê-nam jusqu’au milieu des tribus laociennes, auxquelles il voulait leur annoncer la bonne nouvelle du salut. Il courut des dangers infinis dans les divers voyages qu’il fit pour former et instruire les nouveaux chrétiens dans un pays où la foi n’é-
1 Ann. de la Prop. t. VI, p. 590.
tait pas connue avant son arrivée; périls dans le chemin, périls du côté des animaux du désert, périls plus nombreux encore de la part des brigands ' ou des persécuteurs, rien ne manquait à cette vie si pleine eu peu de jours. « Je suis, écrivait-il à M. Fallegoix, sans asile et en butte à la persécu- » tion : voilà ce qui fait mon bonheur. Cette pensée de mou- » rir ou de souffrir pour la Foi me donne du cœur et vous » eu donnera aussi. >• Après avoir ainsi gagné bien des âmes à Jésus-Christ il mourut le 6 septembre 1831, emporté par la fièvre du désert.
M. Pallegoix rend ainsi compte de l’effet produit par cette mort précieuse aux yeux du Seigneur, et de l’empressement des chrétiens à honorer les restes du missionnaire mort ainsi pour son troupeau. « Cent personnes, dit-il, portaient le » char funèbre, et les obsèques de mon ami paraissaient » converties en triomphe : alors il me semblait le voir triom- >■ phant aussi dans les cieux, et dépouillé de toutes les mi- » sères de cette vie. Lorsqu’on descendit ses restes dans |le » tombeau qui lui était préparé, des gémissements et des ex- » clamations de douleur se firent entendre dans toute l’as- » semblée : il semblait que chacun avait perdu ce qu’il » avait de plus cher au monde.
» Quant à moi , la plaie que le Seigneur a faite à mon ■ cœur saignera toujours, jusqu’à ce que je sois réuni dans » le ciel à mon frère bien -aimé “. »
L’année suivante, dans l’île des Nias, mourait de même victime de son zèle et de sa charité, M. Vallon dont je vous ai déjà dit un mot, et qui fut le second représentant de votre diocèse 5 dans les missions de notre société. Vénérable frère,
1 Des voleurs lui ayant un jour enlevé sa chapelle, se revêtirent des ornements sacerdotaux et burent dans le calice. Ils furent foudroyés quelque temps après.
5 Ann. de la Prop. t. VI, p. 6 12.
3 Depuis la formation du séminaire des Missions-Étrangères, le diocèse de Langres n'avait fourni à cette œuvre apostolique, que le seul M. Jean-Baptiste Maigrot, mort à Macao, évêque nommé de Sure et vicaire apostolique du
doublement cher à mon souvenir, il était né aux pieds de ce rocher où mon cœur a laissé les plus doux objets de ma tendresse en ce monde. 11 me semble encore le voir, cet homme si magnanime dans sa simplicité, faisant ses adieux aux amis de sa jeunesse et leur donnant un rendez-vous éternel dans le sein de Dieu Alors aveuglé moi-même par les pensées de la terre, je ne compris rien à la solennité de ces derniers embrassements; j'étais prêt à répandre mou sang pour une autre cause, et je ne sentais pas ce qu’il y a de bonheur et d’élévation à faire pour son Dieu, le sacriûce dont les choses humaines ne sont jamais parfaitement dignes. Que j’étais loin surtout alors, ô le souverain maître de mon âme, de penser qu’après m’avoir poursuivi pendant si longtemps dans le désert où je m’égarais, vous viendriez m’appeler à prendre part un jour à l'héritage de vos apôtres! O Jésus! ôMarie! cœurs sacrés que j’aime aujourd'hui et qu’alors je méconnaissais, demeurez, je vous en conjure, demeurez désormais la seule et douce pensée de ma vie, mon soutien dans mes travaux et dans mes peines, ma chère et unique joie dans ce monde et dans l’éternité.
M. Yallon ne séjourna que trois mois à Nias, avant sa bienheureuse mort. «Arrivés dans l’ile, disait le naturel qui l’accompagna, nous fûmes assez mal reçus dans le pre- » mier endroit où nous abordâmes; on nous obligea même » de quitter le pays. Nous gagnâmes de nouveau notre bar- » que, et nous nous rendîmes dans un endroitqu’on nomme » Kunostaly, où nous trouvâmes un apostat anglais ou des- » Cendant d’Anglais qui nous reçut chez lui, et nous en- » gagea à l’attendre jusqu’à son retour d’un voyage qu’il » allait faire. Après l'avoir attendu pendant une huitaine » de jours, voyant qu’il ne revenait pas, M. Vallon désira » gagner les montagnes. Nous partîmes donc de ce lieu, et
Sse-tchoua». Il avait quitté Paris en 1740 et mourut le 20 octobre 1752. 1 M. Vallon quitta Paris le 10 août 1830.
• arrivâmes dans un village situé sur le sommet d’une » montagne. Le roi du canton nous reçut assez bien , et » nous donna même une petite maison pour noos loger.
» Pendant environ trois mois que M. Vallon vécut parmi » les habitants de Nias, il s’occupait à l’étude de leur langue » et à parcourir la campagne. Il était déjà reçu chez les ha-
• bitants ; on le consultait pour les malades , et à cette » occasion il eut le bonheur de donner le baptême à trois » petits enfants , dont deux moururent immédiatement après
• l’avoir reçu , et le troisième était à l’agonie lorsque M. Val- » Ion rendit lui-même son âme à Dieu.... » — » Jamais mort » ne m’a été plus sensible, continue le missionnaire qui » rapporte.ee récit; j'étais lié à ce bon et digne confrère par » l’amitié la plus étroite. Sa soumission à la volonté de Dieu, » la douceur de son caractère, sa simplicité dans toute sa » conduite, le rendaient cher à tous ceux qui ont eu l’a- » vantage de le connaître. Enfin ses souhaits ont été ac- » complis; il désirait toujours pouvoir procurer le ciel > à un Nias : deux âmes l’ont devancé dans la céleste pa- » trie '. »
M. Bérard étant arrivé dans l'ile sur ces entrefaites, mourut de même trois jours après son débarquement. Il y eut d’abord quelque doute sur le genre de leur mort; mais des renseignements plus précis, recueillis ensuite par les missionnaires destinés à les remplacer, levèrent toute incertitude à cet égard. « Maintenant, rapporte un de ces derniers, il » parait certain qu’ils sont morts par suite du poison qu'on » leur a donné dès leur entrée dans l'ile. Ainsi nous l a an- » noncé le résident de Tapanooli , le même qui avait favorisé » leur débarquement à Nias, et qui a pris soin de faire re- » cueillir le peu de leurs effets qu’on a pu trouver après leur » mort. Il a même ajouté que le raja le plus voisin de l’en- » droit où avait débarqué M. Vallon, avait mis aussitôt à
Ann. de la Prop. I. VIIF, p. 142.
» prix la tête de cet intrépide apôtre , et promis mille » piastres à celui qui la lui apporterait »
Dans le même temps un autre de nos missionnaires , M. Barbe, du diocèse de Tulle, envoyé à Moliuicn, s’occupait déjà d’un projet réalisé par lui plus tard , de pénétrer au milieu des forêts habitées par les Karians. Ces intéressantes peuplades, demeurées jusqu’à nos jours à l’état sauvage, n’avaient encore été visitées par aucun Européen , lorsque M. Barbe y fit ses premières missions ; leur position au milieu des forêts, et surtout leur amour pour l’indépendance, les ont garanties jusqu’à présent des dangereuses communications qui ont achevé de corrompre tant d’autres peuples". Dans ces derniers temps , le défaut de prêtres catholiques ayant empêché de poursuivre les premiers succès de nos missionnaires, les ministres presbytériens en profitèrent pour répandre leurs doctrines parmi ces tribus. Cependant, comme il leur eût été difficile à eux-mêmes de vivre au milieu de ces forêts, ils attirèrent à eux quelques naturels dont ils firent des catéchistes et qu’ils envoyèrent ensuite instruire leurs familles. Cette prédication, tout incomplète et toute fausse qu’elle soit sur certains points , n’en sera pas moins une voie de salut pour plusieurs de ces âmes généreuses qui ne demandent que la lumière pour se ranger sous le joug de Jésus-Christ. Toutefois, il est bien pénible à un cœur catholique de voir ainsi passer dans les rangs de l’erreur des peuplades, au milieu desquelles nos missionnaires renouvelleraient peut - être les merveilles de l'Océanie et du Paraguay. Oh! Monseigneur, comme l’àrne est douloureusement émue à la pensée de tant d’hommes rachetés comme
■ Loc. cit. p. 1 55.
* On peut lire de curieux détails sur les mœurs et les croyances de ces peuplades dans une lettre de M. Jurines, directeur au séminaire des Missions- Étrangères, insérée dans les Annales de géographie. On en trouve île même dans la lettre de M. Bigandet notre confrère, successeur' de M. Jurines dans celle intéressante mission. Cette dernière lettre a été publiée dans le quatorzième vol. des Ann. de la Prop. jip . 290 et suiv.
nous au prix du sang de Jésus-Christ et qui se perdent ainsi par milliers faute d’un guide qui leur indique seulement la voie du ciel. Oh ! divin maître de la moisson, daignez donc enfin envoyer les ouvriers préparés par votre providence pour défricher ces immenses contrées que la charrue n’a pas encore pu entamer
La mission de Siam était alors grandement consolée par l’arrivée de M. Courvézy, prêtre du diocèse de Carcassonne , nommé coadjuteur de M«r de Sozopolis. Le nouveau prélat fut sacré le 30 novembre 1833, sous le titre d’évèque de Bide, par MRr Taberd, vicaire apostolique de Cochinchine, alors réfugié à Siam. MBr Courvézy, agrégé au diocèse de Chartres avant son départ, écrivait alors à son ancien évêque une lettre pleine de sentiments d'humilité et de dévouement à l’œuvre à laquelle il était appelé. « Après tout, disait-il, » nous sommes les disciples et les ministres du Maître qui » vécut pauvre, qui fut humilié et qui fut condamné au » supplice de la croix ; estimons-nous heureux lorsque Dieu » nous appelle à porter l’image de son divin fils trahi , ou- » tragé , crucifié ; ne touchons à la terre que par nos pieds j >• que nos cœurs s’élèvent et nous élèvent jusqu’au ciel. » Toutes les palmes des martyrs, des confesseurs de la foi, » du zèle pastoral, ne sont pas encore distribuées, il en reste » pour nous. Levons-nous avec joie au devant de celles qui » nous seraient offertes à conquérir; élançons-nous pour » les saisir, animes par la grâce toute-puissante de Dieu , » elles sont à nous \ » Quelques mois s'étaient à peine écoulés lorsqu’il fut chargé du poids de toute la mission par suite de la mort du vicaire apostolique.
Mer Esprit-Marie-Joseph Florens, né dans le Comtat
1 Sans parler des pays immenses qui, dans le Thibet, en Chine même, en Tarlarie et dans plusieurs autres contrées de l’Asie, n’oul jamais vu de missionnaires, les forêts qui s’étendent de l’extrémité de la presqu’île de Malacc* jusqu’aux frontières du Yuu-nâu, sont peuplées de tribus plus ou moins saurages qui n'ont pas encore clé évangélisées jusqu'à ce jour.
* Ann. de la Prop. t. VII, p. 364.
Venaissin, était frère de M«r de Zéla, mort coadjuteur du Sse-tchouan. Il avait fait son séminaire dans la petite communauté de Saint-Sulpice, si recommandable par les sujets distingués qui eu sont sortis. Son père était un homme d’une foi si héroïque, qu’après avoir offert à Dieu le sacrifice de ses deux fils, il aurait vu de grand cœur ceux qui lui restaient suivre la même carrière. Le digne prélat répondit généreusement à cette noble charité, car, après quarante-sept ans de ministère apostolique, il mourut entouré de la plus grande véuération de la part des chrétiens. Ceux qui assistèrent à ses derniers iustants se partagèrent par morceaux ses pauvres et vénérables vêtements, devenus ainsi pour eux, un pieux souvenir. A cette époque, le vicariat de Siam possédait onze missionnaires français et sept indigènes destinés les uns et les autres pour le Laos, Nias, Sumatra, Pinang, ou pour l'administration des chrétientés continentales.
Un surcroît de misères vint à cette époque ajouter une nouvelle dépense aux nombreux sacrifices necessaires pour soutenir cette mission déjà surchargée de besoins. Près de deux mille chrétiens annamites furent emmenés captifs à Bang-kok par suite de l’expédition siamoise de 1831; et c’était vraiment une grande pitié de voir l’état dans lequel se trouvaient ces malheureux sans qu’on pût venir suffisamment à leur secours. La lettre dans laquelle M*r de Bide en rend compte est vraiment déchirante. Plus tard encore, de semblables guerres amenèrent des malheurs non moins déplorables; mais en présence de pareilles infortunes et de l’impuissance où l’on se trouvait d’y apporter remède, il n’y avait plus qu’à s’écrier avec le charitable évêque : Misereor super lurbam'.... Undè ememus panes ul manducent hi *? Mes entrailles se sont émues de compassion sur cette foule
' S. Marc. c. vni, X. 2.
* S. Jean, c. vi, ÿ, 5.
«fortunée; mais où prendre du pain pour la nourrir! Cependant des considérations d’un autre genre venaient tempérer un peu l’amertume de cette peine ; la foi de ces malheureux se trouvait ainsi à l’abri de la cruelle épreuve à laquelle elle eût été soumise daus leur patrie ; leur corps souffrait il est vrai, mais leur âme pouvait s’élever à Dieu , car ils conservaient sans trouble le libre exercice de leur religion. Et l’on peut bien le présumer ici, plusieurs d’entr’eux durent leur salut éternel aux malheurs mômes qui les accablaient.
NULLITÉ DES MISSIONS PROTESTANTES. — NOUVEAU VICARIAT APOSTOLIQUE. — ÉTAT ACTUEL DES CHRÉTIENTÉS.
Le succès de la foi parmi les étrangers fixés dans le royaume, et surtout parmi les Chinois, venait encore apporter aux missionnaires des consolations d’autant plus sensibles, que ces succès contrastaient davantage avec la nullité des résultats obtenus dans le même temps par les sociétés protestantes. Quelquefois il arrivait à la simplicité de nos chrétiens de réduire au néant, en peu de paroles, les fausses imputations répandues par une tradition haineuse contre le catholicisme, parmi les différents sectateurs de l’erreur. Voici, entr’autres, la réponse pleine de sens et de vérité faite par un de nos catéchistes à un ministre de Syncapour qui reprochait aux catholiques d’adorer la sainte Vierge et la croix. « Nous nous servons de la croix pour penser à Jé- » sus-Cbrist, lui dit-il, et comme souvenir nous lui rendons » nos hommages. Car, nous autres grossiers, si nous prions » devant une muraille, nous pensons à la muraille ; si c’est » devant une porte , nous pensons à la porte ; si c’est de- » vant l’image de Jésus-Christ, nous pensons à Jésus-Christ; » quant à la sainte Vierge, nous la prions d’intercéder pour » nous, nous ne l’adorons pas *. »
' Ann. de la Prop. I. VIII, p. 133.
La môme année un de nos missionnaires fut à môme d’éclairer le monde chrétien sur le fameux collège anglochinois fondé à Malacca par les protestants. Ils y employèrent des sommes énormes qui n’aboutirent à rien ; car, au moment où le missionnaire le visita, il n’y trouva qu’une douzaine de pauvres enfants chinois ramassés dans les rues de Malacca. Il put encore s’y convaincre de la bonne foi de certains ministres qui n’hésitaient pas à se donner en Europe comme les auteurs de savants ouvrages dus aux recherches des Religieux catholiques '. Ce missionnaire termine de la manière suivante le récit de sa visite au collège. « Ayant euocca- » sion de m’entretenir de ce collège avec un autre ministre pro- » testant de Malaca, il m’avoua sansdétour que les dépenses » énormes faites pour sa construction étaient de l’argent » jeté à la mer, et que le retentissement que cet établisse- » ment avait eu en Europe n’était que du charlatanisme*. » Toutefois, nous devons le dire ici , nous ne citons pas ces faits dans l’intention de laisser planer sur tous les missionnaires protestants et sur ceux qui les soutiennent par leurs aumônes le même reproche de mauvaise foi ; seulement nous avons cru devoir saisir cette occasion de citer un trait choisi entre tant d’autres, pour prouver eu quelles inutiles dépenses, en quels vains efforts s’absorbent les ressources immenses mises à la disposition des sociétés bibliques. Cinquante millions par année et des résultats à peu près nuis, voilà ce que le protestantisme obtient de notre temps pour l'œuvre des missions étrangères ; trois millions et des succès immenses, voilà ce que recueillent les catholiques. A qui donc, d’après cela, pourra-t on croire que s’adresse cette parole du divin Maître : Eunles docctc omnes gentes 3 ?
En 1835, de nouvelles espérances augmentèrent le zèle et la confiance des missionnaires de Siam; deux princes, frères
' Il s’agit ici de la Grammaire et du Dictionnaire des PP. Basile et Prémare.
’ Ann. de la Prop. t. VIII, p. 586.
1 Allez et enseignez toutes les nations. — S. Matth. c. xxvrn, ■{'. 19.
du roi, et surtout l’aîné de toute la famille, ne paraissaient pas très-éloignés d’embrasser la foi chrétienne ; mais le jour n’était pas encore venu où la croix du Sauveur devait être placée si près du trône de cet empire.
Vers la même époque, M. Candalh, mort depuis en Cochinchine, rendait compte des difficultés opposées à la tentative faite par lui pour pénétrer à Nias et à Sumatra. Dans cette dernière île, les naturels de l’intérieur étaient si outrés contre les Hollandais', que le litre seul d'européen eût été un arrêt de mort. Il était donc inutile de chercher à s’y introduire jusqu’à ce que les choses fussent disposées plus favorablement. Nouvelle preuve de la nécessité d’avoir dans ces contrées un clergé national capable de répandre la foi parmi les populations, sans exciter chez elles la haine et la défiance attachées à ce qui vient de l’étranger.
Dans le courant de l’année 1834, deux missionnaires protestants américains ayant voulu s’engager au milieu de la tribu des Battas qui peuple la côte occidentale de l’ile, furent mis à mort et dévorés par les habitants, ainsi qu’un de leurs domestiques. Ils s'étaient ainsi avancés armés de fusils, malgré les représentations qu’on leur fit à cet égard, en sorte qu’ils furent considérés comme prisonniers de guerre et subirent le supplice usité eu pareil cas*. Ils sont regardés comme martyre dans les communions protestantes.
Le 3 juin 1838, en vertu des pouvoirs qu’il avait reçus du
1 Les peuplades de l’intérieur de Sumatra n’ont jamais voulu se soumettre à la puissance hollandaise qui domine sur les côtes.
2 Les cas où il est permis aux Battas de manger de la chair humaine sont prévus par des lois fondées sur les coutumes de leurs ancêtres. Ou le fait à l’occasion de certaines pratiques religieuses, lorsqu’un habitant a commis un crime prévu par les lois, et surtout à l’égard des prisonniers de guerre. La manière dont on pratique ce supplice est vraiment horrible. On attache le patient à un arbre les bras étendus ; le chef s’approche le premier, coupe les narines, les oreilles, ainsi que la chair de la plante des pieds et de l’intérieur des mains. Telle est la portion qu’il se réserve comme la chair la plus estimée de la victime. Ou enlève ensuite au malheureux prisonnier les chairs de la poitrine pour les plus qualifiés de la peuplade, apres quoi chacun se jette sur lui pour en arracher un lambeau. Il est aussi d’usage de boire une partie du sang du suppli-
Souverain Pontife, Msf de Bide donna la consécration épiscopale à M. Pallegoix, sous le titre d'évéque de Mallos, coadjuteur de Siam. La cérémonie se fit avec une pompe à laquelle les païens et les protestants prirent autant de part que les fidèles eux-mèmes. Le frère ainé du roi donna de même à cette occasion de nouvelles preuves de son attachement pour les missionnaires en contribuant par sa présence et scs libéralités à la solennité de la fête. Peu de temps après, le vicariat apostolique de Siam fut partagé en deux par suite de la cession de toute la presqu’île de Malaeca confiée à notre Congrégation par le Souverain Pontife. Msr de Mallos devint vicaire apostolique du royaume de Siam proprement dit, avec Bang-kok pour résidence principale, et Msr de Bide conserva Syncapour.
A l’époque du sacre de Msr de Mallos, le nombre des chrétiens répandus sur toute l’étendue de la mission de Siam s’élevait à sept mille environ, divisés en plusieurs chrétientés souvent fort éloignées les unes des autres. 11 y avait à Chanlaboun sept cents chrétiens, avec une église dans le plus grand délabrement et une école de filles tenue par les religieuses Amantes de la Croix; on se proposait en outre d’y établir une école pour les garçons etd’y travailler à la conversiou des Chinois qui s’y trouvent en assez grand nombre. Bangkok possédait cinq églises , dont la première est celle de Sainte -Croix. Elle est placée au milieu du camp de même nom, peuplé par quatre cent quatre-vingts chrétiens, médecins, interprètes ou soldats. M8r de Bide proposait d’y rétablir les religieuses chargées de l’éducation des filles. Le camp de Kambodje ou de la Conception était composé de six cent quatre-vingt-dix-sept chrétiens, tous soldats, les meilleurs chrétiens de Siam. Il y avait là une école pour les enfants de chaque sexe et une église nouvellement bâtie. Le camp
cié. Les femmes sont exclues de ces affreux festins. — Ann. de la l'rop. t. X, pp. 43 et 44 .
de Saint- François-Xavier était formé des trois mille Cochinchinois prisonniers de guerre, devenus sous tous les rapports plus heureux que dans leur propre pays. Ils avaient une église nouvellement reconstruite en remplacement d'une cabane élevée à la hâte à l'époque de leur arrivée. Deux écoles commençaient aussi à se former pour les enfants, et d’anciennes religieuses cochinchinoises allaient bientôt se trouver à la tète d’une communauté de leur observance. Le camp du Calvaire renfermait une centaine de chrétiens anciens schismatiques réunis depuis peu d’années. Ils avaient aussi deux écoles, et l’un de nos missionnaires s'y occupait beaucoup de la conversion des Chinois. Plus tard, cette œuvre prit beaucoup d’accroissement, et elle promet d’avoir de jour en jour plus de succès. L’église, tombant en ruines, avait grand besoin d èlre reconstruite; mais le défaut de ressources empêchait de l’entreprendre daiis ce moment. La dernière église de Bang-kok est celle de ï Assomption, l’une des plus belles du pays. On en doit la fondation à un cardinal romain qui envoya autrefois une aumône de 1 500 piastres à M=r Horens,à condition qu’il l’emploierait à la construction d’une église dédiée à la sainte Vierge. Près de cette église s’élevait le collège, composé alors de seize élèves , et quelques cabanes servant d'hospice pour de pauvres païens abandonnés. C’est là aussi que réside le vicaire apostolique. La petite chapelle, commencée par M. Pallegoix sur les ruines de l’ancienne capitale, promettait d’ètre fort utile aux familles chrétiennes répandues dans cette contrée, mais on n’avait pas encore pu arriver à l’achever entièrement. Syncapour avait aussi une petite chapelle et quatre cent cinquante chrétiens, parmi lesquels les Chinois seuls paraissaient donner alors de la consolation.
Il y avait à Pulo-Pinang, indépendamment du collège général, deux chrétientés composées en tout de deux mille deux cent cinquante fidèle». La première, dite de Tanjouou
du Promontoire, possédait une église, une école catholique dotée par la Compagnie anglaise des Indes et un hospice pour les orphelines. la seconde , connue sous le nom de Pulo-tikons (île des Rats), a aussi une église dédiée sous le titre de l'immaculée Conception. Ces chrétientés promettent de prendre de l’accroissement par suite des conversions faites parmi les Chinois. Une autre chrétienté de leur nation, formée depuis peu d’années daus la petite île de Batu-kavan, voisine de Pinang, augmentait aussi tous les jours.
Jusqu’au moment où le christianisme y fut introduit, la population de celte lie se composait d’une réunion de voleurs et de mauvais sujets, dont le gouvernement réprimait difficilement les brigandages; aujourd'hui tous ces désordres ont cessé, et ceux d’entre les nouveaux chrétiens dont la bonne conduite a été éprouvée par une longue expérience reçoivent, en récompense, une épouse choisie parmi les jeunes filles élevées dans l'hospice de Tanjou.
On formait alors le projet de donner une extension beaucoup plus grande au collège siamois, où il était question d’attirer, par l’appât de l’instruction, l’élite de la jeunesse du pays. C’est là, en effet, une question capitale pour la mission, attendu que les talapoins ayant été chargés jusqu’à présent de l’éducation publique dans le royaume, conservent par ce moyen la plus funeste influence sur les hautes classes de la société. M®r de Bide en parlait ainsi dans sa lettre du 29 novembre 1839 : « Tant que les talapoins auront le mo- » nopole de l’enseignement, nous disait M. Deschavannes, » de si précieuse mémoire, ils en profiteront pour nous alié- » ner la génération naissante, en semant dans ces jeunes » tètes des préventions que le temps n’efface plus. Otons » leur ce moyen d’action, ou du moins partageons-le avec » eux, autrement il nous sera plus tard impossible de neu- » traliser leur funeste influence, et le christianisme ne fera
» que végéter dans ces contrées, sans espoir d’y jamais dcvc- » nir populaire
Tel est, en résumé l’état dans lequel se trouvait alors la mission de Siain , peu nombreuse en chrétiens jusqu'à ce jour, par suite des révolutions politiques et pour d’autres causes que l'avenir peut faire disparaître ou du moins notablement diminuer. Du reste, la position de ce pays vraiment central par rapport à l’Asie, et la facilité qu’on y trouve pour communiquer avec les îles inexplorées de ces vastes mers, le rendent extrêmement intéressant aux yeux de la foi et font espérer que, de notre temps, nous verrons cette mission se relever complètement de l’état de langueur où elle se trouva trop long-temps. Nous voudrions pouvoir dire, non-seulement ce que la religion en doit espérer, mais les avantages qu’en pourraient retirer de hauts intérêts, plus sensibles pour les puissances de la terre; mais ce n’est pas ici le lieu de traiter une semblable question*.
1 Ann. de la Prop. t. XIII, p. 309.
* Ann. delà Prop. t. I, numéro n, pp. 17 et tuiv. ; numéro iv, pp. 19, 28, 127, 133 ; numéro vi, p. 57 ; t. II, pp. 292, 299 et suiv. 311, 3 1 6 ; t. III, pp. 233, 237, 240, 242, 264, 271 ; t. IV, pp. 199, 2 1 1 , 21 5, 219 ; t. V, pp. 37, 38, 44, 49. bl, 57, 61, 63 et suiv.; t. VI, pp. 588, 594, 600, 602, 609, 613, 618, 621 ; I. VII, p. 390; t. VIII, pp. 93, 95, 96, 102, 104, 106, 124, 130, 134, 137, 142, 149, 153, 157, 159, 585; t. IX, p. 407; t. X, pp. 41, 44; t. XI, pp. 199, 204, 516, 535, 545; t. XII, pp. 115, 118, 122; t. XIII, pp. 307, 311, 320; t. XIV, pp. 148, 283 et suiv. — Nouv. LeU. édif. t. V, pp. 359, 366. — Cal. des Miss. pp. 29 et suiv.
JÉSl’S, MARIE, JOSEPH.