‹ Lettres à Mgr l'évêque de Langres, sur la Congrégation des Missions ÉtrangèresChapitre 52 sur 89 · MORT GLORIEUSE DE M. DELAMOTTE · texte numérisé non relu

MORT GLORIEUSE DE M. DELAMOTTE

La mort de M«r Borie laissait ainsi le Tong-king Occidental sans vicaire apostolique ; les deux évêques du Tongking Oriental étaient également morts, en sorte que les deux missions se trouvaient de nouveau sans pasteur, dans un moment où il était si nécessaire qu’il y eût plusieurs évêques. M. Masson fut uommé peu de temps après pour notre vicariat; mais, par un louable sentiment de défiance de luimême, il ne crut pas pouvoir accepter d’abord ce pénible ministère. D’après ce refus M. Retord sc sacrifia pour la mission et faisant taire eu lui les considérations personnelles, il dut se résigner à recevoir le fardeau. En conséquence, il lit ses efforts pour se rendre eu Cochinchine

1 I.oc. cit. p. 538.

afin de s’y faire sacrer par M«rde Métellopolis, mais il ne put y parvenir. 11 fut donc obligé de s’exposer à des dangers sans nombre pour aller jusqu'à Manille. La divine Providence ménagea, il est vrai, les moyens d’exécuter sans accident ce dangereux projet; mais cette circonstance n’en offre pas moins un nouvel exemple de l’inconvénient majeur attaché au trop petit nombre d’évêques dans les missions persécutées. . .

Pendant ce temps, Minh-mang poursuivait ses projets de haine contre le christianisme; un nouvel édit parut le 5 décembre 1838, afin de mander à la cour des interprètes pour les langues européennes, avec la condition d’apostasie; le 18 janvier suivant, une ordonnance fut lancée spécialement contre le P. Hermozilla, le dernier des quatre Dominicains espagnols connus précédemment parles lettres interceptées. Par suite de la courageuse confession de trois soldats annamites nommés Augustin Huy, Nicolas Thê et Dominique Dat, le roi publia un autre décret par lequel les chrétiens précédemment tombés étaient soumis à une nouvelle apostasie, et tous les autres également obligés de renoncer à Jésus-Christ; le tout, sous peine de mort, avec responsabilité de la part des autorités. L’édit du 3 octobre 1839 fut encore plus terrible et semblait menacer la religion d’une destruction totale dans le royaume, si les mandarins l’eussent exécuté dans toute sa rigueur. Il avait pour but de découvrir les chrétiens secrets en les mettant dans la nécessité d’élever des temples pour le culte idolàtrique et des autels domestiques en l’honneur des ancêtres.

Toutes ces ordonnances furent accompagnées du supplice de plusieurs prêtres ou fidèles annamites mis à mort en haine de la foi; mais aucun de nos confrères de France n’eût, cette année-là, le bonheur de recevoir la couronne du martyre. Seulement M. Delamotte, prêtre du diocèse de Coutauces, fut arrêté dans la nuit du 1 3 au 1 4 avril, et conduit en prison où il fut occupé pendant long-temps à traduire

pour Miuh-mènh des lettres et des livres d'Europe. Vers la fin du mois de juiu 1840, il eut à subir une question des pins douloureuses. Indépendamment des coups de rotins usités dans les interrogations ordinaires, on eut recours plusieurs fois aux tenailles froides et aux pinces rougies au feu. « On » se servit même de la chaise garnie de doits, supplice qui » consiste à faire asseoir le patient sur ces pointes aiguës, » tandis qu'on lui tenaille les jambes. M. Delamotte a dé- » claré, depuis, que toutes ces tortures n’étaient à ses yeux » que des jeux d’enfants, et qu'il n’en ressentait presque » aucune douleur*. » Celte grâce extraordinaire n’empêcha pas la nature de s’affaiblir sous le poids des souffrances de la prison et des autres tortures endurées par le confesseur. M. Delamotte mourut le 3 octobre suivant, chargé de ces chaînes qu’il avait reçues avec tant de joie et qu'il lui fut si pénible de quitter momentanément par suite des ordres de Minh-mang.

SACHE DE Mcr RETORD ET DU PÈRE HERMOZILI.A. — MORT DE Mro D’ïSAUROPOLIS. — ARRESTATION DE MM. GALY,

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