‹ Lettres à Mgr l'évêque de Langres, sur la Congrégation des Missions ÉtrangèresChapitre 5 sur 89 · DÉPART DES PREMIERS MISSIONNAIRES · texte numérisé non relu

DÉPART DES PREMIERS MISSIONNAIRES

La voie de l'Océan leur étant aiusi totalement fermée, ils se résolurent à prendre définitivement celle de la Méditerranée et du Levant. Considérant ensuite les dangers qu’ils allaient courir dans uu pareil voyage, ils résolurent de l’entreprendre séparément, afin que dans tous les cas, la perte de l’un d’eux n’entraînàt pas celle des autres. On décida en conséquence, que Msr de lîérythe partirait le premier pour tenter de se frayer une route que le Souverain Pontife désirait vivement voir rendre praticable, afin de s'affranchir par-là desexi-

1 Relat. abreg. des Miss, et des Voy. des Evesq. franç. par M. F. Pallv, p. 11. — Rel. du voy. de MS1' l’év. de Bérylhe, pp. 16 et suiv. — Hist. de l'établ. du Christ, dans les Indes Orient, t. Ier, pp. 36 et suiv. — La Vie de MSr I. Cotolendi, pp. 184, 194, 197, 7.67, 269. — Rel. de 1674, p. 19.— La Vie de madame de Miramion, p. 44. — Gall. christ, t. VII, col. 1025. — Hist. de Siam. t. Ier, pp. 395 et suiv. — Relation des Missions et des Voyages des Evesques, Vicaires apostoliques, et de leurs Ecclésiastiques, és auuces 1672, 1073, 1674 et 1675. ïn-8, Paris, C. Angot. 1G75, p. 218.

gences des puissances maritimes et ennemies. M«r de Béryl lie quitta donc Paris le 18 juillet 1660, accompagné de M. de Bourges, nommé depuis évêque d’Auren et vicaire apostoliques du Tong-King occidental. Il le fit secrètement afin d'obéir aux instructions de la Propagande, aussi bien que pour se soustraire à rattachement mal réglé de ses amis, « et il donna, dit M. de Bourges, une leçon utile à ceux qui » voudroient le suivre, de quel sorte on peut se comporter » en ces occasions » Arrivé à Lyon, il y tomba malade d’une fièvre qui dura cinquante-deux jours et le réduisit à l'extrémité, au point qu’on n'attendait plus que son dernier soupir; mais Notre Seigneur daigna le retirer de ce danger et lui rendre la santé d’une manière tout-à-fait imprévue. « L’extrémité où il se trouva réduit, luy fit faire un essay * du parfait abandon que l’on doit faire continuellement de » soy-mesme à Dieu, dès-lors que l’on s’engage aux fonc- » tions de l’Apostolat. Le Médecin fut si surpris de cette » guérison, qu’à peine pouvoit-il croire à ses yeux; et il » ne douta point qu’elle ne fust plùtost l’effet d’un secours » extraordinaire d’en haut , que des remèdes de la Méde- » cine*. » A peine eut-il recouvré un peu de force qu’il descendit le Rhôuc et se rendit à Marseille où il fut rejoint par M. Deydier, devenu par la suite évêque d’Ascalon et vicaire apostolique du Tong-King oriental. Ils s’embarquèrent enfin le 27 novembre de la même année. Après avoir échappé aux dangers d’une tempête sur les côtes de Sardaigne, ils allèrent mouiller à Malte où ils furent reçus avec les plus grands honneurs par l’évêque, par le grandmaitre de l’ordre et par la population toute entière. Le 1 1 janvier suivant, ils abordaient à Alexandrette, après avoir séjourné de nouveau quelques jours à l'ile de Chypre. Ils en partirent immédiatement pour se rendre à Alep en pas-

1 Rrl. du Voy.de M8r lev. de Bérytlie, 27. ? Loc. ci!, jj. 28.

saut par Antioche. La vue de la mosquée qui a remplacé l’église de cette malheureuse ville, ainsi que le spectacle de ces chrétientés si florissantes pendant tant de siècles, et maintenant presque détruites pa- le mahométisme, leur remplissaient l’àme de douleur. M. de Bourges parle ainsi de l’impression affligeante qu’ils en avaient tous reçue :

« Parmi ces tristes gpectacles , dit-il , à peine peut-on retenir » ses larmes et ses gémissements. Chacun de nous s’offrit à » Dieu pour satisfaire à sa Iustice, et réparer par l’hommage » secret de son cœur, autant qu’il seroit en luv, l'Opprobre » de la religion Chrestienne violée et des-honoréc par les » sacrilèges d’une secte impie, dont ilfalloit se résoudre à » souffrir désormais l’orgueil et les insultes » Le jour de la conversion de saint Paul, ils arrivèrent àAlcp,oùils furent accueillis avec une extrême bonté par M. Piq.et, alors consul de France dans celte ville*, fis purent, grâce à lui, continuer leur route jusqu’à Bagdad aussi sûrement que possible dans une contrée sans cesse exposée aux courses des Arabes. Arrivés ensuite à lspahan , ils se virent dans la nécessité de renoncer à l’espoir qu’on leur avait souvent donné de pouvoir se rendre de là en Chine, sans prendre la mer. Les Talars d’Usbeck s’étant alors jetés sur la Perse , interceptaient tous les passages de ce côté. D’ailleurs la route à tenir offrait des difficultés si grandes que la voie de l’Inde était encore bien préférable.

Arrivé à Surate le 23 décembre3, Msr de Bérythe y reçut

1 Rcl. duVoy. de MSr l’év. de. Bénlhe, p. 31 .

3 M. François Piquet devint depuis évêque de Babylone et vicaire apostolique delà Perse, dont la mission était encore unie à notre maison à l’époque où le fameux Varlet s'enfuit à Utrech pour y soutenir le parti des Jansénistes, en y perpétuant la dignité épiscopale. M6r Piquet mourut le 25 août 1085. Sa \iefnt publiée par M8r Charles-Oclavieu d’Autbelmy, évêque de Grasse. — CaU. christ, t. VII, col. 1037.

3 Dans le voyage de Surate, nos missionnaires eurent beaucoup à se louer du consul anglais avec lequel ils se trouvèrent. Nous aurons du reste occasion de remarquer ailleurs que, de toutes les nations européennes établies dans l’Inde, les Anglais , malgré leurs préjugés religieux et leur haine nationale pour la

le premier avis de l'ordre donné par le roi de Portugal pour se saisir des évêques français et les envoyer à Lisbonne. Mais confiant dans la puissance de celui qui l'avait déjà sauvé de tant de dangerR, marchant d’ailleors en toute assurance sur la parole du vicaire de Jésus-Christ, il n’en continua pas moins sans crainte, le cours de son voyage. Le 21 janvier de l’année 1662, ils prirent le chemin de Masulipatam et de Tcunasserim. Le 19 mai, ils étaient arrivés dans cette dernière ville, et le 22 août suivant ils entraient à Sijou-tliijan (paradis terrestre), capitale du royaume de Siam1. Ainsi parvenus dans un pays dont le nom même leur était à peine connu à leur départ de France ; ils eurent bientôt oublié les dangers et les fatigues endurés ainsi pour le divin maître qui les appelait à son œuvre. Heureuses peines devenues pour eux, ainsi qu’ils ne cessaient de le répéter, le sujet d’ineffables consolations *.

Pendant ce temps, Msr de Mélellopolis se mettait luimême en route pour entreprendre le même voyage. Il partit de Paris en 1661, huit mois après le départ de son illustre confrère, accompagné de M. Chevreuil, prêtre du diocèse

France , onl toujours clé les plus généreux dois leurs procédés à l’égard des missionnaires. Ce fait reconnu de tout temps est plus constant maintenant que jamais. Il est une nouvelle preuve de l’habile politique de cette nation qui sait profiter de Ions les moyens pour se créer des appuis partout.

1 Cette ville , ruinée depuis par les Birmans, est appelée aussi Stgathia ou Crumg ; les Portugais lui avaient donné le nom de Juthia ou Odia et on la désignait encore sous celui de Siam comme le royaume.

2 Rel. du Voy. de Msr l’Év. de Bérythe, pp. 24 et suiv. — Rel. de 1674 , p. 19. — Rel. abrégée des Miss, et «les Voy des Ev. franc, par M. J. Pallv , p. 9. — Hist. de l’étab. du Christ, dans les Indes Orient, t. 1er, pp. 40, 43 et suiv. — La Vie de M§r Cotolendi, p. 199 et 200. — Catalogue des Missionnaires français partis du Séminaire des Missions- Etrangères, situé rue du Bac, n° 120, à Paris : depuis leur première institution, en 1660. In*8°. Autogrâphié à Paris en 1839, par M. Roger, actuellement missionnaire apostolique dans l’Inde, p. 3. — Annales de l'Association de la Propagation de la Foi. Recueil périodique des Lettres des Évêques et des Missionnaires des d« u\ Mondes , et de tous les documents relatifs aux Missions et à l’Association de la Propagation de la Foi. Collection faisant suite à toutes les éditions des lettres édifiantes. In-8°. Lyon, 1833, t. VI, p. 589.

(le Rennes ", et de M. Hainques, du diocèse de Beauvais, mort en Cochinchine en 1670. M. Fortis de Claps, jeune laïc d’une grande piété, se joignit encore à lui pendant le séjour que la maladie de M. Hainques l’obligea de faire à Aix. Le 2 septembre ils s’embarquèrent à Marseille, relâchèrent quelque temps à Malte, et arrivèrent à Alexandrette, puis à Alep où M. Piquet leur lit le même accueil qu’à M«r de Bërythe. Ils se mireut en route le 27 décembre pour Bagdad, gagnèrent Bassora, et ensuite Congo. Dans cette dernière traversée , ils montaient une barque si mauvaise et si mal conduite qu’ils coururent plusieurs fois risque de la vie. Le 15 avril, ils entrèrent à Congo, le 20 à Ormuz, et le 14 mai un bâtiment anglais les conduisit à Surate. Ils employèrent pour ce trajet, onze jours pendant lesquels ils furent encore une fois sur le point de périr dans une tempête. M. Chevreuil étant tombé malade dans cette ville, MBr de Métellopolis l’y lit rester chez les Pères Capucins jusqu’à l’arrivée de Msr d’ Héliopolis. Il partit ensuite de Surate avec MM. Hainques et Fortis pour aller rejoindre Msr de Bérythe; mais Notre Seigneur en avait décidé autrement, et le moment de sa bienheureuse mort approchait à grands pas. 11 fut pris à Golconde d'un mal qui s’arrêta d’abord dans le voyage, mais qui le reprit bientôt à Masulipatam; la fièvre s’y joignit ensuite de telle sorte qu’on crut devoir le faire sortir de cette ville malsaine pour les Européens. On le fit transporter à Palacol, village voisin de la ville où se trouvait un chirurgien français dont les soins ne purent le sauver. Ce prélat si saint et si dévoué au service des âmes et à la gloire de Dieu mourut, dans la plus douce paix du Seigneur, le 16 août de l’année 1602, âgé seulement de trentetrois ans. Son corps fqt d’abord déposé à Palacol, puis

1 II mourut à Sium eu 1693, après avoir beaucoup travaillé et lieaucoup souffert au Kambodjc et en Cochiueliiue.

transporté par MBr d’Héliopolis à Musulipatam, d’où ce prélat voulait ensuite le faire conduire à Goa. Cette mort, si précieuse devant Dieu et si pénible pour les compagnons de ses travaux, fut suivie bientôt après de celle de M. Fortis. 11 mourut à Masulipatam de la même maladie que son évêque, dans le séjour qu’il y fit en attendant l’arrivée de Msr d’Héliopolis. Ainsi passèrent à un monde meilleur ces deux premières victimes offertes par nos missions sur l’autel où tant d’autres vinrent s'immoler daus la suite Le 2 janvier de la même année 1662, Mer d’Héliopolis ayant assuré l’exécution de toutes les grandes mesures prises pour le bien des missions, s’était embarqué à Marseille avec huit nouveaux missionnaires, parmi lesquels se trouvait M. Laneau, prêtre du diocèse du Mans, nommé depuis évêque de Métellopolis, vicaire apostolique de Siam, et administrateur général des missions après la mort de Msr d’Héliopolis*. Après un mois de traversée, ils arrivèrent à Alep et ensuite à Ispahan. Dans le séjour qu’il fit dans cette dernière ville, M8r d' Héliopolis délibéra quelque temps s’il prendrait la route de terre pour pénétrer jusqu'en Chine, ou s’il suivrait celle tracée auparavant par les deux autres vicaires apostoliques. Sur les représentations qu’on lui fit relativement aux difficultés attachées au premier projet, il y renonça bientôt, ne voulant pas exposer à des dangers inutiles ceux dont Notre Seigneur lui avait confié la garde. 11 alla donc, ainsi que M®r de Bérythe l’avait fait avant lui, s’embarquer à Gommeron, sur un vaisseau anglais qui le conduisit à Surate ; il prit ensuite son chemin

1 La Vie deM6r Cotoleudi, pp. 209 et suiv. — Rel. abreg. des Miss, et Voy. des Év. franç. par M. N. Pallv, p. 10. — Hist. de l’étab. du Christ, dans les Indes Orient, t. 1er, pp. 57 et suiv. — Catal. des Miss. p. 3. — Rel. du Voy. de M*r l’év. de Bérythe , p. 225.

1 L'Histoire de t‘ établissement du Christianisme ne donne pas ici d’une manière exacte les noms ni le nombre des missionnaires qui accompagnèrent Msr d’Héliopolis, et elle y joint M. Foissy de Chamesson, laïc qui rendit de grands services aux Missions.

par terre, traversant le royaume de Golconde jusqu’à Masulipatam. Le 27 janvier 1604 il arriva enfiu à Siam après avoir passé par Tennasgerim

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