TOKG-KING ORIENTAL. — REDOUBLEMENT DE PERSÉCUTION
— M1NH-MANG FAIT EXPOSER LA CROIX POUR ETRE FOU- LEE AUX PIEDS DES PASSANTS.
En 1838, M8( Ignace Delgado, vicaire apostolique du Tong-king Oriental depuis plus de quarante ans, mourut en prison le 12 juin, par suite des souffrances qu’il avait éprouvées. Le 25 du même mois, Msr Dominique Hénarez, son coadjuteur, fut décapité après quarante-neuf ans entiers d’apostolat. Quelques-uns de leurs prêtres européens ou annamites payèrent aussi de leur sang leur attachement à Jésus-Christ ; mais comme cette mission n’est pas confiée à
* Ou appelle ainsi les collèges et autres résidences de la mission.
2 Ann. de la Prop. t. XI, p. 267.
notre Congrégation, je n’eutrerai pas là-dessus dans de plus grands détails.
Après un instant de repos qui devait être suivi dune guerre plus sanglante que jamais, Minh-mang écrivit à scs mandarins pour les exciter à renouveler la persécution dans tout le royaume. « Qu’on frappe sans pitié, leur disait- » il, quon torture, quon mette à mort ceux qui refusent de » fouler aux pieds la croix! qu'on sache que ce refus les » constitue en état de rébellion : qu’on prenne donc , sans » autre forme de procès, une hache, un sabre ou un coutelas, » tout ce qui se trouve sous la main, pour exterminer ces
» aveugles et ces endurcis, sans qu’il en échappe un seul
» A cette nouvelle, continuent les missionnaires, la conster- » nation fut grande parmi les chrétiens. On eût dit que le » jour du jugement dernier était arrivé, tant l'effroi était » universel. La peine de mort portée contre ceux qui ose- » raient nous donner asile , avait refroidi le zèle des plus dé- » voués. Personne ne voulait plus nous recevoir; c’était bien x le moment de dire avec vérité : Les renards ont leurs tax mères, les oiseaux du ciel ont leurs nids, mais les mission- » naires, comme autrefois leur bon maître, n’ont pas où rex poser leurs têtes'.»
Cette terrible tempête avait été causée par la saisie de quelques lettres du Tong-king Oriental , indiquant la présence des missionnaires européens dans cette partie du royaume. Elle avait été précédée d’un édit tendant à prescrire une mesure dont nous avons déjà parlé. Minh-mang avait, dès le commencement de l’aimée, fait placer une croix devant chaque prétoire avec ordre aux passants de la fouler aux pieds. Heureusement, il fut obligé de renoncer à faire exécuter de pareils ordres, à cause de la répugnance même des païens qui se refusaient à celte profanation. Par suite de ces nouvelles rigueurs , tous les missionnaires et le vicaire
1 Àun. delà Prop. t. XII, p. 506.
apostolique du Tong-king Occidental, obligés de s’enfuir et de sc cacher dans les forêts , coururent les plus grands dangers et n’échappèrent souvent aux persécutions que par une protection de Dieu toute particulière. Le 6 juillet, M*r de Castoric mourut de fatigues et de privations ; MM. Candalh et Yialle eurent le même sort. D'autres plus heureux expirèrent dans les supplices, et eurent ainsi la gloire de confesser jusqu’à la fin le saint nom de Jésus- Christ. Plusieurs annamites rivalisèrent alors de courage et de constance avec les Européens; chez les prêtres comme chez les fidèles, dans toutes les classes de chrétiens, on trouva des exemples de générosité capables de faire oublier, en quelque sorte, les défections de leurs frères plus faibles dans la foi. Parmi ces derniers, il faut bien le dire, on eut la douleur de compter un prêtre tong-kinois, déjà fort avancé en âge et qui n’eut pas la force de sacrifier à la gloire de Dieu les restes d’une vie sur le point de s’éteindre. Je voudrais. Monseigneur, pouvoir vous dire les noms des confesseurs qui ont résisté jusqu’à la mort, mais les bornes de ce travail m’imposent la nécessité de m’arrêter plus spécialement sur ceux de nos confrères qui ont soutenu, par l’effusion de leur sang, le courage des faibles et exalté celui des forts.