LETTRE CINQUIÈME
MISSIONS DU TONG-KING BT DE tA COCHINCHINE, ,USQU’A LA FIN DU RÈGNE DE GIA-LAONG.
Monseigneur ,
Les missions du Tong-king et de la Cochinchine, ayant elé confiées dès le principe, aux soins de nos premiers vicaires apostoliques, devront toujours nous être bien nré couses et b.en chères. D’autres titres les recommandent encore à notre dévouement; c’est, surtout, la fidélité avec laquelle les missionnaires qui les ont cultivées ont tendu sans cesse vers le but de notre institution, en y formant avec le plus grand soin un clergé digne d’eux, et capable de réaliser la pensée des Souverains Pontifes.
Le zèle de quelques vicaires apostoliques , plus dévoués encore que d’autres à cette œuvre capitale, doit être regardé comme une des causes principales des résultats heureux obtenus sous ce rapport. Et c’est bien maintenant qu on peut apprécier dignement les services rendus par ce’ cierge vénérable, si utile aux chrétiens pour les soutenir
dans leur sanglante épreuve. Nous les avons vus, en effet, ces hommes, devenus intrépides par la foi, porter partout aux fidèles les secours de nos divins sacrements, pénétrer dans les cachots des confesseurs, suivre jusqu’au moment suprême et accompagner d’une dernière bénédiction nos glorieux martyrs. Nous les avons vus marcher sans crainte au supplice pour le nom de Jésus-Christ, et leurs cœurs tressaillaient de joie à la pensée du grand triomphe préparé pour eux en récompense d’un dernier combat. Aujourd’hui que la tète de nos missionnaires est mise à prix, aujourd’hui que ces frères privilégiés ne peuvent faire un pas hors de leurs retraites sans s’exposer à tomber entre les mains des persécuteurs ; qui donc, s’il n’y avait pas de prêtres indigènes , pourrait porter aux pécheurs et aux malades les sublimes consolations de l’Église ? Qui donc, passerait, comme eux, au milieu des populations, sans être trahi par les habitudes et un extérieur que personne ne peut méconnaître ? Maintenant donc, plus que jamais, on voit se réaliser d’une manière bien consolante les espérances fondées sur les prêtres formés au milieu de ces peuples malgré tant d’obstacles et d’oppositions.
Tel est, Monseigneur, les résultats d’efforts tentés et soutenus, depuis l’origine de notre Congrégation j usqu’à ce jour ; tel est aussi, le résumé des faits dont je vais entreprendre de vous donner ici le développement. Toutefois, comme ces deux missions auront désormais une même destinée politique, je les séparerai l’une de l’autre, seulement pour le récit des faits accomplis avant l’époque de la réunion des deux peuples, et je vous présenterai ensuite, sous un même conp d’œil, tout ce qui les concerne depuis le jour où la conquête a fait de ces deux royaumes une seule puissance.