‹ Lettres à Mgr l'évêque de Langres, sur la Congrégation des Missions ÉtrangèresChapitre 55 sur 89 · ORIGINE DE LA MISSION DE FONDICHERV · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA MISSION DE FONDICHERV

La mission de Pondichéry, bornée dans le principe à la seule province du Karnatic, s’est étendue successivement à celles du Maïssour, du Madüré eu partie, et du Tanjaour qu’elle n’a pas toujours conserve depuis. Elle doit son origine à la révolution qui, en détruisant l’influence française à Siam, engagea le P. Tacbardetses autres confrères à quitter ce royaume. Il est constant, cependant, que les missionnaires de la Compagnie de Jésus ne furent pas les premiers à y porter la foi. Les Capucins français établis à Madras, dès l’an 1642, furent appelés par les fondateurs de la colonie de Pondichéry en 1671, l’année même où notre comptoir y fut établi pour la première fois. Comme ils étaient peu nombreux, ils se virent obligés de se restreindre au littoral oc-

cupé par les Français sans pouvoir porter la foi aux populations de l’intérieur des terres. Les choses en étaient à ce point, lorsque le P. Tachard passant à Pondichéry, pour retourner de Siam en France, sentit l'importance que devait avoir pour la religion en général, et pour sa Compagnie eu particulier, l’établissement d’une mission dans une colonie qui promettait de prendre une grande extension. Il n'hésita donc pas à profiter des ouvertures qui lui furent faites à ce sujet, et il acheta un terrain où il établit une résidence; alors, encouragé par ses premiers succès auprès des infidèles de la ville, il voulut donner à cet établissement une forme plus stable en obtenant l’autorisation de Louis XIV nécessaire pour les colonies françaises. Sur sa demande, le roi lui accorda des lettres-patentes par lesquelles il permettait aux Pères de la Compagnie de Jésus d’exercer les fonctions du ministère apostolique dans toutes les terres soumises à sa puissance royale; il enjoignit en même temps à tous les gouverneurs de nos possessions dans l’Inde, de les protéger et de leur fournir tous les secours dont ils auraient besoin.

« A la faveur de ces lettres-patentes, la mission de Pon- » dichéry fit des progrès sensibles. Les supérieurs du P. Ta- » chard lui envoyèrent quelques religieux deleur Compagnie » pour partager se3 travaux. Ces fervens missionnaires ne » se bornèrent pas à travailler à la conversion des idolâtres » delà ville, ils annoncèrent aussi l’Fvangile aux peuples des • environs, et bientôt ils trouvèrent le moyen de pénétrer » dans l’intérieur du pays, où ils recueillirent une abon- » dante moisson. Ils formèrent des chrétientés, bâtirent des » églises et eurent la consolation de voir les Gentils accourir » en foule pour se ranger sous les étendards de Jésus-Christ.

» Ainsi le Seigneur, dans ses desseins de miséricorde pour le » salut des Indiens, donuoit-il dès le commencement à la » mission du Carnatc les bénédiction s les plus abondantes et » les accroissemens les plus rapides. Il y avoit à peine

» trente ans quelle étoit établie, et elle s'étendoit déjà jus- » qu’à deux cents lieues dans l’intérieur du pays. Oncomp- » toit dès lors un grand uombre d’églises, et quelques mis- » sionnaires n’avoient pas moins de dix mille chrétiens dans » leur district.

» Les Révérends Pères de la Compagnie de Jésus s’établi- » rent aussi à Karikalet à Chandernagor dans le Bengale...

» Des commencemens . aussi heureux et des progrès si » rapides faisoient concevoir les plus grandes espérances » pour l’agrandissement du royaume de Jésus-Christ dans » ces contrées infidèles. Tl y avoit en effet tout lieu de croire » que le tems des miséricordes divines étoit enfin arrivé » pour ces peuples ensevelis depuis si long-tems dans les » ténèbres de l’erreur et du mensonge. Mais, ô profondeur > des conseils de la sagesse et de la science de Dieu ! les cho- » ses ne tardèrent pas à changer de face. Les missionnaires » eurent la douleur de voir cette église naissante- en proie » à toute la fureur des révolutions et à toutes les horreurs de » la guerre, de la famine et de la peste, auxquelles se joi- » gnirent encore divers incidens fâcheux. Un grand nombre » de chrétiens furent les victimes de ces terribles iléaux ; » plusieurs abandonnèrent leur infortunée patrie et n’y re- » vinrent jamais; quelques-uns même retournèrent à lagen- » tilité, de sorte que cette chrétienté si florissante d’abord » se trouva réduite à vingt mille communions tout au plus. >■ Tel étoit à peu près l’état de la mission du Carnate, lors- » qu’en l’année 1777, elle fut réunie aux missions étran- » gères '. »

Indépendamment des malheurs arrivés à cette mission par suite des guerres de la France avec la Hollande et l’Angleterre, de graves questions avaient en effet troublé la pair des chrétiens et arrêté les progrès de la foi. L’exercice de la

1 Origine, progrès et état actuel de la mission française du Carnate dans les Iodes Orientales, rédigé par M. Hébert. — Notes hist. p. 81.

juridiction devenu un sujet de graves contestations entre les premiers missionnaires, et la tolérance de certains usages analogues aux trop fameuses cérémonies chinoises devinrent la source des plus déplorables divisions. Les capucins et les jésuites se disputèrent pendant long-temps l’administration curiale de Pondichéry, sur laquelle les uns et les autres se reconnaissaient des droits ; mais les plus funestes et les plus opiniâtres discussions roulèrent sur la question des rits malabares, que la fermeté de Benoît XIV put seule terminer d’une manière définitive. Cette controverse commença presque aussitôt après l’arrivée des missionnaires de la Compagnie de Jésus qui crurent pouvoir permettre à leurs néophytes des usages sévèrement prohibés par les capucins. De part et d’autre on suivit la même marche que dans les missions de Chine; les uns négligèrent uu peu trop d'user de condescendance relativement à certaines coutumes, supportables peut-être dans le commencement d’une mission ; tandis que les autres, se laissant emporter par le désir de faciliter aux âmes les voies du salut, allèrent jusqu'à tolérer des pratiques reconnues plus tard comme essentiellement idolàtriques et superstitieuses. Ici encore, comme en Chine, on voulut en faire un sujet de graves imputations contre les Pères de la Compagnie de Jésus; on voulut quelquefois dénaturer leurs intentions, tandis qu’on devait reconnaître la droiture de leurs vues, aussi bien que l’on constatait leurs erreurs dans le cas particulier qui nous occupe. Quoique notre Congrégation n’ait pas été engagée directement dans cette discussion, cependant comme, d’une part, les procureurs de nos missions établis à Pondichéry dans le dernier siècle, se montrèrent toujours fort opposés à la pratique des jésuites; comme d’ailleurs tous les missionnaires de l’Inde ont à vivre maintenant sous l’empire des constitutions pontificales relatives aux usages contestés, je crois devoir, Monseigneur, vous rapporter ici le sommaire de la discussion.

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