SON FILS
Dans le dernier voyage que M&r d’ Adran fit à Cbantoboun, il eut occasion de rendre au roi Nguyèn-anh un service que ce prince n'oublia jamais , et qui contribua beaucoup à l'exécution des grandes choses opérées dans la suite. Voici quelle en fut l'occasion.
Ce prince réfugié à Pulo-way, comme nous venons de le voir, apprit que les Tay-son voulaient y envoyer une flotte pour se saisir de sa personne, ce qui le fit résoudre à se retirer à Siam. Il fut bien reçu dans cette cour, se mit à la tète, de trois ou quatre mille Cochinchinois, et déeida en faveur des Siamois le gain d’une bataille décisive dans la guerre qui les occupait alors. Pour reconnaître ce service, le roi de Siam voulant faciliter à son protégé le moyen de rentrer dans ses états, lui fournit un corps de dix mille hommes de troupes, au moyen desquels Nguyèn-anh eut d'abord quelques succès en Coehinchine. Ensuite ne se trouvant pas assez fort pour s’y maintenir il revint de nouveau à Siam. La jalousie et les intrigues le forcèrent bientôt à quitter cette cour d’où il s’échappa furtivement avec sa famille. Quinze cents Cochinchinois qui lui étaient demeurés fidèles le suivirent et l’aidèrent à s’emparer d« quelques navires siamois, au moyen desquels il se réfugia pour la seconde fois et se fortifia dansi’ilede Pulo-way. Là, manquant de tout, exposé sans cesse aux attaques de ses ennemis , il attendit avec constance que des circonstances plus heureuses le missent à même de renouveller ses efforts pour reconquérir sa couronne.
Msr d’ Adran, qui eut occasion de l’y voir en retournant à Cbantoboun, rend ainsi compte de la misère à laquelle ce prince était réduit. « Comme nous étions au milieu
» des iles qui sout à l’ouest de Cong-pong-thôm, province » du Camboge, qui coufine avec le royaume de Siam , nous » fûmes, rapporte ce prélat, tout-à-coup investis d'une » douzaine de bateaux qui nous donnèrent d'abord de vives » inquiétudes; comme ils approchoient toujours, je découvris » des mandarins que je counoissois. J'appris d'eux que le
* roi de Cochinchine n’étoit qu'à une portée de canon de » l’endroit où nous étions: je m’y rendis aussitôt, et y trouvai » ce pauvre prince dans le plus pitoyable état; iln’avoit plus » avec lui que six ou sept cents hommes, un vaisseau et une » quinzaine de bateaux. Mais c'étoit encore beaucoup trop, » puisqu'il n’avoit pas de quoi les nourrir, et que les soldats » mangeoient déjà des racines. Je fus oblige de lui offrir » une partie de mes provisions; on ne saurait se figurer » quels furent leur reconnoissance et les témoignages de » sensibilité qu’ils firent tous éclater en recevant le peu de
* choses que je pus leur donner : le roi fit si bien qu’en me » remettant du jour au lendemain, il me retint avec lui près » de quinze jours. Je partis enfin, et nous arrivâmes à Pile de » Pulo-Punjan le 6 février I7841. »
Ensuite, après avoir heureusement échappé aux Tay-son dont la flotte parcourait dans tous les sens le golfe de Siam, Msr d’Adran fut forcé de revenir pendant assez long-temps à Pulo-vvay. • Notre solitude, qui dura près de neuf mois, rapporte-t-il lui-mème, fut aussi parfaite qu’on peut le » désirer; puisque, pendant tout ce temps, nous n’eûmes ab- » solument pour compagnie que quelques pigeons ramiers » et quelques autres oiseaux inconnus. Cette île a environ » une lieue de long sur une demi-lieue de large, et on peut ■> la regarder à tous égards comme un lien enchanté. Si je >> ne me croyois destiné à beaucoup d’autres travaux pour » l’expiation de mes péchés, je serais trop heureux d’y pas- » ser le reste d’une vie qui, après tant de traverses, aura
• >rou». 1*11. rétif. I. VI, |>. 430.