‹ Lettres à Mgr l'évêque de Langres, sur la Congrégation des Missions ÉtrangèresChapitre 40 sur 89 · MISSION DE COCHINCHINE · texte numérisé non relu

MISSION DE COCHINCHINE

PERSÉCUTION DE MINH-VUONG AU COMMENCEMENT DU XVIIl' SIÈCLE.

Sans être ordinairement aussi agitée que la mission du Tong-king , celle de Cochinchine avait eu néanmoins à subir, dès le principe, des épreuves plus ou moins sanglantes. Une des plus cruelles eût lieu dans les dernières années du 17' siècle, sous le roi Minh-vuong. Ce prince étant parvenu au trône en 1 692, avait témoigné dès le commencement de son règne, la plus grande aversion pour les chrétiens. Cependant, comme on attribuait à une punition divine, la mort de son père arrivée à la suite d’une persécution excitée par lui en 1690, la mère et l’aïeul du jeune roi l’empècbèrent pendant quelque temps de se livrer aux mouvements de sa haine contre les chrétiens. Mais ces considérations ne furent pas assez fortes sur son esprit pour le retenir bien long-temps. Dès l’an 1698, sur l’accusation d'un mandarin, on exerça quelques vexations contre une chrétienté particulière et deux ans après la persécution devint générale. On abattit les églises et on poursuivit les chrétiens à outrance dans le royaume. Le 1 5 mars, on en arrêta plusieurs parmi lesquels se trouvaient quelques missionnaires, entr’autres MM. Langlois et Capponi , tous les deux membres de notre Congrégation. Le 22 avril suivant, les prisonniers au nombre de quarante-un furent conduits devant le roi, la cangue au cou

et chargés de chaînes. Moitié d’entr’eux nposlasièrcnt dans la crainte des tourments; les vingt autres protestèrent vouloir confesser la foi jusqu’il la mort. Ou se contenta de demander aux missionnaires leurs noms sans chercher à les faire renoncer à leur religion, ce qu’on jugeait impossible. Un second interrogatoire eut lieu et sept chrétiens seulement persévérèrent dans leur généreuse confession. Le roi les condamna tous à être enfermés dans une petite cabane pour y mourir de faim ; mais comme il y avait trois femmes parmi eux, le roi fit à celles-ci grâce de la vie; seulement il ordonna qu’on leur coupât l’extrémité des doigts et des oreilles. Deux d’entr’elles subirent ce tourment avec une joie qui ne s’était pas démentie un instant depuis quelles avaient été mises en prison ; la troisième ayant été éparguée, par considération pour un officier de sa famille qui assistait à l’exécution, se retira en pleurant de douleur de n’avoir pas été jugée digne de souffrir pour Jésus-Christ. Le courage des quatre autres confesseurs fut encore plus héroïque; renfermés dans la cabane où ils devaient mourir, ils faisaient le sujet de l’admiration universelle. « Us parloient des peines » qu'ils souffroient et des biens qu’ils attendoient dans » l’autre vie, d’une manière si touchante, que les infidèles » se sentoient portés à embrasse? la foi, et les chrétiens à » s’unir à leurs souffrances pour finir leur vie avec eux. » Quand on leur demandoit ce qui les faisoit le plus souffrir, » ils répondoient qu’ils étoient tourmentés par une soif ar- » dente et par un feu secret qui leur dévoroit les entrailles. « On les voyoit aussi quelquefois se coucher sur le sable, et » s’en couvrir pour chercher quelque humidité dans celui » qui étoit plus profond, et pour tempérer tant soit peu » l’ardeur qui les consumoit. Les soldats qui les gardoient » leur disoient : Hé! pauvres gens, pourquoi mourez-vous » ainsi ? Nous sommes dans une île, au milieu de la rivière ; » l'eau nous environne de tous côlés. Mettez seulement le pied

» sur l'image, el vous aurez la rivière à voire discrétion.

» Mais les confesseurs poussoient un petit soupir Ianguis- » snnt, accompagné de ces paroles : Il ne nous est pas permis » d’accepter de l'eau au prix auquel vous voulez nous la • vendre. Il vaut mieux pour nous mourir de soif, que » d’offenser celui qui nous a criés de rien , el qui est mort » pour nous.

“ Le douzième et le treizième jour de leur prison , on vit » leurs yeux s’obscurcir peu à peu , leur langue aride de- » îneurer comme attachée à leur palais, leurs bras devenir » immobiles, et une si grande faiblesse s’emparer de tout » leur corps, qu’ils ne pouvoient plus se tenir debout ni » assis. Le quinzième jour, celui qui avoit toujours paru le » plus foiblc de complexion s’endormit du sommeil des » justes, pour aller recevoir la couronne que sa foi et sa « constance lui avoient méritée. Le seizième et le dix- » septième jour, deux autres quittèrent aussi cette vallée » de larmes pour aller se reposer en Dieu , pour l’amour » duquel ils avoient tant souffert. Le quatrième, qui étoit » plus robuste, et qui, par ses discours, encourageoit les » autres à la patience, ne mourut que le dix-huitième jour, » abîmé dans une paix profonde *. »

Ces quatre confesseurs étaient : Paul So, lettré distingué, lmbile médecin , qui s’était offert de lui-même aux persécuteurs, Thadée Ouen attaché à M. Langlois, Antoine Ky catéchiste du P. Pelisson jésuite, et Vincent Don. Le grand mandarin qui avait imaginé cc genre de supplice, mourut peu de temps après d’une manière si imprévue, qu’on ne put s’empêcher d’y reconnaître des marques de la vengeance divine , au point que ses parents idolâtres envoyèrent faire des sacrifices à la prison des martyrs pour apaiser leurs Ames. Cet événement ne ralentit pas cependant la perséeu-

« Nouv. Lell. édif. t. VIII, i>. 4 1 3.

tion ; les missionnaires furent condamnés à une prison perpétuelle où ils devaient porter une cangue si pesante qu’ils ne pouvaient la lever seuls ni marcher avec ce fardeau. Deux de leurs confrères, MM. Sennemaud, français, et Fonséca, prêtre chinois, natif de Macao, furent pris quelque temps après et amenés devant le roi cbargés«de chaînes et de la cangue ; mais ce prince se contenta de les faire déposer chacun dans une prison séparée. De trois autres chrétiens arrêtés dans le même temps, deux eurent le malheur d’apostasier après avoir d'abord courageusement confessé la foi; l’autre eut la tète tranchée. Parmi les six missionnaires arrêtés, trois moururent dans leur prison, savoir : M. Langlois, le P. Candone et le P. Belmonte; les trois autres furent rendus à la liberté en 1704, après avoir enduré des tourments dont on ne peut pas se faire une juste idée. Trois autres missionnaires français, MM. Féret, Gouges et Destrécby, furent découverts vers la fête de Pâques de 1700 et mis de même dans les fers où M. Féret mourut le 12 juin suivant. Les deux autres furent enfermés pendant quelque temps dans la prison où se trouvaient déjà quelques chrétiens condamnés à mourir de faim ; ils devaient y subir le même supplice; mais ensuite le mandarin ayant réfléchi que le roi n’infligeait ce genre de supplice qu'aux indigènes, il en fit sortir les missionnaires pour les remettre aux fers et à la cangue dans leur première prison. D’autres chrétiens condamnés à l'horrible supplice de la faim, le subirent avec un courage vraiment héroïque. On cite entr’autres une femme qui mourut dans sa prison après quaraute-six jours entiers d’un semblable martyre. Tels fureut les principaux traits de cette persécution qui dura jusqu’en 1704 , époque à laquelle les missionnaires furent mis en liberté.

Dans le temps où elle était le plus violente, on rapporte une touchante ordination qui eut lieu pour un prêtre du pays. Voici comment en parle une relation du temps ;

« Msr l'évèqne de Bugic, dans les commencemens de la » persécution, se tint caché dans un bateau qui atloit et ve- » noit le long des côtes. Ayant trouvé une caverne fort » retirée, il y fit dresser un autel, et y conféra l’ordre de » prêtrise à un diacre cochinchinois , qui étoit revenu du » séminaire de Siam depuis deux ans. Ce prêtre étant naturel » du pays, et n’y étant point encore connu, put, en prenant » de grandes précautions , aller de côté et d'autre visiter les » chrétiens daus une grande province dont il étoit chargé » lui seul. Les autres missionnaires, qui étoient étrangers, » ne purent, pendant les premières années de cette violente » tempête, exercer leurs fonctions ’. »

Msr de Bugie (François -Pérez) , dont il vient d’être parlé, était lui-même né à Siam , d’un père manillois et d’une mère siamoise; il avait été reçu à l’àge de sept ans au séminaire où il passa toute sa jeunesse et où il fut ordonné prêtre. Le 15 juin 1684, M®r de Bide passa de ce monde à une vie meilleure, et M. Duchêne, qui avait été élu pour lui succéder sous le titre d’évêque de Bérythe, mourut lui-même deux jours après. En conséquence, M. F. Pérez ayant été appelé à le remplacer, fut sacré évêque de Bugie par M®c de Metellopolis alors administrateur général des missions à Siam. Il partit la même année pour la Cochinchine et il y pénétra sans difficultés dans un temps où cette mission était assez tranquille. Vers 1700, M. Marin Lahbé, envoyé à Rome pour les affairesde la mission, fut choisi pour coadjuteur de Mfir de Bugie et sacré évêque de Tilopolis, mais il ne put retourner en Cochinchine que plusieurs années après. 11 mourut le 2i mars 1723, plus de cinq ans avant le vicaire apostolique I ni- même. Ce prélat ayant encore vécu jusqu’ au 29 septembre 1728, fut remplacé parle P. Alexandre de Alexandris, religieux barnabile italien, missionnaire de la Propagande. Il

> Nom. Leit. edif. t. VIII, p. \\1.

avait d'abord été choisi pour coadjuteur en 1727 et sacré évêque de Nabuce; il mourut eu 1738, après avoir eu pour coadjuteur le P. Valère Rist, religieux franciscain, sacré par lui évêque de Minda et décédé l’année même de son élection à l’épiscopat.

VISITE APOSTOLIQUE DE MCR d’hALICAII NASSE. — NOUVELLE PERSÉCUTION.

L’Église de Cocbincbine commençait à jouir de quelque tranquillité, et le sang des martyrs produisait son fruit de sanctification pour les âmes , lorsque les progrès de la foi furent malheureusement arrêtés par des dissensions intestines. Ces funestes divisions étaient encore relatives à la juridiction des vicaires apostoliques, et aux cérémonies superstitieuses de la Chine. Les choses furent même poussées à un point tel que Clément X II crut devoir y envoyer uu visiteur apostolique, Msr Elzéar-François des Achards de la Baume, sacré évêque d’Halicarnasse, qui arriva en Cochinchine au mois de mai 1739.

Après avoir employé plusieurs mois à se rendre compte du véritable état des choses, le prélat publia, le 2 juillet 1739, un mandement relatif aux points en litige. Il mourut ensuite le jour de Pâque, 2 avril 1741, sans avoir pu s’acquitter entièrement de sa pénible mission. Il avait donné des preuves de sa grande piété et de sa modération daus toute la conduite de cette affaire, eu sorte qu’on pouvait en espérer un bon résultat; mais sa mort arrêta le bien commencé. Quelque temps auparavant il avait donné à sou secrétaire le titre et les pouvoirs de pro-visiteur de la mission , mais cet ecclésiastique ne parait pas avoir mis dans sa conduite ultérieure toute la prudence et toute la charité qu'on avait droit d’exiger de lui. Il se prononça contre les jésuites de la ina-

nière la plus violente, ainsi que le témoigne la relation publiée par lni à son retour en Europe

Cette visite, du reste, n’apaisa point les troubles auxquels elle devait apporter un terme, et Benoit XIV eut encore à s’occuper de cette affaire dont l’importance était trop grande pour qu’il pût en négliger la décision définitive. C’est ce qu’il fit dans son décret du 16 novembre 1744, adressé à Mec Costa, évêque de Goriee et vicaire apostolique du Tongking Oriental. Il avait revêtu ce prélat de la dignité d’ablégat du Saint-Siège avec pouvoir de faire observer la décision qu’il lui envoyait.

Benoît XIV suit dans son décret la même marche qu’il avait adoptée précédemment pour la célèbre bulle Ex quo singulari. Après avoir déploré les funestes divisions qui régnaient entre les missionnaires des différents ordres , il rapporte le fait de la nomination du visiteur par Clément XII et ensuite il donne le mandement du prélat dans son entier. Il mentionne aussi divers appels faits à ce sujet au Saint-Siège par les religieux franciscains principalement intéressés dans l’affaire de la juridiction, et auxquels finalement il donne droit malgré les prétentions contraires de notre Congrégation. Enfin il déclare revêtir Msr Costa de tous les pouvoirs relatifs à l’exécution de ce règlement. En conséquence nos missionnaires se soumirent sans hésitation et la paix fut rétablie.

A peine la mission était-elle sortie de ce grave embarras, quelle eut à subir une nouvelle tourmente de la part des infidèles. Le 24 avril 1750, le roi publia un édit de proscription contre la religion ebrétienne, et une sentence d'exil relative aux missionnaires. Tl y avait été engagé par l’exemple

* Ce livre condamné a Rome, à cause du ton de passion qui y règne et des inculpations qu’on n'9 pas craint d’y consigner, aurait pu jeter un grand jour sur l’état de la question, si l'auteur eût su se maintenir dans un esprit de modération convenable. Tel qu'il est, il ma semblé ne mériter aucune confiance; d’ailleurs le jugement de Home suffit pour me dispenser d’en citer ici même le titre.

ue la Chine, où le christianisme était de même persécuté à cette époque , et par les craintes que lui inspirait la conduite des Européens dans l'Inde. Une faute commise dans le royaume par des marchands français, n'y avait pas été non plus étrangère; on y avait même arrêté, à cette occasion, le vicaire apostolique et les missionnaires, que l’on considéraient comme responsables, devant le prince, des actes de leurs compatriotes.

Le prélat qui gouvernait alors la mission, était Mgr Lefèvre, évêque de Noéléna. On lui rendit la liberté, ainsi qu’à ses missionnaires, mais à condition qu’il sortirait du royaume. Le bien de la chrétienté exigeant de lui ce sarifice, il y consentit et se retira à Macao, et ensuite au Kambodje, où il mourut le 27 mars 17G0.

Du reste, cette persécution avait été très-violente dès son origine; le calme dont on jouissait depuis plusieurs années ayant permis de faire une profession assez publique de christianime, les missionnaires étaient personnellement connus des païens, et par conséquent hors d’état de se cacher long-temps dans le royaume. D’ailleurs, ils comptaient encore trouver auprès du roi moins de haine que chez le grand mandarin, auteur de cette persécution, et ils résolurent de demeurer dans leurs districts sans se cacher plus exactement qu’à l’ordinaire. Alors vint l’ordre de les arrêter et de démolir leurs églises, ce qui fut exécuté avec une grande violence. La plupart des missionnaires furent accablés de mauvais traitements et mis à la cangue. M*r Bennetat, choisi pour coadjuteur et sacré évêque d’Eucarpie, en 1748, eut à souffrir plus que tous les autres ; on le chargea pendant dix-huit jours entiers d’une cangue si pesante, qu'il ne pouvait pas se lever de terre; après quoi on lui signifia l’ordre de sou bannissement. La démolition des égli>es se faisait en même temps dans tout le royaume; quelques-unes seulement furent épargnées par suite de la condescendance des gouverneurs de provinces ; à la cour même, celle de M*r de

Noéléna fui conservée par la protection du frère du roi, affectionné à ce missionnaire. Peu à peu la tempête s’apaisa, après avoir été la source de vexations sans nombre, de la part des satellites et des mandarins. Elle fournit aussi aux chrétiens l’occasion de témoigner leur attachement à la foi de Jésus-Christ.

Deux ans après, M«r d’Eucarpie revint en Cochinchine avec des présents envoyés au roi par M. Dupleix, gouverneur des colonies françaises dans l’Inde, et fut bien accueilli de ce prince. Il obtint même pour lui et pour un missionnaire, dont il était accompagné, la permission de rester dans le royaume; mais l'année suivante, la persécution recommença, et les deux missionnaires furent de nouveau obligés de sortir de la mission. C’est alors que JPr d’Eucarpie se rendit en France et ensuite à Rome. Il en revenait, comme coadjuteur du Tong-king Occidental, lorsque la mort le surprit pendant le voyage '.

Dans le courant du mois de novembre 1764, M. Piguel, nommé vicaire apostolique de Cochinchine et évêque de Canathe , fut obligé d’aller à Siam pour y recevoir la consécration épiscopale. Cette cérémonie eut lieu, le 9 décembre suivant, dans l'église Saint-Joseph, après quoi le nouveau prélat s’empressa de retourner dans sa mission. Il ne s’y trouvait alors qu’un seul de nos missionnaires français, M. liai bout, du diocèse de Baveux. La mission de Siam lui céda aussi M. Boirct de la Flèche, avec qui il se mit en route, dans le mois de jauvier 1765. Les chrétiens étaient encore poursuivis pour cause de religion , mais les vexations cessèrent entièrement l’année suivante.

1 S. D. N. Ben. XJ 'Vf Bull. t. I, |>p. 443, 451. — Bull. Pont. S. Cong.de Prop. Fide , 1. 111, pp. 173, 184. — Métn. de P.col, 1. 1, Introd. p. ccxxxix; t. II, pp. 1 69, 228. — Letl. édif. t. IX, pp. 254; I. X, pp. 95 et suiv. 102 et suiv.; t. XIII, pp. 29. 32, 84. — Nouv. Letl. édif. t. VI, Introd. pp. lxxxviii el suiv. ; t. VIII, pp. 383 et suiv. — M. Henri on, t. X, pp. 236, 239; ». XI, p. 61. — G ail. Chri't. \. VIT, col. 1033.

A Cette époque, le jeune roi , nouvellement monté sur le trône, donna ordre de mettre en liberté les confesseurs condamnés à soigner les éléphants , dans les persécutions précédentes. Le maudarin chargé de mettre le décret royal à exécution , ayant voulu attacher à cette faveur des conditions onéreuses pour la chrétienté, les généreux captifs refusèrent d’y souscrire, s’estimant trop heureux de porter ainsi l’ignominie de la croix du Sauveur. La visite pastorale faite en même temps par M*r de Canathe produisit le meilleur effet sur les chrétiens. Leur empressement à se porter dans les lieux où il séjournait était si grand, qu’on pouvait craindre de donner par là, au gouvernement, un nouveau prétexte de persécution. Outre cela, les infirmités dont ce prélat se trouvait accablé depuis plusieurs années, augmentaient tellement alors, qu’il fut obligé de se retirer au Kambodje *, où sa présence devait être moins remarquée et où il espérait goûter un peu de repos. Cette même année, M. Pigneaux de Béhaiue arriva dans la mission, et fut placé de suite au collège de Hon-dàt , dont il fut établi supérieur.

Nous avons vu comment M. Artaud et lui supportèrent les tourments qu’on leur fit subir dans la prison où ils furent jetés; voici maintenant la manière dont il en rendait compte à sa famille peu de temps après : « J’ai eu le bon- » heur, dit-il, dans la lettre écrite le 23 juin suivaut, de » passer cette année, le saint temps de carême en prison, » portant au cou une échelle d’environ six pieds. Les » chrétiens qui venoient nous y visiter fondoient en larmes, » et malgré la joie bien sincère que nous leur témoignions de » notre sort, nous ne pouvions les consoler. J’y fus saisi » d'une fièvre qui m’a duré plus de quatre mois, et dont je

1 Le Kambodje, petit royaume voisin de la Cochinchine, a été souvent convoité par l'ambition des souverains annamites. Min-mang en particulier cherchait à s’en emparer dans les dernières années de sa vie. 11 en est résulté une guerre qui dure encore aujourd’hui.

» suis actuellement guéri. Bénissez donc mille fois le Seigneur . d’avoir fait tant d’honneur à votre famille. Reraerciez- » le pour vous, remerciez-le pour moi ; deraandez-lui qu'il * me fasse la grâce d'y rentrer bientôt, et d'y souffrir pour » son saint nom \ » Quand eusuite les révoltés du Kambodje vinrent au collège pour y massacrer les Cochiuchinois, le même missionnaire, menacé de la mort, leur répondait avec cette tranquillité d'àme que donne seule la croyance aux éternelles vérités de notre foi chrétieuue : Tuez -moi, » si vous le voulez ; car je ne vous découvrirai aucun de » ceux que vous cherchez *. »

M*? de Canathe étant mort le 21 juin 177 1 , M. Pigneaux dcBéhaine, nommé l’année précédente évêque d’Adran et coadjuteur de Cochinchine, devint lui-mème vicaire apostolique. Il fut obligé de rester encore quelque temps à Pondichéry oi» il s’était réfugié avec les élèves; après quoi, en 1774, il se rendit à Macao, et de bien Cochinchine. Ce royaume était alors en proie aux guerres civiles dont nous avons déjà parlé à propos du Tong-king , mais dout il est important de retracer ici la suite pour ce qui regarde plus particulièrement la mission qui nous occupe.

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