‹ Lettres à Mgr l'évêque de Langres, sur la Congrégation des Missions ÉtrangèresChapitre 41 sur 89 · UEHRE DES TAY-SON · texte numérisé non relu

UEHRE DES TAY-SON

Pendant tout le cours du 17® siècle et jusque vers la fin du 18*, les royaumes du Tong-king et de la Cochinchine, qui appartenaient l’un et l’autre à l’ancienne famille des Lè, formèrent réellement deux états distincts gouvernés l’un et l’autre par un c/ma ou régent perpétuel, ne laissant au roi nominatif qu une ombre de souveraineté sans puissance et

' Non». Lett. Mit. I. VI, p. 179.

> toc. cil. p. 238.

sans force. La Cochinchine surtout n'étant pas le lieu de la résidence du monarque, lui était devenue totalement étrangère. Dans cet état de choses, lesTrinh régents du Tong-king, et les Nguyén exerçant le même pouvoir en Cochinchine , ne cessaient de se faire uneguerre presque continuelle comme s’ils eussent été eux-mêmes des souverains indépendants. Cette conduite et cette puissance de deux familles rivales, jointes à l’état d’inaction dans laquelle le roi se trouvait réduit, mettaient entre les mains des régents toute l’actiou gouvernementale; aussi sont-ils appelés constamment du titre de roi par les missionnaires et les historiens. Le véritable monarque, au contraire, est à peine nommé dans le récit des faits les plus importants de l'histoire de ses états. Nous continuerons donc à suivre nous-mème cette marche. Cela posé, il nous reste maintenant à reprendre avec quelque détail, le récit des faits que nous avons seulement indiqués à la mission du Tong-king.

Vers l’an 1765, Vo-vuong, roi de Cochinchine, voulut après sa mort, laisser la couronne à l’un de ses fils, né d’ une concubine qu’il aimait, au préjudice de son fils légitime, déjà reconnu comme son successeur par la nation. Il chargea secrètement un grand mandarin de l’exécution de ce projet, et mourut la même année. Le ministre réussit en effet, et il se liten outre déclarer lui-même régent du royaume jusqu’à ce que le roi fût en Age de se mettre à la tête des affaires. Gt prince, adonné à la mollesse au moment où il parvint à sa majorité, laissa l’exercice du pouvoir entre les mains du régent, qui en usa de manière à soulever contre lui la plupart des hommes influents du royaume. Le mécontentement devint tel, que les principaux mandarins voulant à tout prix se défaire de cette tyrannie, appelèrent les Tong-kinois à leur secours, et leur livrèrent les retranchements qui séparaient les deux royaumes. L’armée tongkinoise entra en Cochinchine dans le courant de 1774, mit en fuite le régent qui se suicida, marcha de même contre

le prince quelle semblait d’abord vouloir rendre indépendant de la tutelle de son ministre, et ne quitta le royaume qu’après avoir pillé les trésors de la couronne. Nous avon$ vu comment les Tay-son s’armèrent en apparence pour défendre le roi, mais eu réalité pour s’emparer, à leur profit, du pays qu’ils se partagèrent.

C’est alors que Nguyèn-anh parvint à s’échapper avec sa mère, des mains des rebelles, et se cacha pendant un mois dans la maison de M«r d'Adran. Quelque temps après, le prélat fut obligé de se réfugier lui-mème au Kambodje avee les élèves qu'il dirigeait. Après y avoir supporté des épreuves de tout genre, il revint en Cochinchine à l’époque où Nguyên-anfh s’y faisait proclamer roi. Ce prince était parvenu à rassembler une armée et à se rendre maître ainsi d’une partie du royaume ; mais ce premier succès ne fut pas de longue durée. Trois ans après, il fut totalement défait par Nhac, l’aîné des Tay-son, qui avait pris le nom de Thaiduc, et s’était fait proclamer empereur et roi. A la suitede ce désastre, Nguyên-anh se vit de nouveau hors d’état de tenir la campagne, et n’ayant pas de place de retraite, il quitta le royaume pour se réfugier à Pulo-way.

De son côté, Msr d'Adran dut aussi songer à prendre les mesures nécessaires pour une nouvelle fuite qu’il regardait comme très prochaine. Cette fois, le Kambodje étant désolé par la famine et envahi par les troupes siamoises, il ne lui restait plus d’autre asile que les îles du golfe de Siam. C’est là en effet que, bientôt après, il fut obligé de se réfugier avec ses élèves. Le jour même où l’on célébrait au collège la fête de saint Joseph eu 1783, on apprit que les Tayson approchaient et qu’il n’y avait plus de temps à perdre pour prendre la fuite. On s’v prépara pendant la journée et ou l’exécuta la nuit suivante.

La suite de SPr d'Adran se composait de soixante-neuf personnes qui tombèrent toutes malades dans l ile où l’on s’é/.li' d’abord réfugié, après quoi les fugitifs se remirent en

mer et abordèrent à Chantoboun, cinq mois après leur départ de la Coehinchine. De nouvelles tribulations les y attendaient; car, un mois après son arrivée, le prélat reçut ordre du roi de se rendre à Bang-kok avec tous ceux qui l’accompagnaient. On voulait les obliger d’y fixer le collège, mais l'emplacement accordé aux missionnaires pour cet objet, n’étant pas du tout propre à remplir le but qu’on se proposait, Msr d’Àdran obtint de laisser moitié de son monde à Chantoboun, pendant qu’il se mettait en route avec le reste, afin de solliciter à Bang-kok la révocation de cet ordre fâcheux. Il réuss it dans cette démarche; et, après quelques difficultés, on lui permit de laisser le collège à Chantoboun et d'aller lui-même à Pondichéry, d’où il comptait retourner plus facilement en Coehinchine.

L’année précédente, M. La Bartette, prêtre du diocèse de Bayonne, avait été nommé coadjuteur du prélat, mais il ne put être sacré que onze ans après. Toutefois il ne quitta point la Coehinchine pendant les troubles qui en exilaient le premier pasteur, et il y continua constamment l’œuvre de Dieu. On voit même qu’en 1780, il avait contribué beaucoup à réunir en communauté, quelques jeunes filles de la mission, auxquelles il était question de donner une règle différente de celle des Amantes de la Croix. Cet établissement promettait de produire de grands faits de sainteté parmi les chrétiens et même parmi les infidèles ; malheureusement les persécutions de cette époque ne permirent pas d’y donner toute la suite qu’on espérait. On formait aussi, vers la même époque, un nouveau collège placé dans la partie septentrionale de la Coehinchine, afin de remplaceren partie ceux qui avaient été détruits par les guerres.

Mr" D’ADRAN DOTS NE DES SECOURS a NGUYEN- ANH RÉDUIT

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