MISSION DE L’INDE
Monseigneur ,
Après vous avoir entretenu, comme je viens de le faire, des triomphes de nos martyrs, je dois vous parler d’une mission où il a toujours été fort rare qu’on obtint une semblable grâce, mais où le missionnaire rencontrera toujours bien des trésors de souffrances et le long martyre de la patience et de la résignation. Sous ce rapport, l’Inde ne le cède à aucune mission de la terre, car aucune ne présente peut-être autant d’ennemis à combattre. Sans parler des mœurs et des préjugés nationaux si opposés souvent à la doctrine et à l’esprit évangéliques; les scandales des mauvais chrétiens d’Europe, le schisme des anciens sectaires d’Orient, et celui des Portugais modernes, l'hérésie anglicane avec les nombreuses fractions des communions protestantes, le mahométisme des Maures, l’infidélité des Gentils, se rencontrent à chaque pas, sur cette terre où les erreurs du monde entier semblent se réunir. Position crucifiante pour
une âme qui aime la justice et connaît la vérité qu'elle voudrait faire régner sur tous les peuples que le soleil éclaire! Généreux travail bien digne des plus riches récompenses du ciel !
Que si, maintenant, dirigeant nos regards vers un autre ordre d’idées, nous considérons la vaste sphère intellectuelle ouverte devant les missionnaires de l’Inde , nous verrons combien, sous ce rapport, ils peuvent rendre encore de services à l’Église universelle dans sa lutte incessante avec les puissances ennemies de Dieu. L’état de la mission, et surtout le petit nombre des missionnaires leur ont, il est vrai, interdit jusqu’alors la plupart des travaux de ce genre, mais il leur sera désormais plus facile de s’y livrer maintenant qu’ils se multiplient et qu’ils voient se ranimer l’espérance prochaine d'un clergé indigène, maintenant aussi que les missionnaires de la Compagnie de Jésus sont venus partager avec eux les travaux de leurs anciens pères.